‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 37 sur 100 · LÀ MER MORTE · texte numérisé non relu

LÀ MER MORTE

Sept heures de marche au moins par des chemins difficiles qui serpentent en descendant à travers d’âpres montagnes d’un aspect désolé et sauvage, conduisent de Jérusalem à l’extrémité nord-ouest de la mer Morte.

La plus ancienne dénomination de cette mer célèbre, sur laquelle, dans ma Description de la Samarie (tome I, p. 62-97), j’ai donné d’assez longs détails que je ne puis que résumer ici très-brièvement, paraît être en hébreu celle d e Iam-ba-Mela/i, « la mer du Sel » , et dans la Y ulgate mare Salis ou Salsissimum. On l’appelait également lam-ha-Arabah , en latin mare Solitudinis ou mare De serti, le mot hébraïque arabah signifiant plaine, solitude, désert. Dans plusieurs prophètes, cette mer est men-

LA MLR MORTE.

tionnée sous le nom de mer Orientale , par opposition «à la Méditerranée ou mer Occidentale. La V ulgate dans un passage l’appelle mer Morte, mare Mortuum, nom qui se trouve également employé par beaucoup d’auteurs anciens et qui est celui sous lequel on la désigne le plus habituellement de nos jours. L appellation de lac Asphaltite lui est de môme donnée par un grand nombre d’écrivains grecs et latins, et celle de lac de Sodome par l’historien Josèphe. Actuellement, les Arabes la nomment le plus souvent Bahr el-Louth ou mer de Loth.

Ces différentes dénominations et d’autres encore que porte la mer ou plutôt le lac qui nous occupe en ce moment, proviennent des diverses particularités qui la distinguent. Ainsi, l’extrême salure de ses eaux, beaucoup plus forte que celle de l’Océan et de la Méditerranée, lui a fait donner le nom de me? Salée ou mer du Sel. lous ses bords sont recouverts au loin d’efflorescences salines. Son fond se compose d’un mélange de vase bleue et de cristaux de sel. A l’extrémité sud-ouest du bassin ovoïde qu elle forme, s étend, le long de son rivage, un gîte salin très-considérable, connu sous le nom tle Djebel-Esdoum (montagne de Sodome). Des bancs de sel gemme surmontés de gypse et d’argile constituent la masse principale de cette petite montagne étroite et allongée, qui a six kilomètres de long sur un de large à la base et une hauteur de cent mètres. La seconde dénomination de lam-ha- Arabah (mer d’Arabah) trouve son explication toute naturelle dans l’existence de la longue vallée ainsi appelée dans le texte hébreu, qui court depuis les peutes méridionales du grand Hennon, au nord, jusqu’au golfe d’Akabah, l’ancien golfe Élanitique de la mer Rouge, au sud, dans une longueur d au moins 450 kilomètres. Cette vallée, l’une des plus célèbres du monde au point de vue historique, est en même temps la plus étonnante de toutes sous le rapport géologique. En effet, elle descend depuis la hauteur de 563 mètres au-dessus de la Méditerranée, si nous partons de la source du Nahr el-Hasbany, 1 une des trois sources principales et la plus élevée du Jourdain, jusqu’à la profondeur de 392 mètres au-dessous de la Méditerranée, à l’embouchure du fleuve dans la mer Morte. La différence de niveau du Jourdain entre la plus haute de ses sources et son embouchure, par conséquent entre le lit de la vallée à son point de départ le plus élevé et celui de cette même vallée à l’endroit où elle aboutit à la mer Morte, est donc de 955 mètres. Or, une semblable dépression est la plus forte qui existe sur le globe, et la surface de la mer Morte est la plus basse de toutes les mers ou lacs connus. Puis, à partir de l’extrémité méridionale de la mer Morle, la vallée se relève insensiblement depuis 392 mètres au-dessous de la Méditerranée jusqu’à 240 mètres au-dessus. De ce point, vers le nord, tous les torrents se rendent dans la mer Morte et, vers le sud, dans le golfe d’Akabali. Cette ligne de partage des eaux est située à 119 kilomètres au sud delà mer Morte et à 71 kilomètres au nord du golfe d’Akabah.

Les Arabes désignent actuellement cette vallée sous deux noms différents; ils appellent Rhôr toute la partie qui s’étend entre la source du Jourdain et son embouchure dans la mer Morte, et Arabah celle qui est comprise entre l’extrémité méridionale de la mer Morte et l’extrémité septentrionale du golfe d’Akabah. Cette dénomination d’Arabah conservée par les Arabes à toute la partie méridionale de la vallée, n’est que le nom antique donné autrefois par les Saintes Écritures, dans le texte hébreu, à la vallée tout entière. Celle-ci, comme je viens de le dire, atteint son maximum de dépression à l’embouchure du Jourdain, et là commence le bassin de la mer Morte, qui, dans sa partie centrale, s’enfonce encore de 350 mètres et occupe de la sorte le point le plus profond de la vallée. Cette particularité a dû frapper de tout temps l’attention des anciens, et de là le nom de lam-ha- Arabah donné à cette mer dans le texte hébreu.

J’ai déjà indiqué plus haut la raison de la troisième appellation de mer Orientale.

Quant à celle de mer Morte, elle est motivée par l’absence de tout être vivant dans ses eaux, qui

NORD DE LA JUDÉE

Mais ces poissons avaient dû y être entraînés, soit par Je Jourdain, soit par d’autres cours d’eau, et périr aussitôt; ensuite ils auront été rejetes sur ses bords.

La dénomination de lac Asphaltite est pareillement justifiée par l’existence, dans le sein de celte

Kasu-Had.il, v, jadis Beth-Hocla.

petite mer, d’une grande quantité d’asphalte. Au dire des Arabes qui habitent alentour, l’apparition de l’asphalte sur la mer Morte serait aujourd’hui toujours précédée de commotions souterraines. Ainsi, en 1834, à lu suite d’ un violent tremblement de terre, une grande masse d’asphalte échoua vers l’extrémité méridionale de son bassin. De même après le tremblement de terre qui, en 1837,

tiennent en dissolution une quantité énorme de matières salines. Quelques voyageurs modernes, ayant trouvé sur ses rives des poissons morts et des coquillages, en ont conclu qu elle renferme des poissons.

cl’asphalte, semblables à de petites îles, au dire des Arabes, qui se hâtèrent d’en recueillir de nombreux quintaux et de les vendre à des marchands de Beyrouth et de Jérusalem.

NORD DE LA JUDÉE

A en croire les indigènes, le bitume découlerait, en outre, sur plusieurs points, des roches du bord oriental de cette mer.

Elle s’étend du nord-nord-est au sud-sud-ouest, dans une longueur de 76 kilomètres; sa plus grande largeur ne dépasse pas 18. D’une forme elliptique très-allongée, elle est encaissée entre deux chaînes de hautes montagnes, celles de l’antique pays d’Ammon et de Moab à l’est, et celles de Juda à l’ouest. Au nord se déroule la large vallée du Jourdain, et au sud-est une grande plaine marécageuse remplie de fondrières. Ses eaux sont limpides, mais laissent au toucher une impression huileuse et désagréable, et à la longue déterminent l’éruption de pustules. Les différentes teintes qu elles offrent à leur surface varient suivant les saisons, l’état de l’atmosphère, le reflet des montagnes voisines, la hauteur du soleil et une foule de causes que je ne puis indiquer ici. Leur aspect général est, en somme, à peu près celui de toutes les mers. Les plages sont nues et arides, à part quelques endroits, où coule un peu d’eau, soit douce, soit saumâtre, et où croissent d’épais fourrés de roseaux et des bouquets de palmiers.

Dans le courant de l’année 1835, l’Irlandais Costigan, après avoir descendu le Jourdain sur un canot, osa le premier, avec un seul matelot, affronter la navigation de ce lac redouté, qui depuis tant de siècles n’avait été parcouru par aucun navire. Il le sillonna pendant cinq jours, et il y fit plusieurs sondages; mais exténué de chaleur et de fatigue et manquant de vivres, il ne regagna qu’avec beaucoup de peine l’extrémité septentrionale du rivage. Transporté mourant à Jérusalem, il expira bientôt dans la Ville sainte, où son corps repose dans le cimetière latin.

En 1837, deux Anglais, G. IL Moore et William G. Beek, tentèrent une nouvelle exploration de la mer Morte, qu’ils traversèrent en diverses directions du 29 mars au 17 avril. Ils y exécutèrent un certain nombre de sondages et de nivellements trigonométriques. Malheureusement, abandonnés par leurs guides et les gens de leur escorte, ils furent contraints d’interrompre leurs recherches, avant de les avoir terminées.

Dans l’année 1841, par les ordres de l’amirauté anglaise, le lieutenant Symonds entreprit une troisième navigation sur cette même mer; il fixa le niveau de celle-ci à 1,231 pieds parisiens ou 400 mètres au-dessus de la Méditerranée.

Puis vinrent la quatrième expédition exécutée par le lieutenant Molineux en 1847, et enfin les deux dernières et les plus complètes de toutes, accomplies, l’une, en 1848, par le lieutenant Lynch, et l’autre, en 1864, par M. Vignes, alors lieutenant de la marine française, et MM. Lartet et Combes, sous la haute direction de M. le duc de Luynes. M. Vignes a publié, en 1865, un résumé de ses propres recherches. Dans son travail, il estime la dépression delà surface de la mer Morte à 392 mètres au-dessous de la Méditerranée, chiffre inférieur à celui qui avait été indiqué par plusieurs autres voyageurs et que j’ai cru néanmoins devoir adopter, parce qu’il est le résultat d’observations faites avec beaucoup de soin et avec d’excellents instruments. Quant à la profondeur de la mer Morte ellemême, il s’est convaincu par de nombreux sondages de la parfaite exactitude de la plupart de ceux qu’avait exécutés le lieutenant Lynch ; néanmoins, sa sonde n’est nulle part descendue plus bas que 350 mètres. Lynch, au contraire, signale une profondeur allant jusqu’à 218 brasses, ce qui équivaut à 399 mètres.

M. Lartet, de son côté, a fait paraître plusieurs savants articles sur la mer Morte dans la collection du Bulletin de la Société géologique de France , et un écrit plus étendu, intitulé : Essai sur la géologie de la Palestine et des contrées avoisinantes, telles que V Égypte et l’Arabie. Enfin M. le duc de Luynes, le chef de l’expédition, avait composé, de son vivant, sur les résultats géographiques etarchéo-

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