MONTAGNE DR LA QUARANTAINE
peintures, aujourd’hui très-dégradées, qui en couvrent les parois intérieures. I/une de ces cavernes aériennes porte la désignation de sanctuaire de Sidna Aïssa ou de Notre-Seigneur Jésus, mot à mot,
de Noire-Seigneur Ésaü. Tel est, en effet, le nom que les Juifs et, d’après eux, les musulmans, donnent à Jésus-Christ. Un arceau ogival construit vers l’est, du côté qui regarde l’abîme, semble attester un travail de l’époque des Croisades; mais la chapelle elle-même avec ses vieilles peintures
NORD DE LA JUDÉE
date certainement d’une époque plus ancienne. C est là que, suivant la tradition, le Sauveui auiait jeûné pendant quarante jours et quarante nuits. Mais continuons à escalader péniblement les pentes de la sainte montagne; dans certains endroits, elles sont tellement roides qu’il faut s’aider des mains non moins que des pieds, en se gardant bien de tourner les yeux derrière soi, dans la crainte d’éprouver quelque vertige. Enfin nous arrivons au sommet, et alors nous sommes dédommagés de notre peine par l’admirable panorama qui se déroule devant nous. A l’est, notre regard erre dans les vastes plaines de Jéricho, suit les contours sinueux du Jourdain et la lisière verdoyante qui le borde, aperçoit l’embouchure de ce fleuve dans la mer Morte, se promène au loin sur ce grand lac, et plus à l’orient distingue la plupart des chaînes montagneuses de l’Auranitide et du pays de Moab. Vers l’ouest, il embrasse tout un ensemble de ravins sauvages et de montagnes nues et austères qui composaient jadis le désert de Jéricho. En outre, les vestiges d’une ancienne forteresse complètement renversée, mais dont les contours ou les arasements demi-circulaires sont encore très-reconnaissables, attirent notre attention. Du côté de l’est, cette enceinte avait pour défense naturelle l’escarpement même de la montagne; ailleurs, là où elle était plus accessible, elle était protégée par un fossé creusé dans le roc. Ne serait-ce pas l’une des deux forteresses que signale Strabon, sous le nom de Threx et de Taurus, comme étant situées près de Jéricho et ayant été renversées par Pompée? ( Géographie , 1. XVI, ch. il, § 40.) J’incline, pour mon compte, à placer l’une d’entre elles sur le haut de la montagne de la Quarantaine, à l'endroit où sont les ruines que je mentionne en ce moment, et l’autre sur les bords de l’Oued el-Kelt, au point culminant du K barbet- K ah oun. Sur le sommet de cette même montagne, une autre ruine peu considérable, mais d’un très-grand intérêt pour le chrétien, sollicite les regards et la vénération des pèlerins : c’est celle d’un petit oratoire, à moitié démoli et terminé vers l’est par une absidiole. Une quantité de croix, dont quelques-unes paraissent fort anciennes, ont été gravées sur ses murs par de pieux visiteurs. Il passe en effet pour avoir été érigé sur le lieu même d’où le démon, tentant le Christ, lui aurait montré les royaumes de la terre, et les lui aurait offerts, s’il consentait à l’adorer. C’est la tradition, tant de la pénitence à laquelle Notre- Seigneur se soumit sur les flancs de cette montagne, que de sa tentation sur le sommet, qui, dès les premiers siècles du christianisme, comme le prouvent les grottes dont elle est perforée de toutes parts vers l’est et aussi vers le sud, en fait une espèce de grande laure, habitée par une foule d’anachorètes qu’attiraient dans ces lieux ces souvenirs sacrés.
A l’époque des Croisades, ce mont vénéré appartenait aux chanoines du Saint-Sépulcre, et un couvent, auquel étaient affectées pour son entretien et pour celui des pèlerins les dîmes de Jéricho, était occupé par des religieux appelés les Frères de la Quarantaine.