‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 41 sur 100 · OUED EL-KELT — RAMATH AI M-SOPH IM · texte numérisé non relu

OUED EL-KELT — RAMATH AI M-SOPH IM

L’Oued el-Kelt, que j’ai déjà mentionné plus haut, est une vallée profonde et abrupte que bordent d’âpres rochers dans une grande partie de son parcours d’ouest en est; à l’endroit où elle débouche dans la plaine de Jéricho pour aller aboutir ensuite au Jourdain, elle voyait jadis s’élever près de ses berges, à deux kilomètres au sud de la fontaine d’Élisée, la Jéricho hérodienne qui avait succédé sur un autre emplacement à la Jéricho chananéenne.

Dans le fond de cette vallée coule un torrent qui tarit rarement. On le franchissait autrefois, en ce

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«3. Retire-toi d’ici, va vers l’orient, et cache-toi au torrent de Keritb, qui est vis-à-vis dn Jourdain.

« 4. Tu boiras du torrent, et j’ai commandé aux corbeaux de t’y nourrir.

« 5. Il partit donc, et fit selon la parole du Seigneur; il s’en alla et demeura au torrent de Keritb, qui est vis-à-vis du Jourdain.

« 6. Et les corbeaux lui apportaient du pain et de la chair le matin, et de même du pain et de la chair le soir, et il buvait de l’eau du torrent. » (Rois, 1. III, ch. xvn, $ 2-6.)

Il n’est plus ensuite fait mention de ce torrent dans la Bible. Ce qui justifie surtout l’identification du Nabal-Kerith avec l’Oued el-Kclt, c’est la ressemblance assez frappante de ces deux noms; en effet,

point, sui un pont depuis longtemps détruit et dont il subsiste encore quelques débris. Cet oued est generalement identifié avec le Nabal-Kerith, en latin torrens Carith, où Élie, par l’ordre du Seigneur, se retira quelque temps et fut miraculeusement nourri par des corbeaux.

Nous lisons à ce sujet dans le troisième livre des Rois :

« 2. La parole du Seigneur fut adressée à Elie, disant :

Arche d’un aqueduc dans i.’Oced el-Kei.t.

NORD DE LA JUDÉE

dans la transcription des noms propres de l’hébreu en arabe, le lamed hébraïque permute souvent avec le ra arabe, et réciproquement, d’où le facile changement de Kerith en Kelith, et ensuite en Kelt.

On s’accorde également à reconnaître dans l’Oued el-Kelt la vallée d’Achor, où, longtemps avant l’événement que je viens de rappeler d’après la Bible, Acban avait été lapidé, par 1 ordre de Josué, avec toute sa famille, pour s’être réservé, contrairement aux prescriptions du Seigneur, une part du butin dans le sac de Jéricho. (JosuÉ, ch. vu, jr 24-26.) Cette vallée est indiquée comme formant, vers l’est, l’une des limites septentrionales de la tribu de Juda, au sud de Gilgal. (JOSUÉ, ch. xv, j/ 7.) Or, l’Oued el-Kelt serpente précisément au sud du tell Djeldjoul, qui marque remplacement et a retenu, légèrement altéré, le nom de l’antique Gilgal, où les Hébreux campèrent après avoir franchi le Jourdain.

En remontant la rive méridionale de cet oued pour retourner à Jérusalem, on chemine péniblement sur une voie antique dont les pavés sont disjoints et qui, par intervalles, s’élève en escalier. C’est l’ Ascensus Adommim de la Vulgate, en hébreu Maaleh Adoummim ou la montée d’Adoummim, ainsi appelée parce qu’elle conduisait à un poste militaire de ce nom, situé à moitié chemin à peu près entre Jérusalem et Jéricho, et destiné à protéger les voyageurs sur cette route peu sûre autrefois comme maintenant, témoin la parabole si connue du bon Samaritain faisant soigner dans une hôtellerie un homme blessé et dépouillé par les voleurs, pendant qu’il descendait de Jérusalem à Jéricho. Ce fort, plusieurs fois reconstruit et aujourd’hui tombant en ruine, est désigné par les Arabes sous la dénomination de Kalat ed-Demm (château du Sang), reproduction fidèle de celle de castrum Adommim qu’il portait jadis et que saint Jérôme interprète de la manière suivante : « Castrum Rubentium, propler sanguinem (pii illic crebro a latronibus funditur. » (Fort des Rouges, à cause du sang qui est souvent répandu en cet endroit par les voleurs.)

Longtemps avant d’atteindre les débris de ce fort, et en gravissant une colline qui surplombe vers le sud les flancs escarpés de l’Oued el-Kelt, on aperçoit devant soi, sur les parois septentrionales de l’oued et dans sa partie inférieure, plusieurs grottes artificielles dont les plus considérables sont munies de murs du côté qui regarde le ravin. On observe aussi les restes assez bien conservés d’un pont-aqueduc traversant l’oued. Ces grottes faisaient partie de l’ancienne laure, dite de Chouziba, fondée par un moine nommé Jean, contemporain de saint Sozime. Il est impossible de choisir un site plus sauvage, d’un aspect plus austère et d’un accès plus difficile que celui-là. Toutes ces cellules ont été néanmoins jadis habitées, et de nombreux religieux y ont tour à tour passé leur vie, dans les macérations, dans la prière, dans la contemplation ou dans le chant de pieux cantiques. Elles servent maintenant d’asile à des colombes, à des tourterelles et aussi quelquefois à des oiseaux de proie, principalement à des corbeaux, descendants peut-être de ceux qui nourrirent jadis le prophète Elie dans l’une des cavernes du même torrent.

L’higoumène russe Daniel, qui visita la Palestine en 1115, nous donne des détails très-précis sur l’emplacement de cette laure. Il en est de même du moine Phocas, qui, soixante-dix ans après, parcourut la Terre sainte et qui mentionne également le couvent de Chouziba à l’endroit où j’en signale les ruines.

Dans ma Description de la Judée , j’ai décrit toutes les villes ruinées ou encore debout dont est parsemé le grand massif montagneux qui s’étend à l’ouest entre Jérusalem et la plaine de Saron. Sans les signaler ici toutes, je vais dire quelques mots des plus célèbres d’entre elles.

A huit kilomètres environ au nord-ouest de Jérusalem, on remarque une belle montagne isolée qui

OUED EE-KELT.

RAMATHAÏM-SO I' H I M.

à la hauteur de huit cent vingt mètres au-dessus de la Méditerranée. Le plateau qui la couronne mesure deux cent cinquante mètres de long sur cent de large. Un faible hameau, qui, comme la

NORD DE LA J ÜDÉE

montagne, porte le nom de Neby-Samouïl (le prophète Samuel), le couvre en partie et se borne à quelques misérables habitations où demeurent une vingtaine de musulmans. Plusieurs maisons néanmoins méritent de fixer notre attention. I/une se compose d’une salle creusée tout entière dans le roc, qui mesure vingt pas de long sur neuf de large, et que surmonte une voûte cintrée en petites pierres d’époque plus récente. A côté de cette chambre, vers l’est, en est une seconde également pratiquée dans le roc, mais de dimensions moindres. Vers l’ouest, on pénètre par une porte rectangulaire dans une troisième enceinte plus étendue dont la partie antérieure est divisée en plusieurs compartiments, tous excavés entièrement dans le roc. A quelque distance de là, on observe que le rocher de la plateforme de la montagne a été taillé de manière à constituer une sorte de soubassement continu destiné à recevoir les assises d’une construction importante, aujourd’hui détruite. Le village est alimenté d eau par deux sources. L’une est recueillie dans une vaste et profonde citerne creusée dans le roc. L’autre, située plus bas, est renfermée dans une grotte rectangulaire où l’on descend par plusieurs degrés; elle est connue sous le nom de Ain en-Neby-Samouil (source du prophète Samuel).

Sur le point culminant de la montagne est une mosquée consacrée à ce même personnage. C est une ancienne église chrétienne en forme de croix latine, et dont une chapelle obscure fermée par une giille contient un sarcophage en bois recouvert d’un tapis où, d après la tradition musulmane, reposeraient les restes du saint prophète, tradition évidemment erronée, puisque nous savons par un passage de saint Jérôme que, l’an 406 de notre ère, les ossements de Samuel furent transportés de Judée à Chalcédoine, d’où ensuite, comme nous l’apprend l’historien ecclésiastique Calliste, ils furent envoyés à Constantinople et déposés dans une église auprès du palais de rilebdomon.

Au nord de la mosquée, un escalier intérieur permet démonter sur les terrasses qui la couronnent et de là au sommet d’un petit minaret du haut duquel la vue est très-étendue. On a sous les }eux une assez grande partie de la Palestine. A l’ouest, la Méditerranée; à 1 est, au delà du Jourdain et de la mer Morte, les montagnes d’ Ammon et de Moab ; au nord, les principales chaînes des monts d’Éphraïm ; au sud, celles des monts de Juda; tel est le vaste cadre du tableau qui se déroule devant le regard, et dans ce cadre, que de points jadis habités ou qui le sont encore! Ce ne sont plus guère, à la vérité, que des ombres de ce qu’ils étaient autrefois et de simples souvenirs, mais ces souvenirs sont impérissables.

Pour ne mentionner ici qu’une seule ville, Jérusalem, vers le sud-est, apparaît distinctement avec ses dômes et ses minarets, ses tours et ses remparts crénelés.

Les pèlerins qui auparavant se rendaient de Jaffa à Jérusalem par la route qui passe au pied de Neby-Samouïl, route aujourd’hui abandonnée par eux, gravissaient d’ordinaire cette montagne pour apercevoir plus tôt et de plus loin le but principal de leur pèlerinage, A la vue de ce but si ardemment appelé de leurs vœux, et pour lequel ils avaient bravé souvent tant de périls, ils versaient des larmes de joie et se livraient à tous les transports d’une pieuse allégresse; de là le nom de morts Gaiidtij ou Montjoie, donné par eux à cette montagne.

Le même escalier qui conduit aux terrasses de la mosquée et au minaret qui les domine mène aussi à plusieurs salles tombant en ruine, et qui faisaient partie d’une abbaye attenante à cet édifice, et comme lui ouvrage de l’époque des Croisades. Outre ces salles, des voûtes écroulées, des souterrains et des monceaux de décombres attestent l’ancienne importance de cette abbaye. Elle avait été construite par des moines Prémontrés dans le courant du douzième siècle, et avait succédé trèsprobablement à un couvent antérieur qui contenait, sinon le corps, du moins le tombeau de Samuel. En effet, nous savons par Procope que Justinien avait environné d’un mur le monastère de Saint-Samuel.

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