AÏ AL ON
soldats qu il avait abandonnés derrière lui et le poursuivirent avec acharnement jusqu’à Antipatris. (' Guerre des Juifs, 1. II, ch. xix.)
Dans son hpitaphe de sainte Poule, saint Jérôme nous montre cette illustre Romaine partant de Nicopolis pour gravir les hauteurs de Béthoron inférieure et de Béthoron supérieure, villes, dit-il, fondées par Salomon, mais plus tard détruites, par suite des calamités et des vicissitudes de la guerre.
<( Atque inde proficiscens ascendit Béthoron infer iorem et super iorem, urbes aSalornone conditas, sed varia postea bellorum tempestate deletas. »
Il ne faut prendre à la lettre ni l’ expression de conditas, ni celle de deletas. Les deux villes de
Beit-Aod» el-Fooka ( Béthoron supérieure).
Béthoron, en effet, n’avaient point été fondées par Salomon, mais seulement rebâties et fortifiées par lui, puisqu’elles existaient déjà lors de l’entrée des Hébreux dans la Terre promise; et en second lieu, elles n’étaient point complètement détruites à l’époque du pèlerinage de sainte Paule: car, au témoignage de saint Jérôme lui-même dans son Commentaire sur le prophète Sophonie, elles subsistaient encore à l’état de simples villages, comme le prouve le passage suivant :
Rama et Béthoron et reliquœ urbes nobiles a Salomone conditæ parmi viculi demonstrantur .
De nos jours, elles sont demeurées à peu près telles que ce Père de l’Église les décrit.
Deux grandes heures de marche par un sentier très-accidenté séparent Beit-Aour et-Thala ou Béthoron inférieure de Yalô, l’antique Aïalon. Il faut successivement franchir dans la direction du sud-ouest plusieurs montagnes et des ravins plus ou moins profonds, dont les deux plus importants sont POued-Soleiman, puis l’Oued-Mansour. Yalô est situé sur une colline oblongue, d’un kilomètre de pourtour, et dont Je plateau était autrefois environné d’un mur d’enceinte. De cette muraille il subsiste encore quelques pans en gros blocs assez bien équarris. Au sommet de la colline, on remarque les débris d’un petit château en belles pierres de taille. Le village actuel renferme cinq cents âmes. Les maisons sont très-grossièrement bâties ; elles sont presque toutes précédées d’un
NORD DE LA JUDÉE
dernière. Les Danites ne purent néanmoins d’abord en expulser les Amorrhéens, qui ne furent rendus tributaires que plus tard, quand la maison de Joseph fut devenue plus puissante.
La vallée qui est au nord du village est la célèbre vallée d’Aialon, immortalisée par celte parole fameuse de Josué, qui, dans la crainte que le jour ne lui manquât pour achever la complète destruction des troupes des cinq rois amorrhéens, s’écria, en les poursuivant à la descente de Béthoron : « Soled, arrête-toi sur Gabaonj et toi, lune, sur la vallée d’Aïalon. »
silo creusé dans le tuf et destiné à contenir du blé, de l’orge et de la paille. Près du village s étendent des jardins fertiles où les figuiers surtout abondent. Les flancs de deux collines voisines ont été excavés, soit pour y pratiquer des cavernes ou des tombeaux, soit pour en extraire des blocs de construction.
Aïalon, dont Yalô a conservé fidèlement à travers les siècles le nom et 1 emplacement, était située sur les limites des tribus de Juda, de Benjamin et de Dan, et fut primitivement assignée à cette
VüE DU HAUT DE LA COLLINE DE BÈTHOllON.
Sous Saül, Aïalon fut témoin d’une défaite des Philistins par ce prince, qui les poursuivit depuis Michmas jusqu’à cette ville. Plus tard, elle fut fortifiée par Roboam, qui l’enferma dans une enceinte muree. Sous le rèqne d’Achaz, elle tomba au pouvoir des Philistins, et c’est la dernière fois qu’elle est mentionnée dans les Livres saints.
NORD DE LA JUDÉE
EMMAÜ S-NICOPOLIS
Deux kilomètres à peine à l'ouest-sud-ouest d’Yalô, on rencontre un petit village appelé Amouas. Situé partie dans une vallée et partie sur les pentes d'un monticule, il contient tout au plus deux cents habitants. Près du village est un puits antique dont l’eau est abondante et intarissable. Dans les flancs des montagnes voisines ont été creusées plusieurs grottes sépulcrales.
Quelques minutes plus au sud, on voit les restes d’une église byzantine dont les nefs sont entièrement détruites ; les trois absides tournées vers l’orient sont encore debout, du moins en partie, et les assises qui les forment sont en magnifiques blocs, très-régulièrement taillés.
A une faible distance de là, vers le sud-ouest, les ruines de Lathroun, assises sur une colline, sont celles d’une forteresse reconstruite à l’époque des Croisades, et qui doit jadis avoir servi d acropole à la ville dont Amouas a gardé le nom. Cette forteresse était flanquée de tours. Ces murs qui l’environnaient, et dont une partie existent encore, sont bâtis en talus, avec des blocs d assez bel appareil. Néanmoins, ils lie sont probablement pas antérieurs aux croisés; les matériaux seuls proviennent de construclions plus anciennes.
Tels sont les débris de l’antique ville d’Emmaüs, appelée plus tard Nicopolis, et qui, depuis la conquête arabe, a repris sa dénomination primitive, à la place du nom grec qui lui avait été imposé.
Dans le livre de Josué, parmi les villes de la tribu de Benjamin, il en est mentionné une du nom d’Amosa.
L’an 164 avant Jésus-Christ, Judas Macchabée remporte une éclatante victoire sur les Syriens, au sud de cette ville, que la Bible et Josèphe appellent Emrnaüs ou Ammaüs. Sous les Romains, Emmaüs devient le chef-lieu d’une toparchie. Josèphe la mentionne à côté de Lydda. Réduite en servitude par Cassius, elle est ensuite incendiée, l’an 4 après Jésus-Christ, par Quintilius Varus. Au moment de c ommencer le siège de Jérusalem, Titus donne l’ordre à la cinquième légion, qui était campée a Emmaüs, de le rejoindre à son camp de Gabath-Saül.
L’an 223 après Jésus-Christ, cette ville est rebâtie, et reçoit le nom de Nicopolis. D’autres historiens, au contraire, affirment qu’elle aurait été antérieurement appelée ainsi par les Romains, à la suite de la prise de Jérusalem, et comme témoignage de leur victoire sur les Juifs. Une question importante se présente ici : Emmaüs-Nicopolis est-elle la même localité que l’ Emmaüs évangélique, où Notre-Seigneur rompit le pain avec deux de ses disciples, le jour de sa résurrection ;
J’ai déjà traité assez longuement cette question dans mon ouvrage sur la Judée, et j’ai développé, sans parti pris et ne cherchant que la vérité, les raisons qui militent, les unes pour Amouas, les autres pour Koubeibeh. Sans reproduire tous les arguments que j’ai fournis alors, je me bornerai à dire qu Amouas, l’ Emmaüs-Nicopolis des anciens sans aucun doute, est pour Eusèbe, pour Sozomène, pour Théophanes et pour saint Willibald, d’après les divers textes que j’ai cités de ces auteurs, l’Emmaüs de saint Luc, laquelle, dans plusieurs manuscrits grecs de cet évangéliste, et notamment dans le Codex Cyprius, le Codex V indobonensis et le Codex Sinaïticus, regardé comme le plus ancien de tous, est marquée non pas à soixante, mais à cent soixante stades de Jérusalem, distance qui s’accorde très-bien avec la position d’ Amouas, qui est à six heures de marche de la Ville sainte. Une pareille distance, à la vérité, rend plus difficiles l’aller et retour des deux disciples dans la même journée; néanmoins, elle est loin de les rendre impossibles, et tous les jours des hommes tant soit peu habitués à la marche, comme devaient 1 être les