‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 46 sur 100 · EMMAÜS-NICOPOLIS · texte numérisé non relu

EMMAÜS-NICOPOLIS

deux disciples qui avaient accompagné Notre-Seigneur dans toutes ses tournées, exécutent des étapes aussi longues que celles-là, pour les intérêts souvent les plus mesquins; à plus forte raison, les deux ( isciples, témoins de l’apparition du Sauveur, devaient-ils être empressés de retourner à Jérusalem pour annoncer à leurs frères le grand mystère de la résurrection du Christ, et, surexcités par un tel miracle, ils hâtèrent sans aucun doute le pas, et franchirent rapidement les vingt-neuf kilomètres qui les séparaient de la Cité sainte, où ils purent très-aisément arriver à minuit au plus tard, et trouver les disciples encore assemblés au cénacle. D’autre part, Koubeibeh peut invoquer en sa faveur : 1° le texte de la Vulgafe et la plupart des manuscrits grecs de saint Luc, où le chiffre de soixante stades remplace celui de cent soixante des manuscrits dont j’ai parlé; 2° une tradition presque non interrompue, remontant au moins à l’époque des Croisades, si même elle n’est pas

d’une date plus ancienne, et qui fixe à Koubeibeh la scène d’Emmaüs; 3° une facilité beaucoup plus grande pour les deux disciples ü’accomplir dans la même journée le voyage de Jérusahm à Emmaüs, et le retour d’Emmaüs à Jérusalem. Dans les deux endroits, du reste, deux églises remarquables peuvent également revendiquer la gloire d’avoir été élevées jadis en souvenir de ce grand événement, et toutes deux heureusement, grâce à la munificence de deux nobles Françaises, sont maintenant arrachées à la destruction complète dont elles étaient menacées. En 1861, mademoiselle de Ni col aï a fondé à Koubeibeh un sanctuaire et un petit monastère, dit d’Emmaüs, qu’elle a concédés aux Pères Franciscains. C’est là que, depuis plusieurs années, elle repose du sommeil des justes, dans la chapelle due à ses dons, et où elle avait si souvent prié. Emule de ses vertus et de ses pieuses fondations, mademoiselle de Saint-Criq d’Artigau a, de son côté, acheté en 1880 les ruines de la basilique d’Amouas, quelle se propose de restaurer, en l’enfermant dans un monastère. Ainsi, les deux localités qui se disputent l’honneur d’être l’Emmaüs évangélique auront chacune leur sanctuaire, et les chrétiens seront sûrs, de cette manière, de posséder le véritable, quel que soit le chiffre que l’on doive adopter pour la distance qui séparait Emmaüs clc Jérusalem. La tradition qui s’appuie sur la Vulgate et sur le chiffre de soixanle stades est représentée par le sanctuaire de Koubeibeh; celle qui s’autorise de la leçon des manuscrits qui marquent cent soixante stades, et vers laquelle j’incline, pour mon compte, parce qu’elle a pour elle les plus anciens témoignages et la persistance du nom même d’Emmaüs dans celui d’Amouas, va être à son tour consacrée par un antre sanctuaire dans cette dernière localité.

NORD DR 1, A JUDÉE

KIRIATH-IEARIM- SOURA

Lathroun commande le seuil des monts de la Judée, sur l’une des roules de Jaffa à Jérusalem. A partir de ce point, en effet, l’oued qui sillonne la plaine sous le nom d’Oued-Aly se resserre dans une vallée plus étroite, et la montée véritable commence. La route serpente parfois entre deux murs de rochers hérissés d’arbustes et de broussailles, le long du lit du torrent. Après avoir gravi péniblement cette gorge dans la direction de l’est, pendant plus de dix kilomètres, on laisse à sa droite sur une montagne voisine le petit village de Saris, l’antique Saris de la tribu de Juda; puis, trois kilomètres plus loin, dans la même direction, on parvient à Kiriet el-Anab. Ce village, qui s’élève sur les pentes d’une colline, est plus connu sous le nom d’Abou-Goch, parce qu’il est depuis longtemps la résidence de la famille ainsi appelée, jadis l’effroi des voyageurs qu’elle rançonnait au passage. Au bas du village est une ancienne église, dite de Saint-Jérémie. Après avoir, pendant près de quatre siècles, servi d’étable aux musulmans, elle a été concédée à la France, il y a quelques années, à la demande de M. de Vogüé, alors ambassadeur à Constantinople. Cet édifice est en assez bon état de conservation, bien qu’il remonte au douzième siècle et que depuis longtemps il ait été non-seulement privé de tout entretien, mais encore continuellement dégradé par l’usage auquel on l’a fait servir. La crypte, qui était à moitié comblée, est actuellement en partie débarrassée de la terre et des décombres qui la remplissaient. On y remarque, de même que dans l’église supérieure qui a trois nefs et des absides, des restes d’anciennes peintures murales. Les religieux qui vont être appelés à l’honneur d’y faire refleurir le culte catholique devront la réparer, et élever pour eux-mêmes à côté un couvent sur les ruines de l’ancien. Comme le nom de Saint-Jérémie est resté attaché à cette église, on en a conclu souvent qu’elle avait été bâtie sur le lieu de la naissance de ce grand prophète, et que, par conséquent, Kiriet el-Anab devait être identifié avec Anathoth, ce qui est une complète erreur qu’il est inutile de réfuter de nouveau ici. Il faut, selon toute vraisemblance, reconnaître dans le village actuel l’ancienne Kiriath- Iearim, la Cariatbiarim de la Yulgate, dont le nom primitif, Baalah ou Kiriath-Baal, faisait allusion sans doute à quelque temple en l’honneur de la principale divinité des Chananéens, qui était adorée en cet endroit.

Nous savons par le livre Ier des Rois que l’arche sainte étant tombée entre les mains des Philistins, ceux-ci, s’étant vus frappés d’un mal affreux par suite du séjour de l’arche au milieu d’eux, se décidèrent à la renvoyer. Ils la placèrent sur un chariot neuf, attelé de deux génisses qui prirent d’ellesmêmes le chemin de Bethsamès, où elles s’arrêtèrent. Les Bethsamites témoignèrent une grande joie a la vue de l’arche et s’empressèrent d’immoler au Seigneur, comme premières victimes, les génisses qui l’avaient amenée; mais s’étant rendus eux-mêmes coupables d’une indiscrétion sacrilège, en portant dans l’intérieur de l’arche un regard profane, ils expièrent aussitôt, par la mort soudaine d’un grand nombre d’entre eux, la faute qu’ils avaient commise. Alors ils envoyèrent des messagers aux habitants de Cariathiarim et les prièrent d’emmener l’arche chez eux. Ceux de Cariathiarim vinrent et emmenèrent l’arche, qu’ils placèrent dans la maison d’Abinadab, sur une hauteur; Éléazar, son fils, en fut constitué le gardien. Vingt ans plus fard, David la fit transporter avec grande pompe dans la maison d’Obed-Edom, où elle demeura trois mois avant d’être introduite à Jérusalem et installée d’abord sur le mont Sion, puis sur le mont Moriah, dans le sanctuaire du Temple.

Page 1