KO U L ON
KOULON *
A trois kilomètres et demi à l’est de Souba.on rencontre le village de Koulounieh; il renferme cinq cents habitants et est situe sur les pentes d’une montagne rocheuse qui s’élève comme par gradins gigantesques que l’on dirait, en certains endroits, dus au travail de l’homme plutôt qu’à la nature,
Kouloünieh, jadis Koulon.
tant ils sont réguliers. Les maisons sont bâties les unes au-dessus des autres par étages successifs. Une petite mosquée passe pour fort ancienne. Quelques cavernes ont été dans le principe des carrières et sont devenues ensuite des tombeaux.
Au bas du village coule une source abondante. Près de la route, on observe les restes d’un édifice mesurant trente-cinq pas de long sur dix-huit de large, et dont les murs d’enceinte sont encore debout
NORD DE LA JUDÉE
jusqu’à une certaine hauteur. Les assises qui les composent sont formées de magnifiques blocs, les uns complètement aplanis, les autres, particulièrement ceux des angles, relevés en bossage. Près de là se trouvent des voûtes renversées et des citernes à moitié comblées.
A une faible distance vers l’est, on franchit sur un pont l’Oued Beit-Hanina, que les pèlerins désignent d’ordinaire sous le nom de torrent du Térébinthe. Ce pont, dont les piles datent peut-être de l’époque romaine, mais dont les quatre arches, principalement la plus grande, qui est de forme légèrement ogivale, accusent une époque plus moderne, est surmonté d’un tablier qui est pavé de gros blocs aujourd’hui fort inégaux, usés qu’ils sont depuis de longs siècles par toutes les caravanes qui le traversent sans cesse. Sur les bords de l’oued, de frais et verdoyants jardins sont cultivés avec soin. Ils sont plantés d’orangers, de citronniers, de grenadiers, de cognassiers et d’amandiers. La vigne y croît aussi parfaitement.
Dans la version des Septante, au chapitre xv du livre de Josué, un verset qui manque dans le texte hébreu et dans la Vulgate signale une ville appelée Koulon parmi celles de la tribu de Juda. Cette ville, à en juger par les autres localités au milieu desquelles elle est citée, paraît avoir été située précisément dans le district où se trouve aujourd’hui Koulounieh. En outre, les deux noms se rapprochent tellement l’un de l’autre qu’on ne peut guère se tromper en identifiant le village actuel avec l’antique Koulon, dont Koulounieh semble avoir gardé, avec la position, l’appellation hébraïque, ou plutôt peut-être ehananéenne.
KAREM
Trois quarts d’heure de marche dans la direction du sud conduisent de Koulounieh à Aïn-Karim, appelé par les chrétiens Saint-Jean du Désert, ou Saint-Jean de la Montagne. Ce village, assis sur un petit plateau incliné, au bas d’une montagne et au-dessus d’une riante vallée, peut renfermer un millier d’habitants, parmi lesquels deux cents sont catholiques; les autres sont musulmans. Les ancêtres de ces derniers passent pour Maugrabins, c’est-à-dire pour originaires de l’Occident et principalement de l’Espagne, d’où ils auraient été expulsés sous Ferdinand le Catholique. Leurs maisons, bien que grossièrement construites, offrent toutefois un aspect un peu moins misérable que dans certaines autres localités. Ils sont cultivateurs ou occupés à différents métiers. Leurs femmes vont vendre à Jérusalem le produit de leur travail. Les flancs des montagnes qui leur appartiennent sont parsemés d’oliviers ou plantés de vigues. De nombreuses terrasses soutiennent le sol, qu’ entraîneraient autrement les pluies de l’hiver. La fertile vallée dont j’ai parlé et qu arrosent les eaux d une fontaine appelée Aïn-Karim, laquelle a donné son nom au village, est riche en légumes de toutes sortes. On y remarque aussi quelques arbres fruitiers. Plusieurs habitants se livrent également a l’éducation des abeilles et recueillent de leurs ruches un miel très -aromatique.
A quelle localité antique répond le village d’ Aïn-Karim? Le livre de Josué, au verset GO du chapitre xvi, mentionne, dans la version des Septante, une ville du nom de Karem, parmi celles de la tribu de Juda. Ce nom signifie en hébreu vigne, et est identique avec le mot irabe kerm , qui a le même sens et qui veut dire en même temps être généreux. Aïn-Karim peut donc se traduire, soit par source des vignobles, soit par source généreuse, abondante. Dans tous les cas, c’est la dénomination antique de Karem qui a amené la dénomination arabe d’ Aïn-Karirn. Observons que le village qui nous occupe en ce moment appartient précisément au district montagneux dont il s’agit dans le verset où Karem est citée, et que