‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 49 sur 100 · K A REM · texte numérisé non relu

K A REM

les Vignobles qu'y cultivent ses habitants sont encore aujourd'hui les plus renommés de la Palestine. One ancienne tiadbion place a Aïn-ICarim la naissance do saint Jean-Baptiste, et près de là, la ren¬

contre de la Sainte Vierge et de sainte Élisabeth, qui a été consacrée par deux sanctuaires dont je vais dire quelques mots.

NORD DE LA JUDÉE

A l’est du village, s’élève un couvent dédié au précurseur du Messie. Agrandi de nos jours, il a deux étages que couronnent de vastes terrasses. Une partie des bâtiments est affectée à la réception des étrangers. Comme tous les monastères de la Palestine, celui-ci est solidement construit, avec des murs très-épais et des portes bardées de fer capables de résister aux attaques des Arabes. Il renferme sept moines prêtres et sept Frères, tous Espagnols. Un Père curé est chargé de la paroisse catholique; il administre les sacrements, et, en même temps qu’il est le chef naturel de ses paroissiens dans les affaires spirituelles, il s’efforce, autant qu’il le peut, de leur servir également de patron dans le s choses temporelles. Un maître d’école arabe, entretenu par le couvent, fait la classe aux petits garçons.

T/église est à trois nefs; elle mesure trente-sept pas de long sur une vingtaine de large. Surmontée d’un dôme élégant que soutiennent quatre grands piliers, elle est pavée en pierres de différentes couleurs et en marbres divers constituant une sorte de mosaïque. Parmi les tableaux qui la décorent, il en est un qui représente saint Jean-Baptiste dans le désert, et que l’on attribue à Murillo. Le maître-autel est consacrée à Zacharie, père de saint Jean. A droite est une chapelle dédiée à la Visitation de la Sainte Vierge et de sainte Élisabeth. A gauche, on descend dans une chapelle souterraine par sept degrés en marbre. Sous la table en marbre de l’autel, une ouverture ronde indique l’endroit où sainte Elisabeth avait mis au monde celui qui devait être un jour le plus grand des enfants des hommes. Cinq bas-reliefs en marbre blanc, encadrés dans le mur en demi-cercle, et dont l’effet est rehaussé par un fond noir, représentent les principaux événements de la vie de saint Jean-Baptiste : la Visitation de la Sainfe Vierge, la Naissance du Saint, sa Prédication dans le désert, le Baptême qu il donne à Notre-Seigneui , enfin sa Décollation. Ces sculptures sont justement estimées. Six lampes, continuellement allumées, répandent une douce clarté dans cette crypte, qui est désignée sous le nom de sanctuaire de la Nativité de saint Jean-Baptiste. La fondation première de cette église a été attribuée, comme celle de beaucoup d’autres édifices religieux de la Terre sainte, à l’auguste mère de Constantin; mais cette assertion ne repose sur aucun témoignage contemporain ni même voisin de l’époque où vivait sainte Hélène, et l’on ne peut sans témérité y asseoir, comme sur une base certaine, aucune affirmation sérieuse. La date donc de la construction primitive de cette église nous est inconnue. Mentionnée par de nombreux pèlerins du douzième et du treizième siècle, elle fut ensuite abandonnée par les chrétiens, et servit longtemps d’étable et d’écurie aux habitants du village, qui y mettaient leurs troupeaux et leurs bêtes de somme. En 1579, les Franciscains obtinrent la propriété de cette église. Néanmoins, ils n’habitaient point le village et se contentaient de venir annuellement de Jérusalem célébrer la messe dans ce sanctuaire, le jour anniversaire de la fête de saint Jean-Baptiste. Quelques années plus tard, il retomba au pouvoir des indigènes. En 1G21, le R. P. Thomas de Novare, alors custode de Terre sainte, parvint, à force de démarches et surtout d’argent, à reconquérir cette même église. Arrachée ensuite encore une fois aux Franciscains par les habitants d’Aïn-Karim, elle redevint une étable. Eu 1072, le marquis de Nointel, ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte, obtint du sultan de Constantinople un firman qui autorisait les Franciscains à rentrer en possession de ce précieux sanctuaire. Ils dépensèrent des sommes considérables pour le réparer; puis ils bâtirent à côté un couvent pour eux-mêmes et un hospice pour les étrangers. Forcés, en 1679, de se retirer, ils durent attendre encore quelques années avant de devenir définitivement maîtres de ce qui leur avait été solennellement octroyé par le firman de 1672. En 1693, ils entreprirent une reconstruction de leur cloître, dont ils augmentèrent les dépendances. Us embellirent aussi l’église. D’autres réparations et adjonctions ont été exécutées depuis, notamment dans ces dernières années.

A quelques centaines de pas du monastère, sur la route qui conduit au sanctuaire de Sainte-Elisa-

beth ou de la Visitation, est la belle et abondante fontaine d’Aïn-Karim, qui a donné son nom au village ou, du moins, qui porte la même désignation. Les chrétiens la nomment la Fontaine de la Vierge, parce que la Sainte Vierge, pendant son séjour de trois mois auprès de sainte Élisabeth, sa cousine, a dû boire de son eau. Au-dessus de la voûte qui la recouvre est un petit sanctuaire musulman, presque entièrement ruiné, mais où les indigènes mahomélans vont encore faire leurs prières. I. eau de cette fontaine est excellente; elle forme un ruisseau qui fertilise la vallée dont j’ai déjà fait

ÉCLISE S.UNT-.I KAN, A A ÏK-KaIUM.

mention. Cinq cents pas plus loin, en côtoyant cette vallée vers la droite et des collines vers la gauche, on arrive par une douce montée au sanctuaire de Sainte-ÉIisabetli. C’était, il y a vingt et un ans, une chapelle à moitié ruinée, où les Franciscains venaient annuellement célébrer la messe le jour de la Visitation. Le 21 février 1860, à la suite d'une pluie torrentielle, elle s’écroula presque complètement. L’année suivante, les Révérends Pères résolurent de relever cet antique oratoire. Après les premiers déblais, on reconnut que le rocher contre lequel il était adossé était creux et rempli seulement par une grande quantité de matériaux. On le dégagea de ces décombres, et l’on découvrit une chapelle qui était formée, partie par le rocher et partie par de fortes murailles, sur les-

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quelles reposait une autre chapelle supérieure. Les murs, ainsi que la voûte, étaient décorés autrefois de peintures qui sont maintenant très-effacées. Un enfoncement voûté dans les parois de droite, près de l’entrée, est signalé par la tradition comme étant la cachette où, pendant quelque temps, saint Jean aurait été dérobé, après sa naissance, aux recherches sanguinaires d’Hérode, lorsque celui-ci ordonna le massacre des Innocents. Ces deux sanctuaires superposés et appelés par les indigènes du nom commun de Mâr-Zachariâ (saint Zacharie), passent pour avoir succédé à une maison de campagne appartenant à ce saint personnage, maison divisée en deux étages, dont l’un aurait été témoin de l’entrevue de la Sainte Vierge et de sainte Élisabeth, et l’autre de la circoncision de saint Jean-Baptiste. Dans le premier aurait eu lieu la scène touchante rapportée par saint Luc (ch. I, $ 40 et suivants).

En souvenir du sublime cantique du Magnificat, sorti en cet endroit, il y a plus de dix-huit siècles, de la bouche et du cœur de la Sainte Vierge, les pèlerins ont coutume de le réciter dans ce sanctuaire, de même qu’au milieu des ruines de la chapelle supérieure ils redisent les belles et prophétiques paroles du prêtre Zacharie, qui commencent par ces mots : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce guil a visité et racheté son peuple !

A ces deux chapelles était jadis attenant un couvent dont il reste encore quelques débris. Plusieurs voûtes et les murs d’enceinte en sont encore en parlie debout; ils sont d’une extrême épaisseur. Des croisées en forme de meurtrières indiquent que tout dans la construction avait dû être calculé pour la défense. A l’intérieur de ce couvent, une source intarissable, dite de sainte Élisabeth, est recueillie dans une citerne.

A une faible distance de ce double sanctuaire, les Dames de Sion possédaient à Aïn-lvarim, d y a une vingtaine d’années, un premier établissement assez modeste, où elles élevaient une trentaine d’orphelines, originaires pour la plupart du Liban. Depuis, le R. P. Marie de Ratisbonne leur a bâli près du village, sur un autre emplacement plus favorable, une vaste et belle maison avec une gracieuse chapelle et des jardins bien cultivés en terrasse. Aussi le nombre de leurs jeunes pensionnaires s’est-il augmenté, et là, comme à Jérusalem, elles secondent, avec un zèle et un dévouement qu’on ne saurait trop louer, les vues élevées et généreuses de leur pieux directeur.

Le village d’Aïn-Karim, à cause de la grande mémoire de saint Jean-Baptiste qui y est attachée, est généralement désigné par les chrétiens du pays sous le nom de Saint-Jean de la Montagne, par allusion à ce verset de saint Luc : « Marie partit en ce même temps et s’en alla en toute hâte vers les montagnes, en une ville de Juda. »

Cette ville de Juda, c’est-à-dire appartenant à la tribu de Juda et non mentionnée d’une manière plus explicite et sous son nom propre, ne serait autre, d’après une tradition très-répandue, que le village même d’Aïn-Karim. Néanmoins plusieurs critiques, à l’exemple du docte Reland, émettent une opinion différente; suivant eux, il ne faudrait pas traduire, comme on le fait ordinairement, les derniers mots du verset de saint Luc par : en une ville de Juda, mais : en la ville de Juda, et ils reconnaissent cette ville de Juda dans celle de Ioutah du livre de Josué, aujourd’hui Ioutta, au sud d’Hébron. Ce serait donc dans ce dernier village, et non plus à Aïn-Karim, qu’il faudrait chercher la patrie de saint Jean-Baptiste et la ville où résidaient Zacharie et sainte Elisabeth, lorsque la Sainte Vierge vint de Nazareth y visiter sa cousine.

Mais cette conjecture me parait sujette à plusieurs objections. D’abord, bien que le mot hébreu Ioutah offre une ressemblance qu’on ne peut méconnaître avec le mot grec ’louSa, néanmoins, si l’on examine comment ce même mot a été rendu par les Septante, on verra que, les deux fois où il est cité dans la Bible, il est traduit en grec, la première fois par Éràv, et la seconde par Tavu. En latin, la V ul-

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du moyen âge, ce n'cst pas une preuve pour cela c| u’elle soit fausse. Pour l'infirmer, il faudrait des témoignages précis et irréfutables, remontant à une époque antérieure et fixant ailleurs le lieu de ces deux mémorables événements. Or, ces témoignages n’existent pas, que je sache.

Aïn-Karim est souvent appelé aussi par les chrétiens Saint- Jean du Désert, parce que l’on montre dans le voisinage, à quatre kilomètres de distance vers l’ouest, une grotte célèbre, dite de Saint-Jean. Cette grotte, à laquelle on parvient par quelques degrés, mesure sept mètres vingt-cinq centimètres de long sur trois mètres vingt-cinq centimètres dans sa plus grande largeur; sa hauteur

gâte le rend dans un cas par Iota, et dans l’autre par Teta. Dans l’ Onomcislicon, Eusèbe désigne cette même ville par le nom de ’kTxàv, et saint Jérôme, son traducteur, par celui d’ietan. En second lieu, si la ville d’Ioutah eût été la patrie de saint Jean-Baptiste et eût servi de théâtre a la rencontre de la Sainte Vierge et de sainte Elisabeth, il est a croire que, soit Eusèbe, soit saint Jérôme, à propos de cette ville, n’eussent pas manqué, dans V Onomasficon, d’ajouter ces deux importantes circonstances au nom de cette localité, ce que ni 1 un ni l’autre n’ont fait. Enfin, bien que la tradition qui place à Ain-Karim la naissance de saint Jean-Baptiste et près de là la rencontre de la Sainte V ierge et de sainte Elisabeth ne puisse pas se suivre au delà

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est de deux mètres soixante centimètres. Au fond, un autel a été construit par les soins de Mgr Valerga. II consiste en quelques plaques de marbre placées sur le banc rocheux qui, d’après la tradition, servait jadis de lit au Précurseur du Messie. Du côté de l’ouest, on remarque deux ouvertures pratiquées dans les parois du rocher, l’une petite, en forme de meurtrière, l’autre plus grande et carrée, donnant sur une espèce de balcon sans garde-fou qui domine le ravin profond de l’Oued es-Sathaf, ainsi désigné en cet endroit à cause du village de ce nom, qui s’élève sur les pentes de la montagne opposée. Une source, l’Ain el-Ilabis, coule près de la grotte.

Une construction ruinée, qui a pu être un sanctuaire avec quelques dépendances, l’avoisine. Je signalerai aussi deux ou trois beaux caroubiers qui croissent auprès. Ou sait que cet arbre est appelé en allemand Jo/iannisOrodbauni (arbre du pain de saint Jean), parce que l'on croit que ce saint personnage se nourrissait de ses fruits. Les fruits du caroubier, eu effet, servent en Afrique et eu Orient à la nourriture des pauvres. Ils en uiâchent lapulpe, qui a quelque chose de sucré.

A quelques minutes de là, un petit sanctuaire, nouvellement rebâti, renferme, dit-on, le tombeau de sainte Élisabeth. Or, tout l’espace qui s’éLend entre Aïn-Karim et les deux oratoires que je viens de mentionner est désigné vulgairement sous le nom de désert de Saint- Jean. Le fils de Zacharie semble avoir habité deux déserts, l’un, celui qui avoisine Ain- Karim, où il a vécu d’abord jusqu’à l’époque

Puits de Zacharie et d’Élisauetu, a Aïs-Karim.

de sa manifestation; l autre, sur les bords du Jourdain, où il a prêché la pénitence et baptisé tous ceux qui de Jérusalem, de tous les coins de la Judée et des environs du fleuve, accouraient autour de lui, attirés par sa vie austère et par la puissance de sa parole.

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