AIN E L - H A N I E
AIN EL-HANIEH
A trois quarts d’heure de marche au sud d’Aïn-Karim, près des bords de l’Oued el-Ouard(la vallée des Roses), coule une fontaine célèbre appelée Ain el-Hanieh. L’eau tombe en cascade d’un conduit antique que surmonte une petite rotonde demi-circulaire dont la voûte est détruite et qui, dans sa partie antérieure, est ornée de deux pilastres à chapiteaux corinthiens. Au centre de la rotonde, on remarque une niche qui a dû jadis probablement renfermer une statue. Cette simple mais élégante construction a été bâtie en pierres de taille très-régulièrement agencées entre elles, et est certainement antérieure à l’époque arabe, peut-être même à l’époque byzantine. Au lieu de donner l’idée d’un oratoire chrétien, on la prendrait de préférence pour un édifice païen. Elle est adossée à une colline plantée de figuiers et de vignes, et divisée en plusieurs enclos. Dans l’un de ces jardins, on observe deux fûls de colonnes en pierre encore debout et un troisième presque entièrement enseveli. Ces colonnes, ainsi qu’une quatrième dont le fût renversé gît sur les bords de la route, au bas du jardin, appartenaient à une église aujourd’hui totalement détruite, et qui avoisinait la fontaine en la dominant.
L’Aïn el-Haniëh passe parmi les chrétiens du pays pour être celle dont il est question dans les Actes des Apôlres (ch. vin), et où saint Philippe aurait baptisé Aïî< nANs la vallée des Roses.
1 eunuque de la reine d Ethiopie. Cette tradition, je l’avoue, est comme consacrée par un long usage;
NORD DE LA JUDÉE
mais, dans ma Description de la Judée, j’ai montré à propos de l’Ain ed-Diroueh que cette dernière source, située sur la route de Gaza, non loin des ruines de Beth-Zour, est celle qu’indiquent trcsnettement le Pèlerin de Bordeaux, Eusèbe et saint Jérôme, comme étant la fontaine dont il s’agit dans le passage des Actes des Apôtres relatif au baptême de l’eunuque éthiopien, et que par conséquent ces témoignages, émanant d’auteurs beaucoup plus rapprochés de l’origine même des premières traditions chrétiennes de la Palestine, doivent l’emporter dans la balance sur d’autres témoignages, très-nombreux sans doute, mais de date bien plus récente, puisqu’ils ne remontent guère au delà de l’époque des Croisades. En outre, les circonstances mêmes du récit des Actes des Apôtres sur ce point semblent s’opposer matériellement à l’hypothèse qui place à l’Aïn el-Hanieh le lieu de ce baptême. Le texte sacré nous dit, en effet, que l’eunuque de la reine d’Ethiopie était sur un char. Or, la route qui passe près de l’Aïn el-Hanieh ne paraît pas avoir jamais été carrossable. Celle, au contraire, à côté de laquelle coule l’Aïn ed-Diroueh, conserve encore çà et là les traces d’un ancien pavage. Que si l’on invoque en faveur de l’authenticité de la tradition concernant l’Aïn el-Hanieh la présence, dans le voisinage de cette fontaine, de quelques colonnes ayant appartenu à une ancienne église, élevée autrefois en l’honneur de saint Philippe pour conserver la mémoire du baptême conféré par cet apôtre à l’eunuque éthiopien, on retrouve de même, au-dessus de l’Ain ed-Diroueh, les restes encore très-reconnaissables d’une ancienne basilique chrétienne à laquelle, à plus juste titre, on peut rattacher un pareil souvenir.
MIZPAH
Transportons-nous maintenant à quatre kilomètres au nord de Jérusalem et faisons balte un instant à Chafalh. Ce village, situé sur un plateau élevé, d’où l’on découvre parfaitement les coupoles et les minarets de Jérusalem, compte cent cinquante habitants. Les maisons sont pour la plupart assez anciennes et intérieurement, voûtées. L’une, qui porte encore aujourd’hui le nom à' El-Keniseh (l’Église), offre les restes d’un sanctuaire chrétien tourné vers l’orient, dont les fenêtres étaient ogivales et qui, vraisemblablement, date du moyen âge. Près de là gisent les débris d’un bâtiment que les habitants appellent Deir el-Mahrouk (le Couvent brûlé). A une faible distance de ces ruines est un birket ou bassin, long de douze pas sur six de large. Bien que creusé dans le roc, il avait été revêtu intérieurement d’un ciment épais dont une partie existe encore. L’opinion la plus probable est que le village de Chafath a remplacé et rappelle par son nom la célèbre et antique ville de Mizpah de Benjamin, dans la Vulgate, Maspha, que d’autres voyageurs, mais à tort selon moi, identifient avec Neby-Samouïl, qui me paraît être l’ancienne Ramathaïm-Sophim, patrie du prophète Samuel, voisine, à la vérité, mais néanmoins distincte de Mizpah. Mizpah signifie en hébreu un lieu d’où l’on voit , un observatoire élevé. Tel est le sens également de Chafath. 11 y a donc entre les deux appellations hébraïque et arabe un rapport frappant et incontestable.
La ville de Mizpah est mentionnée pour la première fois dans le livre de Josué, où elle est citée comme appartenant à la tribu de Benjamin. A l’époque de Samuel, c’était l’un des endroits où ce prophète jugeait Israël et où avaient lieu les grandes assemblées du peuple. Ce fut là que, vaincus par les remontrances de Samuel et abjurant le culte de Baal et d’Astaroth, les Israélites firent pénitence devant le Seigneur et accomplirent un jeûne solennel. Ce fut là aussi qu’attaqués par les Philistins, pendant que Samuel offrait un holocauste à l’Ëlernel, ils remportèrent sur eux une victoire décisive.
Plus tard, l’an 940 avant Jésus-Christ, Mizpah fut fortifié par Asa, roi de Juda. Après la [irise et la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor (588 avant Jésus-Christ), Godolias, fils d’Ahicam, fut préposé par ce prince à la tête des malheureux restes du peuple d’Israël. Il se fixa à Mizpah, où le prophète Jérémie vint le rejoindre. Mais bientôt il tomba sous les coups d’Ismaël, fils de Kathanias, en\ oyé par le roi des Ammonites avec un certain nombre de sicaires pour le surprendre et le massacrer. Avec lui succombèrent tous les Juifs et tous les Chaldéens qui se trouvaient alors à Mizpah. Le surlendemain, Ismaël égorgea sans pitié soixante-dix habitants de Sichem, de Silo et de Samarie, qui
Chafath (Mizpaii de Benjamin).
s’avançaient portant clans leurs mains de l’encens et des offrandes, afin de les présenter dans la maison du Seigneur. Quand il les eut tués avec le secours de ses gens, il fit jeter leurs cadavres dans un réservoir construit par le roi Asa. Cette piscine est probablement celle que j’ai signalée à Chafath.
Le livre II d’Esdras nous montre ensuite les habitants de Mizpah concourant, après le retour de la captivité, au rétablissement des murs de Jérusalem.
L’an 165 avant Jésus-Christ, Judas Macchabée, vainqueur d’Apollonius et de Séron, mais bientôt menacé par Gorgias, qui, à la tête cl’une autre armée plus redoutable encore, avait établi son camp à Nicopolis, tout prêt à marcher sur Jérusalem, convoqua le peuple à Mizpah. Là, dans cet antique lieu de prière, les Juifs, à l’exemple de Judas, pour se préparer à soutenir dignement la grande lutte qui les attendait, commencèrent à se sanctifier en se couvrant de cilices et en se livrant au jeûne, à l’oraison et à la lecture des saintes Ecritures. Depuis cette dernière assemblée solennelle, Mizpah disparaît de l’histoire, et cette localité célèbre tombe dans un oubli si profond, que l’emplacement même qu’elle occupait a été longtemps méconnu.
NORD DE LA JUDÉE