‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 53 sur 100 · GE B A · texte numérisé non relu

GE B A

Deux kilomètres et demi séparent Er-Ram au sud de Djeba au nord-est. Ce village, assis sur le haut d’une autre colline, a également une population d’environ deux cents habitants. Beaucoup de maisons sont renversées ; une trentaine seulement sont encore debout. Sur le point culminant du plateau qu’elles occupent, on observe un petit fort dont les assises inférieures sont sinon antiques, du moins composées de pierres de taille qui le sont. Çà et là, des citernes et des caveaux creusés dans le roc datent évidemment de l’antiquité. Il en est de même d’un mur d’enceinte en gros blocs rectangulaires dont quelques vestiges sont encore reconnaissables. Djeba est l’ancienne Geba, en latin Gabaa, Gabae et Gebae, cité de la tribu de Benjamin, qui avait été adjugée aux prêtres avec ses faubourgs.

Le livre Ier des Rois nous apprend que les Philistins, sous le règne de Saül, avaient à Geba un poste que Jonathas, fils de ce prince, repoussa.

Dans le livre IV des Rois, il est dit que Josias détruisit et profana tous les hauts lieux, depuis Geba jusqu’à Bersabée. Ces deux noms de villes indiquent les deux extrémités, l’une septentrionale, l’autre méridionale, du royaume de Juda. L’Oued-Soueinit, qui serpente au nord de Djeba, est, en effet, une ligne de démarcation profonde, très-propre à délimiter de ce côté le royaume de Juda de celui d’Israël. Le passage célèbre d’Isaïe (ch. x) dans lequel la marche de Sennachérib sur Jérusalem est marquée d avance, étape par étape, à son approche de la Ville sainte, mentionne Geba immédiatement après Mikhmach, comme séparée de cette dernière place par une gorge difficile à traverser, puisque Sennachérib laissa son bagage à Mikhmach. Ce défilé important étant commandé du côté du royaume de Juda par Geba, le roi Asa avait autrefois fortifié cette ville, en se servant des pierres et des bois réunis par Baasa, roi d Israël, pour élever une forteresse à Ramah.

Geba fut réhabitée au retour de la captivité, ainsi que cela résulte du livre Ier d’Esdras, qui la cite avec Ramah sa voisine :

« Filii Rama et Gabaa, sexcenti viginli unus. »

« Les fils de Ramah et de Gabaa, au nombre de six cent vingt et un. »

11 faut la distinguer de Gibeali de Saül dont j’ai parlé plus haut, et avec laquelle on l’a souvent confondue.

NORD DE LA JUDÉE

MIKHMACH

En traversant au nord de Djeba le ravin abrupt et très-encaissé de l’Oued-Soueinit, et en gravissant ensuite vers le nord-est des pentes plus ou moins roides, ou parvient bientôt au village de Moukbmas. 11 couvre une colline qui s’élève entre ce dernier oued au sud et l’Oued el-IIayeb au nord et à l’est .

Les maisons modernes qui le composent ont été bâties en partie avec des matériaux antiques. Un grand nombre de citernes et de silos creusés dans le roc, et divers arasements de constructions renversées, datent également de l’antiquité. La ville à laquelle Moukbmas a succédé, et dont le village actuel a fidèlement conservé le nom, s’appelait en hébreu Mikhmaeh, en latin Machinas. 11 en est question pour la première fois à l’époque de Saiil. Un poste de Philistins s’y était établi, tandis que Saiil et Jonathas, son fils, avec le peuple qui s’était rallié à eux, occupaient au sud, au delà d un ravin considérable, la colline de Geba. La Bible nous raconte alors l’exploit héroïque de Jonathas et de son écuyer, qui, franchissant seuls la gorge profonde qui les séparait des Philistins, escaladèrent hardiment à travers les rochers la hauteur de Mikhmach, fondirent

Djeba (Gei

sur les avant-postes ennemis, tuèrent une vingtaine de Philistins et semèrent partout la fuite et

^ Défilés de Modkhnas, l’ ancienne Mikhmach.

1 épouvante. Il n’est plus fait mention dans les siècles suivants de Mikhmach avant la prédiction d’Isaïe, qui, prophétisant la marche de Sennachérib sur Jérusalem, annonce qu’il laissera son bagage

NORD DE LA JUDÉE

à Mikhmach. Cette ville fut réhabitee au retour de la captivité, comme le témoignent les deux livres d’Esdras. Plus tard, Jonathas Macchabée la choisit pour sa résidence et pour le siège de son administration. A l’époque d’Eusèbe et de saint Jérôme, c’était encore un bourg important, éloigné de neuf milles de Jérusalem et voisin de Ramah. Au moyen âge, sa position véritable était méconnue, car on identifiait alors Moukhmas avec El-Bireh, l’ancienne Beeroth.

AI

La position d’Ai est controversée. Les uns la placent à Tell el-Hadjar, colline escarpée qui doit son nom à un amas de pierres informes de petites dimensions qui en couronnent le plateau supérieur; ce sont les restes d’habitations détruites de fond en comble; mais cette colline, à mon avis, n’a jamais pu servir d’assiette qu’à un simple village, et non à une ville de l’importance d’ Aï. Aussi j’incline beaucoup plutôt vers l’opinion de ceux qui reconnaissent les ruines de cette antique cité dans celles d’EI- Koudeireh, situées à deux kilomètres au sud-est de Tell el-Hadjar et à deux kilomètres et demi au nord-ouest de Moukhmas. De nombreuses citernes, plusieurs bassins, des tombeaux creusés dans le roc, les arasements de maisons et d’édifices renversés épars au milieu de grandes plantations de figuiers appartenant au village actuel de Deir-Diouan, tout atteste que là s’élevait jadis une ville assez considérable qui, à cause de sa position, paraît être celle d’Aï.

Après la prise de Jéricho, Josué envoya des explorateurs pour examiner le site et la force d’Aï. Ceux-ci, à leur retour dans le camp de Gilgal, prétendirent que deux ou trois mille hommes suffiraient pour s’emparer de cette place. Trois mille hommes marchèrent donc contre Aï, mais ils lâchèrent pied aussitôt devant les habitants de la ville, qui en tuèrent un certain nombre et poursuivirent les autres jusqu’à Sabarim. A la nouvelle de cette défaite, Josué déchira ses vêtements et se prosterna devant l’arche du Seigneur. Il apprit alors que cet échec était un châtiment céleste, parce que, contrairement à l’ordre de Jéhovah, les Israélites avaient dérobé quelque chose de l’anathème de Jéricho. Quand la colère divine eut été apaisée par le supplice d’Achan et de toute sa famille, Josué entreprit une nouvelle attaque contre Aï. Il plaça plusieurs milliers d’hommes en embuscade à l’occident de la ville. Pour lui, il s’avança contre son enceinte du côté du nord, avec tout le reste de ses forces, afin d’attirer les habitants loin de leurs remparts ; il feignit une fuite à la première sortie que firent ces derniers ; mais, à un signal donné, le détachement posté en embuscade envahit la ville, désertée par ses défenseurs qui s’étaient précipités à la poursuite des assiégeants, et la livra aux flammes. L’armée des Hébreux cessa en même temps sa fuite simulée, et les malheureux habitants d’Aï, pressés et enveloppés de tous côtés, tant par le gros des Israélites sous la conduite de Josué, que par le détachement qui s’était emparé de leur ville, furent exterminés au nombre de douze mille. La situation d’El-Koudeireh et les ravins qui l’entourent permettent de comprendre parfaitement les différentes circonstances du récit biblique, et notamment de l’embuscade dressée à l’ouest de la ville.

Josué, maître d’Aï, la réduisit en cendres et la condamna, dit la Bible, à être un sépulcre éternel. Néanmoins, elle fut plus tard rebâtie; car le prophète Isaïe, décrivant la marche de Sennachérib sur Jérusalem, signale la ville d’Aiath, qui, d’après les noms des autres places avec lesquelles elle est mentionnée, paraît être identique avec Aï. A l’époque d’Eusèbe et de saint Jérôme, Aï était déserte et ne montrait plus que quelques ruines sur l’emplacement qu’elle avait occupé.

BEEROTH.

BEEROTII

I.e village d’El-Bireh, situe à cinq kilomètres et demi à l’ouest d’EI-Koudeireh, renferme huit cenls habitants. Les maisons couvrent les pentes d’une colline peu élevée. Au bas de celle-ci est une fontaine très-abondante, dontl’eau est recueillie dans un petit réservoir que surmonte un sanctuaire musulman.

Autrefois, elle se répandait dans deux grands bassins construits en pierres de faille; l’un est aux trois quarts démoli; l’enceinte de l’autre est encore reconnaissable. A quelque distance de là se trouvent les ruines d’un beau khan. Ses vastes galeries voûtées inlérieurement sont éclairées par des regards pratiqués de distance en distance, ce qui les fait ressembler à des citernes. Elles sont soutenues par des piliers bâtis avec des pierres de taille d’assez grand appareil. Dans la partie haute du village, on remarque les restes d’une église qui mesure trente-deux mètres de long sur dix-huit de large. Ei forme un rectangle terminé à l’orient par trois absides. Les murs, sauf ceux de la façade, sont eneo en part, e debout. Elle avait trois nefs et trois absides, dont l’emplacement est actuellement livré à oûtes, depuis longtemps écroulées, étaient supportées par des arcs en tiers-point. D’apr

NOBD DE LA JUDÉE

une très-ancienne tradition, cette église aurait été bâtie à l’endroit même où la Sainte Vierge et saint Joseph, revenant de Jérusalem où ils étaient allés célébrer les fêtes de Pâques, s’aperçurent de la disparition de l’Enfant Jésus, qui était resté dans le Temple au milieu des docteurs de la loi. En mémoire de la douleur que la Sainte Vierge ressentit en ce lieu, quand elle eut constaté 1 absence de son divin Fils, sainte Hélène aurait donne l’ordre d’y élever une basilique qu’aurait ensuite remplacée, à l’époque des Croisades, l’église dont je parle.

Ce village est l’antique Beeroth, nom qui signifie les puits } les citernes, et qui provenait, sans aucun

Ruines d’une éclise a El-Bireii (Beeroth).

doute, de l’abondance des eaux dans cette localité et de la grandeur des bassins que sa fontaine alimentait. La désignation arabe d’El-Bireh n’est que la reproduction fidèle, avec une terminaison différente, de la dénomination hébraïque ou chananéenne. Lors de l’arrivée des Hébreux dans la Terre promise, Beeroth formait avec Gahaon, Caphira et Cariathiarim, une petite confédération qui, grâce au subterfuge imaginé par les Gabaonites, échappa à l’ extermination dont elle était menacée. Cette ville fut ensuite adjugée à la tribu de Benjamin. El-Bireh étant à trois grandes heures de marche sur la route qui conduit de Jérusalem à Nazareth, et sa fontaine intarissable rendant ce lieu, de temps immémorial, la station naturelle de toutes les caravanes qui vont de la Ville sainte dans cette partie de la Galilée, on peut regarder comme très-vraisemblable la tradition qui place en cet endroit le fait rapporté par saint Luc et auquel j’ai déjà fait allusion plus liaut. Cet évangéliste, à la vérité, se contente de dire, sans désigner d’une manière précise aucune localité :

«43. Quand les jours de la fête furent passés, ils (saint Joseph et la Sainte Vierge) s’en retournèrent; mais l’Enfant Jésus demeura n Jérusalem, et ses parents ne s’en aperçurent pas.

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