BEE ROT H
« 44. Pensant qu’il était avec quelqu’un de leur compagnie, ils marchèrent durant un jour, et ils le cherchaient parmi leurs proches et leurs connaissances.
« 45. Et ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem pour le chercher, a (Saint J.uc, ch. n, îl 43-45.)
Mais ici cetle expression, un jour de marche, indique évidemment, non pas tant le chemin que l’on peut faire en un jour, que la première journée de marche qui avait été accomplie, et attendu que cette
Ruines d’un khan a El-Iîireii (Beekotu).
première élape, aujourd hui encore pour toutes les caravanes tant soit peu nombreuses, composées d hommes, de femmes et d’enfants, ne dépasse pas d’ordinaire El-Bireh, on est en droit de conclure <[ue c est bien la que les parents de l’Enfant Jésus le cherchèrent en vain parmi leurs proches et leurs amis, et que, par conséquent, la tradition que j’ai rappelée peut invoquer en sa faveur une probabilité qui approche de la certitude.
A 1 époque des Croisades, Beeroth s’appelait Birra ou Mahomeria, quelquefois Mahomeria Major, pour la distinguer d’une Mahomeria Parva, située plus au sud.
NO HD DE EA JUDÉE
BÉTHEL — RIMMON — OPHRAH
A la distance de quatre kilomètres au nord-est d’El-Bireh, on rencontre le village de Beitin , qui renferme à peine quatre cents habitants et s’élève en étages sur les pentes d’une colline. La plupart des maisons sont fort délabrées et à moitié détruites. Sur le point culminant de la colline on remarque les débris d’une tour qui a dû être plusieurs fois renversée et reconstruite, et dont les assises inférieures seules sont antiques. Dans une autre partie du village, une seconde tour de défense, aux trois quarts démolie, présente les mêmes caractères. Plus bas, on observe les restes d une petite église chrétienne. Enfin, au pied du village, une source excellente est recueillie dans un petit réservoir circulaire situé au milieu d’un immense bassin, aujourd’hui à moitié comblé.
A sept cents mètres au sud-est de Beitin, les ruines d’un couvent fortifié et d’une église couronnent une éminence voisine sous le nom de Kharbet el-Bordj.
Beitin est l’ancienne Bétbel, si célèbre dans les Saintes Écritures. Abraham, venant de Sichem et se dirigeant vers le sud, s’arrêta sur une montagne située à l’orient de Bétbel, et là il dressa sa tente, ayant Bétbel à l’occident et Ai à l’orient: il y éleva aussi un autel au Seigneur et y invoqua son nom. Cette montagne est très-probablement celle où se trouvent les ruines dites Kharbet el-Bordj. A son retour d’Égypte, ce même patriarche fit de nouveau balte près de Bétbel, à l’endroit où il avait auparavant érigé un autel au Très-Haut. Plus tard, Jacob se reposa pendant une nuit non loin de la même ville et, selon toute apparence, au même endroit que son aïeul Abraham. Ayant pris une des pierres qui étaient là gisantes, il la plaça sous sa tête et s’endormit. C’est alors qu’il eut en songe la vision de cette échelle merveilleuse qui par un bout tenait à la terre, et par l’autre touchait au ciel. Des Anges du Seigneur en montaient et en descendaient les degrés.
« 16. Jacob, en s’éveillant, s’écria : Vraiment Dieu habite cet endroit, et je l’ignorais.
« 17. Et dans son effroi il dit : Que ce lieu est terrible! C’est ici la maison de Dieu, c’est, ici la porte des deux.
« 18. Jacob se leva donc de bon matin, prit la pierre dont il avait fait son chevet, l’érigea debout comme une stèle et y répandit dessus de l’huile.
« 19. Puis il appela Béthel (maison de Dieu) la ville qui auparavant s’appelait Louza. » ( Genèse , ch. xxvm, 16-19.)
De ce passage il résulte que c’est par une sorte d’anticipation que l’auteur de la Genèse, en parlant des deux stations faites en cet endroit par Abraham, mentionne la ville de Béthel. Cette ville, en effet, s’appelait alors Louza, nom qu’elle lirait, probablement des plantations d’amandiers qui l’environnaient, et ce n’est qu’ullérieurement qu’elle reçut de Jacob le nom de Béthel, dans les circonstances que je viens de rapporter.
A l’époque de Samuel, Béthel était l’une des villes où ce prophète avait l’habitude de se rendre dans sa tournée annuelle pour juger Israël. Dans la suite, Jéroboam plaça un veau d’or à Dan et un autre à Béthel, afin d’empêcher ses sujets d’aller sacrifier à Jérusalem dans le Temple. Vers la fin du règne de ce prince, Abia, roi de Juda, s’empara de Béthel et des villages qui en dépendaient. Cette place fut bientôt reconquise sur Asa, roi de Juda, par Baasa, roi d’Israël. Lorsque Élie et Elisée allèrent à Bétbel, il y avait dans cette ville un collège de prophètes dont les disciples s’avancèrent à leur
R IMMQD N.
rencontre. Pendant qu’Élisée remontait de Jéricho à Béthel, des enfants sortis de cette ville se moquèrent de ce prophète dont la tète était chauve, en lui disant : « Monte, chauve; monte, chauve. » Élisée les ayant maudits au nom du Seigneur, deux ours sortirent d’une forêt voisine et déchirèrent quarante-deux d’entre eux. Sous le règne de Jéroboam II, Béthel était l’une des résidences royales de ce prince, comme le prouve un passage du livre d’Amos. Ce prophète prédit dans cette ville la chute d’Israël. A la fin de la captivité, Béthel fut repeuplée par des Juifs revenus de Babylone. Sous les Macchabées, elle fut fortifiée par Bacchidès. Plus tard, elle tomba au pouvoir de Vespasien , lorsque, dans sa marche de Césarée sur Jérusalem, ce général eut d’abord soumis, chemin fai¬
sant, la Gophnitique et l’Acrabatène.
D’un passage d’Eusèbe tiré de Y Onomasticon, il résulte que Béthel n’existait de son
temps qu’à l’état de simple village, à douze milles d’Aelia, c’est-à-dire de Jérusalem, distance qui est fort exacte.
Dans le même siècle, le Pèlerin de Bordeaux fait mention de cette ville, sous le nom de Bethar, et la place pareillement à douze milles de Jérusalem, à gauche de la route conduisant de Néapolis à la Ville sainte, ce qui s’accorde parfaitement avec la réalité. Saint Jérôme ajoute qu’une église y avait été bâtie à l’endroit où Jacob partant pour la Mésopotamie avait eu pendant son sommeil sa vision prophétique.
En s’avançant de Beitin directement vers l’est, à travers une région très-accidentée, on parvient, au bout d’une heure et demie de marche, au village de Rimmoun. Il compte cinq cents habitants. Les flancs calcaires de la montagne dont il occupe le sommet sont percés de citernes et de nombreuses grottes. Plusieurs de ces cavernes artificielles servent encore aujourd’hui de refuge aux bergers et à leurs troupeaux. Rimmoun, à cause de son nom et de sa position sur une hauteur escarpée qu’entourent
NOllD DE LA JUDÉE.
de trois côtés des ravins profonds, a etc justement identifié avec la localité appelée dans la Bible Sela-ha-Rim mon, en latin Pelra Remmon , ce qui signifie le rocher du grenadier, sans doute à cause
des grenadiers dont les pentes de la montagne, dans leur partie cultivable, étaient plantées. C’est sur ce rocher, comme dans une citadelle naturelle, que les malheureux restes de la tribu de Benjamin, presque entièrement exterminée par les enfants d’Israël, se réfugièrent pendant quatre mois. Là, en effet, il était facile à une poignée d’hommes bien déterminés de se défendre contre un ennemi beaucoup plus nombreux. On leur offrit enfin la paix, et ils purent, par des unions nouvelles, réparer peu à peu les désastres de leur tribu presque totalement anéantie.
Deux kilomètres et demi au nord de Rimmoun , le village de Thayebeh couvre les pentes d’une montagne sur le point culminant de laquelle on observe les restes d’une ancienne forteresse, construite en magnifiques blocs, la plupart tadlés en bos- Ruines d’une écmse a Beitin (Bétuel).
sage. Ce qui en subsiste encore est divisé actuellement en plusieurs habitations particulières. Cette forteresse était elle-même environnée d’une enceinte beaucoup plus étendue, dont une partie est encore debout. Presque toutes les maisons du village sont intérieurement voûtées; quelques-unes paraissent très-anciennes. On rencontre en beaucoup d’endroits des citernes et
0 P H R A ri .
des silos creusés dans le roc vif qui datent certainement de l’antiquité. Tbayebeh a une population de huit cents âmes qui, sauf une soixantaine de catholiques, est tout entière grecque
la
schismatique. I /église grecque a été construite en partie, principalement dans ses assises inférieures, avec des matériaux antiques; l’église catholique est de fondation plus récente et est.due à Mgr Valerga. Ce village a succédé à l’antique cité d’Ophrah, mentionnée dans la Bible parmi les villes de la tribu de Benjamin. Kl le s’appelait également l'phiala, I phrem, l'.phraiin, Kphraïn et Kphron, toutes formes différentes du même nom, dont le mol arabe Tbayebeh, qui signifie bonne, agréable, fertile, semble être une pure traduction. Dans le livre II des Paralipomènes, nous apprenons
Village de Tiiayebeii, jadis Opiiiuii,
VD DES IIADTEL'BS DE lllMMOUN, l/ANCIENNE XllMMON.
résurrection de Lazare, et peu de temps
qu’Abia, roi de Juda, ayant défait Jéroboam, roi d’Israël, s’empara sur ce prince des villes de Béthel, de Jesana et d’Ephron. C’est à Ephrem qu’après avant sa passion, Notre-Seigneur se retira momentané-
NORD DE LA JUDÉE
ment avec ses disciples. L'évangéliste saint Jean (ch. XI, * 54) signale cette ville comme étant proche du désert, prope deserlum. Or, Tbayebeh est véritablement, du côté de l’est, sur le seuil du désert qui, de là, mène aux bords du Jourdain. A l’époque de la guerre des Juifs, cette même localité, nommée par Josèphe Éphraïm, tomba au pouvoir de Vespasien, qui y plaça une garnison. Les ruines de la forteresse qui couronnent le sommet de la montagne de Thaycbeh prouvent que cet endroit était jadis d’une assez grande importance au point de vue militaire, ce qui a pu motiver le choix de Vespasien, dans sa marche sur Jérusalem, pour y laisser quelques troupes. Depuis lors, il n’est plus question de cette ville dans l’histoire.
GOPHNA SILO
Huit kilomètres à l’ouest-nord-ouest de Tbayebeh, dans la partie la plus large d une fertile \allée appelée Oued el-Djib, qui court vers le nord entre deux chaînes de montagnes dont les flancs sont parsemés de figuiers, d’oliviers et de vignes, est le village de Djifna. Un certain nombre de maisons sont adossées à une colline. Une source excellente, à laquelle on descend par plusieurs degrés, y coule abondamment. Au-dessus de cette source est un établissement catholique fondé par Mgr Valerga. C’est à la fois un presbytère, une paroisse et une école. A quelque distance de là se trouvent les débris d’une ancienne église byzantine dont il ne subsiste plus qu une partie de 1 abside et deux colonnes encore en place. Elle était dédiée à saint Georges. Au milieu du village on voit les restes d un vieux château qui ne remonte peut-être pas au delà de l’époque des Croisades, et que plusieurs familles se sont actuellement partagé. La population se réduit à trois cent vingt habitants : deux cent quarante grecs schismatiques et quatre-vingts catholiques latins.
Djifna n’est plus que le triste reste de l’ancienne Gophna, que Josèphe signale comme le chef-lieu d’une toparchie. Déjà avant cette époque, c’était une ville importante, car nous lisons dans les Antiquités judaïques que Cassius réduisit en servitude quatre villes dans la Judée, dont les plus puissantes étaient Gophna et Emmaüs, ensuite Lydda et Thamna. Antoine rendit plus tard la liberté aux Gopbnites ainsi qu’aux habitants des autres places qui viennent d’être nommées. Titus, dans sa marche de Césarée à Jérusalem à travers la Samarie, s’arrêta une nuit à Gophna, dont son père Vespasien s’était emparé et où il avait laissé une garnison.
Transportons-nous maintenant à Siloun, l’antique Silo. Chemin faisant, nous rencontrons les villages d’Aïn-Sinia, d’Yabroud et de Silouad, dont les plantations de vignes et de figuiers sont bien entretenues; les ruines d’une vaste forteresse du moyen âge, assise sur le sommet d’une colline et appelée Bordj-Berdaouïl, du nom de l’un des Baudouin qui, à l’époque des Croisades, régnèrent sur la Palestine; la source dite Ain el-ïiaramieh ou la source des Voleurs, qui avoisine les restes d’un grand réservoir et ceux d’une tour qui commandait le passage de l’étroite vallée où elle coule ; Sindjel, dont le nom semble être une corruption de celui de saint Gilles que portait également le comte de Toulouse, l’un des principaux chefs de la première croisade; Tourmous-Aya, peut-être la Thormasia du Talmud, et les vestiges d’un ancien village, appelé Rafidieh. Nous parvenons enfin à Siloun, après trois heures de marche dans une région extrêmement accidentée et en suivant comme direction moyenne celle du nord-est. La ville qui s’élevait autrefois en cet endroit maintenant inhabité couvrait le plateau et les pentes d’une colline. Les rues étaient très-étroites. De nombreuses maisons ren-