SILO
de femmes obtinrent la permission d’enlever aillant de filles de Silo qu’ils étaient eux-mêmes d’individus, afin de les prendre pour épouses et de ne pas laisser éteindre le nom de leur tribu. Pour cela, ils se cachèrent dans les vignes qui entouraient cette ville, et pendant que, le jour anniversaire de la fêle du Seigneur, les jeunes filles de Silo commençaient des chœurs de danse, peutêtre auprès de la source que je viens de signaler, ils s’élancèrent sur elles, et chacun d’eux en emmena une à titre
d’épouse. C’est à Silo que s’écoula l’enfance de Samuel, près du grand prêtre Héli, dans la maison du Seigneur. Ce . sanctuaire, qui contenait l’arche d’alliance, occupait vraisemblablement l’emplacement où s’élève aujourd’hui l’édifice que j’ai indiqué comme une ancienne synagogue, et qui avait pu succéder lui-même à ce temple primitif, prédécesseur du temple de Salomon à Jérusalem. Héli était à Silo lorsqu’il apprit la défaite d Israël à Ébcnhezer, la mort de ses deux fils, Iiophni et Phinécs, et la prise de l’arche d’ alliance
par les Philistins. A cette nouvelle, il tomba à la renverse du siège où il était assis et mourut à 1 âge de quatre-vingt-dix-huit ans. L’arche d’alliance fut rendue ensuite parles Philistins , dans le pays
Porte d’une ancii
RUINES d’un COUVENT FORTIFIE
NORD DR RA JUDÉE
desquels elle avait occasionné, par sa présence, beaucoup de calamités. Elle ne fut pas alors ramenée à Silo, mais elle fut transportée à Cariathiarim, dans la maison d Abinadab. L importance de Silo dut, dès ce moment, décroître rapidement, et les fêtes solennelles qui s’y célébraient auparavant chaque année n’attirèrent plus dans cette ville le concours des multitudes qui jadis les fréquentaient. Le prophète Ahijah, qui annonça à Jéroboam, encore simple particulier, sa grandeur future et son avènement au trône d’Israël, était originaire de Silo. Devenu roi, et son fils Abijali étant tombé malade, Jéroboam envoya sa femme à Silo pour consulter ce même prophète, alors fort âgé et aveugle, sui le résultat de cette maladie. Ahijah répondit que l’enfant mourrait, parce que Jéroboam s était montré infidèle et ingrat envers le Seigneur en érigeant des idoles dans Israël. A l’époque de saint Jérôme, Silo était en ruine, et l’on ne distinguait plus que de faibles vestiges de l’autel qui y avait été dressé. La tradition de la vraie position de cette ville s’était perdue du temps des Croisades, car alors on la confondait par erreur avec Neby-Samouïl, l’antique Ramathaïm-Sophim, patrie de Samuel. Au commencement du quatrième siècle, le rabbin Estori Parchi indique, au contraire, 1 emplacement réel de Silo à Siloun. Il en est de même du rabbin Ishak Chelo, qui, dans son ilinéraire intitulé : les Chemins de Jérusalem j s’exprime de la manière suivante (Carmoly, p. 251) :
« De cette ville (de Geba) on se transporte à Seiloun. Là se trouvent les sépulcres du grand prêtre Héli et de ses deux fils, Ilophni et Phinées. C’est un monument sépulcral fort remarquable, où les Juifs et les musulmans entretiennent des lumières perpétuelles. Un vieillard kabbaliste demeure près de ce monument; il est Allemand et vit des copies qu’il fait des livres sainls. »
J’ai parlé plus haut de la nécropole de Silo. Le tombeau d’Héli et de ses fils est peut-être l’une des grottes funéraires qui sont pratiquées dans le roc, entre l’Aïn-Siloun au sud et le Kharbet-Siloun au nord. Mais laquelle? C’est ce que je ne saurais dire; car elles sont presque toutes taillées sur le même plan. Il en subsiste encore vingt-trois; mais beaucoup d’autres ont été détruites, notamment celle dont les débris se voient près de l’Aïn-Siloun, et qui paraît avoir été l’une des plus remarquables, à en juger par le pilastre ménagé dans l’épaisseur du roc entre deux arcosolia.
Au seizième siècle, Boniface de Raguse signale de même avec exactitude le site de Silo, témoin le passage que voici :
t( H inc [ex Elbir ) ad quindecim milliaria, descendais in quamdam vallem, ubi magnum divcrsorium invenies et , extra fores illius , fonlem aquœ vivœ prœbentem prœtcreuntibus refrigerium . Ad dexteram haud longe est Silo, ubi Israël olim adorabat, et area Domini mullo tempore stetit. Allare et ecclesia diruta conspiciuntur. »
L’hôtellerie qu’indique ici Boniface de Raguse à quinze milles au nord d’El-Bireh est le khan Lebban, situé près de l’ancienne Lebona, et à droite de ce khan est précisément Siloun ou Silo. L’église détruite mentionnée par ce religieux est l’ancienne synagogue que j’ai décrite.
A la fin de ce siècle, Cotovicus replace, à tort, Silo à Neby-Samouïl.
Au dix-septième siècle, Quarcsmius, tout en semblant adopter le témoignage de Boniface de Raguse, ne paraît pas néanmoins très-certain de l’emplacement véritable de cette ville. De nos jours enfin, il a élé retrouvé de nouveau, et probablement pour ne plus se perdre.
SAM Mil K
LEBONAH AOUARTAH
A deux kilomètres et demi à l’ouest-nord -est de l’Aïn-Siloun, coule dans la profonde vallée de l’Oued-Lebben une autre source très-abondante, près des ruines d’un khan abandonné. Cet oued, qui
Une aire. — Fellahs vannant le grain avec des fourches en boi-;, et bœ ifs tirant une sorte de traîneau dont la surface inférieure est armée de silex pointus destinés à couper la paille et à la séparer des grains.
court de l’est à l’ouest, servait jadis de limite méridionale à la Samarie et la séparait de la Judée. Quant à la source que je viens de mentionner et qui s’appelle Aïn-Lebben, elle alimente d’eau un village du même nom, situé à une certaine distance plus au nord sur les pentes d’une colline. Il consisle en un amas de petites maisons d’apparence misérable. Néanmoins dans la construction de plusieurs
d’entre elles, notamment aux portes, on observe çà et là de belles pierres régulières, évidemment antiques. Trois tronçons de colonnes, provenant également de quelque ancien édifice, ont été placés dans la cour d’une petite mosquée. Le nombre des habitants est de trois cents. Dans les flancs d’une colline voisine a été jadis creusée une nécropole. Parmi les grottes sépulcrales qu’on y voit, encore, les unes ont pour ouverture une large baie arrondie en plein cintre; les autres, une baie bien moindre et de forme rectangulaire. Quelques-uns de ces tombeaux servent aux habitants de Lebben pour enterrer
Aouautaii. (Prétendue tombe de Puînées.)
leurs morts. Ce village a été identifié, non sans raison, avec l’antique Lebonah, ville mentionnée dans le livre des Juges, comme étant dans le voisinage de Silo.
Sans décrire ici les nombreux villages qui bordent à droite ou à gauche la route qui conduit de là à INaplouse à travers les monts de la Samarie, je me bornerai à signaler en ce moment Saouieh et à l’est de ce village Kariout, jadis Coreæ, où campa Vespasien en se rendant de Néapolis à Jéricho; plus au nord, Yetma, et au delà, vers le nord-nord-ouest, Yasouf, dont la belle fontaine et la grande nécropole pratiquée dans les flancs rocheux d’une vallée attestent l’importance depuis longtemps évanouie; en continuant à s’avancer vers le nord, Haouara, et plus loin, vers le nord-est, Aouartah.
Ce village s’élève sur les pentes et sur le plateau d’une colline. Sa population est de sept cents habitants. On y vénère dans deux oualys deux tombeaux de proportions gigantesques et souvent blanchis à la chaux, dont l’un est regardé par les Juifs et les Samaritains comme étant le tombeau du grand prêtre Eléazar, et l’autre comme celui de Phinées, de la famille d’Aaron. Cette tradition est men-
Aouaiitah. (Pbétekdce tombe d’Iiléazar. )
tionnée par plusieurs rabbins cités dans les Itinéraires de la Terre sainte par Carmoly; mais, quoique assez ancienne, elle n’en est pas moins erronée; car la Bible nous apprend qu’Éléazar mourut et fut enterré à Gibeath-Pinehas, dans la montagne d’Éphraïm. Or cette Gibeath-Pinehas, dans la Vulgate Gabaatli-Phinees, doit être identifiée, comme je l’ai démontré ailleurs, avec un village appelé Djibia, non loin du Kharbet-Tibneh, l’antique Tbimnatb-Serab, près de laquelle j’ai retrouvé en 1863 le tombeau de Josué, dont je dirai quelques mots dans le second tome de cet ouvrage. Nous lisons