‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 6 sur 100 · J ÉR USA L E M · texte numérisé non relu

J ÉR USA L E M

puis une grande piscine, probablement le Birket cs-Soultban, et enfin la maison des Forts, qui doit être la citadelle. Par conséquent, nous sommes toujours ramenés autour de Sion ou sur cette montagne, pour y placer ce monument funèbre.

En outre, dans un passage bien connu, saint Pierre, prêchant pour la première fois devant une grande foule rassemblée au Cénacle après la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, parle en ces termes du tombeau de David :

« Mes frères, qu’il me soit permis de vous dire hardiment du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est auprès de nous jusqu’à ce jour. » [Actes des Apôtres , ch. il, ^ 29.)

Bill A y o u n , PUITS DE J o n.

Par ces derniers mots, saint Pierre ne paraît-il pas nous dire que le tombeau de ce prince se voyait de son temps à Jérusalem sur la colline de Sion, et près de l’endroit où les disciples étaient alors réunis?

Or, on montre encore, dans ce qu’on appelle le Cénacle, sur la partie méridionale du mont Sion, qui depuis Iladrien est restée en dehors de la ville, un prétendu tombeau qui, aux yeux des musulmans, passe pour être celui de David ; d’où le nom de Deir Neby Daoud (couvent du prophète David) donné par eux aux bâtiments qui composent le Cénacle. Ce sarcophage est sans aucun doute apocryphe ; mais il n’en prouve pas moins qu’une tradition constante, adoptée aussi bien par les musulmans que par les Juifs et les chrétiens, a toujours placé sur le mont Sion le tombeau du roi-prophète. On le retrouverait peut-être, s’il était permis de faire des fouilles sur l’emplacement ou dans le voisinage du Cénacle. Ceci m’amène à dire un mot des fameux Qobour el-Molouk (tombeaux des Rois), que l’on rencontre à sept cent soixante-dix mètres environ au nord

JÉRUSALEM

de la ville, et par conséquent à deux kilomètres au moins de la partie du mont Sion où, d’après le texte de Néhémie, il est naturel de chercher le tombeau de David et ceux de ses successeurs, mais que cependant plusieurs critiques, et entre autres M. de Saulcy, identifient avec la nécropole des rois de Juda.

La magnifique excavation sépulcrale des Qobour el-Molouk a depuis longtemps excité l’admiration de tous les voyageurs; elle efface effectivement eu beauté et en étendue toutes celles que 1 on connaît autour de la Cité sainte. Beaucoup d’auteurs l’ont décrite, mais la description la plus complète et la plus minutieuse qui en ait été faite est due à l’éminent archéologue que je viens de citer. Témoin moi-même des fouilles que ce savant y a pratiquées en 1863, et sans vouloir entrer dans tous les développements que comporterait un pareil monument, je vais me contenter pour le moment d en donner une faible idée :

On descend aux Qobour el-Molouk par un escalier de vingt-six marches pratiquées dans le roc vif et coupées par plusieurs paliers. Quand ou est parvenu au dernier degré, on franchit une ouverture en plein cintre qui perce une épaisse muraille de rochers le long de laquelle 1 escalier a été taillé, et l’on arrive à une sorte de grande cour creusée verticalement dans le roc, et qui a pu être dans le principe une carrière. Cette cour mesure vingt-sept mètres sur chaque face et six mètres de profondeur. Le sol en est inégal, par suite d’une accumulation plus ou moins considérable de décombres. Dans la paroi occidentale de la cour a été pratiqué un large vestibule, aujourd hui malheureusement très-dégradé par le temps, par les hommes, et aussi par les tremblements de terre, comme le prouve une profonde fissure que l’on y observe. 11 élait. autrefois soutenu par deux colonnes ménagées dans le roc même, et actuellement brisées, à part un fragment du chapiteau de droite, et par deux pilastres faisant corps également avec la paroi du roc. Une jolie guirlande de feuillages et de fruits, sculptée avec beaucoup de soin et de délicatesse, mais très-mutilée, encadre la baie et retombe en festons à droite et à gauche. Au-dessus de l’architrave règne une belle frise ornée de palmes, de couronnes, de patères, de triglyphes, et au centre, d’une grappe de raisin, emblème de la Terre promise. Cette frise, qui a également beaucoup souffert, est elle-même couronnée par une corniche qui atteint à peu près le niveau du plateau environnant.

Après avoir franchi le seuil du vestibule, on aperçoit, au fond de la paroi de gauche, une petite porte très-basse que fermait autrefois un gros disque de pierre qui roulait dans une rigole circulaire et devait se mouvoir à l’aide d’un levier. Cette porte donne entrée dans une antichambre carrée qui était encombrée de terre et de pierraille avant 1863, et où M. de Saulcy, qui la dégagea alors, trouva une foule d’objets de l’époque romaine, de médailles antérieures au siège de Titus, et d’urnes de toutes dimensions, remplies d’ossements incinérés 5 ce qui a fait supposer à ce savant qu’il avait retrouvé là l’un des charniers dans lesquels des morts romains et juifs auraient pu être déposés pendant le siège. De cette antichambre, on pénètre dans plusieurs chambres sépulcrales par trois petites baies très-basses que fermaient jadis des portes de pierre, actuellement brisées ou absentes, dont les gonds avaient été ménagés dans le bloc lui-même. Sept chambres funéraires composent l’ensemble du monument. Tous les sarcophages qu’elles renfermaient, soit dans des espèces de fours à cercueils, soit sur des banquettes funéraires, surmontées d’arcades cintrées, ont été violés depuis longtemps, en partie brisés ou emportés ailleurs. Le 8 décembre 1863, j’eus la bonne fortune d assister, avec M. de Saulcy, à la découverte qu’il fit ce jour-là, d’une chambre basse, inexplorée jusque-là. Elle contenait un sarcophage intact, muni de son couvercle, et placé au-dessous d’une arcade, sur une banquette. Sur le devant du sarcophage était une inscription sémitique de deux

ligues. Le couvercle, ayant clé enlevé, laissa voir un squelette bien conservé, la tête appuyée sur une sorte de coussinet, iné nagé dans l’épaisseur de l'auge * sépulcrale évidee. C’était celui d’une femme, qui s’affaissa et s’évanouit en poussière aussitôt qu’il eut vu le jour. Le sarcophage qui Je renfermait est depuis dix-sept ans au Louvre.

L’inscription bilingue qui est gravée consiste en deux lignes de huit lettres chacune; la première est en araméen, la seconde en hébreu carré. M. de Saulcy a traduit ainsi la première : Zodan ou Z or an, reine, et la seconde, Sadah ou Sara/i, reine.

A quelle époque faut-il faire remonter la tombe en question? Voilà un problème difficile à résoudre. La reine dont A gauche, Tombeaux des Juges, sur la route de Neby-

Samouïl. A droite, Tombeaux des Rois, sur la route

elle a contenu les restes était une Araméenne; son nom et de Naplouse. son titre ont d’abord été inscrits en caractères araméens sur

la cuve du sarcophage; plus tard, une seconde main a transcrit et traduit en hébreu la légende funéraire. Ceci paraît positif; le reste, dit avec raison M. de Saulcy, tombe dans le domaine de l’hypothèse.

Quant à la vaste nécropole des Qobour el-Molouk, à quelle dynastie l’attribuer? Eu effet, c’est

JÉRUSALEM

une nécropole royale; il n’est plus permis d’en douter, puisqu’une reine et non plus seulement une princesse, comme le prouve le surnom hébreu malketah (reine), y a été ensevelie, et dans un endroit qui est loin d’être la place d’honneur. M. de Saulcy avait déjà démontré, dans son ouvrage intitulé Voyage autour de la mer Morte (t. II, p. 227 et suiv.) et dans son Dictionnaire des antiquités bibliques (p. 842 et suiv.), qu’il n’est pas possible de penser aux rois asmonéens, pas plus qu a la dynastie des Hérodes. Dans son Voyage en Terre sainte (t. I, p. 345 et suiv.), il revient sur la même question, et s’efforce de prouver que les Qobour el-Molouk ne sont pas davantage le tombeau d’Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils Izates. Serait-ce, par hasard, celui d Alexandre Jannée? mais il est impossible d’y songer. Force est donc, ajoute-t-il, de revenir toujours à la dynastie des rois de Juda. Plusieurs objections ont été opposées à l’auteur; elles peuvent se réduire à quatre principales :

1° Le tombeau de David et de sa dynastie était sur le mont Sion, et y est encore en grande vénération parmi les musulmans.

2° Les ornements architectoniques des Qobour el-Molouk sont formés de motifs empruntés a l’architecture grecque.

3° Le livre de Néhémic place le tombeau de David sur le mont Sion.

4° Enfin, ce tombeau a été ouvert fortuitement, il y a quelques siècles, sur le mont Sion, d après Benjamin de Tudèle, et refermé aussitôt par l’ordre du rabbin de Jérusalem.

De ces diverses objections, la quatrième est très-faible, et M. de Saulcy na pas de peine à la détruire, car elle n’est basée que sur une fable dépourvue de toute espèce de vraisemblance ; mais les trois premières ont beaucoup plus de valeur; la troisième surtout me semble insurmontable. Ne pouvant dénouer le nœud de cette dernière difficulté, M. de Saulcy n’bésite pas à le trancher hardiment, en prétendant que le passage cité plus haut de Néhémie n’est peut-être qu’une interprétation erronée, dans un livre rempli d’ailleurs d’obscurités impénétrables. Fort de toutes les raisons qu’il a accumulées pour appuyer son hypothèse et renverser celles qui sont contraires à la sienne, il maintient énergiquement son opinion, sans tenir compte de ce petit passage, qui me semble très-net. Mais que faire des Qobour el-Molouk, et comment sortir d’embarras?

J’ai discuté autrefois avec M. de Barrère, alors consul de France à Jérusalem, celle question difficile, et il m’a cité un jour un passage d’Ézéchiel, auquel je n’avais pas d’abord fait assez grande attention, et qui peut mettre sur la voie de la solution de ce problème.

Yoici ce passage (ch. xliii) :

« 7. Fils de l’homme, c’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je poserai mes pieds et où je demeurerai pour jamais au milieu des enfants d’Israël; et la maison d’Israël ne profanera plus mon saint nom à l’avenir, ni eux, ni leurs rois, par leur idolâtrie, par les cadavres de leurs rois, ni par les hauts lieux.

« 9. Qu’ils rejettent donc maintenant loin d’eux leur idolâtrie; qu’ils éloignent loin de moi les cadavres de leurs rois, et je demeurerai toujours au milieu d’eux. »

De ces deux versets, ne serait-il pas permis de conclure qu’avant la captivité de Babylone, époque pendant laquelle prophétisait Ezéchiel, les sépulcres des rois de Juda avaient, par leur rapprochement du Temple, situés qu’ils étaient sur le mont Sion, violé les prescriptions de la loi mosaïque, et qu’au retour de la captivité, pour obéir aux injonctions du Seigneur, qui ordonnait par son prophète d’éloigner de son sanctuaire les cadavres des rois, ceux-ci furent transférés alors dans les magnifiques excavations connues aujourd’hui sous le nom de Qobour el-Molouk? De cette manière, on ne peut

JÉRUSALEM

plus invoquer contre l’hypothèse de M. de Snulcy aucun texte de la Bible. C’est bien sur le mont Sion, la cite proprement, dite de David, qu’aurait été creusée la nécropole primitive des rois de Juda, à l’endroit que Nébcmie désigne sous le nom de Tombeau de David, ce prince étant comme la personnification de toute sa dynastie et imposant son nom unique au mausolée multiple et commun où reposaient, dans plusieurs chambres sépulcrales, les corps des rois ses descendants. Plus tard, leurs royales dépouilles, comme on peut le supposer, auront été transportées hors de la ville, dans le mausolée que M. de Saulcy leur attribue et qui dès lors, ayant été creusé et orné à une époque plus récente, pouvait reproduire sur l’entablement de son vesiibule quelques-uns des motifs de l’architecture grecque, sans que pour cela on doive en être autrement étonné. J’avouerai néanmoins qu’il semble résulter des deux passages que j’ai cités de l’historien juif, relativement à la violation du tombeau de David par Jean

BinKET MamILUII, OU PISCINE SUPERIEURE DE GlUON.

Alentour, tombes musulmanes. Derrière, porte de Jaffa, avec la citadelle à droite et l’église anglicane à gauebe.

Hyrcan et ensuite par Hérode, que, sous le règne de ce dernier roi, David et Salomon occupaient encore sur le mont Sion, dans des réduits mystérieux, la place où leurs corps avaient été déposés; on peut tirer également la même conclusion, au moins en ce qui concerne David, du verset que j’ai reproduit des Actes des Apôtres. Mais ceci ne me Semble pas une preuve péremptoire contre l’hypotbese précédente. On peut, en effet, admettre qu’il y a eu exception pour David et pour Salomon, et qu’on les a laissés reposer en paix dans leur premier sépulcre, l’un sans doute parce qu’il avait été prophète en même temps que roi, et qu’il avait humblement réparé ses fautes par un pieux repentir ; 1 autre, parce qu’il avait été le fondateur du Temple, dont son père n’avait pu que préparer les matériaux. Que si l’hypothèse d’un transfert des cendres royales de la nécropole de Sion à celle des Qobour el-Molouk ne paraît pas suffisamment plausible, j’en propose une autre. Dans la nécropole du mont Sion, les rois seuls de la dynastie de David auraient été enterrés, comme consacrés en quelque sorte par 1 onction sainte et par le caractère royal dont ils étaient revêtus; mais leurs femmes, quoique reines, et les autres princes issus de leur sang et qui n’avaient pas régné, auraient été ensevelis aux Qobour el-Molouk. Si l’ornementation de l’entablement du vestibule semble accuser par les motifs qui le décorent un art plutôt grec que purement judaïque, bien qu’on puisse également soutenir que

JÉRUSALEM

les Grecs ont emprunté aux Égyptiens, aux Phéniciens et aux Juifs beaucoup de principes arclutec uraux qu’ils n’ont fait que perfectionner, au lieu de les inventer, ne pourrart-on pas supposer que les caveaux funéraires des Qobonr cl-Molouk ont précédé en totalité ou en partie la décorât, on extérieure du vestibule? Car de prétendre avec un certain nombre de savants critiques que cette excavation monumentale, renfermant sept chambres sépulcrales connues et un si grand nombre de tombes, soit le mausolée d’Hélène, reine d’Adiabène, et de son fils hâtes, cela me paraît difficile à soutenir, après toutes les preuves apportées par M. de Saulcy pour réfuter cette opinion. Ce mausolée, en effet, comme nous le savons par Josèphe, était à trois stades seulement de la muraille septentrionale de

Le Cénacle ou Neiiv Daoud.

Jérusalem, en face de la porte que flanquaient les tours dites des Femmes. Or, trois stades, à cent quatrevirigt-cinq mètres le stade, ne font que cinq cent cinquante-cinq mètres, tandis que les Qobour el- Molouk sont à la distance de sept cent soixante-dix mètres au moins de cette même porte, qui ne peut être que celle qui s’appelle aujourd’hui porte de Damas. En outre, le tombeau des Qobour el- Molouk paraît beaucoup trop considérable pour n’être que la sépulture d une seule reine et de son fils; il semble être plutôt celle d’une dynastie, comme peut donner d’ailleurs à le penser le nom qu’il porte encore aujourd’hui, celui de Qobour el-Molouk ou de Qobour es-Selathin (tombeaux des Rois, tombeaux des Sultans).

Après avoir rendu à son père les honneurs funèbres qui lui étaient dus, Salomon ne tarda point à élever au Seigneur le temple dont David avait préparé le plan, les matériaux et la somme nécessaire à sa construction. Sans analyser en ce moment tous les passages relatifs à cet incomparable monument, qui se trouvent dans la Bible, dans Josèphe et ailleurs, je vais me contenter d’en résumer ici très-

JÉRUSALEM

brièvement les principaux, priant le lecteur, s’il désire approfondir ce sujet, de consulter le savant article que M. de Saulcy a consacré à cet édifice dans son Dictionnaire des antiquités bibliques, et le splendide ouvrage que M. le comte de Yogüé a publié ensuite sous le titre de Temple de Jérusalem.

Le sanctuaire, c’est-à-dire le naos, se composait du vestibule, ou aoulem, du Saint, ou hekal, et du Saint des saints, ou debir. Ses dimensions étaient peu considérables; car dans œuvre, c’est-à-dire sans tenir compte de l’épaisseur des murs, des planchers et des toits, le Saint et le Saint des saints réunis, ou le Temple proprement dit, avaient seulement soixante coudées de long, vingt de large et trente de haut. Nous lisons, en effet, dansletroisièmelivredes Rois (cb. VI, if 2) : « Domus aulem, quam œdijicabat rex Salomon Domino, habebal sexaginta cubitos in longitudine, et viginti cubitos in latitudine, et triginla cubitos in altitudine. »

Quant au vestibule, pylône ou pronaos, en hébreu aoulem, il avait vingt coudées de long, répondant à la largeur du Temple, et dix coudées de large sur le front du Temple. « Et porticus erat ante templum viginti cubitorum longitudinis, juxla mensuram latitudinis t empli : et habebat decem cubitus latitudinis ante faciem templi. »

(Rois, 1. 111, ch. vi, i 3.)

On voit que le livre des Rois ne marque pas k hauteur du ves- Arche dite de Robinson,

tibule; mais elle nous est indi- Itets d'un pont qui Mu.rs.it la vallée dn Tyropœou.

quée par un verset des Parai ipomènes comme étant de cent vingt coudées (1. II, cb. ni, $ 4) :

" Porticum vero ante frontem , quœ tendebalur in longum juxla mensuram latitudinis domus, cubitorum viginti : porro altitudo cenlurn viginti cubitorum erat. »

M. de Saulcy, et après lui M. de Vogüé, pensent que ce chiffre de cent vingt coudées des Paralipomènes, adopté néanmoins par Josèphe, est erroné et probablement trop fort de moitié, à cause de l’extrême invraisemblance d’un pylône ayant six fois en hauteur la plus grande dimension de sa base

JÉRUSALEM

et douze fois la plus petite; ils le réduisent, par conséquent, à soixante coudées. De là, dans tous les cas, résulte, comme l’observent très-justement ces deux savants, un fait très-important : c’est que le temple de Salomon était construit sur le même plan que les temples égyptiens; qu’il avait comme eux un pylône ou pronaos , plaqué contre l’entrée du naos et d’une hauteur plus grande que celle du naos lui-même. Le pronaos était ouvert et formait un véritable portique, que précédaient ou soutenaient deux colonnes de bronze, appelées l’une Iakin et l’autre Boaz. Elles rappelaient les obélisques qui, de chaque côté, flanquaient l’entrée des principaux sanctuaires égyptiens. Trois galeries superposées, renfermant chacune trente-trois petites chambres, suivant Ézéchiel, et trente seulement, d apres Josèphe, communiquaient les unes avec les autres et enveloppaient le temple de trois côtes, a 1 ouest, au nord et au sud; à l’est, en effet, était la façade d’entrée, l’édifice regardant l’orient. La décoration intérieure du temple surpassait en richesse tout ce que Ton avait vu jusque-là, comme 1 attestent la Bible, Josèphe et toute la tradition de l’antiquité. Le Saint, ou liekal, contenait l’autel des parfums, en bois de cèdre et couvert de lames d’or ; le chandelier à sept branches et la table des pains de proposition, outre un très-grand nombre de candélabres, de vases et d’instruments, le tout en or. Les murs étaient lambrissés de bois de cèdre doré sur lequel on avait sculpté des chérubins, des coloquintes, des branches de palmier et des fleurs épanouies. Dans le Saint des saints, ou adytoii, inaccessible même aux prêtres, et où le grand prêtre seul pouvait pénétrer une fois par an, le jour des grandes expiations, reposait l’Arche sainte, qu’ombrageaient deux chérubins, en hébreu keroubim, aux ailes déployées. Ces chérubins étaient des figures colossales et symboliques de bois plaqué d’or, qui offraient une parenté frappante avec les sphinx de l’Égypte ou avec les taureaux à face humaine de l’Assyrie.

A l’est, devant le portique, s’élevait l’autel d’airain ou des holocaustes ; près de là était la mer d’airain, qui servait aux purifications des prêtres, et dix autres bassins secondaires, également d airain, pour les ablutions, et dans lesquels aussi on lavait les victimes.

Si le temple était petit, parce que le peuple ne devait point y pénétrer, les parvis qui l’entouraient étaient immenses; ils étaient eux-mêmes ornés de magnifiques portiques et divisés en divers compartiments, destinés aux prêtres, aux Israélites, aux femmes et aux gentils. Ce superbe monument avec toutes ses dépendances avait coûté des sommes énormes, et pendant sept ans tout un monde d’ouvriers, dirigés par des architectes tyriens et par un artiste incomparable nommé Hiram, comme le roi de Tyr qui l’avait envoyé, avait rivalisé d’efforts pour le rendre digne du monarque qui en avait conçu le plan, de celui qui l’accomplissait et surtout du grand Dieu auquel il devait être consacré. Les pierres qui avaient servi à le construire affectaient des dimensions très-considérables et avaient été extraites et taillées avec le soin le plus minutieux dans les carrières voisines de la ville, et principalement sans doute dans la vaste caverne souterraine qui .s’étend sous le mont Bézétha. De là aussi avaient été tirés les blocs gigantesques avec lesquels furent bâtis les portiques, les murs des parvis, les différents édifices secondaires qui y étaient enclavés et surtout le colossal péribole qui enveloppa dans une prodigieuse enceinte le sommet aplani et agrandi du mont Moriali. Les bancs de calcaire exploités dans ces carrières sont épais, à hautes assises, et de trois qualités différentes, portant chacune un nom particulier. Le banc dit royal, en arabe maleki, est le plus beau et le plus estimé. On distingue encore dans la caverne très-étendue que je viens de signaler, le travail fait jadis par l’homme pour pratiquer dans ses flancs rocheux des rainures perpendiculaires et parallèles indiquant la largeur et la longueur des blocs que l’on voulait extraire, et où, suivant une vieille méthode égyptienne, on introduisait des coins de bois sec que l’on

JÉRUSALEM

mouillait ensuite, pour que leur gonflement fît détacher ces blocs de leurs parois postérieures.

Ce temple fameux, qui fut achevé par Salomon l’an 1004 avant Jésus-Christ, et qui était regardé comme l’une des plus admirables créations du génie humain, où avec une heureuse harmonie se trouvaient réunies les plus belles combinaisons de l’art égyptien, phénicien et assyrien, fut, comme on le sait, détruit et incendié quatre cents ans plus tard par Nabuzardan, général de Nabuchodonosor, puis relevé, mais avec moins de magnificence, par Zorobabel, au retour de la captivité, enfin reconstruit avec un éclat nouveau par Ilérode le Grand, pour être de nouveau et pour toujours anéanti par Titus. Mais, avant d’arriver à cette dernière catastrophe, il est bon de se demander s’il ne subsiste rien, sur le mont Moriah, du premier temple de Salomon. Il subsiste d’abord l’aire primi-

Carrières, près de la porte de Damas, s’étendant sous Bézétlia.

tive du Jébusite Areuna, laquelle n’est autre chose que la roche actuelle d’ Es-Saklirah, renfermée depuis longtemps dans la mosquée d’Omar, où elle est tenue par les musulmans en si grande vénération, et qui, suivant une ancienne tradition rabbinique, aurait été comprise dans le Saint des saints pour y porter l’Arche d’alliance, et, suivant une autre tradition, également digne d’être prise en considération, aurait servi de noyau, en quelque sorte, à l’autel des holocaustes. Dans ce cas, le sang des victimes immolées se serait écoulé par le canal connu de nos jours sous le nom de B il' el-Arouah (le puits des Ames), situé au-dessous de cette roche, et qui passe pour communiquer par un conduit souterrain avec la vallée du Cédron. Il subsiste également de nombreuses et grandes citernes, destinées à recueillir les eaux pluviales ou les eaux vives d’Étham, qui jadis y étaient amenées par un aqueduc. En troisième lieu, de notables portions de l’antique mur extérieur d’enceinte qui environnait le parvis des Gentils et embrassait toute la plate-forme supérieure du Moriah ont résisté à tous les efforts du temps et des hommes. Ces portions, M. de Saulcy les déclare salomon iennes; M. de Vogiié, au contraire, les croit hérodiennes. Je dois dire ici que les

JÉRUSALEM

fouilles entreprises et exécutées en 1867, par le capitaine anglais Warren, autour du Haram ech- Cherif, me paraissent confirmer le système de M. de Saulcy. Il semble, en effet, résulter de ces fouilles que l’esplanade du Haram, telle que nous la voyons maintenant, a été tout entière entourée d’un mur d’enceinte construit avec des blocs très-puissants, à une époque de beaucoup antérieure à Hérode. Ce capitaine commença d’abord par pratiquer de profondes excavations le long de la face occidentale du Haram, sur différents points, et notamment à l’angle sud-ouest, afin de retrouver en ce dernier endroit les traces du pont sur lequel Robinson, le premier, avait attiré 1 attention des archéologues, et qui était destiné jadis à établir de ce côté une communication entre la ville haute et le Temple à travers la vallée du Tyropœon. Ce ravin est aujourd hui, comme je 1 ai déjà dit, aux trois quarts comblé par une accumulation énorme de débris. Sept puits creusés successivement permirent à cet officier de découvrir les fondations du pilier sur lequel reposait 1 arche du pont dont on voit encore quelques arrachements gigantesques adhérents au mur du Haram. Plusieurs voussoirs de ce pont furent retrouvés sous une énorme couche de terre et de débris de toutes sortes qu’on peut évaluer à une quinzaine de mètres d’épaisseur. Ils gisaient ainsi ensevelis sur un dallage antique qui s’étendait depuis le pilier jusqu’au mur du Haram. Ce dallage reposait sur une autre couche de débris plus anciens, elle-même très-épaisse, et sous laquelle on remarqua d’autres voussoirs provenant d’une arche de beaucoup antérieure, dont la chute avait défoncé la voûte d’un aqueduc creusé dans le roc qui courait parallèlement au mur du Haram.

A cent vingt-cinq mètres environ de cet angle sud-ouest, d’autres fouilles furent entreprises le long de la même face, à l’endroit connu sous le nom de Place des pleurs des Juifs. En ce point, la surface naturelle du sol antique fut reconnue à une profondeur de vingt-trois mètres au-dessous du pavé actuel. On sait que tous les vendredis les Juifs de Jérusalem viennent pleurer et gémir en ce lieu sur les calamités qui, depuis tant de siècles, accablent leur malheureuse nation. Là, on les voit inonder de leurs larmes et palper avec amour de leurs mains les antiques assises de l’enceinte extérieure de leur temple, enceinte dont ils ont en ce point un magnifique spécimen dans les blocs inférieurs qui, par leur grandeur, leur régularité et leur parfait agencement, sont réellement incomparables; les assises supérieures, au contraire, sont bien moins remarquables, et attestent des réparations et des dates plus modernes. Autrefois, ils avaient la triste consolation de se lamenter sur le renversement de leur nationalité et de leur temple, au milieu même des ruines de cet édifice sacré, et au-dessus de la roche sacrée, Es-Sakhrah, qui, pour eux, représentait le Saint des saints; mais, depuis la construction de la mosquée d’Omar, qui occupe précisément l’emplacement du sanctuaire de Salomon, ils ont été repoussés en dehors de l’enceinte extérieure de leur temple, devenue le Haram ech-Cherif et consacrée désormais à l’islamisme, et ils ont été contraints de se contenter de payer à prix d argent le droit de renouveler, chaque vendredi, le deuil funèbre de leur indépendance passée, sur la petite place dont je parle en ce moment. Elle mesure seulement trente mètres de long sur quatre de large, et est délimitée : au nord, par le Mckhemeh ou tribunal des musulmans ; à l’ouest et au sud, par des maisons particulières, et à l’est, par le mur du Haram. Ce vénérable pan de muraille est décrit ainsi par M. de Saulcy :

« En arrivant devant ce mur respectable, je fus frappé d’admiration. Sur une hauteur de plus de douze mètres, la construction primitive est restée intacte ; des assises régulières de belles pierres, parfaitement équarries, mais en bossage, c’est-à-dire offrant une bande lisse qui encadre les joints, sont superposées jusqu’à deux ou trois mètres du faîte de la muraille. Il suffit d’un seul coup d’œil pour reconnaître que la tradition juive est indubitablement vraie. Un mur semblable n’a jamais été

JÉRUSALEM

constmit ni pai clés Grecs ni par des Romains. C’est évidemment là un échantillon de l'architecture hébraïque. Dans les assises inferieures, les pierres sont assez régulièrement d’une largeur double de leur hauteur . A mesure

que les assises s’élèvent au-dessus du sol, les dimensions des blocs diminuent. Enfin, chaque assise est en retraite de cinq centimètres sur l’assise précédente, et ces retraites successives constituent, on le voit, un fruit considérable pour la

muraille salomonienne . Le

mur primitif est couronné, à son sommet , par quelques assises régulières, il est vrai, mais de petites pierres de taille. Certainement ces assises supérieures sont de construction assez récente, et il faut nécessairement n’en faire remonter l’âge que jusqu’à l’époque musulmane. » ( Voyage en Syrie et autour de la mer Morte, t. II, p. 190.)

Or, les fouilles pratiquées devant ce mur par le capitaine anglais prouvent qu’il s’enfonce dans le sol à une profondeur de vingt-trois mètres, ce qui semble indiquer qu’il n’est pas de date hérodienne, mais peut-être salomonienne, comme le suppose M. de Saulcy, ou tout au moins judaïque. Car il est difficile d’admettre qu’Hérode, en rebâtissant le Temple, ait déraciné du sol non-seulement les fondations de ce sanctuaire, ce qu’il fit effectivement, afin d’en agrandir l’étendue, mais encore celles du péribole extérieur lui-même, qui pénétraient néanmoins si avant dans les flancs du Moriah, que Josèphe les déclare indestructibles.

Dans un de ses écrits, cet historien attribue à Salomon tout seul le péribole entier, ses divers parvis, les portiques et les murs qui les entouraient.

Place des Pledrs des Jdifs,

« Salomon, dit-il, construisit autour du naos une 0» mm neaid.ntal du Haram. Là, ton, la, vendredi,, à quatre, enceinte que nous nommons qision dans notre lan- 1,eures de ''"P™'”1*’ >“ J“!fs « les Juire* ”> ra„.n,blent pour

J prier et pour pleurer sur la chute de Jérusalem.

gue maternelle, et qui se nomme en grec thrinkos ;

elle était haute de trois coudées, et destinée à interdire au peuple l’entrée dans le hiéron, cette entrée étant réservée aux prêtres seuls. Au dehors de cette enceinte, il construisit un autre hiéron de forme

JÉRUSALEM

quadrangulaire, orné de portiques grands et larges, et muni de portes élevées, dont chacune regardait l'un des quatre vents, et était fermée avec des battants dorés. Tout individu du peuple, pourvu qu’il fût à l’état de pureté et qu’il eût rempli les conditions légales, pouvait pénétrer dans cette seconde enceinte; mais le troisième hiéron, ou Héron extérieur, était plus admirable encore, et dépassait tout ce que l’on pourrait dire ou voir. En effet, Salomon, ayant comblé de profonds ravins dont il était difficile de mesurer de l’œil l’énorme profondeur, éleva ce massif à la hauteur de quatre cents coudées, et parvint à lui donner le meme niveau qu’avait le sommet de la montagne sur lequel le naos

avait été construit . Il environna ce hiéron extérieur de portiques doubles, soutenus par des

colonnes de pierre du pays qui supportaient un toit lambrissé de cèdre. Toutes les portes de cette enceinte étaient d’argent, a [Antiquités judaïques, 1. VIII, ch. III, g 9.) Ailleurs, au contraire, le même auteur prétend que l’achèvement complet de l’esplanade du temple fut l’ouvrage de plusieurs siècles :

« Le hiéron, dit-il, était bâti sur une forte éminence. Lorsqu’on commença à le construire, il y- avait à peine assez de terrain plat au sommet pour le naos et pour l’autel ; car de tous les côtés la colline était abrupte et inclinée. Mais le roi Salomon, le même qui éleva le naos, ayant construit un mur vers l’orient, un seul portique fut bâti sur le massif ainsi obtenu ; de tous les autres côtés le naos restait découvert. Mais dans les âges suivants, comme le peuple ajoutait toujours quelque chose au massif, la colline, ayant été aplanie, fut agrandie. Abattant aussi le mur septentrional, on comprit tout l’espace qu’embrassa plus tard le péribole du hiéron tout entier. On entoura la colline d’une triple enceinte, à partir de sa base, et quand on eut travaillé à cette œuvre plus qu’on ne pouvait l’espérer, œuvre à laquelle furent consacrés de longs âges et tous les trésors provenant des tributs envoyés à Dieu de l’univers entier, les périboles Supérieurs et le hiéron inférieur furent enfin terminés. » ( Guerre des Juifs, 1. V, ch. v, § 1.)

De ces deux passages, quel que soit celui que l’on adopte, il résulte que l’enceinte extérieure de l’esplanade complète du Temple est due aux rois de Juda, soit à un seul, soit à plusieurs. Elle a pu sans doute être en partie renversée dans la suite et être percée de nombreuses brèches. Par conséquent, Hérode a dû la relever partiellement et la réparer; mais les puissantes et inébranlables fondations de cette enceinte n’ont jamais dû être remaniées; il en est de même aussi de toutes les portions émergentes de la muraille, dont l’appareil gigantesque est identique avec celui des portions qu’a nécessairement protégées leur profond enfouissement dans le sol.

Mais continuons à nous avancer vers le nord, le long de la face occidentale du Haram. A quelque distance de la place dite des Pleurs des Juifs et à deux cents mètres de l’angle sud-ouest, le capitaine Wilson avait trouvé, en 1865, une seconde arche ayant le même développement que celle qu’avait auparavant signalée Robinson à l’angle précédemment indiqué; cette arche faisait partie d’une grande chaussée qui reliait en ce point le mont Moriah au mont Sion. En 1867, le capitaine Warren découvrit à l’ouest de cette même arche, au moyen d’un puits de mine, une longue galerie souterraine qui avait été probablement exécutée pour permettre à des soldats de passer sans être aperçus de la citadelle du mont Sion au Temple. Tout autorise à supposer que cette galerie est celle par laquelle, après la prise de Jérusalem par Titus, Simon, fils de Gioras, se rendit de la haute ville sur 1 emplacement du Temple et tenta de s’échapper en apparaissant soudain, comme une sorte de fantôme, aux yeux des légionnaires romains.

La principale entrée du Haram ech-Cherif est par la rue de David qui passe au-dessus de l’arche découverte par Wilson, et 1 on pénètre de ce côté dans l’enceinte sacrée par une magnifique double

JÉRUSALEM

porte dont 1 ouverture méridionale s’appelle Bab es-Silsileh (porte de la Chaîne), et l’ouverture septentrionale Bab es-Salam (porte de la Paix).

En poursuivant notre marche vers le nord, mais sans pouvoir longer de près la muraille antique, à cause des constructions modernes qui y sont accolées, nous rencontrons une autre porte, celle-là antique et aux trois quarts ensevelie sous des amas de décombres} elle a été découverte par le capitaine Warren. En peu au nord de cette dernière est la porte musulmane, dite El-Kattanin (porte des Marchands de coton) . parce qu elle avoisine du côté de l’ouest un bazar où l’on vendait autrefois du coton.

Depuis l arche trouvée par Wilson jusqu’à la porte du Sérail, le mur du Haram n’est plus visible • mais sous celle-ci le lieutenant anglais Conder a découvert, en 1874, un fragment de la muraille

Grotte de Jérémie.

antique d’un grand intérêt, parce qu’il est orné de pilastres formant saillie sur le nu de la muraille, comme le mur du Ilaram d’Hébron.

Nous arrivons ainsi, le long de la face occidentale, que nous avons souvent perdue de vue, masquée qu’elle est par des maisons modernes, à l’angle nord-ouest, lequel est séparé de l’angle sud-ouest par une distance de quatre cent quatre-vingts mètres. En cet endroit, le mont Moriah s’élevait comme une sorte de promontoire rocheux qui a été abaissé et aplani, et dont les berges septentrionales et occidentales ont été taillées verticalement pour en rendre l’escalade plus difficile. C’est à cet angle que les rois asmonéens bâtirent une forteresse nommée Baris, qu’Hérode transforma plus tard et appela Antonia, du nom d’Antoine, son protecteur. J’en parlerai plus bas.

La face nord a trois cent vingt-cinq mètres de développement. Comme il est impossible de la suivre maintenant du dehors, parce qu’elle est en grande partie cachée par une caserne turque qui occupe l’emplacement de l’ancienne tour Antonia et par le vaste bassin, à moitié comblé, dit Birket-Israïl,

JÉRUSALEM

transportons-nous immédiatement à l’angle nord-est. En cet endroit et non loin de la porte actuelle de Saint-Étienne, le capitaine Warren a reconnu par des fouilles très-profondes que la hauteur primitive du mur au-dessus du roc était de quarante-neuf mètres environ. Dans les excavations qu’il a pratiquées sur ce point, il a exhumé plusieurs débris de vases phéniciens. Remarquons, avant de passer à la face orientale, que le mur septentrional de l’enceinte du Temple servait en même temps de rempart à la ville, avant qu’Hérode Agrippa eût agrandi Jérusalem vers le nord, en y comprenant le faubourg de Bézétha et une partie du mont Gareb.

Si nous longeons actuellement du nord au sud la muraille orientale du Haram, nous rencontrons à cent quarante mètres de l’angle nord-est la porte Dorée. Depuis longtemps murée par les musulmans, parce qu’ils s’imaginent que si un jour les chrétiens assiègent de nouveau Jérusalem, ils entreront dans la ville par cette porte, elle a remplacé, à l’époque d’Hérode ou d’Hadrien, une autre porte beaucoup plus ancienne qui donnait accès dans le Temple du côté de 1 est. C est par cette porte que, d’après une vieille tradition chrétienne, Notre-Seigneur aurait, le jour des Rameaux, fait son entrée triomphale à Jérusalem; c’est également par cette porte que, 1 an 628 de notre ère, l’empereur Héraclius aurait rapporté la sainte Croix reprise aux Perses. Que les ornements qui décorent la porte actuelle soient d’une époque postérieure à Jésus-Christ, comme le veulent de savants critiques ; que le vestibule intérieur en ait été remanié par les Byzantins, peut-être même par les Arabes, peu importe. Cela ne détruit en rien la véracité de la tradition chrétienne, car les jambages monolithes de la porte primitive sont encore debout et suffisent à justifier cette tradition.

Quoi qu’il en soit, le capitaine Warren a trouvé que près de la porte qui nous occupe en ce moment, le mur du Haram s’enfonce sous la surface actuelle du sol à la profondeur d une dizaine de mètres. En avant de cette porte, il a découvert pareillement, sous un amas de décombres et à la distance de seize mètres, un autre mur massif, composé de très-gros blocs. Ce mur était peutêtre celui de la ville proprement dite, le mur du Haram étant celui du 1 emple ; peut-être aussi était-ce là l’un des trois murs que Salomon, au dire de Josèphe, avait construits pour soutenir les terrasses successives du Moriah.

Trois cent dix mètres au sud de la porte Dorée, on atteint l’angle sud-est du Haram. G est 1 un des mieux conservés et des plus remarquables de cette enceinte. Près de cet angle, le capitaine Warren a découvert, à vingt-sept mètres de profondeur, sur plusieurs blocs appartenant à la face orientale de la muraille qui s’enfonce jusque-là dans les flancs de la colline, un certain nombre de caractères sémitiques peints en rouge et gravés, qui semblent phéniciens. La pierre d’angle est encastrée dans le roc. De pareils caractères, joints à une telle profondeur des fondations, paraissent autoriser les assertions de ceux qui prétendent que cette tour d’angle, dont l’altitude actuelle à partir du roc est d’au moins quarante-sept mètres, est l’ouvrage du roi Salomon; car ils ne peuvent guère être considérés que comme des signes placés sur ces blocs par des maçons phéniciens travaillant sous la direction d’architectes phéniciens. Or, nous savons que Hiram, roi de Tyr, avait envoyé à Salomon, pour l’aider dans l’accomplissement de ses grands projets, des ouvriers phéniciens habiles à tailler les pierres et qui devaient travailler avec les siens.

La muraille méridionale du Haram, qui mesure deux cent quatre-vingts mètres de développement, est divisée comme en trois parties différentes par la porte Simple, la porte Triple et la porte Double ou la porte Ilouldab. La première porte, aujourd’hui fermée comme les deux autres et plus moderne que celles-ci, ouvrait autrefois dans les immenses souterrains voûtés connus sous le nom d’ Ecuries de Salomon. Ces souterrains occupent, sous la partie sud-est de la plate-forme du Haram, un vaste

JÉRUSALE M.

espace, long de quatre-vingts mètres de l’ouest à l’est, et large de cinquante mètres au moins du nord

IvlIAS EZ-ZEIT, DANS LE GRAND BAZAR DES MARCHANDS d’iILILE.

au sud. Il est impossible d’y pénétrer, surtout pour la première fois, sans être aussitôt saisi d’une vive admiration. Le but dans lequel ils ont été construits était d’agrandir vers le sud-est l’enceinte de

JÉRUSALEM

l'esplanade du Temple, en reculant cette enceinte au delà des bords supérieurs de la montagne et en soutenant cette portion ajoutée de la plate-forme au moyen de voûtes gigantesques reposant sur de nombreuses rangées de piliers carrés. Ces gros et gigantesques piliers, dont les quatre faces sont à bossage, supportent des voûtes en plein cintre qui ont pu être plusieurs fois remaniées, mais qui dans leur fondation première me paraissent bien antérieures à Justinien, ainsi qu’on l’a quelquefois prétendu, en s’appuyant sur un passage de Procope, relatif à la construction par cet empereur a Jérusalem d’une basilique en l’honneur de sainte Marie; car près de la porte Simple, le capitaine W arreu a trouvé, à six mètres au-dessous du sol de ces galeries souterraines et a dix-neuf mètres au-dessous de celui du Haram, l’un des anciens canaux par où le sang des victimes et les eaux qui avaient servi a laver le Temple devaient s’écouler dans le Cédron. Ce qui me semble prouver péremptoirement que ces souterrains sont bien antérieurs à Justinien et même à Hérode, c’est que les deux angles sud-est et sud-ouest de la muraille méridionale du Haram sont, ainsi que l’attestent les fouilles du capitaine Warren, bien antérieurs eux-mêmes à Hérode et datent, selon toute apparence, soit de 1 époque de Salomon, soit de celle des rois qui l’ont suivi. Or, de l’antiquité de ces deux angles résulte celle du mur dont ils forment les deux extrémités et dont les assises inférieures, plongeant dans le sol à une profondeur plus ou moins considérable, selon la nature du terrain, n ont jamais pu être ébranlées ni par le temps, ni par les hommes ; les assises supérieures seules ont pu être renversées et relevées ou remplacées par d’autres, d’appareil très-différent. Si ces souterrains n’ont pas été comblés avec des terres rapportées, c’est qu’on voulait les utiliser, et je ne serais point étonné qu’ils eussent primitivement servi d’écuries pour les nombreux chevaux de Salomon, comme le veut la tradition. Dans tous les cas, nous savons qu’à l’époque des Croisades, lorsque les Templiers occupaient la mosquée d El- Aksa et ses dépendances, ils avaient dans ces souterrains leurs écuries. Beaucoup des piliers, qui y forment un nombre si considérable de travées, sont encore munis d’anneaux qui ont évidemment servi à passer le licou d’un cheval ou d’une autre bête de somme.

Les deux autres portes, également fermées aujourd hui, qui ouvraient sur cette meme face de muraille, sont appelées d’ordinaire, l’une la porte Triple, la plus voisine de la précédente, 1 autre la porte Double; la première parce qu’elle avait trois baies, et la seconde deux seulement, donnant chacune dans une galerie souterraine distincte qui aboutissait par une rampe douce à la surface supérieure de l’esplanade du Temple. Cette dernière porte est désignée aussi sous le nom de Ilouldah, nom qui était celui d’une prophétesse célèbre de Jérusalem à l’époque du roi Josias. Sans entrer ici dans la discussion raisonnée des divers problèmes archéologiques auxquels ces deux portes ont donné lieu de la part des savants, je me bornerai à dire qu’elles me paraissent dans leur forme première, sinon dans leur remaniement ultérieur et dans leur décoration appliquée après coup, contemporaines de la face de la muraille dont je m’occupe maintenant, et par conséquent antérieures à Hérode.

En résumé, l’enceinte du Haram est telle dans ses fondations que l’ont laissée Salomon et les autres rois de Juda, ses successeurs. Ses dimensions sont, à la vérité, plus grandes que celles que Josèphe a assignées à l’esplanade du Temple; mais les chiffres de cet écrivain sont souvent fautifs, soit en trop, soit en moins. Ainsi, d’un côté, il porte la hauteur des murs de cette enceinte jusqu’à quatre cents coudées, ce qui est absurde ; de l’autre, il réduit le pourtour extérieur de‘ l’esplanade, y compris la tour Antonia, à six stades, c’est-à-dire à mille trente mètres, à raison de cent quatre-vingt-cinq mètres le stade, tandis que le pourtour du Haram est de mille cinq cent soixante-dix mètres environ.

Après avoir achevé la construction du temple qu’il élevait à l’ Éternel, Salomon songea à se bâtir un palais pour lui-même. On peut lire dans la Bible et dans Josèphe la description de ce beau palais,

JÉRUSALEM

autre édifice qui demanda treize ans de travail et qui s’appelait la Maison de la forêt du Liban, parce que les colonnes qui l’ornaient, ainsi que les lambris et les poutres, étaient de cèdre. Contre le

bâtiment principal, long de cent coudées, sur cinquante de large et trente de haut, était appliqué un portique soutenu sur des colonnes; long de cinquante coudées et large de trente, il recouvrait exactement la moitié de l’édifice, dont il laissait démasquées deux ailes aux deux extrémités. Ce portique était lui-même précédé d’un vestibule ou avant-portique, supporté également par des colonnes.

Un autre portique s’appelait le Portique du Trône ou du Jugement, parce que Salomon y rendait la justice sur un admirable trône d’ivoire revêtu

d’or, dont les six gradins et les deux bras du siège étaient bordés à droite et à gauche de lions habilement sculptés.

Tout ce palais avait été construit avec de superbes pierres de taille; celles principalement qui avaient été employées dans les fondations étaient colossales. Quant aux appartements intérieurs, ils étalaient une magnificence inouïe. L’or, l’argent, l’ivoire, s’y montraient partout. Les arts de la peinture et de la sculpture les avaient, en outre, décorés à l’cnvi. De nombreux boucliers d’or étaient

IDIOSAL DU HlARAM ECII-ChERIF.

srmée El-Aksa et mont des Olivi

JÉRUSALEM

suspendus aux murs. Indépendamment de ce palais, Salomon en construisit un second pour la fille de Pharaon, son épouse. Il acheva aussi la nouvelle enceinte de Jérusalem, commencée par son père, et exécuta de très-grands travaux dans le quartier de Mello, dont il combla le profond ravin. C est pour les accomplir qu’il imposa au peuple de lourdes charges, qui augmentèrent le mécontentement de la multitude et servirent plus tard de prétexte à la séparation des dix tribus, sous Roboam, son fils.

Les deux palais bâtis par Salomon ont été complètement détruits, et il est même difficile d en assigner la place certaine; nous savons seulement par un passage de Josèphe qu ils étaient contigus l’un à l’autre. (. Antiquités judaïques, 1. VIII, ch. v, § I.) La Bible nous apprend également qu’ils avoisinaient le Temple et la porte dite des Chevaux; car nous y lisons, à l’occasion du couronnement de Joas dans le Temple, qu’au bruit des cris du peuple qui saluait le nouveau roi, Athalie accourut du palais royal dans l’enceinte sacrée. Là, voyant Joas sur un trône et une foule nombreuse qui l’acclamait, au son retentissant des trompettes, elle déchira ses vêtements en s écriant : Trahison! trahison! Aussitôt le grand prêtre Joiada commanda à des centurions de l’emmener de force hors de l’enceinte du Temple et de la mettre à mort. Ceux-ci l'entraînèrent par la porte des Chevaux, près du palais, et la tuèrent en cet endroit : « Imposueruntque ei manus , et impegerunt eam perviam introitus equorum, juxla palatium, et interfecta est ibi. » [Rois, 1. IV, ch. xi, i IG.)

Ce verset nous montre que le palais du roi était peu distant de la porte dite des Chevaux, laquelle était l’une de celles de l’enceinte sacrée, et avait très-vraisemblablement été ainsi nommée parce qu’elle servait à l’introduction des chevaux dans les vastes souterraius que j’ai signalés, sous l’angle sud-est de l’esplanade du Haram; ce qui, à mon avis, justifie pleinement la tradition qui regarde ces galeries souterraines comme étant les anciennes écuries de Salomon.

Il est permis d’attribuer à ce même monarque un petit monument encore debout en dehors de Jérusalem, sur les flancs inférieurs de la montagne du Scandale. M. de Saulcy a eu le mérite de le signaler l’un des premiers à l’attention des archéologues, et il le considère comme un sanctuaire égyptien élevé par Salomon en l’honneur de l’un des dieux de la fille de Pharaon, sa première épouse. Ce monument se trouve au milieu du village de Siloan, dont les huttes reposent sur une plate-forme rocheuse ou sont adossées à une muraille de rochers qui portent partout la trace, soit d’anciennes excavations funéraires, soit d’autres petits édifices presque entièrement rasés. Un seul est resté à peu près intact. C’est un bloc monolithe détaché de la masse sur trois côlés; long de six mètres sur cinq de large, il a son entrée à l’ouest. Sa forme est celle d’une espèce de dé que couronne une corniche égyptienne. Il renferme intérieurement une chambre carrée sur les parois de laquelle deux niches cintrées ont été pratiquées, et que précède un étroit vestibule. A cause de la ressemblance frappante qu offre ce monument avec les édicules monolithes de l’Égypte, M. de Saulcy a émis la conjecture que c est là un sanctuaire érigé par Salomon pour plaire à la fille de Pharaon. Nous lisons, en effet, dans le troisième livre des Rois, que Salomon, à la fin de son règne, se laissa corrompre et séduire par des femmes étrangères, et que, pour condescendre à leurs désirs, il leur éleva des sanctuaires, consacrés à leurs diverses divinités, sur la montagne qui fait face à Jérusalem.

« 7. En ce même temps, Salomon bâtit un temple à Chamos, idole des Moabites, sur la montagne qui était vis-à-vis de Jérusalem, et à Moloch, l’idole des enfauts d’Ammon.

« 8. Et il fit la même chose pour toutes ses femmes étrangères, qui brûlaient de l’encens et sacrifiaient à leurs dieux. » [Rois, 1. III, ch. xi, jr 7 et 8.)

Irès-probablement, dit M. de Saulcy après avoir cité ces versets, la princesse égyptienne, qui était

JÉRUSALEM

la première épouse de Salomon, dut exiger que le culte dans lequel elle était née ne fût pas le seul dédaigné, et telle serait l’origine du sacellum égyptien monolithe de Siloan.

Ces différents sanctuaires furent plus tard profanés par Josias, ainsi que cela résulte des versets suivants :

« 13. Le roi (Josias) souilla les hauts lieux, qui étaient à main droite de la montagne du Scandale,

Porte Dorée, vue deJl’odest. — • Mont des Oliviers à distance.

que Salomon, roi d’Israël, avait élevés à Astaroth, idole des Sidoniens; à Ghamos, le scandale de Moab, et à Melchom, l’abomination des enfants d’Ammon.

« 14. Il en brisa les statues, il en abattit les bosquets sacrés, et remplit ces lieux-là d’ossements de morts. » (Rois, 1. IV, ch. xxm, jr 13 et 14.)

Hâtons-nous maintenant d’indiquer en peu de mots les travaux les plus importants qui furent entrepris à Jérusalem par les autres rois de Juda.

Nous lisons dans les Parai ipomènes, à propos du règne de Joathan :

JÉRUSALEM

« Ce fut lui qui bâtit la haute porte de la maison de l’Éternel, et qui exécuta de grands travaux à la muraille d’Ophel. » ( Paralipomènes , h II, ch. xxvn, i 3.) Il est difficile de dire si la haute porte dont il est ici question est l’une de celles que j’ai signalées à propos de l’enceinte extérieure du Temple, ou si, au contraire, elle appartenait soit à l’un des parvis extérieurs, soit meme au sanctuaire proprement dit. J’arrive donc à la muraille d’Ophel. Elle embrassait dans le périmètre de l.t ville, en dehors de l’enceinte primitive qui ne comprenait que la colline de Sion et celle d Acr.i, c’est-à-dire la ville haute et la ville basse, la troisième colline d’Ophel qui s’allongeait en forme de triangle au sud du Temple, ayant sa base auprès de la face méridionale du Moriah, et son sommet à la jonction de la vallée du Cédron et de celle du Tyropœon. Elle s’abaisse et se rétrécit progressivement du nord au sud dans une longueur de six cent cinquante mètres environ, et dans une largeur qui, à sa base, atteint à peine trois cents mètres. Son point le plus élevé avoisine la Triple Porte. De là, elle domine de quatre-vingt-quinze mètres la piscine de Siloé. J’ajoute, pour la déterminer encore davantage, qu’étant bornée au nord par le Moriah, dont elle n’est, en réalité, que le prolongement méridional, elle est bordée à l’est par le Cédron, à l’ouest et au sud par le Tyropœon. C’est cette colline qui fut enclavée dans l’enceinte de la ville au moyen d un mur construit par le roi Joathan, l’an 658 avant Jésus-Christ. Peut-être, néanmoins, ce mur remontait-il pour sa fondation première à une époque antérieure à celle de ce prince, qui, dans ce cas, n aurait fait que le continuer. Car le texte des Paralipomènes est assez vague à ce sujet, et il nous apprend seulement que Joathan exécuta de grands travaux pour bâtir ce mur : « In muro Ophel multa construxit. » Il n est pas question, comme on le voit, de la fondation de cette muraille. De nos jours, en 1867, le capitaine Warren l’a retrouvée, et a pu la suivre l’espace de deux cent trente mètres, en creusant des puits de mine de distance en distance. Décourounée actuellement de toute sa partie supérieure, et ensevelie sous des amas de terre et de décombres, elle était très-épaisse, flanquée de tours, construite avec de puissants blocs, et aboutissait à l’angle sud-est du Haram. Commencée on continuée par Joathan, elle fut plus tard achevée et exhaussée par Manassès. ( Paralipomènes , 1. II, ch. XXXIII, i 14.) Quelques années auparavant, à l’approche de Sennachérib, Ézéchias, père de Manassès, s’était préparé à une énergique résistance, en réparant l’enceinte de la ville, en augmentant ses fortifications, en bouchant les sources qui coulaient en dehors de la cité, et en faisant dériver, au moyen d’un aqueduc souterrain, dans une piscine inférieure, située à l’occident de la ville de Juda et enclavée entre deux murs, les eaux d’une piscine supérieure ou piscine vieille, autrement dite encore piscine de Gihon. Tous ces détails, que j’emprunte, soit au quatrième livre des Rois (ch. il, y 20), soit au deuxième livre des Paralipomènes (ch. XXXii, ÿ 2 et suiv.), soit au livre d’Isaïe (ch. XXII, ÿ 9-11), sont faciles à comprendre sur les lieux mêmes, bien qu’on les ait parfois rendus obscurs, surtout les derniers, par des commentaires où l’on confondait ce que la Bible distingue. Ainsi, par exemple, ces sources obstruées, en dehors de la ville, doivent être celle du Dragon, actuellement de la Vierge, celle de Siloé, qui n’est qu’un écoulement de la précédente, et celle de Rogel, ou puits de Néhémie, en arabe Bir Ayoub. Quant à la piscine supérieure ou piscine vieille, si elle portait pareillement le nom de Gihon. il faut bien se garder de la chercher dans la vallée de Gihon, signalée ailleurs dans la Bible à propos du couronnement de David, car il serait impossible de concevoir comment une source coulant dans une vallée située au bas de la cité de David, aurait pu être dérivée à l’occident de cette même cité pour être recueillie dans une piscine inférieure. 11 faut nécessairement admettre près de Jérusalem deux endroits appelés Gihon : l’un, dont j’ai parlé précédemment, et qui n’est qu’une partie de la vallée du Cédron, au confluent de cette vallée avec celle du Tyropœon, et l’autre, qui

est identique avec le plateau au milieu duquel a été creusé le grand bassin connu aujourd’hui sous le nom de Birket el-Mamillah, et qui se trouve à cinq cents mètres à l’ouest de l’angle nord-ouest de la ville actuelle. Ce bassin, qui aujourd’hui n’est plus rempli que par les eaux

Extérieur de la porte Dorée.

Tombes musulmanes sur le devant.

pluviales, pouvait jadis recevoir, en outre, celles d’une source, soit voisine, soit éloignée. Maintenant encore, il communique au moyen d’un conduit moderne, qui a dû en remplacer un autre beaucoup plus ancien , avec un second bassin également considérable, et enclavé depuis longtemps dans l’intérieur de la ville. On l’appelle de nos jours Biiket Hammam el-JJafrak (bassin des Bains du Patriarche), parce qu’il avoisine un établissement de bains , situé lui-même non loin de l’ancien patriarcat latin. A l’époque du siège de Jérusalem par Titus, il est signalé à plusieurs reprises par Josèphe, sous le nom de Amyijdalon (bassin des Amandes). Les Juifs et les chrétiens de Jérusalem y reconnaissent, et je crois avec raison, la piscine inférieure d’Ézéchias, qui, ayant été environnée par ce prince d’un mur du côté où elle n’était pas protégée par la seconde enceinte, en dehors, mais près de laquelle elle avait été bâtie et creusée, justifiait parfaitement ce verset

d’Isaïe :

« Et lacum fecislis inter duos muros ad ac/uam piscinœ vetens. » (Isaïe, ch. xxn, $ 11.)

« Vous avez créé un réservoir entre deux murs pour recueillir les eaux de la vieille piscine, a

Cependant la ruine de Jérusalem est imminente. Nabuchodonosor est bientôt à ses portes, et, instrument des vengeances divines, il s’empare à trois reprises différentes de la ville. Enfin, 1 an 588 avant Jésus-Christ, Nabuzardan, son général, y entre en exterminateur. Il en détruit les remparts, les maisons, le palais royal et le Temple. La cité entière est, par ses ordres, réduite en cendres.

« 8. Venit Nabuzardan, princeps exercitus , servus regis Babyloms, in Jérusalem.

JÉRUSALEM

((9. Et succendit domum üomini, et domum regis: et domus Jérusalem, omnemque domum comùussif igni.

«10. Et muros Jérusalem in circuitu destruxit omnis exercilus Clialdœorum. » (Rois, 1. IV, ch. xxv, jr 8-10.)

Le roi Sédécias, qui avait tenté de s’enfuir, tombe entre les mains du vainqueur. On lui crève les yeux, on égorge ses fils en sa présence, et il est lui-même emmené enchaîné a Babylone avec une foule énorme de malheureux captifs.

Le Temple avait duré quatre cent seize ans, depuis son achèvement par Salomon jusqu’à sa ruine par les Chaldéens. Mais si le sanctuaire proprement dit, avec ses dépendances et les admirables portiques qui l’entouraient, devint la proie des flammes ou fut renversé par la main de 1 homme, les gigantesques murailles qui formaient le téménos extérieur durent, à cause de leur niasse imposante et de leur profonde pénétration dans le sol, résister inébranlables, au moins dans leurs assises inférieures, à tous les efforts du fer et du feu, et quand, soixante-dix ans plus tard, au retour de la captivité, Zorobabel voulut relever de ses ruines le temple de Salomon, s’il eut à rebâtir complètement le sanctuaire et ses dépendances, ainsi que les portiques des divers parvis, il n’eut, au contraire, très-probablement, qu’à fermer les brèches ou qu’à restaurer les parties endommagées de la grande enceinte extérieure. Les travaux de reconstruction durèrent fort longtemps, entravés qu’ils étaient souvent par la haine des Samaritains, qui, pendant les règnes de Darius et de Xerxès, s’efforçaient sans cesse de noircir les Juifs aux yeux de ce souverain, en les représentant comme des rebelles aspirant à reconquérir leur indépendance. Le Temple enfin fut achevé, à la grande joie des Juifs nés depuis la captivité ; mais les vieillards qui avaient été témoins de la splendeur du premier édifice ne pouvaient s’empêcher de gémir et de se lamenter. Le prophète Aggée, néanmoins, perçant de son regard prophétique les voiles de l’avenir, prédit en ces termes la gloire future du nouveau Temple :

« 8. J’ébranlerai tous les peuples, et le Désiré de toutes les nations viendra, et je remplirai de gloire cette maison, dit le Seigneur des armées.

« 10. La gloire de cette dernière maison sera encore plus grande que celle de la première, dit le Seigneur des armées. » (Aggée, ch. il, f 8 et 10.)

Ni la Bible ni Josèphe ne nous donnent aucun renseignement précis sur le temple construit par Zorobabel; mais tout porte à croire qu’il devait reproduire les principales dispositions du plan primitif; seulement, à cause du malheur des temps, il n’étalait plus la même magnificence qu’autrefois, comme le déploraient tant les vieillards qui avaient encore présente à l’esprit celle du précédent. Cependant ce temple, ou du moins celui qu’Hérode devait lui substituer, était prédestiné, selon la prophétie d’Aggée, à l’honneur insigne de recevoir un jour la visite du Désiré des nations, et cette gloire devait singulièrement éclipser toute celle dont il avait pu jouir auparavant.

Page 1