‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 7 sur 100 · JÉRUSALEM A L’ÉPOQUE D’IIÉRODE LE GRAND · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM A L’ÉPOQUE D’IIÉRODE LE GRAND

Les cinq siècles qui s’écoulèrent pour Jérusalem depuis le retour de la captivité jusqu’à l’avénement d’Hérode le Grand, sont remplis d’événements très-variés que je n’ai point à résumer ici. Je rappellerai seulement que la ville, dont les murs avaient été rebâtis par Néhémie, l’an 453 avant Jésus- Christ, passa, cent vingt ans plus tard, de la domination des Perses sous celle des Macédoniens, lorsque Alexandre, désarmé par la majesté du grand prêtre Yaddous, y entra en souverain pacifique et

JÉRUSALEM

non en conquérant exterminateur. Il y sacrifia dans le Temple, où on lui lut les prophéties de Daniel qui annonçaient la chute de l’empire persan. L’an 169 avant Jésus-Christ, Jérusalem fut, au contraire, dévastée complètement par Antiochus Ëpiphane. Ce prince syrien y érigea une forteresse dans le quartier d’Acra, pour dominer de là l’enceinte du Temple. Le sanctuaire de Jéhovah fut lui-même pillé et indignement profané, le culte de Jupiter Olympien y remplaça celui de l’Éternel. Cependant, saisi d’une sainte indignation, le généreux vieillard Mathathias lève l’étendard de l’insurrection; il

La chaussée, à laquelle l’aquedu

FosTà ; forme u

l’aqueduc provenant des vasques de Salomon. le nord, traverse la vallée de Hinnom précisément a

i-dessus du Birket es-8oulthan.

appelle aux armes tous ceux qui veulent affranchir leur pays et conserver leur foi. Judas, 1 un de ses plus vaillants fils, remporte, avec une poignée d’hommes, victoire sur victoire. Il delivre Jérusalem, purifie le Temple et le consacre de nouveau au vrai Dieu ; mais bientôt accablé par le nombre de ses adversaires, il périt enseveli dans son triomphe. Ses frères, sans se laisser décourager par sa mort, poursuivent la lutte el finissent par arracher la Judée au joug des Syriens et par fonder à Jérusalem le siège d’une dynastie asmonéenne. L’an 141 avant Jésus-Christ, Simon détiuit la citadelle d Acia et rase le sommet de la colline sur laquelle elle s’élevait; puis il établit lui-même sa résidence a l’angle nord-ouest du Temple, à l’endroit où ses successeurs bâtirent la tour Baris, remplacée plus tard par

JÉRUSALEM

la tour Antonia. À la suite des troubles politiques et religieux qui agitent la Judée et surtout Jérusalem, sous les princes asmonéens, les Romains interviennent en maîtres. Celte ville tombe au pouvoir de Pompée, l’an 64 avant Jésus-Christ. Protégé par les Romains, l’Iduméen Antipater, de simple ministre d’IIyrcan, parvient peu à peu à attirer à lui toute l’autorité, et son fils Hérode, dévoré par une ambition plus insatiable encore, finit, à force d’habileté, de courage et de crimes, par obtenir du sénat romain, grâce à l’appui d’Octave et d’Antoine, le titre de roi de Judée qu il convoitait depuis longtemps (39 ans avant Jésus-Christ).

Une fois affermi sur le trône, il voulut rivaliser avec Salomon pour le nombre et la grandeur de ses constructions, et de tous côtés il prodigua d’immenses richesses pour élever des temples, des théâtres, des hippodromes et des portiques; mais la fondation de ces édifices païens ne fit qu’augmenter les murmures des Juifs, déjà irrités contre lui à cause de sa cruauté et de son despotisme. Ce fut pour apaiser ce mécontentement qu’il songea, dans la dix-huitième année de son règne, à rebâtir le temple de Jérusalem, pour lui donner plus d’étendue et de magnificence, espérant que l’exécution de ce grand projet lui ramènerait l’affection de scs sujets et le couvrirait, en outre, d’une gloire immortelle. Laissons parler ici Josèphe (Antiquités judaïques, 1. XV, ch. xi) :

« Les anciennes fondations du sanctuaire ayant été arrachées, furent remplacées par d’autres, sur lesquelles il éleva le naos, qui avait cent coudées de longueur, et en hauteur vingt coudées de plus

que l’ancien . Cet édifice fut construit avec de puissantes pierres blanches, qui avaient vingt-cinq

coudées de long, huit de haut et douze de large. De même que le portique royal, il était plus bas sur

les deux côtés, et plus haut dans sa partie centrale . Les portes d’entrée, avec leurs linteaux,

égalaient la hauteur du monument, et élaient ornées de superbes tentures de pourpre, sur lesquelles on avait figuré des fleurs et des colonnes. Au-dessus de ces portes, et sous la corniche, courait en festons une vigne d’or, aux grappes pendantes, qui provoquait l’admiration de tous les spectateurs, tant par la somptuosité de la matière que par l’art infini de l’exécution, llérode environna également le naos de vastes portiques, d’une harmonie parfaite, et bien supérieurs aux anciens en richesse et en magnificence. » Dans les lignes qui suivent, Josèphe nous décrit les travaux gigantesques exécutés par Salomon pour aplanir le sommet du Moriah et l’environner d’un péribole immense. Or, il ne nous dit nulle part qu Hérode ait reconstruit dès la base, comme il l’avait fait pour le sanctuaire, cette enceinte extérieure.

Puis il continue ainsi :

« Vers le côté septentrional de l’enceinte sacrée s’élevait dans un angle la citadelle, ouvrage d une force singulière. Elle avait élé construite par les princes et les grands prêtres asmonéens qui avaient précédé Hérode et l’avaient appelée Baris. C’était là qu’était déposée la robe du grand prêtre qu il ne doit revêtir qu’au moment de sacrifier... Rendue plus forte encore par Hérode, pour assurer la défense du Iliéron, elle fut surnommée par lui Antonia, par reconnaissance pour Antoine, son ami et empereur des Romains. Dans la face occidentale du péribole avaient été placées quatre portes : l une conduisait au palais du roi, entre lequel s’interposait une vallée intermédiaire; deux menaient au faubourg, et la quatrième dans le reste de la ville. De nombreux degrés permettaient de descendre au fond de la vallée, et vis-à-vis d’autres degrés ascendants répondaient aux piemiers. Le quatrième côté de l’enceinte, c’est-à-dire le côté méridional, avait également des portes percées au milieu de son développement. Sur cette face s’appuyait le portique royal, qui était triple et s etendait en longueur depuis la vallée orientale jusqu’à la vallée occidentale, ses deux limites extérieures. Cet ouvrage était l’un des plus remarquables qu’il y eût sous le soleil... Quatre ran-

JÉRUSALEM

gées parallèles de colonnes régnaient d’un bout à l’autre du portique, la quatrième étant engagée dans un mur de pierres de taille. Le diamètre de chaque colonne était tel qu’il fallait trois hommes pour les embrasser ; elles mesuraient vingt-sept pieds de long et étaient au nombre de cent soixantedeux; leurs chapiteaux étaient corinthiens et admirablement sculptés. Disposées sur quatre rangées, elles formaient trois portiques, deux mesurant trente pieds de large, un stade de long et plus de cinquante pieds de haut, et le troisième, entre les deux autres, avait une fois et demie la largeur et deux fois la hauteur de ceux-ci... Tel était le premier péribole. En dedans de cette enceinte, et à faible distance, en était une seconde, où l’on montait par quelques degrés et qu’entourait une balustrade en pierre portant une inscription qui en interdisait l’accès aux étrangers sous peine de mort. Le péribole qui limitait cette deuxième enceinte était percé sur ses deux faces nord et sud de trois portes, espacées les unes des autres, et sur sa face orientale, d’une seule, de grandes dimen-

V ALLÉE DG GlHON, VUE DE l'aKCLE NORD-OUEST DE l’eNCEINTE DE LA VILLE.

A droite est l’nqueduG provenant des vasques de Salomon, au-dessus du Birket es-Sonlthnn.

sions, par laquelle pouvaient passer les Juifs purifiés et les femmes. Plus intérieurement encore était le parvis sacré, où les femmes n’avaient pas le droit de pénétrer. Enfin, la dernière enceinte n’était accessible qu’aux prêtres seuls. Là s’élevait le naos, et devant le naos l’autel des holocaustes... Le roi eut, en outre, le soin de faire creuser une voie souterraine conduisant de la tour Antonia à la porte orientale du Hiéron extérieur, au-dessus de laquelle il construisit une tour qui devait lui servir de refuge, dans le cas où le peuple s’insurgerait contre son souverain. » Dans son autre écrit intitulé la Guerre, des Juifs, Josèphe nous donne une seconde description de ce temple, plus détaillée encore que la première, et je prie le lecteur de vouloir bien la lire dans cet ouvrage (1. V, ch. v, §§ 1 et suivants). Je le prie également de consulter le beau et savant travail de M. de Vogüé sur le Temple de Jérusalem et de jeter un coup d’œil sur la restauration que cet éminent archéologue a essayé d’en donner dans l’une des planches qui accompagnent son texte.

Sans revenir sur le péribole extérieur, sur les portiques qui l’environnaient et sur les autres parvis signalés plus haut, j’ajouterai seulement ici quelques nouveaux détails, tirés de ce second ouvrage de l’historien juif, sur le Temple proprement dit et sur la tour Antonia.

« Le naos même s’élevait au milieu de l’enceinte sacrée. On y montait par douze marches. De front, il avait une hauteur et une largeur égales de cent coudées; mais par derrière il était plus

JÉRUSALEM

étroit de quarante coudées 5 ainsi, par devant, deux espèces d épaules, longues chacune de vingt coudées, se projetaient de chaque côté de la façade. La première porte, haute de soixante-dix coudées et large de vingt, n’avait pas de battants, figurant le ciel, qui est visible et ouvert de toutes parts. Son fronton était entièrement doré, et par son ouverture on apercevait la première partie de l’édifice, qui était très-grande : les parois qui environnaient la porte intérieure attiraient surtout les regards, tant elles étaient resplendissantes d’or. Comme le naos avait intérieurement deux étages, 011 11’avait devant soi que le premier étage du vestibule, lequel formait une salle haute de quatre-vingt-dix coudées, longue de cinquante et large de vingt. La porte intérieure était, comme je l’ai dit, complètement dorée, de même que le mur qui l’encadrait. Au-dessus courait une vigne d’or d’où pendaient des grappes de raisin de la taille d’un homme... Devant cette porte était suspendu un voile d’égale longueur et d’étoffe babylonienne, éclatant des couleurs de l’hyacinthe, du byssus, du safran et de la pourpre, et d’un tissu merveilleux. Quand on l’avait franchie, on pénétrait dans la partie inférieure du naos, dont la hauteur était de soixante coudées, la longueur égale et la largeur de vingt. Ces soixante coudées étaient, à leur tour, divisées en deux compartiments 5 le premier, qui avait quarante coudées de longueur, renfermait trois objets admirables et célèbres dans le monde entier, le candélabre, la table et l’autel des parfums. Les sept lampes du candélabre figuraient les sept planètes, et les douze pains déposés sur la table, le cercle zodiacal et les douze mois de l’année 5 l’autel des parfums, par scs treize aromates emprunlés à la mer et à la terre habitée ou inhabitée, signifiait que tout était à Dieu et devait lui être consacré. Le dernier compartiment du naos avait vingt coudées de longueur, et un voile le séparait de même du précédent. Il ne contenait absolument rien, étaiL inaccessible, invisible et inviolable, et s’appelait le Saint des saints. » ( Guerre des Juifs, 1. V, ch. v, §§ 4 et 5.)

On sait que Jérémie avait enlevé du temple de Salomon, avant qu’il fût détruit par Nabuchodonosor, le tabernacle, l’arche d’alliance et l’autel des encensements, et les avait, par l’ordre du Seigneur, transportés sur le mont Nébo, pour les cacher dans une caverne, d’où, d’après ce prophète, ils ne reparaîtront à la lumière que lorsque Dieu rassemblera son peuple. ( Macchabées , I. Y, ch. n, * 4-8.)

Voici maintenant les renseignements plus précis que Josèphe nous fournit sur la tour Antonia :

« Antonia était placée à l’angle ù se réunissaient les portiques du nord et de l’ouest du premier Hiêron. Elle avait été bâtie sur un rocher haut de cinquante coudées et escarpé de tous côtés. C’était l’ouvrage du roi Ilérode où il avait le plus révélé la grandeur naturelle de ses conceptions. D’abord il avait revêtu les parois du rocher, dès la base, de dalles très-polies, dans le double but d’embellir cette construction et d’offrir une surface glissante à quiconque essayerait soit de monter, soit de descendre. En avant de la tour était un mur de trois coudées, et en dedans de ce mur, tout l’espace qu’occupait la tour s élevait à la hauteur de quarante coudées. Cette tour, intérieurement, avait l’étendue et la distribution d’un palais. Elle renfermait toutes sortes d’appartements pour divers usages, des portiques, des bains, et de vastes cours pour les mouvements des soldats. Munie de toutes les ressources nécessaires à la vie, elle eût pu passer pour une ville; mais sa magnificence en faisait un palais. Construite dans son ensemble en forme de tour, elle était flanquée à ses quatre angles d’autres tours, hautes de cinquante coudées, à l’exception de celle qui défendait l’angle sud-est et qui atteignait une hauteur de soixante-dix coudées; en sorte que, de son sommet, on pouvait dominer du regard le Hiêron tout entier. A l’endroit où la tour rejoignait les portiques, deux escaliers permettaient aux soldats de descendre. Or, il y avait toujours une cohorte logée dans son enceinte. Ces soldats, dislribués en armes sur divers points des portiques, prévenaient les séditions qui auraient pu, à

JÉRUSALEM

1 époque clés fêtes, éclater parmi le peuple. En effet, si le Hiéron était la citadelle de la ville, à son tour il avait pour défense Ànlonia. » ( Guerre des Juifs , I. Y, ch. y, g 8.)

Fontaine de la Porte de la Chaîne (Bar es-Silsileii).

L’enceinte sacrée du Temple était à peine achevée depuis quinze ans, avec ses immenses parvis, ses superbes portiques, son sanctuaire rival en splendeur de celui de Salomon, sa forteresse Anlonia,

JÉRUSALE M.

belle comme un palais, puissante comme une citadelle, lorsqu’un enfant y fut apporté par ses parents quarante jours après sa naissance pour y être offert au Seigneur. Cet enfant, né à Bethléhcm, passait pour le fils d’un pauvre charpentier de Nazareth 5 mais le saint vieillard Simeon, en le recevant des bras de son auguste Mère dans les siens pour le bénir, reconnut aussitôt en lui le Désiré des nations et le Messie promis à la terre. Anne, la prophétesse, s’empressa aussi de saluer dans sa personne le Rédempteur d’Israël. A l’âge de douze ans, l’Évangile nous le montre enseignant déjà dans le Temple, où il étonne les vieillards et les docteurs de la loi par sa sagesse et par la sublimité de sa doctrine. Plus tard, cette même enceinte le revoit à certains jours anniversaires, quand ses parents l’amènent avec eux de Nazareth à Jérusalem, pour y célébrer les fêtes de Pâques, de la Pentecôte ou des Tabernacles. Enfin, dans les dernières années de sa vie mortelle, le Temple devient l’un des principaux témoins de ses divins enseignements. C’est là qu’il aime à se promener avec ses disciples, sous les portiques sacrés, pour converser avec eux de son royaume céleste. C’est là qu’il pardonne à la femme adultère, là qu’il exalte le denier de la pauvre veuve, là aussi qu’il chasse les marchands et renverse les tables des changeurs. C’est ce même Temple dont ses Apôtres lui faisaient un jour admirer la grandeur et la magnificence en lui disant : « Voyez, Seigneur, quelles pierres et quelles puissantes constructions ! » et dont il prédit la ruine prochaine et définitive. « De tout cela, répond-il, il ne restera pas pierre sur pierre. » Cette prédiction s’est effectivement accomplie à la lettre, et l’an 70 de notre ère, Titus réalisa, sans le savoir, la terrible parole du Christ. Il faut lire dans Josèphe le récit du drame affreux dont Jérusalem, la cité déicide, fut alors le théâtre et la victime. Antonia, la citadelle du Temple, a succombé sous les coups des Romains. Des ruines de cette forteresse conquise et renversée, les légionnaires s’élancent à l’assaut des portiques et du sanctuaire. Vainement Titus leur a-t-il commandé de respecter ce monument incomparable, qui doit être le plus beau trophée de sa victoire; sourds à sa voix et obéissant à une force secrète et irrésistible, ils s’acharnent à tout détruire, à tout brûler. Déjà les portiques qui entourent le dernier parvis commencent à être la proie des flammes; mais le sanctuaire lui-même s’élève debout et encore intact. Alors un soldat, saisissant un tison embrasé et se faisant soulever par l’un de ses camarades, lance le tison fatal à travers une fenêtre dorée ouvrant, du côté du nord, sur l’une des cellules qui étaient adossées aux flancs du Temple. En un instant, l’incendie se communique à toutes les chambres voisines et ensuite au sanctuaire. A cette vue, Titus accourt avec ses généraux. Du geste, de la voix, il cherche à retenir ses soldats et leur ordonne d’éteindre le feu. Lui-même, il se précipite au milieu du foyer de l’incendie et essaye de sauver à tout prix le monument sacré; mais tous ses efforts échouent contre la fureur aveugle de ses légionnaires, qui s’excitent les uns les autres à hâter les progrès de la flamme. Il était écrit, en effet, dans le livre des décrets éternels, que le 10 du mois d’Ab serait le dernier du temple d’IJérode; car il y avait six siècles et demi qu à pareil jour les Babyloniens avaient réduit en cendres celui de Salomon. Titus, impuissant à maîtriser ses troupes et l’incendie qu’elles propagent, laisse enfin cette tempête de feu se déchaîner librement sur le Temple. En meme temps que la flamme pétillé de toutes parts et que ce superbe édifice, avec ses richesses inouïes, s’abîme dans un immense brasier ardent, les Romains massacrent tout devant eux, hommes, femmes et enfants, et immolent sur l’autel de Jéhovah de nombreuses hécatombes humaines. Pendant qu’ivres de sang et de carnage, ils poussent des cris de victoire et insultent à la chute du Temple et des portiques, qui s’écroulent avec fracas, les Juifs font entendre des hurlements de douleur et expirent par milliers dans la vaste enceinte du Moriah, qu’ils couvrent de leurs cadavres. D’un autre côté, les habitants de la ville, en présence d’une telle calamité, répondent aux cris plaintifs de leurs frères expirants par des gémissements lamentables, auxquels

JÉRUSALEM

toutes les collines voisines font écho. Jamais scène d’horreur plus épouvantable que celle-là no s’étalt passée a Jérusalem. Jamais aussi cette ville n’avait commis un pareil crime, en répandant le sang de son divin Libérateur, et en demandant que ce sang sacré retombât sur elle à tout jamais. Témoin et historien de cette catastrophe et de la prise de la ville, qui bientôt suivit la chute du Temple, Josèpbe

-Angle NORD-OUEST DU llàRAM ECII-CllERIF.

On y voit le plus haut minaret de l’enceinte sacrée, et l’ancien serai', servant maintenant de prison d’État.

ne put s’empêcher de remarquer, et Titus avoua lui-même que la vengeance divine avait tout conduit, et qu’il n’était que l'instrument d’un châtiment céleste.

Détruit par les Romains, le Temple des Juifs fut pour jamais enseveli sous les mêmes ruines que la nationalité juive. C’est en vain que, l’an 133 de notre ère, les Juifs, un instant maîtres de Jérusalem sous le commandement du fameux Bar-Kokeba, qui réussit à secouer quelque temps le joug des Romains, essayèrent de relever ce monument, à la fois religieux et national, qui leur rappelait des souvenirs de gloire et d’ indépendance ; ils furent bientôt écrasés par Julius Sévérus

JÉRUSALEM

et expulses complètement de Jérusalem. La ville elle-même, colonisée par des vétérans romains et reconstruite par Hadrien, perdit son nom antique et prit celui d’Ælia Capitolma, du nom de Ælius Hadrien, son nouveau fondateur, auquel fut ajouté celui de Capitolina, quand cet empereur eut érigé sur l’emplacement de l’ancien temple de Jéhovah le sanctuaire de Jupiter Capitolin, qui devint ainsi le patron de la ville païenne. Ce sanctuaire fut sans doute renversé au moment où Constantin fit descendre du trône le paganisme pour y installer avec lui la religion chrétienne. Cependant, même alors, comme nous le savons par le Pèlerin de Bordeaux, deux statues d Hadrien étaient restées debout près de la roche Sakhrah, roche que les Juifs avaient la permission de venir vénérer une fois par an, comme leur rappelant leur Temple; ils avaient coutume de 1 oindre de parfums, en gémissant et se lamentant, et en déchirant, en signe de deuil, leurs vêtements. « Sunt ibi et slatuœ duce lladriani , et est non longe de statuts lapis pertusus, ad quem veniunt Judœi singulis annis, et unguent eum et lamentant se cum gémi tu, et veshmenta sua scindant et sic recedunt. » En 363, l’empereur Julien, voulant donner un démenti aux Saintes Ecritures et à la paiole du Christ lui-même, qui avait déclaré qu’il ne resterait pas pierre sur pierre du Temple juif, oïdonna de le rebâtir; mais lorsqu’on en posait la première pierre, une violente secousse bouleversa tous les matériaux que l’on avait préparés et coûta la vie a un grand nombre d ouvriers. De nouvelles tentatives pour asseoir les fondations de l’édifice projeté échouèrent pareillement, et des glohes de feu sortant du sol poursuivirent et consumèrent tous ceux qui voulurent persister dans leurs travaux. Ce fait est attesté par divers auteurs contemporains, et Ammien Marcellin, tout païen et ami qu il était de l’empereur Julien, nous donne là-dessus des renseignements irrécusables.

« Tandis qu’Alypius, dit-il, pressait vivement les travaux, aidé par le gouverneur de la province, de terribles tourbillons de flammes s’élançant des fondements dévorèrent, à plusieurs reprises et par attaques réitérées, les ouvriers, auxquels ils rendirent ce lieu inaccessible. C’est ainsi que, obstinément combattue par cet élément, l’entreprise fut abandonnée. » (Ammien Marcellin, 1. XXIII, ch. I.)

Avant de quitter le temple de Jérusalem, je dois répondre à une question qui pourra m’être adressée. Que reste-t-il, me demandera- t-on, des grands et gigantesques travaux exécutés par Hérode sur le mont Moriah? J’ai déjà essayé de montrer plus haut que les fouilles faites par les Anglais, en 1867, autour du Ilaram ecli-Gherif semblent démontrer que ce monarque n’a nullement agrandi l’enceinte extérieure du Temple, identique elle-même avec celle du Ilaram actuel. Cette enceinte, au moins dans ses puissantes assises inférieures qui s’enfoncent si profondément dans le sol et çà et là dans quelques pans supérieurs encore presque intacts, est aujourd’hui telle que l’ont établie Salomon et les rois qui l’ont suivi. Hérode n’a fait que la réparer après Néhémie, en bouchant toutes les brèches que l’ennemi avait faites. Si cette enceinte n’a point été complètement anéantie par Titus, c’est que, plongeant si avant dans les flancs du Moriah, elle ne pouvait en être, en quelque sorte, déracinée qu’au prix d’efforts incroyables qu’il était d’ailleurs inutile de tenter, puisque de simples brèches, pratiquées de distance en distance, pouvaient suffire pour atteindre le même but. On peut attribuer soit à Hérode, soit à Hadrien, les décorations appliquées sur la porte Dorée et sur celle qui est connue sous le nom de Double Porte. Quant aux magnifiques portiques qu’il avait appuyés sur cette première enceinte et à ceux dont il avait également entouré l’enceinte intérieure qui renfermait le Temple proprement dit, il n’en subsiste plus la moindre trace. J’ai déjà dit aussi que le sanctuaire ou naos avec toutes ses dépendances a été rasé de fond en comble, et que l’entreprise impie ordonnée par Julien, pour faire mentir la prophétie du Messie,

JÉRUSALEM

n avait contribué, au contraire, qu’à en rendre l’accomplissement plus complet et plus littéral encore, en achevant de bouleverser davantage et d’une manière définitive les parties des fondations qui jusque-là avaient pu demeurer en place. La forteresse Antonia avec ses quatre tours, ses puissants remparts et ses vastes constructions, a été également comme effacée du sol. Il n’en reste plus rien,

Coi lin k nr Mauvais Conseil.

Vue du rempart méridional do Jérusalem. Plus près, pentes orientales d'Ophel, cultivées en terrasses.

à l’exception peut-être d’un souterrain courant de l’ouest à l’est, qui a été retrouvé par le capitaine Warren au nord de la plate-forme sur laquelle repose la mosquée d’Omar. Il est permis, en effet, de supposer que ce passage voûté en plein cintre, de cinq mètres et demi de large, est celui qu’Hérode avait ordonné de pratiquer pour relier la forteresse Antonia avec la porte orientale de l’enceinte extérieure, c’est-à-dire avec celle que nous nommons ordinairement porte Dorée.

Parmi les autres somptueux édifices qu’Hérode avait élevés à Jérusalem, on distinguait principalement le magnifique palais qu’il s’était construit pour lui-même sur le mont Sion. Tous les arts avaient concouru à l’embellir, et il était orné des marbres les plus précieux. Josèphe, qui, dans plusieurs

JÉRUSALEM

passages de ses écrits, nous en vante la beauté, signale dans ce palais deux salles immenses et tellement remarquables, que le Temple lui-même ne pouvait, dit-il, leur être comparé; à l’une, Ilcrode avait donné le nom de César, et à l’autre, celui d’ Agrippa, ses deux protecteurs. ( Guerre des Juifs, 1. I, cb. xxi, § 1.) Ce splendide édifice a complètement disparu. Il faut en dire autant du théâtre fondé également dans la ville par ce prince, et qui était décoré de la manière la plus éclatante. Couvert tout autour d’inscriptions qui rappelaient les principales actions de César, il était orne de trophées d’or et d’argent, en souvenir de toutes les nations qu’il avait vaincues. Ces deux édifices, et d’autres encore, n’écliappèrent pas plus que le Temple à la fureur dévastatrice de 1 armee de Titus. Tout fut alors incendié ou démoli; le général romain ordonna seulement d épargner les trois fameuses tours connues sous les noms de Phasaël, Mariamne et Hippicus. Après en avoir admiré les gigantesques proportions, la beauté singulière et la force invincible, il voulut les conserver comme un monument de sa gloire et de sa propre fortune, qui avait combattu avec lui et 1 avait aidé à se rendre maître de remparts réputés imprenables.

De ces trois tours, une seule, après les nouveaux sièges et les nouveaux désastres que la ville a subis depuis sa construction par Hadrien, est restée debout, au moins dans sa partie inférieure; c’est celle qui, aujourd’hui encore, porte le nom de tour de David, et dont le soubassemeut massif semble, comme je l’ai dit, bien antérieur à l’époque d’ H érode. Ce prince se contenta, sans doute, de la réparer, de l’exhausser et de l’orner, pour la transformer en la tour à laquelle il donna le nom de son frère Phasaël. Les deux autres tours, consacrées par lui, l’une à Mariamne, sa femme, l’autre à Hippicus, son ami, ont été détruites, et la dernière a été remplacée par une tour moderne qui défend la porte actuelle de Jaffa.

Page 1