NAPLOUSE OU SI CH EM
clans leur alphabet. Cette ville forme, au pied septentrional du Garizim, dans la belle vallée qui s’étend entre cette ville et l’Ebal, un polygone irrégulier, dont la longueur peut être évaluée à mille deux cents mètres et la plus grande largeur à cinq cents. A son extrémité orientale, elle occupe l’endroit de la vallée où se fait le partage des eaux entre le Jourdain et la Méditerranée, et elle est, par conséquent, située elle-même presque tout entière dans la partie de la vallée qui commence à incliner
vers la mer, à une altitude de cinq cent vingt mètres. Une muraille d’enceinte, percée de deux portes principales, l’environne. Elle est sillonnée d’est en ouest par une grande rue bordée cl’ateliers et de boutiques, qui est voûtée dans sa partie centrale et forme alors une galerie couverte
éclairée de distance en distance par des ouvertures circulaires vitrées qui laissent pénétrer la lumière, mais non la pluie. C’est le souk ou le bazar.
Les autres rues, sauf deux ou trois, sont sales, étroites et tortueuses.
Quelques-unes sont munies de trottoirs dallés, à peine suffisants pour que deux personnes y marchent de front. Quant au milieu de la chaussée, il consiste en un petit sentier poussiéreux ou fangeux, selon la saison, et qui, à l’époque des pluies, se transforme en un véritable ruisseau où l’eau coule à flots. Là cheminent et se heurtent les bêtes de somme avec leurs pesants fardeaux, qui débordent souvent sur les trottoirs, à la grande gêne des passants. Beaucoup de maisons sont à plusieurs étages, deux ordinairement, trois au plus. D’autres se réduisent à un simple rez-de-
i VALLEE DE SlCHEM.
chaussée. Elles sont toutes surmontées d’une terrasse, soit piale, soit légèrement bombce par de petites coupoles surbaissées. Les musulmans, au nombre d’une dizaine de mille, possèdent cinq mosquées, Ea principale ou Djmna el-Kcbir est une ancienne église chrétienne dont le portail oriental, encore debout, est très-élégant. 11 se compose de trois archivoltes ogivales en retraites successives et portant de chaque côté sur de gracieuses petites colonnes corinthiennes en marbre blanc, engagées dans les angles rentrants des jambages. L’archivolte extrême est décorée de sculptures exécutées avec soin. La porte donne entrée dans une sorte de cour découverte où l’on remarque une piscine destinée aux ablutions et plusieurs colonnes en granit sans chapiteaux. Cette cour a été prise, quand on a transformé l’église en mosquée, sur la longueur des nefs. Ces dernières, dans lesquelles on pénètre ensuite, sont basses, très-allongées et au nombre de trois; elles sont soutenues soit par de simples piliers, soit par des piliers cantonnés de colonnes dont les chapiteaux sont différents. Cette église, qui a été remaniée d’une manière barbare par les musulmans, est probablement celle dans laquelle fut tenu par le patriarche de Jérusalem le synode dont parle Guillaume de Tyr. (L. XII, ch. xiii.)
Une autre mosquée, appelée Djmna en-Naser, est pareillement une ancienne église. Elle est divisée en trois nefs; cinq arcades, reposant sur des colonnes monolithes de granit rosâtre, séparent celle du centre des deux collatérales. Ces colonnes, couronnées de chapiteaux doriques, avaient du orner préalablement quelque temple païen, dont l’église aura occupé la place, do même qu’elle a été convertie à son tour plus lard en mosquée. Elle est éclairée par des baies étroites et très-ébrasées. Les voûtes sont ogivales.
Un vaste khan, aujourd’hui tombant en ruine, forme, comme tous les bâtiments de ce genre, un grand rectangle entouré intérieurement de galeries voûtées à deux étages, que couronnaient des terrasses actuellement écroulées. Au centre de la cour s’élevait autrefois une koubbeh ornée d une jolie fontaine.
Indépendamment des dix mille musulmans dont j’ai parlé, Naplouse compte dans son sein un petit nombre de Juifs, cent quarante Samaritains et quatre cent quatre-vingt-dix chrétiens. Une haine profonde, invétérée, subsiste toujours entre les Juifs et les Samaritains. Ceux-ci, réduits à trente-cinq familles, sont l’unique reste des colonies assyriennes venues de différentes provinces de la Chaldée et de la Mésopotamie pour repeupler le royaume d’Iraël, dont les habitants avaient été emmenés en exil par Salmanasar, l’an 700 avant Jésus-Christ. Ces colonies étaient d’abord idolâtres; puis, se voyant infestées par des lions, elles demandèrent, pour conjurer la vengeance divine, à être instruites par des prêtres d’Israël et adoptèrent le culte du vrai Dieu; mais, en même temps, elles continuèrent d’adorer les dieux de leur patrie. Maintenant quelles ont été soit détruites, soit fondues avec d’autres races victorieuses, elles ne présentent, plus qu’un misérable débris d elles-memes, débris neanmoins bien digne d’attention, puisqu’il a conservé fidèlement, après tant de siècles écoulés et tant de révolutions successives, ses mœurs, sa religion et son Pentateuque. La synagogue actuelle des Samaritains de Naplouse est une simple salle rectangulaire dont les murs sont blanchis à la chaux et dont tout le mobilier consiste en une table peinte en noir et en quelques nattes étendues sur le plancher. Elle n’est éclairée que par la porte et par une ouverture circulaire vitrée qui a été pratiquée dans le plafond. Dans le mur oriental on remarque une sorte de niche carrée, en façon d’armoire, devant laquelle est tendu un rideau de laine verte. Là est renfermé, dans un étui en cuivre ciselé, le précieux livre de la loi, écrit en caractères samaritains. A en croire le grand prêtre actuel, ce fameux Pentateuque aurait été copié à la porte du tabernacle, sur la peau d’un agneau immolé pour un sacrifice pacifique par