‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 62 sur 100 · NAPLOUSE OU SI GH EM · texte numérisé non relu

NAPLOUSE OU SI GH EM

Abisekoua, fils de Phinéhas, fils d’Éléazar, fils d’Aaron, frère de Moïse, l’an treizième de l’établissement des Israélites dans le pays de Chanaan, et par conséquent il compterait plus de trois mille trois cents ans d antiquité. M. l’abbé Iîargès, dans son savant opuscule intitulé les Samaritains de Naplouse, a déjà fait ressortir la ridicule invraisemblance d’une pareille date. A son avis, ce serait même se hasarder beaucoup que de faire remonter ce manuscrit au delà de mille ans. Les Samaritains qui habitent cette ville ne se marient qu’entre eux, afin de ne pas corrompre, par des alliances étrangères, la pureté de leur sang et de leurs doctrines religieuses. Leur grand prêtre porte un turban blanc, et son vêtement de dessus est en soie rouge. Ils craignent tellement de se souiller par le contact des morts, qu ils n enterrent pas eux-mêmes leurs propres parents décédés, mais confient ce soin à des musulmans salariés. C’est sur le mont Garizim qu’ils célèbrent, d’après leur rite, les fêtes de la Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles.

La population chrétienne de Naplouse appartient en grande partie au rite grec schismatique. Quatre cent vingt individus professent eette religion • ils sont sous la juridiction spirituelle d’un évêque, qui réside d’ordinaire à Jérusalem et que remplace un simple prêtre. Leur église est à la fois pauvre et petite.

Les catholiques, au nombre de soixante, sont des Grecs récemment convertis ou des Maronites. C est en 1862 que Mgr Yalerga a fondé cette mission.

Le chiffre des protestants ne dépasse pas une dizaine.

Les fontaines abondent à Naplouse. On en compte au moins quinze dans l’intérieur de la ville. D’autres coulent en dehors et arrosent de magnifiques jardins. Cette abondance d’eau et l’heureuse position de cette cité dans une vallée fertile, près de la grande route conduisant de Jérusalem à Damas, ont toujours contribué à la maintenir dans un état de prospérité relative. Rien n’égale la fraîcheur et l’agrément des vergers qui l’entourent et qui lui forment une sorte de ceinture verdoyante entre l’Ébal et le Garizim. On y voit confondus, avec le pêle-mêle ordinaire de la culture orientale, des amandiers, des figuiers, des mûriers, des abricotiers, et même de beaux noyers, arbre assez rare en Palestine. Çà et là, des vignes grimpantes s’enroulent autour de leurs troncs et courent en festons de l’un à l’autre. A leurs pieds croissent diverses espèces de légumes. On remarque pareillement de tous côtés de superbes plants de jasmins et de rosiers. Leurs fleurs servent à fabriquer ces essences odorantes si chères aux Orientaux. Aussi les bazars de Naplouse sont-ils largement pourvus de légumes et de fruits, et les caravanes s’y approvisionnent, à leur passage, des aliments qui leur sont nécessaires. Elles en exportent également une grande quantité de savon, car les savonneries sont très-nombreuses dans la ville.

Naplouse a succédé sur le même emplacement à une autre cité plus ancienne, qui doit remonter au moins jusqu’à l’époque romaine, comme le prouvent plusieurs des fontaines que j’ai signalées, dont quelques-unes, par la nature et la disposition des magnifiques blocs qui forment les canaux où elles coulent et d’où elles jaillissent, accusent une époque antérieure à l’invasion arabe. L’intérieur de la ville est, en outre, rempli de débris de toutes sortes bien antérieurs à celte dernière époque, et notamment de nombreux fûts de colonnes de marbre, de pierre ou de granit, employés à orner des mosquées ou même gisant à terre. Naplouse occupe donc certainement la même assiette que la ville romaine de Flavia Neapolis, dont elle a gardé le nom. Quant à l’antique Sichem, dont la dénomination a été complètement effacée par celle de Neapolis et dont les ruines ont disparu pour être employées à bâtir la nouvelle cité qui la remplaçait, elle paraît avoir été située un peu plus à l’est, et dans le voisinage du puits de Jacob. C’est là une tradition encore subsistante dans le pays et qui s’est perpétuée d’âge en

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