Partie méridionale de la plaine d Esdbelon, vue de Djenin
nom de Mcrdj lbn-Amir (plaine du fils d’Amir). Jadis elle s’appelait plaine ou vallée de Jézracl, en hébreu Emek-Yzreel, en latin Vallis Jezrael, dénomination qu’elle devait à la ville ainsi désignée et dont il sera bientôt question. Plus tard, elle s’appela Esdrelon et Esdrelom, forme grecque dérivée de la forme hébraïque Izreel. Elle était le lot de la tribu d’Issachar. Théâtre de nombreuses batailles, qui s’y sont livrées à toutes les époques de l’histoire judaïque, elle a été illustrée encore de nos jours par l’immortelle victoire que Kléber, avec une poignée d’hommes, y remporta, le 10 avril 1799, contre une armée infiniment plus considérable que la sienne. De forme triangulaire, et encadrée entre les montagnes cle la Samarie et de la Galilée, elle présente à la vue une surface immense boursouflée par de faibles ondulations et parsemée çà et là de petits monticules. Partout où elle est cultivée, des moissons magnifiques s’y épanouissent; là où elle ne l’est pas, de hautes herbes, des fleurs variées et des chardons gigantesques attestent la fécondité native de son sol. A l’époque des fortes chaleurs, la terre s’y crevasse profondément, et d’innombrables fissures béantes y rendent très-difficile la marche en dehors des chemins ou des sentiers battus. Vers le nord-ouest, elle communique par une vallée qui longe les pentes orientales du Carmel, avec la grande plaine de Saint-Jean d’Acre, et aboutit ainsi à la Méditerranée. A l’est, elle se prolonge en trois autres vallées : la première, au nord, comprise entre le mont Thabor et le Petit-IIermon ou Djebel-Dahy; la seconde, qui s’étend entre le Petit-Hermon et le Gelboé, actuellement Djebel-Foukouah ; la troisième, située au sud de cette dernière montagne.
Mosquée de Djenin.
uns, dont les deux plus importants sont le Nahr-Djaloud, qui se jette dans le Jourdain, et le Nalir el-Moukattha, le fameux Cison, qui a son embouchure dans la mer, un peu au nord de Kaïfa.
Plusieurs ruisseaux la sillonnent; ils sont à sec les deux tiers de l’année, à 1 exception de quelques-
BASSE GALILÉE
MONT GEL BOÉ — JÉZRAEL
En se dirigeant de Djenin vers le nord, à travers la plaine que je viens de mentionner, on longe bientôt à sa droite le Djebd-Foukouuh ; c’est le Gilbna du texte hébreu, le Gelboé de la Vulgatc, dont le nom antique s’est conservé, à peine altéré, dans celui de l’un des villages de celte montagne, appelé
Dje.lboun. Ce massif s’étend de l’ouest-nord-ouesl à Test-sud-est, dans une longueur d’environ quatorze kilomètres, et dans une largeur qui varie entre cinq et huit. En partie seulement cultivé, il est divisé en plusieurs plateaux et sommets par des vallées plus ou moins profondes et de nombreux ravins. Çà et la on rencontre des pierres basaltiques ; mais le calcaire domine. Le sol est généralement rougeâtre, et sur beaucoup de points il est cultivable. Le blé et l’orge y croissent sur les pentes les
Moût Gklhok, vu dk Soulkm.
JÉZRAEL.
plus douces et sur les plateaux. Des bouquets d’oliviers et de figuiers, des haies de cactus environnant quelques jardins, et là où l’homme ne s’est point emparé du sol, des herbes sauvages et des broussailles; sur certains flancs plus escarpés, la roche nue : tel est l’aspect que présente ce massif, témoin jadis de la défailc de Saül et de Jonathas, et contre lequel, à cause de ce désastre, David prononça cette malédiction célèbre :
« Montagnes de Gelboé, que la rosée et la pluie ne tombent jamais sur vous! Qu’il n’y ait point sur vos coteaux de champs dont on offre les prémices, parce que c’est là qu’a été jeté le bouclier des forls, le bouclier de Saül, comme s’il n’eût point été sacré de l’huile sainte! » (Rois, 1. Il, ch. I, il 21.)
Si l’on poursuit sa marche vers le nord, on arrive, après avoir franchi onze kilomètres à partir de Djenin, au village de Zeraïn, amas confus de misérables habitations construites en pisé ou avec de
Zeiuïn, jadis Jéssbael.
menus matériaux. Au centre à peu près du village, sur un monticule, s’élève une maison de forme carrée, semblable à une tour, où réside le cheikh. Très-dégradée, comme la plupart des autres maisons, elle paraît d’origine arabe, mais elle a pu succéder à une construction plus ancienne. De sa terrasse, on jouit d’une vue très-étendue sur la plaine, sur les montagnes qui l’environnent, et à l’est au delà du Tell-Beisan, l’ancienne acropole de Bethsan ou Scythopolis, sur les hauteurs de l’antique pays de Galaad.
Zeraïn n’est qu’une forme légèrement altérée de la dénomination hébraïque Izreel; en effet, sauf la première lettre qui a disparu et la terminaison el, qui est devenue in, comme Béthel a été changée en Beitin, les deux mots sont identiques et renferment les mêmes lettres formatives. Dans la Vulgale, ce nom devient Jézraël.
Cette ville est citée pour la première fois dans le livre de Josué, qui la mentionne parmi celles de la tribu d’Issachar. A l’époque d’Achab, elle acquit une assez grande importance, ce prince l’ayant choisie comme l’une de ses principales résidences. Samarie était bien restée la capitale de son royaume ;
BASSE GALILÉE
mais il parait avoir affectionné davantage Jézraël. On connaît ses démêlés avec Naboth, l’un des habitants de cette dernière ville, dont il voulait acheter la vigne pour la réunir au jardin de son palais, le refus de celui-ci, sa mort à l’instigation de Jézabel et la manière dont Dieu vengea ce crime sur Aehab quelques années après.
T/ an 884 avant Jésus-Christ, Joram, roi d’Israël et second successeur d’ Aehab, marche contre Ramoth de Galaad, pour l’arracher aux mains d’IIazaël, roi de Syrie; mais blessé au siège de cette ville, il se fait ramener à Jézraël. Ochozias, roi de Juda, vient l’y visiter. C’est alors que l’un des
Toon de Zeiuïn.
disciples d’Elisée va secrètement sacrer roi d’Israël Jéhu, demeuré à Ramoth-Galaad avec les autres capitaines de l’année de Joram, et le charge, au nom de Jéhovah, d’exterminer la maison d’ Aehab. Jéhu se hâte d’exécuter cet. ordre, tue Joram dont il fait jeter le corps dans le champ de Naboth, foule aux pieds des chevaux de son char le corps de Jézabel qu’il a commandé de précipiter du haut d’une tour où elle s’était réfugiée, et met à mort tous les descendants d’ Aehab. A partir de la ruine de cette famille impie, Jézraël cesse d’être une résidence royale, et elle décline rapidement. A l’époque des Croisades, elle est désignée par les auteurs latins sous le nom altéré de Parvum Gerinum; mais les écrivains arabes la mentionnent déjà sous le même nom qu’aujourd hui.
Jaire, où se jouent de nombreux poissons, a été pavé autrefois ; les pierres qui en revêtaient le fond sont déplacées actuellement. Au sortir de là, l’eau se partage en deux canaux, en partie maçonnés, qui font presque immédiatement tourner deux moulins et se dirigent vers l’est, pour former ensuite le Nahr-Djaloud.
Cette source est, selon toute vraisemblance, l’En-Harod ou Harad de la Bible, près de laquelle Gédéon campa avec son armée, avant d’attaquer les Madianites. Ce fut là que, selon les prescriptions