‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 76 sur 100 · EN-HAROD OU FONTAINE DE JÉZRAEL · texte numérisé non relu

EN-HAROD OU FONTAINE DE JÉZRAEL

Deux kilomètres et demi à l’est de Zeraïn, coule au pied nord-ouest du mont Gelboc une source très-abondante, appelée Ain-Djaloud. Elle sort de dessous un gros rocher, creusé intérieurement en forme de petite caverne, et qui surplombe un grand bassin où elle se répand. Ce réservoir demi-circu-

Aï.n-Djaloud, l’ancienne En-HAROD, fontaine de Jézhael.

BASSE GALILÉE

du Seigneur, il fit, d’après le mode qu’ils avaient employé pour boire, le choix de ceux qui devaient rester avec lui, les autres ayant la liberté de retourner dans leurs foyers.

L’Aïn-Djaloud est probablement aussi la source à côté de laquelle, plus tard, Saül et ses fils campèrent avant leur défaite par les Philistins sur le mont Gelboé. Celle-ci est appelée dans ce passage par l’écrivain sacré source de Jézraël; en effet, elle avoisine à l’est cette ville. Néanmoins, je dois avouer qu’une autre source, nommée aujourd’hui Ain el-Maïteb, est plus rapprochée de Zerain, l’antique Jézraël; mais, comme elle est beaucoup moins abondante que la précédente, il est permis de penser que Saül choisit de préférence le voisinage de cette dernière pour y asseoir son camp. A l’époque des Croisades, Saladin fit dresser les tentes de son armée près de celte même source que Bohaeddin désigne sous le nom d ' Aïn el-Djalout, nom, comme on le voit, identique avec celui qu’elle porte encore aujourd’hui parmi les Arabes ; les Francs la connaissaient sous la désignation de funs Tubama.

A l’approche des chrétiens, Saladin abandonna cette source, et, suivant les ruisseaux qui en dérivent, il se dirigea vers Bethsan.

L’armée chrétienne campa, à son tour, auprès de cette source, et se nourrit pendant plusieurs jours des poissons qui s’y trouvaient.

On ignore pourquoi les croisés l’appelaient Tubania; quant au nom de Djalout ou Djaloud que les x\rabes, dès celte époque, lui donnaient et lui conservent encore aujourd’hui, c’est le mot par lequel ils traduisent celui de Goliath. Que si l’on s’étonne de retrouver en ce lieu le nom de ce géant des Philistins tué par David dans une tout autre localité et bien loin de là, en .ludée, il faut se rappeler le passage suivant du Pèlerin de Bordeaux, où, à propos de Stradela, c’est-à-dire de Jézraël, l’auteur de Y Itinéraire ajoute :

« ibi se dit Ad mb rex et Helias prophetavit. Ibi est campus ubi David Goliath occidit. »

Ainsi, dès le commencement du quatrième siècle de notre ère, la tradition erronée de la délai le et de la mort de Goliath près de Jézraël existait déjà : tradition que les Arabes semblent avoir conservée, Loute fausse qu’elle est, en continuant à désigner par le nom de ce géant la source dont il est question en ce moment.

TAANAK

Si de Zerain on promène ses regards sur les confins occidentaux de la grande plaine d’Esdrelon, ou aperçoit devant soi à l’ouest-sud-ouest, à la distance de douze kilomètres environ, le petit village de laanak qu’avoisine celui de Roummaneh, et à l’ouest-nord-ouest, les ruines de Ledjoun, dont on est séparé par un intervalle de quatorze kilomètres.

Taanak est aujourd’hui réduit à une dizaine de misérables habitations, sur les pentes d’une colline oblongue. Jadis les flancs méridionaux de cette éminence et son plateau supérieur tout entier étaient occupés par des constructions, comme le prouvent les innombrables fragments de poterie épars sur le sol, et les matériaux de toutes sortes que l’on rencontre à chaque pas; les pierres les plus considérables ont dû être transportées ailleurs. Au bas du village est une petite mosquée qui passe pour avoir été une ancienne église chrétienne; elle est, en effet, orientée de l’ouest à l’est, et les pierres avec lesquelles elle a été bâtie proviennent toutes de constructions antérieures; quelques-unes, comme celles qui forment les pieds-droits delà porte, sont décorées de sculptures. Plus loin, dans la plaiue,

Page 1