‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 77 sur 100 · T A AN A K · texte numérisé non relu

T A AN A K

Taanak, vu de Megiddo.

Lors du partage de la Terre promise, elle fut assignée a la demi-tribu de Manassé et concédée aux lévites de la famille de Caath.

Les descendants de Manassé n’en expulsèrent pas néanmoins les anciens 'habitants, qui continuèrent à y séjourner, et furent seulement ensuite soumis à un tribut.

Lorsque les Ghananéens, sous la conduite de Sisara, se soulevèrent contre les enfants d’Israël, que commandaient barak et la propbétesse Debborah, la bataille dans laquelle ils furent défaits se livra entre Taanak et Megiddo.

Sous le règne de Salomon, Taanak, avec d’autres villes voisines, avait pour gouverneur Baana, fils d’Àlrilud. A l’époque d’Eusèbe et de saint Jérôme, c’était encore un bourg important, à trois milles de Lepio, l’antique Megiddo, aujourd’hui Ledjoun.

plusieurs citernes creusées dans le roc, et un puits, appelé Bir-Taanak, datent également de l’antiquité. Les citernes sont actuellement hors d'usage; mais le puits continue toujours à fournir de l’eau aux habitants de ce hameau.

Taanak a conservé sans la moindre altération le nom de la ville dont il n’est plus que le triste reste. Cette ville est mentionnée pour la première fois dans le livre de Josué au nombre des villes chananéennes gouvernées par autant de petits rois distincts, et qui tombèrent au pouvoir des Hébreux.

BASSE GALILÉE

HADAD-RIMMON — LEDJOUN

Roummaneh est comme Taanak un très-pauvre village qui a succédé à Hadad-Rimmon, dont le nom composé se retrouve, du moins dans sa dernière partie, qui, en arabe de même qu en hébreu, signifie grenade 3 dans celui de Roummaneh.

Un passage du prophète Zacharie nous apprend que Hadad-Rimmon, dans la Vulgate Adadremmon, était voisine de Megiddo.

« In die ilia magnas erit planctns in Jérusalem } sicut plane tus Adadremmon in campo Mageddon. » (Zacharie, ch. xn, f. 11.)

Mont TiUBOit, vu de ï.edjoen nu Megiddo.

Le deuil auquel le prophète fait ici allusion est celui qui eut lieu à Hadad-Rimmon, lors de la défaite, dans la plaine de Megiddo, du roi de Jérusalem Josias par le roi d’Égypte Néchao.

Quant au mot composé Hadad-Rimmon, il paraît provenir du culte rendu sans doute dans le lieu ainsi appelé aux deux divinités syriennes Hadad et ltimmon, Iladad représentant le soleil, et Rimmon, autre divinité, ayant peut-être pour symbole une grenade, emblème de la fécondité.

A quelques centaines de mètres au nord-est d’un monticule appelé Tell-Iskander , et sur la rive droite de l’Oued-Lcdjoun, s’élève une autre colline beaucoup plus considérable que la précédente, le Tell-Moutsellim, dont le plateau supérieur et les pentes, aujourd’hui hérissés de ronces ou livrés à la culture, servaient jadis d’assiette à une ville depuis longtemps renversée de fond en comble. Il en subsiste seulement des tas de matériaux confusément épars, une vingtaine de tronçons de colonnes en granit, en pierre ou en marbre, restes d’édifices rasés, et d’innombrables débris de poterie.

L’Oued-Ledjoun est l’un des affluents les plus importants de l’ancien Kison. Le lit de cet oued paraît avoir été canalisé en cet endroit. Même en été, l’eau qui y coule est assez abondante pour faire tourner plusieurs moulins. Au sud et à une faible distance, on voit les vestiges d’un vaste khan, presque entièrement démoli.

Ledjoun est l’ancienne Legio, ville jadis considérable, puisque Eusèbe part d’elle connue d’un point central et bien connu pour nous apprendre la position ou la distance d’un certain nombre d’autres localités. Quant au nom de Legio, il est évidemment de dale romaine et atteste sans doute que, à une

certaine époque, les Romains avaient établi en cet endroit un camp pour une légion . Antérieurement, cette même ville s’appelait Megiddo, comme le prouve la proximité de Taanak, dont le nom dans la Bible est presque toujours associé à celui de Megiddo. Ensuite, nous savons par le livre des Juges que le fameux combat où Sisara fut vaincu par Debborah et Barak eut lieu près de Taanak et des eaux de Megiddo, dans le voisinage aussi du fleuve Kison. Or, ces eaux de Megiddo doivent être celles de l’Oued-Ledjoun, l’un des bras du Kison. Legio et Megiddo sont donc deux noms différents d’une même localité.

Khan Ledjoun, jadis Legio ou Megiddo.

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BASSE GALILÉE

Sous le règne de Salomon, Megiddo fut rebâtie et fortifiée (992 avant Jésus-Christ).

Oehozias, roi de Juda, blessé par Jéhu pendant qu’il fuyait sur son char, parvint à entrer dans Megiddo, où il mourut (884 avant Jésus-Christ).

Plus tard, l’an 610 avant Jésus-Christ, Néchao, roi d’Égypte, traversant la Palestine pour aller attaquer le roi d’Assyrie, Josias, roi de Juda, marcha à sa rencontre et fut vaincu et tué à Megiddo. De là son corps fut ramené à Jérusalem.

A l’époque romaine, comme je l’ai dit plus haut, Megiddo échangea son nom primitif contre celui de Legio. Plus tard, elle devint la résidence d’un évêque. Aujourd’hui, sauf quelques débris informes, elle est comme effacée du sol.

SOULEM NAÏM EN-BOR

A une faible distance au nord de Zeraïn, le petit village de Soulem a succédé à l’antique Chounem, en latin Sunem et Sunam, l’une des villes assignées à la tribu d’Issaehar. Situé au pied sud-ouest du Djebel ed-Dahy ou Petit-Hermon, il renferme quatre cents habitants. Dans une maison, on remarque une chambre voûtée en plein cintre, qui passe pour fort ancienne; elle s’appelle Beit-Soulamieh (chambre de la Sulamite). Au milieu du village coule une fontaine qui, au moyen d’un conduit, va arroser des jardins plantés de citronniers, de grenadiers et de figuiers.

La ville de Chounem ou Sunam est mentionnée dans la Bible comme le premier endroit où campèrent les Philistins avant d’engager avec Saül la bataille du mont Gelboé. Un peu plus tard, elle fut la patrie de la belle Abisag, qui fut choisie pour être la servante de David pendant sa vieillesse. Plus tard encore, le prophète Élisée y ressuscita le fils d’une pieuse femme dans la maison de laquelle il avait souvent reçu l’hospitalité. La tradition relative à cette Sulamite ne s’est point encore perdue à Soulem; car la chambre dite Beit-Soulamieh en est un témoignage irrécusable. Je suis loin de prétendre, assurément, que cette chambre remonte à l’époque d’Elisée et de la femme dont il ressuscita le fils ; mais bâtie peut-être sur l’emplacement de la maison où s’accomplit ce miracle, elle en perpétue le souvenir. Il est permis de penser, d’après un passage du Cantique des cantiques, que dès l’antiquité les Juifs prononçaient le nom de cette ville tantôt Chounem, tantôt Choulem; car Salomon désigne sous l’appellation de Choulamite, dans la Yulgatc Sulamite, l’amante du cantique sacré.

Si l’on poursuit sa route vers le nord, on aperçoit bientôt, sur les flancs hérissés de chardons sauvages et de broussailles d’une colline qui fait partie du massif du Djebel ed-Dahy, une quinzaine de pauvres maisons toutes délabrées dont l’ensemble compose le village de Nain. Au bas du village, une source, appelée Ain-Naïn, est recueillie dans une petite chambre voûtée, où l’on descend par quelques degrés. Non loin de là gisent trois sarcophages antiques très-mu Lilés, placés comme auges le long d’un réservoir en partie détruit. A quelques pas de ce point, on remarque les vestiges d’un pelit édifice dont quelques assises inférieures sont encore en place, et qui semble avoir été une ancienne chapelle chrétienne, transformée ensuite par les musulmans en mosquée. Plus haut on distingue, au milieu des ruines d un grand nombre de maisons démolies, celles d’un second édifice chrétien qui a été pareillement converti en mosquée, ainsi que l’atteste un mihrab encore en partie debout. D’après une tradition très-répandue, cette église aurait été jadis élevée à l’endroit où Notre-Seigneur avait ressuscité le fils unique de la veuve de Naïm. Nain, en effet, est l’antique Naïm que ce grand miracle

NAÏM.

des tombeaux, des cavernes et des silos pratiqués dans le roc, qui sont probablement contemporains de Notre-Seigneur.

A quatre kilomètres au nord-est de Nain, sur les dernières pentes septentrionales d’une petite montagne volcanique dont les deux sommets s’appellent Tell-Adjoul, est le village d’Endour. La moitié des maisons sont écroulées, et celles qui sont encore debout menacent ruine. Beaucoup de cavernes, de silos et de citernes creusés dans le roc attestent l’antique importance de cette localité. On y observe

du Sauveur a rendue pour jamais immortelle. De cette petite ville, outre les ruines que j’ai déjà signalées, ruines qui datent d une époque très-postérieure à Jésus-Christ, il subsiste encore des citernes,

Cactus ehtoupakt les japdirs de Soulem, jadis Cuounem ou Susam.

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aussi un certain nombre d’anciens tombeaux renfermant intérieurement des chambres sépulcrales surmontées d’un arcosolium cintré. Line source, appelée Aïn-Endour, coule au fond d’une caverne, d’où elle sort par un petit canal pour aller arroser plusieurs jardins qu’entourent des haies de cactus.

Endour, comme son nom et sa position l’indiquent, est la vdle de En-Dor (source de Dor), en latin Endor, signalée pour la première fois dans le livre de Josué comme appartenant à la demi-tribu de Manassé, bien qu’elle fût sur le territoire de la tribu d’Issachar.

O UAL Y OU SANO'i'UAlUE MUSULMAN DE N AIN, JADIS NaÏM.

Dans l’un de ses psaumes, David associe le nom d’En-Dor à la défaite de Sisara, général de l’armée de Jabin, par Barak, sur les bords du Kison.

Plus tard, ce fut à En-Dor que Saül alla consulter une pythonisse avant d’engager avec les Philistins le funeste combat où il succomba avec son fils .Tonathas. On sait que 1 ombre de Samuel, apparaissant à la voix de la magicienne, prédit à Saül sa défaite et sa mort. En parcourant, les unes après les autres, les principales cavernes d’ Endour, je me suis demandé si 1 une d entre elles n aurait pas servi jadis de résidence à cette pythonisse et n’aurait pas été, par conséquent, témoin de la scène si éminemment dramatique de cette lugubre apparition.

Après cet événement, le nom de la ville d’En-Dor disparaît de l’histoire.

A 1 époque d Eusèbe, nous la voyons seulement signalée par cet écrivain comme un grand village à quatre milles au sud du Thabor.

NAZARETH

NAZARETH

Achevons maintenant de franchir, dans la direction du nord-ouest, les douze kilomètres qui nous séparent encore de Nazareth. Derrière nous, au sud, blanchissent dans la plaine les villages d’Afouleh et Fouleli. C’est entre ces villages que, le IG avril 1791), était campé le gros de l’armée turque lorsque

Cavernes d’Enddcr, l’axciehke En-Dor.

Kléber, avec une poignée d’hommes disposés en carré, osa l’attaquer et, quoique assailli de toutes parts, résista six. heures durant, par un feu continu, à toute la furie de ses nombreux adversaires. Bonaparte débouchant enfin dans la plaine avec la division Bon, et formant deux autres carrés avec cette division, manœuvra de manière à envelopper à son tour l’ennemi, en le plaçant entre lui et Kléber. A cette vue, les soldats que commandait ce général redoublèrent d’ardeur et enlevèrent à la baïonnette le village de Fouleh. Bientôt l'ennemi déconcerté s’enfuit dans toutes les directions, et la plaine fut jonchée de cadavres d’hommes et de chevaux. Murat acheva la déroute de cette armée, si fière auparavant de son nombre, en faisant sabrer par ses cavaliers, sur les bords du Jourdain, une

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multitude de fugitifs. Telle fut la bataille dite du Mont-Thabor, parce qu’elle fut livrée par Bonaparte et par Kléber dans la grande plaine que commande au nord-est celte montagne célèbre.

Devant nous est le village dlksal, que nous atteignons au bout de deux heures de marche. Il occupe une colline peu élevée, et sa population se compose de quatre cents habitants, tous musulmans. C’est

Fontaine de la ViEtiOK, a Nazareth.

l’antique Khesoulloth, qui appartenait à la tribu d’issarhar. De nombreuses citernes et une nécropole très-étendue accusent l’importance de l’âncienne ville qu’a remplacée le village actuel.

Parvenus à l’extrémité septentrionale de la plaine, nous gravissons par une gorge assez étroite les hauteurs de Nazareth, et bientôt nous laissons à notre gauche le village d’Yafa, qui occupe deux monticules adjacents et compte quatre cents habitants, tant latins que grecs schismatiques et musulmans. Mgr Valérga y a fondé, en 1866, une mission catholique. La ville antique dont ce village n’offre plus que des débris peu importants s’appelait jadis en hébreu Yapliia, la Japhie de la Vulgate. Signalée dans le livre de Josué à l’occasion des limites de la tribu de Zabulou, elle fut de longs siècles plus tard

NAZARETH

fortifiée par L historien Josèphe, qui nous apprend que Titus s’en empara, malgré sa double enceinte, et que presque tous ses habitants furent passés au fil de l’épée, à l’exception des femmes et des enfants. On la regarde généralement comme étant la patrie de Zébédée, pcre des deux apôtres Jacques et Jean.

Rufin, nous arrivons à Nazareth. C’est, sans contredit, l’une des villes de la Palestine dont la vue, en raison des souvenirs qui s’y rattachent, éveille dans l’âme les plus douces et les plus vives émotions. Située sur les dernières pentes d’une haute colline, elle est à une altitude moyenne de trois cent soixante mètres au-dessus de la Méditerranée. Généralement mal bâtie et beaucoup plus mal entretenue encore, elle est très-poussiéreuse en été et très-fangeuse en hiver; mais Notre-Seigneur l’a choisie autrefois pour y passer les trente premières années de sa vie, et de là l’auréole incomparable qui l’entoure aux yeux du chrétien et qui y attire sans cesse tant de pèlerins, heureux d’aller se prosterner dans le sanctuaire de l'Annonciation.

On descend dans cette crypte du milieu de l’église, où elle est renfermée, par un escalier de dixsept marches en marbre blanc. Au bout des quinze premières marches, on rencontre une chapelle appelée la Chapelle de l Ange, qui forme un rectangle de huit mètres de long sur deux mètres soixante-dix de large. A droite de cette chapelle est un autel dédié à sainte Anne et à saint Joachim, et à gauche, un autre autel sous l’invocation de l’Archange Gabriel. Chacun de ces autels est orné d’une colonne monolithe en granit, provenant de la basilique primitive. Traversant ensuite une arcade ogivale qui s’appuie sur deux colonnes torses en marbre, on descend deux autres degrés et I on arrive au sanctuaire proprement dit de l’Annonciation. Cette seconde chapelle est entièrement creusée dans le roc, mais elle a été revêtue de marbre, à l’exception de la voûte. Elle est constamment éclairée par des lampes qui, jointes à la faible clarté que donne l’escalier, y répandent une sorte de lumière mystérieuse, favorable à la prière et à la méditation. Suivant une tradition non interrompue depuis de longs siècles, ce serait soit dans cette grotte, soit dans la sainle maison transportée à Lorette, qu’aurait eu lieu la salutation de l’Ange à l’humble Vierge de Nazareth et qu’auraient été prononcées ces paroles que, depuis, l’Église a sans cesse répétées :

Ave, gratia plena, Dominus tecum. Benedicla tu in mulieribus.

Paroles auxquelles Marie, après les explications données par le messager céleste, répondit par ces mots non moins célèbres :

Ecce ancilla Dominij Jiat mihi secundum verbum tuuin.

L’autel est décoré de quatre colonnes en marbre gris vert; il est lui-même en marbre blanc élégamment sculpté. Sous la table de l’autel et dans la paroi du fond sont gravés ces mots :

F erbum caro hic facluin est.

A gauche, on voit une colonne de granit engagée dans la voûte et dont la partie supérieure atteint la surface du choeur des religieux. Cette colonne est mutilée vers le bas à un mètre cinquante du sol et se tient comme suspendue en l’air par la force du ciment et par des barres de fer. Elle représenterait, d’après la tradition, l’endroit où était Marie lorsqu’elle aperçut l’Archange Gabriel. Deux autres colonnes de granit s’élèvent dans un enfoncement voisin. L’une, d’après la même tradition, indiquerait l’endroit d’où l’Ange aurait adressé à Marie les paroles qui lui annonçaient sa mission. Celte pieuse croyance, bien qu’ancienne, n’est reproduite toutefois qu’avec une discrète réserve par les religieux. Ce que l’Église latine regarde comme indubitable, c’est que le grand mystère de cette apparition et de l’incarnation du Verbe s’est accompli dans l’enceinte de la crypte de l’Annonciation, puisqu’il s’est réalisé, soit dans la grotte proprement dite, soit dans la sainte maison de Lorette, laquelle, d’après les témoi-

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gnages les plus authentiques, et avant sa translation miraculeuse, occupait le devant de la grotte, à la

place où se trouvent maintenant la chapelle de 1 Ange et la plus grande parfie de l’escalier dont j’ai parlé. Un assez beau tableau représentant l’Annonciation, et enfermé dans un cadre d argent, se voit au-dessus de l’autel.

A l’extrémité orientale de celui-ci, une porte conduit à un enfoncement voûté en forme d’abside, qui primitivement ne faisait qu’un avec le compartiment qui est devenu le sanctuaire de l’Annonciation, et dont il est séparé par un mur de refend. On y remarque un autel adossé au précédent et dédié à saint Joseph. De là on monte par un escalier d’une dizaine de marches dans une grotte supérieure, dépendance de la grotte principale, et qui autrefois communiquait avec le couvent des Franciscains.

Mais rentrons maintenant dans l’église. Divisée en trois

Mosquée de Naz.uieth.

nefs, elle forme un rectangle long de vingt-deux mètres sur dix-sept de large. Quaresmius nous apprend qu’elle était jadis orientée de même que le sanctuaire souterrain. Celui-ci se trouvait alors

NAZARETH

dans le bas coté nord d’une grande basilique tournée de l’ouest à l’est. Il y a quelques années, les Franciscains, en pratiquant des fouilles dans leur jardin, ont retrouvé plusieurs colonnes de granit

et les arasements de gros murs ayant appartenu à cette ancienne basilique. L’église actuelle, beaucoup moins vaste que l’édifice primitif, est tournée, non plus de l’ouest à l’est, mais du sud au nord.

BASSE GALILÉE

De puissants piliers la partagent en trois nefs. Une partie de la nef centrale est occupée par le chœur et le maître-autel, qui s’élèvent au-dessus de la crypte et dominent les deux nefs latérales. On y monte par deux rampes disposées à droite et à gauche de la crypte.

Le couvent qui touche à l’église est vaste et précédé d’une grande cour. Mais il a été conçu d’après un plan défectueux qui le rend peu commode dans sa distribution intérieure. Il est habité par dix religieux franciscains, prêtres, quelques novices et neuf frères. Une école de petits garçons est dirigée par l’un des frères. Un frère, à la fois pharmacien et médecin, prodigue gratuitement ses soins et ses médicaments à tous ceux qui réclament son secours. Le Père gardien est en même temps le chef de la nation latine à Nazareth.

A quelques pas de distance en dehors est la Casa Nova, ou bâtiment réservé aux étrangers qui, de passage à Nazareth, demandent l’hospitalité aux Pères, et dans lequel on est toujours accueilli avec la plus grande cordialité.

Indépendamment de la petite maison dont la partie construite se trouve depuis longtemps à Lorette et dont la partie creusée dans le roc subsiste encore à Nazareth, au milieu de l’église de l’Annonciation, saint Joseph et sa virginale épouse possédaient dans cette ville une autre maison qui servait d’atelier au père adoptif de Notre-Seigneur. C’est là que le divin Enfant grandit, occupé de travaux manuels, sous la direction de ce vénérable artisan. Sur l’emplacement de cet atelier avait été jadis construite une chapelle tournée de l’ouest à l’est, qui avait trois nefs et trois absides. Il n’en reste plus que de faibles vestiges. Une autre chapelle, de date récente, a succédé à la précédente, dont elle n’occupe qu’une partie. Elle appartient aux Franciscains. Ils possèdent également dans le quartier haut de la ville, vers l’ouest, un troisième sanctuaire nouvellement reconstruit et appelé Mensa Christ i ; il forme un rectangle long de treize pas sur huit de large et couronné par une petite coupole percée de quatre fenêtres. Dans le fond, devant l’autel, on remarque un énorme bloc de pierre dont la surface supérieure est grossièrement aplanie. D’après une tradition fort ancienne, il aurait servi de table à Notre-Seigneur, qui y aurait mangé avec ses disciples après sa résurrection. De là le nom de Mensa Christi qu’on lui a donné.

Dans le voisinage est une église desservie par un prêtre maronite et qui sert de paroisse à tous ceux de sa nation qui habitent Nazareth.

L’église des Grecs-unis appartenait autrefois aux Latins, qui la leur ont ensuite concédée. Elle passe pour avoir été bâtie sur remplacement de l’ancienne synagogue où Notre-Seigneur lut un passage d Isaie qui le concernait et d’où il fut chassé par les habitants, qui cherchèrent, mais en vain, à le mettre à mort, Jésus s’étant échappé de leurs mains. Les Grecs schismatiques ont pareillement une église dédiée à saint Gabriel et surmontée au cenlre d’une coupole. Les boiseries de l’iconostasis, sur lesquelles on lit la date de 1767, sont assez remarquables. Dans la partie septentrionale de cet édifice se trouve une ancienne chapelle souterraine où l’on descend par plusieurs degrés. Là est une citerne recevant par dérivation les eaux d’une source située un peu plus haut dans la montagne. Suivant la tradition grecque, la Sainte Vierge, puisant un jour de l’eau en cet endroit, y aurait été saluée une pre- ^ mière fois par 1 Archange Gabriel, et de là elle serait précipitamment rentrée dans sa maison, où elle aurait revu de nouveau le messager céleste. A l’époque de Quaresmius, cette chapelle souterraine était seule debout, et 1 église qui la contenait, ainsi que le monastère des religieuses qui y était contigu, avait été démolie; l’église actuelle n’a que cent quatorze ans.

Un canal conduit un peu plus bas les eaux de cette même source à une fontaine publique. Celle-ci, de forme voûtée, est de date récente, car elle a été faite en 1862. A côté est un sarcophage antique.

NAZAR ET H

aujourd’hui très-mutilé; une guirlande sculptée qui serpente alentour forme trois festons sur les longs

côtés. Cette fontaine porte le nom de Fontaine de Marie. Rien n’empêche, en effet, de supposer qu’à l’époque de Notre-Seigneur elle existait déjà eu même temps que celle qui est renfermée actuellement dans 1 église de Saint-Gabriel, et dès lors tout incline à penser que la Sainte Vierge, comme les autres femmes de Nazareth, a d û y venir souvent puiser de l’eau .

A une faible distance de la Casa Nova des Franciscains est la maison des Dames de Nazareth, fondée

dans cette ville en 1 855. Cet établissement a été pour Nazareth, ainsi que pour les autres villes de Palestine et de Syrie où des maisons semblables ont été créées, un bienfait inappréciable. Parfaitement administré, il contient une trentaine d’orphelines pensionnaires; le nombre des externes dépasse le chiffre de quatre-vingts. lies protestants, de leur côté, redoublent d efforts à Nazareth pour contre-balancer 1 influence catholique par la leur propre;

Anglais et Prussiens rivalisent ensemble dans ce but. Ils ont construit, il y a quelques années, une école et une jolie église gothique qui domine une grande partie de la ville, et sur un point plus culminant encore ils viennent d’achever de bâtir un vaste orphelinat, qui de loin ressemble à une sorte de citadelle.

Quant aux musulmans, ils célèbrent les ceremonies de leur culte clans une mosquée que surmonte un haut minaret; ils possèdent eu outre plusieurs oualys ou chapelles dédiées à des santons.

Mosr

* Précipitation, pnès de Nazareth.

BASSE GALILÉE

La population actuelle de la ville est de quatre mille neuf cent cinquante habitants et se décompose ainsi : sept cent dix Latins, trois cents Grecs catholiques dits unis, deux cent vingt Maronites, six cents catholiques schismatiques, deux cents individus qui flottent entre l’Église catholique et l'Église schismatique : c'est dans cette catégorie naturellement que les protestants cherchent surtout à se faire des prosélytes; enfin quelques familles protestantes, anglaises, américaines et prussiennes.

Parmi les hauteurs qui dominent Nazareth, la plus élevée vers le nord-ouest est couronnée par un oualy connu sous le nom de Neby-Ismail; d’autres l'appellent Neby-Saïd. L’altitude de ce point au-dessus de la Méditerranée est de cinq cents mètres. De là on jouit d'une vue magnifique. Vers le nord, on aperçoit au delà de la basse Galilée un tiers au moins de la haute. Derrière les montagnes do Safcd apparaît dans le lointain le massif gigantesque du Djebel ecb-Cheikli ou Grand-Hermon. A 1 est, l’œil plonge dans le bassin du lac de Tibériade. Plus loin, dans la même direction, se montrent les plaleaux si accidentés des contrées transjordanes. Au sud, on distingue les cimes du fhabor, du Petit- Ilcrmon et du Gelboé, la grande plaine d’Esdrelon et les monts de la Samarie. A l’ouest, on suit du regard la chaîne entière du Carmel, et la baie de Caïffa semble étinceler sous les rayons du soleil.

La hauteur en question est considérée par quelques critiques comme celle où les habitants de Nazareth conduisirent Notre-Seigneur pour l’en précipiter. Ils se fondent pour appuyer cette conjccture sur le verset suivant de saint Luc :

Et surrexerunt et ejecerunt ilium extra civitatem : et daxerunt ilium usque ad superctlium montis super cjuem civitas illorum erat ædificata', ut prœcipitarent eum. (Saint Luc, ch. iv, i 29.)

De ce verset il semble ressortir, en effet, que les habitants de Nazareth menèrent le Sauveur, apres l’avoir jeté hors de la ville, jusque sur le sommet de la montagne au bas et sur les pentes de laquelle celle-ci était assise. Or, la montagne que couronne l’oualy Neby-Saïd surplombe précisément vers le nord-ouest Nazareth, qui s’étend sur ses flancs inférieurs et à ses pieds ; elle offre en outre dans plusieurs endroits des escarpements naturels très-propres à l’ accomplissement du genre de supplice que l’on voulait infliger à Notre-Seigneur.

Mais, je dois le dire, la tradition est tout à fait contraire à cette conclusion, que l’on pourrait être tenté d’adopter, et depuis longtemps elle désigne une autre montagne comme étant celle d’où l’on chercha à précipiter le Messie; c’est la montagne que les Arabes eux-mêmes appellent Djebel el-Kafzeh, mont du saut , du précipice, ou plutôt de la précipitation, si l’on peut employer ce mot dans un sens que l’usage lui a refusé, celui d 'action de précipiter quelqu’un.

Pour s’y rendre, on commence par descendre vers le sud, au sortir de Nazareth, dans une vallée fertile cultivée en blé; puis on passe bientôt devant une petite colline où, à la suite de fouilles récentes, les Franciscains ont retrouvé quelques vestiges encore reconnaissables de la chapelle d’un ancien couvent de Bénédictines, connu sous le nom de Santa Maria del Tremore. Ce nom serait dû à une pieuse tradition en vertu de laquelle la Sainte Vierge se serait tenue en ce lieu, toute tremblante d’effroi, lorsque l’on conduisit son Fils hors de la ville pour le mettre à mort.

En continuant à s’avancer dans la même direction, on suit, sur un sentier âpre et rocheux, les sinuosités d’un torrent qui serpente dans un étroit ravin; puis, gravissant à travers des roches hérissées de lentisques, d’arbousiers et de térébinthes, on arrive, après une marche d’environ trois quarts d’heure, à partir de Nazareth, au lieu dit le Précipice. Deux énormes blocs de rochers servent comme de garde-fous sur une petite plate-forme, et séparent le spectateur de l’abîme presque vertical qui s’entr’ouvre devant lui. La hauteur de cette plate-forme est de deux cents mètres au-dessus de la plaine d’Esdrelon, mais la montagne est plus élevée encore.

NAZAR ET H

Nazareth, en arabe Nasarah et Nasirah, n’est nulle part mentionnée, ni clans l’Ancien Testament, ni dans Josèphe. Ce silence prouve qu’elle n’avait pas une grande importance et qu’elle ne doit sa célébrité qu à 1 honneur insigne qui lui fut réservé d’être la ville où Notre-Seigneur fut élevé et passa les trente premières années de sa vie. Elle appartenait à la Galilée et paraît avoir été située dans la tribu de Zabulon, près des limites de celle d’Issachar. C’était une bourgade si misérable et où les habitants jouissaient d’une si mauvaise réputation, que lorsque l’apôtre Philippe parla pour la première fois à Nathanaël de Jésus de Nazareth comme du Messie annoncé par Moïse et par les Prophètes, celui-ci lui répondit : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? »

O U AL Y NebY-IsMAÏL, SUR LE SOMMET DE LA COLLINE DE NaZARETU.

Plus tard, le nom de Nazaréens fut donné aux chrétiens, et toujours avec une intention de moquerie. Aujourd’hui encore, les Arabes désignent les chrétiens sous le nom de Nasarah.

Après la prise de Jérusalem par les croisés, Godefroy de Bouillon concéda en fief à Tancrède tout le district de la Galilée, et le siège métropolitain de Scythopolis fut bientôt transféré à Nazareth.

En 1251, saint Louis vint s’incliner pieusement dans la grotte sacrée de l’Annonciation ; il gravit aussi comme pèlerin les hauteurs du Thabor.

En 1263, le sultan Bibars Bendokhdar ravagea Nazareth et détruisit l’église de l’Annonciation. Les pèlerins des siècles subséquenls ne parlent plus que de la grotte. Quant à l’église, elle ne fut relevée de ses ruines qu’en 1620. A cette époque, en effet, le P. Thomas de Novare, supérieur des Franciscains de Terre sainte, obtint de l’émir Fakhr eddin la restitution du sanctuaire de l’Annonciation, comme le rapporte Quaresmius d’une manière très-détaillée. Le P. Jacques, qui l’avait accompagné dans son voyage auprès de l’émir, fut chargé des premiers travaux de reconstruction de l’église. Après lui, ces travaux furent poursuivis, ainsi que ceux du couvent attenant; mais le plan primitif de l’église fut malheureusement modifié, tandis qu’il eût été peut-être facile de conserver celui de la basilique byzantine.

B A. SSE GALILÉE

De 1720 à 1730,1e couvent fut agrandi, et l’église, qui avait été ravagée par les Arabes, fut réparée dans cette dernière année au moyen d’ouvriers musulmans venus de Drtmas; c est ce qui explique pourquoi sa façade principale, qui date de cette époque, comme le prouve l’inscription qu'on y lit, offre tous les caractères de l'architecture arabe.

Hameau près de Nazareth; de da, vue de Seffourieh, jadis Sepphoris.

En 1799, les Français occupèrent un instant Nazareth, et Bonaparte, de passage dans cette ville, se fit montrer la grotte de l’Annonciation. De nos jours, en 1860, lors des massacres de Damas et du Liban, les chrétiens de Nazareth, qui craignaient pour eux un sort semblable à celui de leurs coreligionnaires dans plusieurs parties de la Palestine et de la Syrie, durent leur salut au chef de Bédouins Akil-Agha, qui osa noblement se déclarer en leur faveur.

SEFFOURIEH (S E P P H O R I S).

SEFFOURIEH (SEPPHORIS)

Le village de Seffourieh , situé à six kilomètres au nord-ouest de Nazareth, rappelle, légèrement altéré, le nom de Sepphoris que cette localité portait autrefois. Le sommet de la haute colline dont il occupe les dernières pentes était couronné jadis par une acropole qu’environnait un mur d’enceinte construit avec de magnifiques blocs rectangulaires ; on en distingue encore qà et là quelques traces.

Ruines du cuateau de Seffouriku, jadis Seppiioris.

Sur le point culminant s’élève encore aujourd’hui une grande tour carrée qui mesure vingt-deux pas sur chaque face. Ce fortin, qui, vu de loin, offre une apparence antique à cause de la nature et de la beauté des matériaux avec lesquels il a été bâti, est vraisemblablement d’origine arabe, mais il a sans doute succédé à un autre plus ancien. Quant à la vaste plate-forme qui s’étend alentour, elle est actuellement en partie livrée à la culture. Sur les flancs de la colline, de nombreuses citernes et des silos ont été excavés. Enfin plus bas encore s’allonge le village actuel sur l’emplacement de la ville proprement dite. Il renferme au moins deux mille cinq cents habitants, la plupart musulmans et très-

BASSE GALILÉE

fanatiques. A son extrémité nord-ouest, les pèlerins chrétiens ne manquent pas d’aller vénérer les restes d’une église dédiée autrefois à saint Joachim et à sainte Anne, parents de la Sainte Vierge, qui, d’après une tradition fort ancienne, passent pour avoir habité Sepphoris où ils seraient nés. Tournée de l’ouest à l’est, cette église avait trois nefs répondant à trois absides; celles-ci seules sont encore debout. Les deux rangées de colonnes qui ornaient et divisaient les nefs consistaient en fûts monolithes de granit gris couronnés de chapiteaux corinthiens, comme le prouvent deux de ces fûts encore en place. Ces colonnes doivent avoir appartenu à la basilique primitive qui fut reconstruite à l’époque des Croisades. Dans un autre quartier de Seffourieh, vers l’est, l’emplacement d’un autre monument est encore en partie reconnaissable. Comme il était orienté du sud au nord, il est permis de supposer qu’on a là sous les yeux les vestiges d’une ancienne synagogue. Elle avait été bâtie avec de belles pierres de taille, et des colonnes de granit gris en décoraient et séparaient les nefs.

Sepphoris était, à l’époque de la guerre des Juifs contre les Romains, l’une des principales villes de la Galilée, au centre de laquelle elle se trouvait. Consacrée auparavant à Auguste par Hérode Antipas, elle s’appelait également Diocésarée, nom qui indique quelle avait pris à la fois pour patrons Jupiter et l’empereur.

Après la chute de Jérusalem, le grand Sanhédrin se réfugia à Sepphoris, avant d’aller s’établir a Tibériade. Une communauté chrétienne s’y forma ensuite, et un évêché appartenant à la Palestine seconde y fut créé.

Du temps des Croisades, il est souvent question, non pas précisément de cette ville, mais de la source abondante, appelée Aïn-Seffourieh, qui coule à une demi-heure de distance au sud, comme d’un rendez-vous naturel pour les armées latines contre les musulmans.

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