MONT THABOR
on descend par un escalier de douze marches, les unes taillées dans le roc, les autres construites avec de belles pierres. Il en est de même de la crypte; en partie creusée dans le roc, elle a été bâtie là où le roc manque. Au fond est un autel encore à moitié debout. Cette crypte, ensevelie auparavant sous un prodigieux monceau de pierres confusément entassées, est à mes yeux d’un prix inestimable. Je la crois, en effet, contemporaine des premiers siècles de l’Église et appartenant au sanctuaire primitif érigé sur le Tliabor sous le titre de Saint-Sauveur. La chapelle qui la contenait et la recouvrait a pu être détruite et relevée plusieurs fois, mais elle-même a dû toujours échapper aux ravages et aux restaurations qui ont nécessairement altéré le caractère de l’édifice sous lequel elle s’étendait. Comme nous sommes là précisément sur le point culminant du Tliabor et que cette chapelle, ainsi que l’attestent ses ruines, était certainement la plus importante et de beaucoup la plus remarquable des trois qui avaient été construites sur le sommet de la montagne, que dès lors il est logique d’admettre qu’elle ne peut être que celle de Saint-Sauveur, les deux autres devant être reconnues, la première pour celle d’Elic, la seconde pour celle de Moïse, il s’ensuit que la crypte en question nous révèle d’une manière indubitable l’endroit où, dès les premiers siècles de l’Église, on croyait que s’était accompli le grand mystère de la Transfiguration, et l’autel occupe probablement la place où, d’après la tradition, le Christ aurait posé ses pieds divins, lorsqu’il fit resplendir un rayon de sa gloire aux yeux de ses trois disciples éblouis.
Les deux chapelles qui viennent de reparaître ainsi à la lumière, tant la petite qui semble être celle de Moïse, que la grande, à trois nefs, qui doit être celle de Saint-Sauveur, avaient été renfermées dans 1 enceinte d’un vaste couvent fortifié qui, à l’époque des Croisades, appartenait aùx Latins, et dont la possession leur a été de nouveau concédée de nos jours. Ce couvent n’offrait plus lui-même depuis longtemps qu’un amas informe de constructions diverses, à moitié démolies ou écroulées. C’est au milieu de ce chaos de débris accumulés que les Pères Franciscains de Nazareth ont rebâti un petit monastère, en mettant à contribution les matériaux tout préparés qu’ils avaient sous la main.
Les autres ruines qui couvrent le Tliabor sont celles d’une grande forteresse musulmane postérieure au royaume latin, et qui comprenait le plateau entier de la montagne.
Bien que la hauteur du Thabor au-dessus de la Méditerranée n’atteigne pas tout à fait six cents mètres, néanmoins sa position isolée au nord de la vaste plaine d’Esdrelon permet à celui qui se place sur son sommet, et qui de là, vers les quatre points du ciel, interroge l’horizon, de jouir de l’un des panoramas les plus grandioses et les plus variés que la Palestine puisse lui présenter. Ajoutez à cela que beaucoup de faits éclatants semblent s’être donné rendez-vous autour de cette montagne, et en même temps que l’esprit de l’observateur les évoque, son regard peut apercevoir les diverses localités où ils se sont accomplis.
Le Thabor est mentionné pour la première fois dans le livre de Josué comme formant la limite entre les tribus d’Issachar et de Zabulon. Son plateau portait une ville du même nom, qu’il faut bien se garder d’identifier, comme on pourrait être tenté de le faire, avec le village actuel de Dabourieh. Car cette identification est formellement contredite par un verset du livre Ier des Paralipomènes (ch. vi, $ 77), où une ville du nom de Dabereth est signalée parmi celles d’Issachar. Or, cette Dabereth ne peut être que le village de Dabourieh, situé au pied du Tliabor, et qui devait jadis, comme toute la plaine d’Esdrelon, appartenir à la tribu d’Issachar, tandis que le Thabor lui-même, avec la ville qui le couronnait, avait été assigné à la tribu de Zabulon. C’est sur le Thabor que Barak rassembla ses troupes avant de combattre Sisara, qu’il défit sur les bords du Cison. Les frères de Gédéon furent massacrés plus tard sur cette montagne par Zebee et Salmana, princes des Madianites, qui expièrent
BASSE GALILÉE
bientôt ce meurtre par leur propre trépas. Nous savons par Polybe que, l’an 218 avant Jésus-Christ, Antiochusle Grand, roi de Syrie, se rendit maître par surprise en Palestine d’Atabyrion, ville située, dit l’ historien (1. V, ch. lxx), sur une hauteur en forme de mamelle. Après avoir fortifié cette place, il se retira. Cette ville est évidemment la même que celle dont parle la Bible sous le nom de Thabor. Elle disparaît ensuite de T histoire, et il est à présumer qu’à l’époque de Notre-Seigneur elle élait complètement renversée. Ceux qui contestent au mont où elle s élevait la gloire d avoir été le théâtre de la Transfiguration et qui rejettent une tradition dont l’origine remonte néanmoins aux premiers siècles de l’Église, allèguent comme leur principal argument que le Sauveur n aurait pu choisir, pour cette mystérieuse manifestation de sa divinité, un lieu habité, puisqu il recommanda aux trois disciples privilégiés, témoins oculaires de ce prodige, de ne le divulguer qu’après sa mort. Ils invoquent le passage de Polybe dans lequel cet écrivain nous parle de la ville d’Atabyrion, qui tomba au pouvoir d’Antiochus le Grand et que ce monarque fortifia avant de se retirer. Mais, comme je 1 ai déjà dit, cctle ville paraît avoir été détruite à l’époque de Notre-Seigneur, et le Messie a donc pu se transfigurer sur le Thabor, dans un endroit solitaire, devant les trois disciples qui l’accompagnaient.
Trente-cinq ans après cet événement mémorable, Josèphe environna d’une enceinte fortifiée le sommet du Thabor, et il ressort du silence de cet historien relativement à l’existence d’une ville sur ce plateau, que celle qu’avait mentionnée Polybe était en ruine et déserte.
Dans les premiers siècles de l’Église, des sanctuaires et des couvents s’élevèrent sur le mont Thabor en souvenir des trois tentes dont il est question dans l’Évangile. A l’époque des Croisades, ils furent restaurés et agrandis.
En 1187, les monastères et les fortifications de cette montagne furent renversés par Saladin.
En 1214, le sultan Mélek-Moazzham-Ysa y érigea une forteresse qui fut démantelée quelques années plus tard. En 1263, Bibars-Bendokhdar en acheva la destruction, ainsi que celle des monastères grec et latin de Saint-Élie et de Saint-Sauveur, qui de nos jours seulement ont commencé à sortir de leurs ruines.
G AT H HA-HEPHER
Le premier village que l’on rencontre au delà de Nazareth, en prenant la direction du nord-nordest, s’appelle Reineh. Situé à trente-cinq minutes de marche de cette petite ville, il renferme huit cents habitants, moitié musulmans et moitié grecs schismatiques, et a probablement succédé à l’ancienne Garis, signalée par Josèphe ( Guerre des Juifs, 1. III, ch. vi, § 3).
En continuant à s’avancer vers le nord, on arrive bientôt à El-Mechhed, village situé sur une colline rocheuse, et dont la population est de trois cents âmes au plus. On y vénère dans une pelile mosquée un tombeau que recouvre un tapis vert, et qui renferme, dit-on, la dépouille du prophète Jonas. Telle est la tradition accréditée à la fois parmi les musulmans et les chrétiens de la Palestine. Si elle est fondée, El-Mechhed est l’ancienne ville de Gath ha-Hepher (le pressoir du puits, de l’excavation), mentionnée dans le livre de Josué comme étant sur la limite de la tribu de Zabulon, et dans le quatrième livre des Bois comme étant la patrie de Jonas.
Saint Jérôme, dans sa préface du livre de ce prophète, s’exprime ainsi :
Geth, quœ est in Opher, haud grandis est viculus, in secundo Sepphoris milliario, guœ hodie appellatur Diocœsarea , euntibus T iberiadem , ubi et sepulcrum ejus ostendilur .
G AT H HA-HEPHER.
Ce témoignage, émané d’une autorité aussi grave, s’accordant avec la tradition actuelle, je crois qu’on ne peut mieux faire que de l’adopter. El-Mechhed, à la vérité, est à trois milles, et non à deux milles seulement de Seffourieh, l’antique Sepphoris; mais cette différence d’un mille ne doit point inspirer de doutes légitimes sur l’identification de El-Mechhed avec Gath ha-Hepher; car aucune autre localité sur la route de Sepphoris à Tibériade ne répond mieux au renseignement fourni ici par ce Père de l’Eglise, relativement à la patrie et au tombeau de Jonas.
Tombeau du prophète Josas, a El-Mechhed, l’ancierke Gath ha-Hkphkr.
Benjamin de Tudèle place le tombeau du prophète Jonas sur une colline près de Sepphoris, Petachia de Ratisbonne à Kefr-Ouza, et l’auteur d’Eleh ha-Messaot à Kefr-Kenna. Plus tard, en 1333, le rabbin Ishak-Chelo, dans son écrit intitulé : les Chemins de Jérusalem, avait donné les détails suivants, relatifs à la patrie et au tombeau de Jonas : « De Sepphoris, dit-il, on va à Gath ha-IIepher, aujourd’hui Meschhad. C’est la patrie du prophète Jonas, fils d’Amitaï, ainsi qu’il est dit dans l’Ecriture sainte. Selon le Talmud, le prophète Jonas était, du côté de son père, de la tribu de Zabulon, et du côté de sa mère, de la tribu d’Aser. Quant à Gath ha-Hepher, c’est un endroit peu considérable, habité seulement par quelques musulmans pauvres. De là on va à Kefr-Kenna, village qui renferme le tombeau du prophète Jonas. »
De ces divers témoignages, le plus digne d’être pris en sérieuse considération est celui de saint Jérôme, que nous avons cité plus haut.
BASSE GALILEE