CA N A
plusieurs magnifiques blocs et cinq ou six fûts monolithes de colonnes ; mais les musulmans de l’endroit les empêchèrent de poursuivre leurs travaux et enlevèrent même la plupart des pierres de taille et des
colonnes qu’ils avaient ainsi exhumées. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un amas confus de débris, mais dignes de nos respects et de notre vénération, à cause des souvenirs que la tradition y rattache. Tous
BASSE GALILÉE
les chrétiens de Palestine, en effet, tant catholiques que schismatiques, reconnaissent en ce lieu celui où Jésus-Christ convertit l’eau en vin aux noces de Cana, Kefr-Kenna étant pour eux la petite ville ainsi appelée, de préférence à Kana el-Djelil, que plusieurs voyageurs, mais à tort, selon moi, identifient avec la Cana évangélique.
A une trentaine de pas à l’ouest des ruines de cet édifice, on voit celles d’un autre sanctuaire connu sous le nom de Beit-Semaan (maison de Simon). Changé plus tard en mosquée et maintenant à moitié renversé, il passe pour avoir été construit sur l’emplacement de la maison de Simon le Cananéen, l’un des douze apôtres. Au dire de Nicéphore Calliste, c’était lui dont, on célébrait les noces, le jour où Notre-Seigneur changea l’eau en vin.
Non loin de là est une petite église appartenant aux Grecs schismatiques et leur servant de paroisse. Elle est certainement postérieure à l’époque des Croisades, et les Grecs eux-mêmes avouent qu’elle n’est pas située sur l’ancienne salle du festin, qu’ils placent, comme les Latins, à l’endroit où sont les restes de la mosquée dont j’ai fait mention. Mais, d’un autre côté, ils montrent dans leur église deux grandes hydries de pierre encastrées grossièrement dans de la maçonnerie, qu’ils affirment être deux des six vases dans lesquels l’eau fut convertie en vin. Ces hydries sont-elles les lapideœ hydriœ du miracle? U serait peut-être téméraire, mais non ridicule, de le prétendre, car elles paraissent antiques.
A cinq cents pas au sud du village actuel de Kefr-Kenna, coule une source abondante dont l’eau, amenée de plus loin au moyen d’un petit canal, est recueillie dans un petit réservoir près duquel on remarque la cuve d’un ancien sarcophage servant d’auge, et qui est ornée extérieurement de guirlandes et de disques. Cette source, en même temps qu’elle sert aux habitants du village, arrose en outre des jardins plantés principalement de grenadiers.