LAC DE TIBÉRIADE ET SES ENVIRONS
Rien au sud de la ville moderne s’étendait, le long du rivage, la ville antique, dont la plus grande partie est aujourd’hui envahie par des champs cultivés, des cimetières et des terrains incultes. Le sol a été presque partout profondément remué pour en extraire des colonnes ou de beaux matériaux de construction. Toutefois, il est encore jonché de nombreux débris appartenant à des maisons ou à des édifices
Mosquée de Tibèhude. -, , ,
publics renverses. L un de ces monuments, tourné de l’ouest à l’est, était orné intérieurement de colonnes monolithes en granit gris, dont une quinzaine sont encore gisantes à terre. Son t-ce là les restes du grand temple fondé par Adrien et que plus tard, sous Constantin, le Juif Joseph,
avec une ecole. Quant aux Juifs, ils dépassent le chiffre de deux mille cinq cents individus. Tenus
pour la plupart de l’Allemagne, de la Pologne et de l’Espagne, ils ont conservé la langue et le costume de ces différents pays. D’autres sont originaires de la Syrie et du nord de l’Afrique. Ils ont quatre synagogues, d’assez misérable aspect, où ils se réunissent tous les samedis, appelant de leurs vœux l’avénement du Messie qui, selon eux, doit sortir un jour de Tibériade.
BASSE GALILÉE
converti au catholicisme, transforma en église chrétienne avec la permission cle cet empereur?
Ailleurs, on croit distinguer les traces d un théâtre et les contours elliptiques d’un stade.
Vers l’ouest, une haute colline rocheuse servait d’acropole à la ville. Les deux sommets qui la couronnent sont couverts l un et l’autre de ruines, restes d’une ancienne forteresse. Ce château fort, auquel est demeuré attaché le nom de Kasr-Beit el-Melek (château de la maison du Roi), était peutêtre en même temps une résidence royale.
Nous savons par l’ historien Josèphe qu’Hérode le Tétrarque, ou Antipas, trèslié avec Tibère, fonda une ville appelée, du nom de cet empereur, Tibériade, auprès du lac de Génézareth, qui dès lors prit la désignation de cette ville. Comme on détruisit pour la construire un grand nombre de tombeaux, ces tombeaux attestent l’existence en cet endroit d’une cité antérieure, probablement renversée à cette époque et dont ils formaient la nécropole. Tibériade devint
1 UHATEAU DE TlBElUADE.
sous Hérode Antipas, grâce à son étendue,
aux embellissements qu’elle reçut et aux privilèges dont elle fut comblée, la capitale de la Galilée. 11 y résidait lui-même dans un palais qui fut dans la suite pillé et livré aux flammes.
Après la mort de ce prince, Néron donna Tibériade à Agrippa le Jeune, qui rendit à Sepphoris le rang de capitale de la Judée, dont elle avait joui précédemment.
A 1 approche des Romains, Josèphe se hâta de fortifier Tibériade, et il dut déployer beaucoup de courage et d’habileté pour y faire prévaloir son autorité, tant la population de la ville était remuante et inquiète. Plusieurs séditions éclatèrent contre lui, mais il réussit à les réprimer.
Tibériade ouvrit ensuite ses portes à Yespasien, qui, avant d’aller attaquer Tarichées, alla établir son camp à Emmaüs.
Quand Jérusalem eut succombé, le grand Sanhédrin, après un séjour momentané à Jamnia, puis à Sepphoris, se fixa à Tibériade, et cette dernière cité devint également le siège d’une célèbre école talmudique qui fut longtemps florissante et qui subsista longtemps encore après l’introduction du christianisme dans cette ville.
Justinien, au sixième siècle, en releva les remparts. Lorsque les Perses, sous la conduite de Ghosroès, s’avancèrent contre Jérusalem, l’an 614 de notre ère, les Juifs de Tibériade et d’autres villes de la Galilée se joignirent à son armée, et c’est à eux principalement que l’on attribue le massacre qui fut fait des chrétiens lors de la prise de la Ville sainte.
Après l’invasion musulmane, Tibériade perdit beaucoup de son importance.
Lors de la conquête de la Palestine par les croisés, Godefroy de Bouillon donna la Galilée en fief à Tancrède, qui soumit immédiatement Tibériade et y érigea de nouveau un siège épiscopal qui était suffragant de l’archevêché de Nazareth.
En 1187, Tibériade, avant la désastreuse bataille de Idattin, tomba au pouvoir de Saladin; la forteresse seule, où s’était réfugiée la femme de Raymond, comte de Tripoli, ne fut pas prise alors ; mais elle se rendit elle-même quand l’année chrétienne eut été anéantie dans la plaine de Hattin.
En longeant le lac de Tibériade au sud de la ville actuelle de Thabarieh, on atteint, au bout de trente minutes de marche, les ruines dites Kharbet el-Hammam . Ce sont les ruines d’une petite ville qui faisait immédiatement suite à celle de Tibériade. Un épais mur d’enceinte, dont il subsiste quelques pans encore debout, construits en blocage avec un parement de pierres volcaniques de moyenne dimension, environnait cette localité qui, vers le nord, touchait à Tibériade et n’était séparée de cette grande cité que par une muraille mitoyenne. Les arasements d’une grande tour sur un monticule, ceux d’un édifice tourné de l’ouest à l’est, et qu’ornaient autrefois des colonnes de granit actuellement gisantes sur le sol, les vestiges de nombreuses maisons renversées, plusieurs caveaux funéraires pratiqués dans les flancs des collines de l’ouest, les traces d’un aqueduc, au pied et le long de ces mêmes collines, qui amenait jadis à cette ville et à Tibériade les eaux de l’Oued-Fedjaz, tels sont les principaux restes qui attirent l’attention. Les établissements de bains thermaux qui florissaient en cct endroit ont élé détruits, et les trois qu’on y voit maintenant sont modernes. Deux sont fort misérables; le troisième est plus considérable et porte le nom d’Ibrahim-Pacha, qui l’a fait réparer. Quatre sources principales alimentent ces bains. On les dit très-efficaces contre les rhumatismes, le scorbut et la lèpre. La température en est très-élevée. Elles sont sulfureuses et renferment, en outre, de la soude, de la chaux, de la magnésie et du chlore.
Dans l’antiquité, Pline se contente de vanter, en parlant de Tibériade, la vertu de ses eaux, mais sans indiquer par un nom spécial la localité voisine de cette ville où. elles se trouvaient. Josèphe, au contraire, la désigne sous la dénomination d’ Emmaüs ou Ammaüs, dénomination qu’elle devait à ses eaux thermales. Les talmudistes la mentionnent sous celle de Ilamatha, l’Hammath probablement, du livre de Josué (ch. xix, ^ 35), en latin Emath.
BASSE GALILÉE
Si nous poursuivons notre route vers le sud, en continuant à côtoyer les rives occidentales du lac, nous laissons bientôt à notre droite, sur le sommet d’une haute colline, les ruines dites Kharbet- Kedieh. Cette localité est peut-être l’ancienne Sennabris signalée par Josèphc, et près de laquelle Vespasien, marchant de Scythopolis vers Tibériade, campa avec trois légions à trente stades au sud de
chées, devait faire partie de cette ville à laquelle il touchait. Le nom même attache par les Arabes aux ruines qui le couronnent semble une pure traduction de celui de Tapr/iai ou Tapr/atat. donné par Josèphc à cette ville. Ce nom, en effet, paraît venir du mot grec tàpi^oç (poisson salé, salaison) ; or le mot arabe mellaha a précisément une signification analogue, ce qui incline à penser que Tarichées avait ainsi été appelée parce qu’on y salait les poissons pêchés dans le lac.
Au sud de ce monticule et de la baie qui l’avoisine s’étend, le long du lac, un plateau onduleux qui affecte la forme d’un grand triangle dont la base regarde le sud et le sommet le nord. Il est circonscrit par des collines qui sont tellement régulières qu’elles doivent être en partie naturelles et en partie arti-
cette dernière ville, sur une hauteur où il pouvait être aperçu des séditieux qui cherchaient à soulever contre les Romains Tibériade et Tarichées.
Nous parvenons ensuite à d’autres ruines, dites Kharbet el-Mellaha et Kharbet el-Kerak.
Les premières couvrent un monticule tout jonché de débris au milieu de chardons et de broussailles, et jadis environné d’un mur d’enceinte. Ce monticule, au pied duquel, vers l’est, s’arron-
ficielles. Elles étaient surmontées, partout où elles étaient facilement accessibles, d’un mur d’enceinte dont il subsiste encore çà et là quelques pans encore debout; mais il est aux trois quarts rasé presque complètement, ainsi que la ville qu’il enfermait. Cette ville était traversée du nord au sud par une