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la vallée actuelle de Foulieh et le territoire de Medjdel. De la sorte, dire que le Sauveur aborda aux confins de Magdala ou Magedan, ou qu’il débarqua sur le territoire de Dalmanutba, c’est indiquer en d autres termes le même lieu de débarquement.
Pendant que nous sommes à Medjdel, allons jeter un coup d’œil sur les ruines dites Khorbet-Arbed, distantes de quatre kilomètres de ce village, vers l’ ouest-sud-ouest. Elles couvrent les pentes d’un plateau élevé. Ce sont celles d’une petite ville renversée de fond en comble. On peut suivre néanmoins encore, çà et là, au milieu des broussailles, les traces d’un mur d’enceinte bâti avec des pierres basaltiques. Au dedans de cette enceinte, aux trois quarts rasée, on heurte à chaque pas les débris confus ne maisons écroulées, construites elles aussi jadis, pour la plupart, avec des matériaux basaltiques. Une source abondante fournissait de l’eau aux habitants. Us avaient, en outre, creusé dans le roc de
nombreuses citernes et deux bassins. Les jours de sabbat, ils se réunissaient dans une synagogue bâtie avec de belles pierres de taille calcaires, et qui a malheureusement subi une dévastation complète. Elle était ornée de colonnes, les unes corinthiennes, les autres ioniques, d’un moindre module, dont plusieurs gisent à terre avec leurs chapiteaux mutilés. Son entrée était vers l’est. Là on admire les débris d’une jolie porte décorée de moulures à crossettes. Les musulmans ont plus tard transformé cet édifice en mosquée, comme l’attestent les ruines d’un mihrab vers le sud.
Le Kharbet-Arbed occupe l’emplacement et conserve avec une légère altération le nom de la ville d’Arbel ou Arbela, signalée plusieurs fois par .Tosèphe. 11 la mentionne comme située en Galilée, non loin du lac de Tibériade et dans le voisinage de nombreuses cavernes. Ce sont celles qui sont percées dans les flancs rocheux et escarpés de l’Oued el-Hammam; j’en parlerai bientôt.
De là nous voyons se dresser devant nous, à quatre autres kilomètres d’intervalle, vers le sud-ouest, la colline célèbre appelée Koroim-Hattin , à cause des deux sommets ou cornes qui la surmontent. Cette colline, dans sa partie supérieure, était entourée d’un mur d’enceinte dont il subsiste encore de nombreux vestiges, principalement aux deux cornes.
Une fort ancienne tradition chrétienne place en cet endroit le lieu où Notre-Seigneur avait prêché à ses disciples les huit béatitudes, et, en souvenir de ce sermon à jamais mémorable, les pèlerins qui vont de Tibériade ou de Medjdel visiter cette colline, ont la pieuse habitude d’y réciter les versets qui le reproduisent; ils la vénèrent elle-même sous le nom que les chrétiens du pays lui ont depuis long-
BASSE GALILÉE
temps donné de Montagne des Béatitudes. C’est également sur cette hauteur que Jésus enseigna pour la première fois l’Oraison dominicale, divine prière qu’il devait apprendre de nouveau à scs disciples, plus tard, sur la montagne des Oliviers.
A l’époque des Croisades, le Djebel Koroun-Hattin, le village du même nom et les plaines qui l’avoisinent furent le théâtre de la désastreuse bataille où, le 4 juillet 1187, l’armée des Latins fut anéantie par celle de Saladin, qui, à la suite de cette victoire, se rendit maître de presque toute la Palestine. Un an après cette catastrophe, ces lieux étaient encore jonchés des misérables débris d’une grande armée vaincue. A chaque pas, on foulait des fragments d’armes et de squelettes épars. Aujourd’hui que tant de siècles se sont écoulés depuis, les habitants de Hattin m’ont affirmé qu’en labourant les champs autour de leur village, ils écrasaient fréquemment sous le soc de leur charrue des ossements humains, provenant sans doute de l’effroyable carnage qui ensanglanta alors ces plaines, si néfasles au nom chrétien.
C’est un peu au sud-est du Djebel Koroun-IIattin que la tradition place généralement le miracle de la multiplication des sept pains par Notre-Seigneur.
Descendons actuellement vers le nord par des pentes extrêmement rapides dans l’Oued el-Hammam.
Une source abondante coule dans le lit de cet oued entre des roseaux, des agnus-castus et des lentisques. Le ruisseau qu’elle forme serpente dans une gorge très-profonde que bordent et resserrent deux chaînes parallèles de hautes collines rocheuses, dont les flancs escarpés, semblables sur beaucoup de points à des murailles gigantesques, sont percés à différents étages d’innombrables cavernes creusées jadis par la main de l’homme. Quelques-unes seraient tout à fait inaccessibles, si des degrés n’avaient été ménagés dans le roc. Les plus remarquables sont désignées sous le nom de Kalat Maan ; elles ont été autrefois fortifiées. Un escalier, pratiqué sur des flancs presque verticaux, conduit à une première série de grottes, où l’on arrive en suivant une sorte de corridor dont la voûte, légèrement triangulaire, est en partie taillée dans le roc et en partie construite avec des pierres de moyenne dimension. De là, d’autres escaliers permettent de monter successivement à d’autres étages supérieurs. Un mur flanqué de tourelles demi-circulaires protège l’entrée de plusieurs de ces grottes ; elles sont reliées entre elles au moyen d’étroites galeries voûtées, et beaucoup sont munies de citernes. Depuis longtemps inhabitées, elles servent d’asile à des milliers de colombes qui y ont élu domicile, ce qui a fait donner à la gorge de l’Oued el-Hammam le nom qu’elle porle de F allée des Colombes.
Josèphe signale à plusieurs reprises ces grottes célèbres. Dans ses Antiquités judaïques (1. XII, ch. xi, § 1), il nous apprend que le général syrien Bacchidès s’empara, lors de son passage à Arbel, de tous les Juifs qui s’étaient réfugiés en grand nombre dans les cavernes voisines de cette ville, et qui sont précisément celles dont il s’agit en ce moment.
Ailleurs, dans sa Guerre des Juifs (1. I, ch. xvi, § 4), il mentionne ces mêmes cavernes comme ayant servi de repaires à des bandes de brigands qui y furent exterminées par Hérode.
Plus tard, lors de l’invasion romaine, il fortifia lui-même ces grottes, ainsi qu’il le raconte dans sa Vie (S 37).
Mais hâtons-nous de nous rapprocher du lac et de traverser vers le nord la belle plaine qui s’étend au delà de l’Oued el-Hammam et de Medjdel. Les Arabes l’appellent aujourd’hui El-Rhoueïr (le petit Rhôr, la petite vallée), la grande vallée du Jourdain étant désignée elle-même sous le nom de Rhôr. Cette plaine extraordinairement fertile, et arrosée par plusieurs ruisseaux intarissables qui transforment le sol en un limon d’une fécondité extrême, est celle de Gennésar, qui jouissait, dit Josèphe, d’avantages merveilleux et mesurait sur la côte du lac trente stades de long sur vingt de large. La vigne et
les autres arbres fruitiers qui y croissaient jadis en si grand nombre, comme les noyers, les figuier
Cavernes et ruisseau de l’Oued el- Hammam.
les palmiers et les oliviers, ont presque tous disparu, et le sol, partout où il est cultivé, est presque exclusivement couvert de cotonniers, de sesame et de doura. Là où l’homme, faute de bras, le laisse
BASSE GALILÉE
inculte, il se hérisse débroussaillés gigantesques qui forment un fourré presque inextricable, et le long des divers ruisseaux qui y promènent leurs eaux murmurantes, on admire de magnifiques bordures d’agnus-castus et de lauriers-roses.
Parmi les sources qui jaillissent dans cette plaine et la fertilisent, il faut citer en première ligne celle qui s’appelle Aïn el-Medaouarah (la Source ronde) ; elle doit ce nom à la forme circulaire du grand bassin dans lequel elle est renfermée. Deux ouvertures, pratiquées l’une vers 1 ouest, 1 autre vers 1 est de ce réservoir, permettent à l’eau d’avoir une double issue dans la plaine et d’y serpenter, en formant deux ruisseaux destinés à 1 irrigation des terres.
A deux kilomètres et demi au nord de cette source, après avoir franchi les divers canaux qui dérivent de l’ O u ed-Rabad h ieh , on atteint le pied d’une colline sur le sommet de laquelle s’élève un petit oualy consacré à Abou-Choucheh et qui a donné son nom aux ruines qui l’entourent. Un certain nombre de tombeaux
musulmans et une dizaine de masures grossièrement bâties avec des pierres volcaniques environnent ce sanctuaire. Le plateau supérieur et les pentes de la colline sont parsemés de matériaux semblables, restes d’habitations renversées.
Quelques savants, à l’opinion desquels je me rallie, identifient avec les ruines d’ Abou-Choucheh l’antique Kinnereth, en latin Cenereth, mentionnée dans la Bible parmi les places fortes de la tribu deNephthali. Cette ville devait être voisine du lac auquel elle donna son nom de Iam- Kinnereth (mère de Kinnereth). Le lac de Tibériade est ainsi appelé, en effet, dans le livre des Nombres et dans celui de Josué.
Ce nom de Kinnereth paraît s’être altéré plus tard en celui de Genesar, Gennesar, Gennesaret et Gennesareth. Les débris qui couvrent la hauteur d’ Abou-Choucheh sont sans doute peu considérables actuellement, et le misérable village arabe dont on y trouve les restes ne donne guère l’idée d’une ville forte qui se serait élevée jadis en cet endroit. Mais Kinnereth a été probablement détruite depuis de longs siècles. Combien de villes importantes et autrefois fortifiées n’ont pas laissé d’ailleurs en Palestine des traces plus dignes d’attention que celles qui existent à Abou-Choucheh !
Josèphe, qui décrit la beauté incomparable de la plaine de Gennésar, ne parle pas de la ville de ce nom, ce qui permet de penser que cette dernière était de son temps en pleine décadence, éclipsée et