‹ La terre sainte (volume 2)Chapitre 96 sur 100 · LAC PHI A LA · texte numérisé non relu

LAC PHI A LA

lac Merom ou Samachomtis, et la reconnaître probablement dans les ruines du Tell el-Harraouï.

1-aut-d y voir les restes de En-Hazor, en latin Enlmsor , ville signalée dans la Bible comme différente de Hazor et appartenant également à la tribu de Nephthali? Cette conjecture, appuyée sur l’identite complété des noms, ne manque pas d’une certaine vraisemblance; néanmoins, la tribu de Nephthali s étendait-elle, vers le nord-est, au delà du Nahr el-Hasbany? La chose u’est pas démontrée, et même le contraire est plus probable.

De là, à quatre kilomètres, vers le sud-est, on rencontre un petit lac appelé par les uns Birkei er- Ran, et par d autres Birket er-Rain. Ce bassin, de forme elliptique, est assez profondément encaissé

Tombeaux musulmans, ombragés par de vieux chênes yerts, a Tell-Hazour.

entre des berges inclinées que parsèment de nombreuses pierres volcaniques et qui peuvent avoir soixante mètres d’altitude au-dessus du niveau du lac. Sa circonférence est de deux kilomètres. La cuvette dont il remplit le fond ressemble au cratère d’un volcan. D’innombrables herbes aquatiques croissent sur ses bords et couvrent même la moitié au moins de ce vaste réservoir, ce qui indique qu’il est peu profond, si ce n’est dans sa partie centrale, où aucune herbe ne se montre et où l’eau est bleue et limpide; il est peuplé par des myriades de sangsues et de grenouilles.

Est-ce là le lac Phiala, mentionné par Josèphe dans le passage suivant ( Guerre des Juifs, 1. III,

cb. x, §7):

« Le Paneion est regardé comme la source du Jourdain, qui est amené en cet endroit par un conduit souterrain du lac appelé Pbiala. Ce lac est à cent vingt stades de Césarée, non loin à droite de la route par laquelle on monte de cette ville dans la Trachonitide; et à cause de sa forme circulaire qui imite celle d’une roue, il a été justement appelé Phiala. L’eau affleure toujours jusqu’à ses bords, ne

HAUT K GALILÉE

baissant jamais et ne débordant jamais non plus. Comme on ignorait auparavant que le Jourdain lirait de là son origine, ce tait tut révélé par le moyen qu’employa Philippe, tctrarque de la Trachonitide; il fit jeter de la paille dans le lac Phiala, et cette paille fut retrouvée transportée dans le Paneion, d’où l’on croyait autrefois que naissait le fleuve. »

Il résulte de ce passage que Josèplie place le lac Phiala à cent vingt stades de Césarée de Philippe, un peu à droite de la route qui conduit de cette ville dans la Trachonitide. Le lac dit Birlcet er-Ran est bien un peu à droite de cette route, à partir de Banias, l’ancienne Césarée de Philippe; mais l’intervalle qui le sépare de cet endroit ne dépasse pas soixante stades. Il faut donc admettre, soit que Josèphe a exagéré de moitié la distance du lac Phiala par rapport à Césarée, soit que le Birket er- Ran ne représente pas ce lac. Néanmoins, comme jusqu’à présent on n’a découvert, dans la direction et à la distance indiquées par Josèphe, aucun autre lac qui réponde mieux que celui du Birket er-Ran aux données de cet historien, la plupart des critiques s’accordent à reconnaître le lac Phiala dans celui qui nous occupe en ce moment.

Quant à la tradition d’une prétendue communication souterraine entre le Birket er-Ran et la source du Banias, elle n’existe pas parmi les habitants actuels de cette localité; mais une tradition analogue et tout aussi invraisemblable, que j’ai trouvée répandue parmi les habitants de Racheya, affirme que le Birket-Aïha, dont je parlerai bientôt, et situé à trois kilomètres au nord de ce village, communique par une voie souterraine avec la source du Nahr el-IIasbany.

En reprenant vers l’ouest le chemin de Banias, on rencontre bientôt un autre bassin circulaire, moins étendu et ordinairement à sec, si ce n’est à l’époque des grandes pluies d’hiver. Il est tout entier jonché de pierres basaltiques, et paraît être également un cratère de volcan. Cette région a dû être souvent secouée par des tremblements de terre plus ou moins violents, dont les traces sont partout reconnaissables.

Après une montée assez roide le long des berges septentrionales de l’Oued es-Saar, suivie d’une descente très-rapide, on arrive à Aïn-Kenia.

Le village de ce nom est situé sur une colline et renferme cinq cents habitants, se composant de trois cents Druses et de deux cents Maronites. Ses maisons sont basses, petites et grossièrement bâties. La source qui alimente cette localité est abondante ; une partie de ses eaux était autrefois amenée, au moyen d’un conduit, à l’acropole intérieure de Panéas; de là le nom de Ain-Kenia (la source du petit canal) donné au village. Les flancs de la colline qu’il couronne sont cultivés en tabac, en vignes, en oliviers et en figuiers.

Il est lui-même séparé de Banias par un intervalle d’au moins quatre kilomètres, et le sentier qui nous ramène à l’ancienne Césarée de Philippe serpente sur un sol onduleux, tantôt vers l’ouest et tantôt vers l’ouest-nord-ouest.

De retour à l’une des villes frontières de la Terre promise vers le nord-est, saluons-en de nouveau les ruines, le site enchanteur et les souvenirs, et après avoir dit adieu à la grotte de Pan et à l’une des principales sources du Jourdain, commençons à gravir les premières pentes du Grand Hermon. Aussi bien, cette montagne célèbre, dont les cimes altières et neigeuses frappent sans cesse les regards du voyageur qui explore la Palestine, semble l’attirer invinciblement, comme une sorte de belvédère gigantesque, d’où il pourra contempler à ses pieds, après l’avoir lui-même parcourue, presque toute la Terre promise, plus heureux que Moïse, qui n’avait pu que l’apercevoir de loin, du sommet du Nébo.

MASSIF DU GRAND HERMON

dont quelques-uns sont trcs-peuplés, sont encore disséminés sur ses flancs. Les Arabes le désignent d’ordinaire maintenant sous le nom de Djebel ech-Cheikh, comme étant le roi et le souverain des monts qui l’avoisinent; ils l’appellent aussi Djebel et-Tedj , parce qu’il est couvert de neige une grande partie de l’année; ses sommets mêmes, et il en a trois principaux, ne sont presque jamais dépouillés complètement de cette blanche couronne qui étincelle de loin aux rayons du soleil; d’où vient que dans l’antiquité les Sidoniens le nommaient Sirion ou Clarion, dans la Vulgate Sârion, du mot cbarah qui signifie briller. Nous lisons, par exemple, dans le Deutéronome (ch. ni, ^ 9), à propos du mont Hermon :

« Quem Sidonii Sarion vocant et Amorrhœi Sanir. »

Quant à cette dernière appellation de Sanir ou Senir, que les Amorrhéens lui donnaient, elle a le

Le Djebel ech-Cheikb, ou Grand Hermon, qui se dresse devant nous au nord, et au bas duquel nous sommes parvenus, est la plus considérable et la plus liante montagne de la longue chaîne de 1 Anti-Liban. II formait jadis de ce côté l’une des limites de la Palestine. A ses pieds jaillissent les trois principales sources du Jourdain et florissaient autrefois des villes importantes. Plusieurs villages,

Use EABRlQDE DE POTERIE A ÜACîlEUT EL-FoKII.\R.

MASSIF DU GRAND HERMON

sens de cuirassé, appellation due également, sans doute, à l’éclat éblouissant de ses cimes, lorsqu elles reflètent les feux de l’astre du jour, éclat que l’on peut comparer à celui que projette une cuirasse

____ __ .. polie que frappent les rayons du soleil.

Le nom de Hermon, que les Israélites avaient 1 habitilde d’employer de préférence aux précédents, dérivait ij- • j/,, de l’altitude et de lu masse imposante de ce mont, ijf '• ''éÊt Dans un passage du livre des Juges, eh. m, $ 3, il

j est appelé Baal-Hermon :

'Pfâj&jt ~ :Jrï " Phihstinornm, omncmque (Jm-

t Vr <;fP Y nanœum, et Sidonium atque Hevæutn, qui habit abat ni

monte Liban o, i le monte liaal- Hermon us (pie ad introitum Emath. »

Dans un autre passage des Livres saints (Paraltpomènes, 1. I, eh. v, £ 23), l’écrivain sacré s’exprime de la manière suivante, au sujet des limites de la demi-tribu de Manassé, située au delà du Jourdain :

« Et lu quoque dimidiæ tribus Mariasse posséderont terram a finlbus B as an usque Baal-Hermon, et Sanir , et montent Hermon ; inqens quippe numerus erat. »

Dans ce verset, la Bible semble distinguer Baal-Hermon du Sanir et du mont Hermon.

Un verset du Cantique des cantiques (ch. îv, if 8) paraît également établir une différence entre le Sanir et l’ Hermon :

MASSIF DU GRAND HERMON

" Feni de Libano’ sPonsa mea> veni de Libano, veni : coronaberis de capite Jmana, de vertice Sanir et Hermon , de cubilibus leonum} de montibus pardorum. »

La manière la plus naturelle et la plus simple probablement d’accorder ces divers passages entre eux, c’est d’admettre que le vaste massif du Djebel eeh-Cheikh est tantôt désigné dans la Bible sous un nom unique, qui est, soit Sirion, soit Sanir ou Senir, soit Hermon, soit Baal-Hermon, et tantôt sous des noms différents, à cause, sans doute, de ses divers sommets.

Eusèbe, au mot ’Aspjxcov de Y Onomasticon, nous apprend que ce mont, en raison vraisemblablement de la consécration de 1 une de' ses cimes au dieu Baal, était vénéré comme saint par les païens. G était pour eux une véritable divinité, et de même que, d’après un passage de Tacite' (Histoires, 1. Il, ch. lxxviii), il y avait le dieu Carmel, identifié par la vénération publique avec la montagne de ce nom, de même il y avait le dieu Hermon, ou Baal-Hermon. En l’adorant, c’était la montagne elle-même à laquelle on rendait un véritable culte, et l’endroit le plus sacré de cette montagne était le cône tronqué que termine l’un de ses principaux sommets et qu’environnent des ruines que je vais décrire. Aussi était-ce vers ce cône qu’étaient orientés les nombreux temples qui avaient été construits sur les flancs inférieurs. de ce massif.

Deux sentiers principaux, l’un partant de Hasbeya et l’autre de Racbeya, bourgades dont il sera bientôt question, conduisent sur le plateau supérieur de la montagne; c’est le premier que j’ai suivi, le 12 octobre 1 875.

Après avoir traversé successivement au delà et au-dessus de Hasbeya les villages de Aïn-Kenia et de Ghoueia, habités tous deux par dès Druses et par des Grecs, schismatiques, je franchis dans la direction de l’est une grande et large vallée, appelée Oued-Djenem. Elle était autrefois couverte de beaux chênes qui sont, pour la plupart,' tombés sous la hache des bûcherons. Son altitude au-dessus de. la Méditerranée est de mille cinq cents mètres. Une source abondante et très-froide y coule. Bien connue des pâtres et des bûcherons, elle est aussi fréquentée quelquefois par des ours et des panthères, hôtes redoutables qui ne sont pas rares dans certaines partiés du Liban et de l’Anti-Liban, et notamment dans les fourrés du Djebel ech-Cheikh, qui forme le prolongement méridional de cette dernière grande chaîne de montagnes. L’ascension devient ensuite beaucoup plus laboriçuse. Aux arbres, clair-semés jusque-là sur les pentes ou dans les ravins, ont succédé de simples broussailles, des chardons et des herbes sauvages. Il faut monter lentement et avec effort à travers une masse énorme de petites pierres roulantes désagrégées par les neiges, sur lesquelles on pose un pied mal assuré. Enfin, après sept heures d’une marche pénible à partir de Hasbeya, j’atteignis l’un des trois principaux sommets de l’Hermon, en longeant quelque temps une grande traînée de neige. Là, des ruines fort intéressantes sollicitèrent mon attention. Mais, avant de les étudier, je restai d’abord immobile et saisi d’étonnement, à la vue de l’un des plus merveilleux panoramas qu’il soit peut-être donné à l’homme de contempler. De la cime, en effet, où j’étais, dont l’altitude est de deux mille huit cents mètres, j’embrassais du .regard une grande partie de la Palestine, tant au delà qu’en deçà du Jourdain. En outre, presque toute la vallée de la Cœlé-Syrie avec les deux grandes chaînes montagneuses qui l’encadrent, celles du Liban etdel’Anti-Liban, l’immense plaine de Damas et la verdoyante ceinture des admirables jardins qui entourent cette vaste cité; toutes ces contrées et d’autres encore se déroulaient au loin devant mes regards émerveillés, comme un incomparable plan en relief aussi étendu que varié, bordé à l’est par le désert et à l’ouest par la Méditerranée. Que dirai-je maintenant des souvenirs et des pensées qui assiègent alors l’esprit en présence d’un tel spectacle? Pour moi, qui, depuis 1852, avais tant sillonné la Palestine, où j’avais visité plus de deux mille localités, j’éprouvais

MASSIF DU GRAND IIRRMON

un plaisir infini à refaire, comme en un instant, par un simple coup d’œil, toutes les longues et fatigantes explorations que j’y avais accomplies à plusieurs reprises. , l’apercevais toutes les montagnes que j’avais gravies, toutes les vallées que j’avais parcourues, mais tellement rapprochées par la perspective que les intervalles s’évanouissaient, et qu’elles semblaient comparaître et accourir en quelque sorte devant moi, afin de me permettre de les considérer dans leur ensemble, après que je les avais explorées séparément et étudiées en détail.

Les ruines qui couronnent le sommet où nous sommes consistent en une grande enceinte circulaire dont les arasements seuls sont visibles; elle avait été bâtie en belles pierres de taille, les unes complètement aplanies, les autres légèrement relevées en bossage, et environnait un cône tronqué et rocheux dont les flancs ont été jadis exploités comme carrière, et au centre duquel a été creusée une sorte de chambre à ciel ouvert qui est probablement un sanctuaire paien d une époque tièsreculée. Là, sans doute, était primitivement adoré le dieu Baal, ou peut-être la montagne ellemême, divinisée et confondue avec la divinité, dont le nom était quelquefois accolé au sien, comme le prouve la désignation de Baal-Hermon par laquelle la Bible la signale en deux passages. Cet endroit, en effet, est l’un des points culminants du Djebel ech-Gheikh. A 1 angle sud-ouest de ce même cône, gisent sur le sol les débris renversés d’un temple construit avec des blocs d un bel appareil, et qui doit être celui dont parle saint Jérôme, comme étant encore en honneur de son temps parmi les païens. Ce cône, ce temple et l’enceinte circulaire qui les enferme étaient jadis, comme maintenant, ensevelis sous une épaisse couche de neige pendant les trois quarts au moins de 1 année, et c’était là le haut lieu le plus élevé et de l’accès le plus difficile que devaient fréquenter les anciens Chananéens.

Le Druse que j’avais pris pour guide donnait à ces ruines le nom de Kctsr-Anlar (château d Antar), et y voyait les restes d’un ancien château fort; mais à quoi aurait-il servi pendant neuf ou dix mois de l’année, à cause des neiges qui l’assiègent et le recouvrent alors, et dont il n’est, complètement débarrassé qu’à la fin de l’été? Ce n’était donc pas un poste fortifié, mais un édifice religieux auquel on se rendait en pèlerinage de tous les pays d’alentour, lorsque la fonte des neiges laissait libre le plateau supérieur de la montagne et en permettait l’ascension. D’ailleurs, il en est fait mention dans saint Jérôme, qui, au mont Aermon, dans Y Onomasticon, s’exprime ainsi :

« Aermon , nions Amorrhœorum, cjuem Phœnices vocant Samor, et Amorrhœus appellavit Sanir ■ * diciturcjue in vertice ejus insigne templum, , guod ab ethnicis cultui habetur e regione Paneadis et Libani. »

« Aermon, montagne des Amorrhéens; les Phéniciens l’appellent Sanior, et les Amorrhéens Sanir; on dit que sur son sommet est un temple célèbre vénéré par les païens de Panéas et du Liban. »

Enfin, les ruines mêmes qui ont survécu jusqu’à nos jours prouvent la destination de l’édifice dont elles offrent les débris. Les pèlerins, après avoir escaladé péniblement, pendant de longues heures, les flancs de la montagne, devaient, une fois parvenus sur la cime qui nous occupe en ce moment, faire processionnellement le tour de l’enceinte circulaire dont j’ai parlé, puis s’approcher de l’adytum pratiqué au sein du cône tronqué, et enfin présenter leurs vœux et suspendre leurs ex-voto dans le temple qui l’avoisine. Plusieurs petites niches creusées dans le roc sont encore assez bien conservées.

A trois heures de l’après-midi, je quittai les débris de Kasr-Antar, et saluant une dernière fois le vaste et merveilleux horizon (pii s’étendait autour de moi, je redescendis vers le sud-sud-ouest, puis

OUED-CTIE B A.

vers 1 ouest, par le même sentier que j’avais pris pour monter. Au moment où le soleil commença à se coucher, je jouis d’un magnifique spectacle; car l’astre du jour, avant de disparaître à l’occident, teignit de ses feux mourants les flancs de la montagne et dora les neiges qui en blanchissaient çà et là quelques vallons supérieurs. Il me restait encore une longue route à parcourir à travers

Oced-Cheba, vd d’Hebbabieh.

On aperçoit le petit village de Cheba, sur le sommet du second pic; c’est le plus haut point habité sur les flancs du mont Hermon.

des gorges affreuses et hérissées partout d’âpres rochers, au milieu desquels je n’aurais jamais pu m’aventurer par une nuit sombre. La lune heureusement se leva bientôt, éclairant de sa douce et sereine lumière les obstacles qui se dressaient sans cesse devant moi et les ravins que j’avais à franchir.

A huit heures du soir, enfin, j’étais de retour à Hasbeya, après avoir mis sept heures pour monter jusqu’au sommet de Kasr-Antar et cinq seulement pour en redescendre.

MASSIF DU GRAND H E R M O N

RACHETAT EL-FOKHAR — HEBBARIEH HASBEYA

Sur les flancs occidentaux du Djebel ech-Cheikh, sont épars a différentes hauteurs un certain nombre de villages, plus ou moins importants, dont je vais signaler ici les principaux.

Racheyat el-Fokhar, composé de sept cents habitants, presque tous Grecs schismatiques, s élève d’étage en étage sur des pentes plantées d’oliviers, de figuiers et de vignes, et doit son surnom d ' EL- Fokhcir (l’argile) à l’industrie de sa population, qui excelle à fabriquer des vases de toutes formes et de toutes grandeurs avec la terre argi-

PORTE D’ENTRÉE A IIaSBEYA.

leuse de cette localité. Une source coule au bas du village.

De là, dans la direction du nord, puis du nord-est, un sentier trèsdifficile et en partie taillé dans le roc conduit, au delà de 1 OuecL- Hebbarieh, au village de ce nom.

Situe sur des pentes rocheuses, il compte six cent cinquante habitants, tous musulmans. Beaucoup

RACHEYAT E L - F 0 K H A R.

Palais de Hasbeya.

La fontaine de Iiasbeya forme un ruisseau abondant qui va rejoindre l’Hasbany.

nente et arrondie en forme de boule.

Un monument bien plus remarquable appelle l’attention dans la partie basse du village : c’est un ancien temple qui mesure environ dix-huit mètres de long sur neuf mètres cinquante centimètres de large. Bâti avec de magnifiques blocs, soit complètement aplanis, soit légèrement relevés en bossage, il s’élève en retraite sur un élégant soubassement formé avec des blocs plus considérables encore, et dont plusieurs ont trois mètres de long, sur une hauteur et une largeur proportionnées. A l’est, il est précédé d’un portique ou pronaos, soutenu sur deux colonnes et flanqué de deux pilastres ioniques. Au fond de ce vesti-

de maisons y ont été bâties avec des matériaux antiques; elles s’étagent les unes au-dessus des autres, jusqu a une assez grande élévation. Une mosquée, appelée. Djama el-Khadher, y a été également construite avec des pierres antiques, parmi lesquelles quelques-unes sont non-seulement taillées en bossage, mais encore offrent au centre de leur surface extérieure une saillie très-proémi-

MASSIF DU GRAND H ER MO N

bule, à droite et à gauche de la porte d’entrée, laquelle est rectangulaire, on observe une grande niche surmontée d’une élégante coquille, et au-dessus de cette niche, une seconde plus petite, de forme rectangulaire. Ces quatre niches, probablement, devaient jadis contenir des statues. Les deux angles de la façade occidentale sont également flanqués chacun d’un pilastre ionique, identique avec les deux précédents. Quant à l’intérieur de la cella , il est actuellement encombré d’un amas énorme de terre et de matériaux brisés, sous lequel les colonnes qui l’ornaient gisent ensevelies, ün petit escalier ménagé dans l’épaisseur d’un des murs, à l’extrémité occidentale du monument, permettait de monter sur les terrasses qui le couronnaient.

Rien ne nous révèle ni l’âge, ni le fondateur de ce temple, ni la divinité qui y était adorée. Son architecture seulement indique un travail gréco-romain. Une particularité à signaler en terminant, c’est que les statues renfermées dans les quatre niches du vestibule avaient la face tournée vers le Djebel ech-Cheikh, ou Grand Hermon, qui, ainsi que nous Gavons vu, était vénéré comme une montagne sainte, et même comme une véritable divinité, par les anciens habitants du pays.

Le village d’Ain-Djerfa est situé à trois kilomètres au nord-ouest d’Hebbarieh, au delà de deux ravins où coulent et se précipitent dans un lit très-profondément encaissé des ruissseaux froids et limpides, qui vont apporter le tribut de leurs eaux au Nahr el-Hasbany. Aïn-Djerfa est habité par des Druses, au nombre de deux cents; il a succédé à un autre village plus ancien, comme le témoignent plusieurs citernes antiques et la régularité des matériaux avec lesquels ont été construites la plupart des maisons et la fontaine publique.

A trois autres kilomètres plus au nord est la bourgade de Hasbeya. Elle s’élève en amphithéâtre au milieu de belles plantations de vignes, de figuiers et d’oliviers, autour et au-dessus de l’ancien palais de ses émirs, vaste demeure actuellement très-délabrée, et qui est encore habitée par quelques membres de la famille Chehab. Les fondations de ce palais ont été jetées dans les premières années du dix-septième siècle, et l’on a employé pour le construire beaucoup de blocs antiques. C’est dans la cour intérieure qu’il renferme qu’au mois de juin de l’année 1860 a eu lieu 1 effroyable massacre d un millier de chrétiens, qui y avaient cherché un refuge comme dans un asile inviolable. Lors de la grande insurrection des Druses, qui éclata cette année-là contre les chrétiens en général, et principalement contre les Maronites, les chrétiens de Hasbeya, se voyant dans l’impossibilité de lutter contre les Druses qui les attaquaient, implorèrent la protection du colonel turc Osman-Bey, qui, avec une garnison de deux cents hommes, occupait le palais. Celui-ci leur en ouvrit les portes, mais à une condition : c est qu’ils livreraient leurs armes en entrant. Il leur affirmait qu’ils n’auraient absolument rien à craindre dans cet asile, dont les murs épais les mettraient à l’abri de la fureur de leurs ennemis, et il leur jurait en outre, au nom de Mahomet et du sultan, qu’il les défendrait avec ses soldats, si l’on entreprenait de forcer les portes du château. Rassurés par ces belles paroles, les chrétiens, ignorant les perfides desseins du colonel, s’empressèrent, pour leur malheur, d’accepter les conditions qui leur étaient posées, et de se réfugier dans cette enceinte inhospitalière, en remettant leurs armes avant d’entrer. Mais à peine y furent-ils enfermés, qu’ Osman-Bey les laissa pendant plusieurs jours épuiser leurs faibles provisions, et, quand ils commencèrent à tomber d’inanition, faute d’eau et de nourriture, il ouvrit les portes du palais et les livra, ainsi désarmés et mourants de soif et de faim, à toute la fureur de leurs barbares ennemis. Ses soldats, loin de les protéger, les poussèrent eux-mêmes au-devant du fer qui allait les frapper, et les Druses, ivres de sang et de carnage, les égorgèrent sans pitié, comme un vil troupeau.

Devant ce château s’étend une place d’armes, à l’un des angles de laquelle est une mosquée accom-

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