H AS BEY A
pagnee de son minaret. Une fontaine, ombragée par un gigantesque noyer, l’avoisine. Quant à la bourgade, elle s’étage beaucoup plus haut sur les deux rives d’un oued
la traverse d’est en ouest, pour aller aboutir au Nahr el-Hasbany. Le quartier chrétien, qui avait été en partie brûlé ou démoli en 1860, est actuellement rebâti. La population totale se monte à trois mille neuf cent quarante habitants, qui se décomposent ainsi :
deux mille Druses, mille cinq cents Grecs schismatiques, deux cents musulmans, cent vingt Maronites, quatrevingts Grecs-unis et quarante protestants. Les Grecs schismatiques y ont une église de date récente et bien construite.
Beaucoup de maisons sont entremêlées de jardins. Trois sources fournissent aux habitants l’eau dont ils ont besoin; en outre, un conduit souterrain amène au château celle d’une quatrième source peu éloignée.
Si l’on descend de Hasbeya vers l’ouest, le long de l’oued de ce nom, on atteint, au bout de quarante-cinq minutes de marche, l’endroit où il se jette dans le Nahr el-Hasbany.
Les berges occidentales de ce dernier fleuve qui, nous l’avons dit, constitue le haut Jourdain, sont bordées de collines blanchâtres et rocheuses. En les gravissant, on arrive bientôt auprès d’anciens puits de bitume, exploités depuis longtemps, mais que j’ai trouvés abandonnés en 1875. J’en ai compté vingtcinq. D’autres, peut-être, ont échappé à mon attention. Creusés verticalement dans le sol, ils ont une profondeur qui varie entre quinze et vingt mètres, et sont reliés, entre eux par des galeries horizontales. lie bitume que l’on en extrait encore quelquefois est dur, très-fin et d’exce les nombreux échantillons qui gisent entassés autou
El-Kaoueh, pont naturel suii j.e Litany.
llente qualité, comme il est permis d’en juger par r de l’orifice de chacun de ces puits.
MASSIF DU GRAND IIERMON
Quatre kilomètres plus à l’ouest, serpente et tourbillonne entre des rives extraordinairement escarpées le Nahr-Litany. Il précipite avec fracas ses eaux blanchissantes d’écume dans un lit trèsprofond, hérissé de gros quartiers de roche et que resserrent à droite et à gauche, dans une grande partie de son cours, deux immenses murailles rocheuses qui se dressent souvent a plusieurs centaines de mètres de hauteur. C’est le Léontès de l’antiquité, qui a ses sources dans la Bekaa ou Cœlé-Syrie, et qui, après avoir coulé d’abord très-longtemps dans la direction du sud-sud-ouest, tourne ensuite brusquement à l’ouest au-dessus du château, dit Kalat ech-Chekif, et va aboutir à la mer, entre Tyr et Sidon, sous le nom de Nahr el-Kasmieh ou fleuve de la séparation, parce qu’il séparait le territoire de ces deux villes. Avant de décrire ce coude, il s’appelle Nahr-Litany.
Àboulfeda le nomme Litheh, et Edrisi, Lanteb. Eeland, après avoir cité un passage de ce dernier écrivain où ce fleuve est mentionné, ajoute :
« Nomen Lanteh videtur ortum ex Leontes. »
Cette conjecture d’un des plus savants géographes de la Terre sainte a été, depuis, adoptée par la plupart des critiques.
Quant à l’opinion de ceux qui ont cru que le fleuve qui nous occupe en ce moment était l’Elentheros dont il est question dans Strabon, Pline et Ptolémée, elle a déjà été réfutée plus d’une fois, et bien qu’elle ait été longtemps accréditée, elle n’en est pas moins complètement insoutenable et doit être abandonnée pour toujours; car la situation de l’Eleutheros, aujourd’hui le Nahr el-Kebir, est parfaitement indiquée par ces trois géographes, qui placent son embouchure non loin d Orthosia.
RACHEYA — BIRKET-AIHÀ
Revenons maintenant vers l’est, pour remonter les rives du Nahr el-IIasbany. Un petit canal latéral suit les contours de ce fleuve, dont le cours se maintient quelque temps presque parallèle à celui du Litany, qui en est séparé sur ce point par un intervalle de six kilomètres. La route où nous cheminons est charmante, ombragée qu’elle est par des platanes, des noyers, des oliviers et des mûriers. Bientôt nous atteignons la source du Nahr el-Hasbany. J’en ai déjà dit quelques mots en parlant des trois sources du Jourdain dont elle est la première et la plus élevée.
A partir de cet endroit, le lit du Nahr el-Hasbany perd son nom pour prendre celui d’Oued et-Teim. En continuant à nous avancer vers le nord-est, nous longeons également cet oued; il est, sur beaucoup de points, profondément encaissé entre des berges rocheuses, et coupé transversalement par d’autres ravins qui, lors des grandes pluies ou de la fonte des neiges du Djebel ech-Cheikh, lui amènent une quantité d’eau assez considérable qui va grossir le volume de celles du Nahr el-Hasbany.
Une ascension assez roide vers l’est-nord-est nous conduit ensuite à Racheya à travers de belles plantations de vignes et de figuiers qui, grâce à une culture intelligente, croissent admirablement sur des pentes très-rapides et au milieu de nombreux rochers qui hérissent partout le sol.
Racheya compte trois mille cinq cents habitants, parmi lesquels mille sont Druses; mille huit cents appartiennent à la religion grecque schismatique, et les sept cents autres sont des Grecs et des Syriensunis, auxquels il faut joindre aussi quelques protestants. Cette bourgade est divisée en plusieurs quartiers, situés sur différentes collines parsemées de jardins, où la vigne surtout abonde et prospère parfaitement, à une altitude de douze cents mètres au-dessus de la Méditerranée. Le seraïa, ou rési-
MASSIF DU GRAND HE RM ON
il y a deux cents ans au moins, il tombe de toutes parts en ruine. Le gouverneur actuel en occupe seulement une partie avec quelques soldats. Ce seraïa, en 1860, fut, comme celui de Hasbeya, témoin d’un horrible massacre de la part des Druses. Huit cents chrétiens de Kacbeya y avaient cherché un refuge, encouragés qu’ils étaient par le moudir turc, qui avait promis de les défendre ; mais il les trahit presque aussitôt, et les laissa tous égorger impunément sous ses yeux par une bande de
IUciieya. — Mont Hebmon vu de ce village.
Druses; ses soldats mêmes firent cause commune avec leurs ennemis et augmentèrent le nombre de leurs bourreaux.
Le nom antique de Racbeya nous est inconnu; mais cette localité a dû succéder à une autre plus ancienne ; car, en la parcourant, on remarque beaucoup de belles pierres de taille, parmi lesquelles quelques-unes offrent des restes de sculpture, et qui ont été employées soit dans la construction de quelques parties du seraïa, soit dans celle de simples habitations. Eu outre, une piscine pratiquée dans le roc, auprès du seraïa, et plus bas un bassin circulaire construit, qui recueille
une source abondante où vont s’approvisionner d’eau la plupart des femmes de la bourgade, semblent
dénoter un travail antique.
A trois kilomètres au nordest de Racheya, s’étend un lac environné de collines , appelé Birket- Aïha, parce qu’il est dominé, i au sud, par le village de ce nom; t' d'autres l’appellent Birket Kefr-Kouk, 1 du nom d’un second village qui l’avoisine vers le nord. Situé à mille mètres au-dessus de la mer, il est alimenté par plusieurs sources, dont la plus considérable est l’ Ain-Tannour. Selon les habitants du pays, ce serait la pre- « mière et la plus liante source du Jourdain, et non pas celle dont j’ai parlé précédemment et qui n’est qu’à cinq cent soixante-trois mètres au-dessus de la mer. A les entendre, en effet, il y aurait une communication secrète entre ce lac et cette dernière, et ils racontent à ce sujet la fable suivante. « Autrefois, disent-ils, on jeta un sac de paille dans le Birket-Aïba, et on le retrouva ensuite dans le Nahr el-Hasbany. »
Cette fable est tout à fait identique avec celle que Josèpbe nous a transmise relativement à la prétendue communication souterraine qui existerait entre le lac Phiala et la grotte de Pan, à Panéas.
CüATEAU DE RACHEYA; FONTAINE DD VILLAGE.
MASSIF DU GRAND HERMON
RAKHLEH — DEIR EL-ACHAIR
Deux grandes heures de marche dans la direction de l’est séparent Aïha de Rakhleh. La route va, tantôt descendant, tantôt montant, dans une gorge étroite qui sillonne les flancs septentrionaux du
Ruirks d’ur temple a Rakhleh.
Djebel ech-Cheikh ; elle suit les sinuosités d’un ouecl, généralement très-resserré entre deux hauteurs, dont les flancs sont hérissés d’âpres rochers, et parsemés de broussailles et de chênes, restes d’antiques forêts que la main du bûcheron a abattues, pour les transformer d ordinaire sur place en charbon.
Avant d’arriver à Rakhleh, on laisse à sa droite des ruines appelées Atabet- Rakhleh . Elles consistent en une enceinte construite avec des blocs énormes assez mal équarris et qui paraît avoir été
celle d’un ancien temple tourné de l’est à l’ouest. Du premier de ces côtés, en effet, on remarque un linteau gigantesque de quatre mètres quarante centimètres de long sur un mètre cinq centimètres de large, et auprès gisent sur le sol plusieurs fûts monolithes de colonnes doriques, mesurant les unes
DEIR EL-ACHAtR.
soixante centimètres de diamètre, et les autres cinquante seulement. La cella de ce temple a été ensuite divisée en divers compartiments qui en ont altéré la forme primitive.
Au delà de ce monument renversé, on traverse vers le nord-est d’anciennes carrières, puis on pénétré dans une vallee d’aspect sauvage, aux flancs nus, rocheux et escarpés, à l’entrée méridionale
Ruikes d’un temple a Deir el-Achaïr.
de laquelle se trouvent plusieurs tombeaux creusés clans le roc, et les restes d’une tour de défense bâtie avec de gros blocs. En continuant à s’avancer vers le nord, on rencontre bientôt les ruines d’un beau temple tourné de l’ouest à l’est ; sa longueur était de trente et un mètres, et sa largeur de dixsept. Les murs et les colonnes en sont aux trois quarts renversés. Il avait été bâti avec de superbes blocs, généralement bien aplanis; quelques-uns seulement avaient été légèrement relevés en bossage. La façade occidentale était percée de trois portes, une grande au centre et deux latérales de dimensions
MASSIF DU GRAND HERMON
beaucoup moindres. L’architrave de la première, aujourd’hui brisée, était décorée d un aigle aux ailes déployées. Cette même façade était, en outre, flanquée à ses deux angles de pilastres, exécutés avec soin et surmontés de chapiteaux ioniques. Des colonnes de cet ordre ornaient aussi 1 intérieur de la cella ; celle-ci se terminait à l’orient en une sorte d’abside demi-circulaire, à 1 instar des basiliques grecques ou romaines, bien que l’édifice ne semble pas avoir été jamais remanié. Derrière cette abside on observe une niche pratiquée dans un magnifique bloc qu’avoisinent d autres semblables et élégamment sculptés.
Le long du mur méridional du temple, vers l’extrémité sud-est, un immense médaillon attire tout particulièrement l’attention sur l’une des pierres de taille du soubassement. 11 représente une figure colossale en relief, haute de quatre-vingt-deux centimètres sur soixante-cinq dans sa plus grande largeur. Elle est environnée de deux cercles concentriques ornés l’un et l’autre de fleurons et d entrelacs, et dont le premier est en saillie sur le second. Comme toute la partie supérieure de la figure a été brisée, les cheveux ou les rayons qui devaient en entourer le sommet manquent complètement. Était-ce là l’image du dieu Soleil ou du dieu Baal? je l’ignore; dans tous les cas, elle semble regarder l’une des cimes principales et le temple du Djebel ech-Gheikh, point sacré vers lequel les païens qui venaient adorer le dieu Baal devaient sans doute se tourner.
A cinq cents pas au nord-est de ce monument, sur un monticule rocheux, on distingue les vestiges d’un second temple, bouleversé de fond en comble et auquel on montait par plusieurs degrés. De dimensions fort petites, il était précédé vers l’ouest d’un vestibule orné de colonnes et avait été bâti comme le précédent avec des pierres de taille d’un très-grand appareil. Une niche, destinée à contenir une statue, avait été creusée vers l’est dans le soubassement rocheux qui supportait cet édifice. Un troisième temple, au sud-ouest du grand, est presque entièrement détruit. Les débris en sont dispersés çà et là, et l’emplacement qu’il occupait est envahi par des maisons particulières. Le linteau de la porte principale qui gît à terre mesure trois mètres quarante centimètres sur une largeur proportionnée; deux jolies rosaces y accompagnent à droite et à gauche un ornement central qui est actuellement trop mutilé pour pouvoir être indiqué avec précision. A quelque distance de là, le sol est jonché de belles pierres de taille et de plusieurs fûts de colonnes monolithes. Rakhleh, comme le prouvent les restes de ces trois temples, et ceux d’autres monuments dont les arasements sont à peine visibles, était donc jadis une ville importante, dont le nom primitif nous est inconnu. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un misérable village, habité par une soixantaine de Druses, adonnés pour la plupart à la vie pastorale. On y remarque une dizaine de vieux noyers, témoins d’un passé depuis longtemps évanoui, et un grand puits antique qui continue toujours à fournir de l’eau à cette localité, si déchue maintenant de son ancienne splendeur.
Deux autres heures plus au nord, Deir el-Achair est situé sur un plateau au milieu des montagnes. Là aussi, les ruines d’un ancien temple méritent l’examen du voyageur. Ce monument repose sur une plate-forme factice, bâtie avec des blocs considérables et qui mesure trente-huit mètres de long sur vingt et un de large, dominant de plusieurs mètres le sol environnant. 11 n’a lui-même que vingtsept mètres de long sur dix de large, et regarde l’est. Les quatre angles de ce petit édifice rectangulaire sont décorés de pilastres ioniques.
D’autres débris sont amoncelés ou dispersés alentour. C’est parmi ce chaos de ruines qu’un petit nombre de familles druses ou grecques schismatiques ont élu domicile, et se sont construit d’humbles demeures qui contrastent par leur aspect chétif avec les admirables blocs et les beaux fûts de colonnes monolithes en partie brisés dont le sol est couvert. L’histoire se tait également sur cette localité, qui a dû avoir néanmoins jadis, grâce à son temple, une certaine célébrité.
DAMAS
u haut du Djebel ech-Cheikh nous avons déjà pu plonger et promener au loin nos regards dans l’immense plaine de Damas ; il est temps maintenant de descendre dans cette plaine fameuse et d’aller saluer de près la grande ville qui en est depuis tant de siècles la reine incontestée.
Six heures de marche vers l’est, à partir de Deir el-Acbaïr, nous séparent de cette cilé.
Arrivés à Meitheloun, nous rejoignons en cet endroit la belle route carrossable pratiquée et desservie par une compagnie française depuis une quinzaine d’années, et qui, à travers les gorges du
Entrée de Damas vers l'ouest.
A droite, on aperçoit le Tekieli, avec ses nombreuses coupoles et ses deux minarets. C’est un vaste hospice construit pour les pèlerins par Sélim Ier, l’an 1516.
Liban et de l’Anti-Liban, relie deux mondes, l’Occident par Beyrouth où elle commence et où font escale les paquebots français, russes et autrichiens, et l’Orient par Damas où elle aboutit, et qui, malgré toutes les vicissitudes qu’elle a subies, est demeurée l’une des villes les plus importantes de l’Asie.
A Meitheloun coule une source abondante, ombragée par un bouquet de peupliers, et qui forme ruisseau. On remarque dans ce hameau, qui consiste seulement en quelques maisons, un certain nombre de pierres de taille d’apparence antique, et qui sont probablement les restes d’un petit temple élevé sans doute jadis auprès de la source. La vallée que sillonne ce ruisseau est étroite et resserrée entre deux lignes parallèles de rochers qui ont été autrefois exploités comme carrières ; plusieurs cavernes ont été creusées dans leurs flancs.
DAMAS
Nous parvenons ensuite à Dimas , village de cinq cents musulmans, situé sur une colline calcaire et blanchâtre, et qui est alimenté d’eau par un canal provenant du Nahr-Meitheloun.
Au delà, à l’est de Dimas, on franchit péniblement, surtout à l’époque des grandes chaleurs, un plateau sec et monotone, bordé de montagnes et où aucun arbre ne projette la moindre ombre, où aucune culture ne réjouit la vue. Il s’appelle Sahara. Seulement, à la différence du grand Sahara africain, le sol, au lieu d’être mou et sablonneux, est dur et caillouteux.
A l’ extrémité orientale de ce long plateau, on atteint heureusement le Nahr-Barada. Alors avec l’eau la vie succède immédiatement à la mort, et pendant que, sous l’ombrage des beaux arbres qui jalonnent les bords de cette charmante rivière, on respire une fraîcheur délicieuse, l’oreille est agréablement frappée du bruit cadencé et harmonieux de nombreuses cascades qui recommencent sans cesse leur plainte éternelle.
Bientôt nous passons à El-Hameh, village de cent cinquante musulmans, dont les maisons sont bâties en pisé, mais qu’entourent de beaux jardins dans la vallée étroite où serpente le Barada et qu’enserrent deux chaînes de collines calcaires. La blancheur éblouissante de cette double muraille a l’éclat immaculé de la neige, et quand elle répercute, en outre, les rayons du soleil, elle tranche de la manière la plus saisissante avec les tons beaucoup plus doux de la verdoyante oasis qui suit tous les contours de la rivière. Non loin, au sud-est de El-Hameh, est Dhoummar, autre village où l’on observe quelques agréables maisons de plaisance qui se cachent discrètement derrière un rideau de gigantesques noyers. Des barrages ont été établis en ce point sur le Barada pour le diviser en plusieurs bras et porter ses eaux, au moyen de canaux artificiels creusés sur les flancs des collines latérales, à des niveaux plus élevés que celui du lit naturel où il coule.
La vallée étroite le long de laquelle on chemine s’ouvre enfin; mais auparavant, elle est comme défendue à son extrémité par deux énormes rochers qui se dressent verticalement comme des tours à l’entrée du défilé. Soudain alors on aperçoit devant soi Damas, où conduit une belle avenue de saules et. de peupliers, et dont les mosquées et les nombreux minarets apparaissent tout à coup aux regards. Cette grande cité avec ses faubourgs est dominée au nord par des hauteurs d’où on peut l’embrasser tout entière d’une même vue d’ensemble, ainsi que la vaste plaine qui s’étend à l’est, à l’ouest et au sud. Située à sept cents mètres, au moins, au-dessus de la Méditerranée, elle doit à cette élévation, sous la latitude qu’elle occupe, un climat tempéré que ni les grands froids ni les grandes chaleurs n’atteignent. Le plateau où elle est assise se développe au loin dans toutes les directions, excepté vers le nord, comme nous venons de le dire, et incline légèrement vers Test-sud-est. Il est sillonné par plusieurs rivières et par d’innombrables canaux qui, là où ils sont entretenus, portent avec eux la fertilité. Aussi, en dépit de la mauvaise administration qui pèse depuis longtemps sur ce pays, en dépit également des dévastations fréquentes des Bédouins, les villages ne manquent-ils pas autour de Damas. Une pareille vitalité, au milieu de la décadence et même de la destruction complète de tant d’autres villes en Palestine et en Syrie, est due à l’extrême abondance des eaux qui circulent de toutes parts dans cette plaine privilégiée que les Arabes appellent avec raison le véritable paradis de l’Orient. Au nombre des rivières qui l’arrosent, il faut signaler principalement le Barada et YAouadj.
Le Barada est Y Abana ou Y Amana de la Bible et le C/nysorrhoas des Grecs ou la rivière aux flots d’or, non que ses eaux roulent effectivement des paillettes d’or, mais parce qu’en répandant partout la fécondité, elles sèment également partout l’or, c’est-à-dire la richesse sur leur passage. Le Barada prend sa source sur un plateau plus élevé, non loin du village de Zebedany, au pied de l’un des plus hauts sommets de T Anti-Liban, à une altitude de mille soixante-six mètres au-dessus de la Méditerranée
DAMAS
et est appelé d'abord Nahr-Zebedany; sa direction est alors celle du nord
au sud ; puis, tournant vers
Gobges lu Barada, traversées par la nouvelle boute de Beyrouth a Damas.
le sud-est, il reçoit les eaux d’une autre source beaucoup plus considérable que la première ; c’est Y Aïnbedjeb, l’une des plus importantes de la Syrie, et il coule limpide et impétueux dans l’étroite et
DAMAS
verdoyante vallée dont j’ai parlé précédemment; ensuite il débouche dans la plaine de Damas, qui, en cet endroit, porte le nom d 'El-Merdj. Sa direction, à partir de ce point, est celle de l’est; il longe le mur septentrional de la ville, et va enfin, après avoir traversé successivement un certain nombre de villages et leurs jardins, se perdre, à une vingtaine de kilomètres de Damas, par plusieurs bras différents, dans deux grands lacs appelés, l’un Bahret ech- Charkieh (lac oriental), et l’autre Bahret el-Keblieh (lac méridional), au sud du précédent. De son lit principal ou a, dès l’antiquité la plus reculée dérivé, à divers niveaux, une multitude de canaux, parmi lesquels sept sont plus importants que les autres et portent les noms de Yezid ,
Taoiiara, Kanayat el-Mezzeh , Darany , Àenaouatj, Akrabany et Dayany. Ces canaux alimentent dans la ville et dans les faubourgs de Damas des milliers de fontaines, soit publiques, soit privées; car chaque grand
Café sun les bords de la rodte, près de Damas.
établissement el même la plupart des maisons particulières ont la leur propre. Ils se subdivisent
eux-memes en une foule de canaux secondaires et ensuite de ruisseaux et de rigoles qui serpentent et murmurent à travers toute la banlieue de Damas et permettent d'y faire croître dans ses admirables vergers ces beaux arbres à fruits et ces légumes succulents que tous les voyageurs ont vantés. En un mot, jamais rivière n’a été mieux utilisée que celle-ci, et cela, de tout temps, pour tirer de ses eaux le plus grand parti imaginable. Sans elle, l’existence de Damas et des nombreux villages qui I environnent serait impossible; avec elle, au contraire, celte ville, depuis quatre mille ans, nonobstant toutes les calamités qui ont. fondu sur elle et toutes les révolutions dont elle a été le théâtre, est toujours restée l’une des plus populeuses cités de l’Orient. Cette rivière est, comme je l’ai dit tout à 1 heure, 1 Abana des Livres saints, désignée pareillement sous le nom d’Amana dans quelques manuscrits.
jNous lisons clans le quatrième livre des Rois que lorsque Naaman, le lépreux, général des armées du roi de Syrie, arrive de Damas dans le pays d’Israël pour se faire guérir de sa lèpre par le prophète Élisée, celui-ci, lui ayant recommandé d’aller se laver sept fois de suite dans les eaux du Jourdain, provoque aussitôt de la part de Naaman, tout infatué de l’abondance et de la bonne qualité des eaux des rivières de son pays, cette réponse de mécontentement et de dédain :
« Numcjuid. non meliores sunt Abana et Pharphar, fluvii Damasci, omnibus aquis Israël, ut laver in eis et munder? » [Rois, 1. IV, ch. v, $ 12.)
« Est-ce que 1 Abana et le Pharphar, fleuves de Damas, ne sont pas meilleurs que toutes les eaux d’Israël, pour que je m’y lave et que mon corps devienne net? »
Au cinquième siècle de notre ère, Étienne de Ryzance appelle la première de ces rivières Bardine :
AaU.'XG’XO, , TOAlÇ 2’jpfaç |A£f7<$y£lOÇ, UTZtpOsV (IJ J IV fxYj ^ , 7C£pl TOV BapofvïjV TOT CCU.OV.
« Damas, ville de Syrie dans 1 intérieur des terres, au-dessus de la Phénicie, près du fleuve Bardine. »
Ce nom de Bardine indique que la désignation actuelle de Barada ou Barda était déjà en usage parmi le peuple à cette époque.
La seconde rivière de Damas, vantée par Naaman comme l’emportant sur toutes les eaux d’Israël, est le Pharphar, qui ne peut être que YAouadj de nos jours. Elle coule à treize kilomètres au sud de Damas, dont elle est séparée par une chaîne de collines; mais si elle n’arrose pas les environs immédiats de cette ville, elle n’en fertilise pas moins une vallée dépendant de son plateau.
L’Aouadj, bien qu’inférieur en importance au Barada, est cependant intarissable. 11 a ses sources sur les pentes sud-est du Djebel ech-Cheikh, et se forme delà jonction de plusieurs ruisseaux : leNahr- Djennany, le Nahr-Arny et le Nahr-Barbar, qui, une fois réunis, constituent le Nahr-Aouadj, lequel court en serpentant vers l’est, entre le Djebel el-Asouad au nord et le Djebel-Mania au sud, et disparaît dans le Bahret el-Hidjaneh, autre lac situé au sud-est de la plaine de Damas, et qui doit son nom à un village ainsi appelé qui avoisine ses rives.
Les trois lacs que je viens de mentionner alimentent de poissons les marchés de Damas; ils sont bordés de roseaux gigantesques qui servent de refuge à de nombreux sangliers et à des multitudes d’oiseaux aquatiques. Les deux premiers ne tarissent jamais, même pendant les plus fortes chaleurs de l’été; mais le dernier se dessèche quelquefois et ne forme plus alors qu’un grand marais fangeux, les eaux de l’Aouadj étant elles-mêmes, par intervalles, presque complètement absorbées par le sol qu’elles fertilisent, chemin faisant, avant d’atteindre le lac près du village d’El-Ilidjaneh. Au delà de ces trois lacs, vers l’est, s’étend au loin le désert, et à l’horizon se montre une suite de collines, appelées Telloul, qui paraissent affecter pour la plupart une forme conique.
Telle est la contrée merveilleusement arrosée par la nature et que l’industrie de l’homme a, en outre,
DAMAS
sillonnée par un grand nombre de canaux artificiels, où s’élève la ville de Damas. Il faudrait tout un gros volume pour décrire convenablement cette ville célèbre. Ne pouvant ici lui consacrer que quelques pages, je vais d’abord analyser très-rapidement, son histoire; j’exposerai ensuite, en peu de mots, son état actuel.
Damas, en hébreu Dammesek, en grec Aapao"/.o', en latin Damascus, est mentionnée par les écrivains arabes sous le nom de Dimechk ; aujourd’hui, les Arabes l’appellent vulgairement Ech-Cham,
dénomination que porte la Syrie elle-même. C’est ainsi qu’en Egypte, le Caire, en arabe El-Kahira , est habituellement désigné sous le nom de Maser 3 nom qu’on donne à l’Egypte tout entière.
L’origine de Damas remonte jusqu’aux temps les plus reculés de l’histoire. Josèphe, dans ses Antiquités judaïques (1. I, ch. vi, §4), prétend que cette ville fut fondée par Uz, fils d’Aram et petit-fils de Sem. La première fois qu’elle apparaît dans les Livres saints, c’est à propos d’ Abraham. Nous lisons, en effet, dans la Genèse (ch. xv, $ 2) que l’intendant de la maison de ce patriarche, hliézer, était Damasquin. S’il faut en croire Nicolas de Damas, Abraham, après avoir quitté Harran, en Méso-
VlEDX PLATANE,
potamie, et avant d’entrer dans la Terre promise, aurait séjourné quelque temps dans la ville qui nous occupe en ce moment, et même en aurait été roi. Mais cette tradition, consignée seulement par un écrivain du siecle d’Auguste, semble peu authentique et peu vraisemblable.
Une fontaine, a Damas.
Sous le règne de David, pendant que ce prince atlaquait Adarezer, fils de Rohob, roi de Soba, afin d’étendre de là son empire jusqu’à l’Euphrate, les Syriens de Damas accoururent au secours d’ Adarezer; mais David tua vingt mille d’entre eux, laissa une garnison dans cette place et soumit toute la Syrie à un tribut. (Rois, 1. II, ch. viii.)
A l’époque de Salomon, un certain Rezon, sujet d’ Adarezer, roi de Soba, qui s’était échappé de cette
DAMAS
ville quand elle tomba au pouvoir de David, rassembla quelques bandes, parvint à se rendre maîlre de Damas, où il établit sa propre domination, et, pendant tout le règne de Salomon, se montra le constant adversaire d’Israël. (Rois, 1. III, cb. XI.)
Plus tard, Asa, roi de .Tuda, se voyant sur le point de succomber sous les efforts de Baasa, roi d’Israël, envoya de riches présents à Ben-Hadad, roi de Syrie, qui résidait à Damas. Celui-ci
s’empressa d’acquiescer aux désirs d’Asa et fit envahir par les généraux de son armée le nord des Ltats de Baasa, qu’il força ainsi d’y rentrer précipitamment pour les défendre (940 avant Jésus-Christ).
Ce passage du troisième livre des Rois (ch. xv) prouve que l’usurpateur Rezon avait été détrôné ou n’avait pas laissé d’héritier de son nom à Damas, et que la dynastie des Ben-Hadad qui régnait déjà dans cette ville du temps de David, selon Nicolas le Damascène, avait pu y ressaisir le pouvoir qu’elle avait perdu.
L’impie Achab, fils d’Amri, était souverain d’Israël, lorsqu’un autre Ben-Hadad, roi de Syrie et fils
Use boutique de barbier au milieu de la rue, a Damas.
damas.
probablement du précédent, se jeta sur les terres d’Israël avec une armée considérable et accompagné de trente-deux rois. II mit aussitôt le siège devant Samarie, vers 901 avant Jésus-Christ j niais il fut vaincu, fait prisonnier, obligé de rendre à Achab toutes les places dont son père s’était emparé, et dut en outre se soumettre à son tour, par un traité, aux conditions que lui imposa son vainqueur.
(Rois, 1. III, ch. XX.)
Trois ans après, Achab, rompant cette paix, alla avec Josaphat, roi de Juda, malgré l’avis du prophète Michée, attaquer au delà du Jourdain Ramoth-Galaad, qui appartenait aux Syriens. Ben-Iiadad se hâta de marcher au secours de cette place avec une nombreuse armée. Bien qu’ Achab se fût déguisé et eût quitté ses habits royaux pour mieux échapper aux traits de l’ennemi, il fut atteint d’une flèche qu’un archer syrien avait lancée au hasard et expira le soir même de la bataille.
C’est sous le règne de Joram, petitfils d’Achab et fils lui-même d’Ochozias, que Naaman, chef de la milice du roi de Syrie, vint à Samarie pour se faire guérir de la lèpre dont il était affligé. Sa femme avait à son service une jeune fille d’Israël qui avait été enlevée par des bandes syriennes et qui dit un jour à sa maîtresse : « Plût à Dieu que mon seigneur eût été trouver le prophète qui est à Samarie! II l’aurait, sans doute, guéri de sa lèpre. »
Sur cela, Naaman, muni de riches présents et d’une lettre de recommandation de la part de son souverain pour le roi d’Israël, s’achemina vers Sama-
ric. Il remit au roi d’Israël la lettre du
roi de Syrie, qui était conçue en ces termes : « Lorsque vous aurez reçu cette lettre, sachez que je vous ai envoyé Naaman, ni ont serviteur, pour que vous le guérissiez delà lèpre. » Le roi d’Israël, ayant reçu
DAMAS
cette lettre, déchira ses vêtements et dit : « Suis-je un Dieu pour pouvoir ôter et rendre la vie? Pourquoi m’envoyer ainsi un homme, afin que je le guérisse de sa lèpre? Vous voyez que ce prince ne cherche qu’une occasion pour rompre avec moi. » Elisée, ayant appris que le roi cl Israël avait déchiré ainsi ses
Bazar aux chevaux, a Damas, un jour df. marché.
vêlements, lui fit dire : « Pourquoi avez-vous déchiré ainsi vos vêtements? Que cet homme vienne à moi, et qu’il sache qu’il y a un prophète dans Israël. » Naaman vint donc devant la porte de la maison d’Elisée. Le prophète lui envoya dire : «Allez vous laver sept fois dans le Jourdain, et vous serez guéri. « Naaman, tout irrité, commençait à se retirer en disant : «Je croyais qu il me viendrait trouv er, et que se tenant debout, il invoquerait le nom du Seigneur son Dieu, qu’il toucherait de sa main ma lèpre et qu’il me guérirait. N’avons-nous pas à Damas les fleuves d’Abana et de Pharphar, qui sont
DAMAS
meilleurs que toutes les eaux d’Israël, pour m’y aller laver et me rendre le corps net?» On sait comment ensuite, cédant aux conseils de ses serviteurs, il se conforma aux prescriptions d’Élisée et fut guéri. [Rois, 1. IY, ch. y. J
Peu de temps après, le même roi de Syrie, Ben-Hadad, envahit de nouveau le pays d’Israël ; mais les embuscades qu’il tend à son adversaire sont déjouées successivement par l’esprit prophétique d’Èlisée, qui révèle d’avance à Joram tous les projets de son ennemi. Il met bientôt le siège devant Samarie. Une famine effroyable dévore cette ville; réduite à la dernière extrémité, elle est miraculeusement délivrée par le secours inopiné du Très-Haut, comme l’avait prédit le prophète. De retour dans ses Mats, Ben-Hadad est attaqué, à trois reprises différentes, par les Assyriens et perd dans plusieurs engagements un grand nombre de ses soldats. C’est sur ces entrefaites qu’ÉIisée se rend à Damas. Ben-IIadad était alors malade. Ayant appris l’arrivée du prophète dans sa capitale, il dit à Hazaël, l’un de ses serviteurs : « Prends des présents avec toi et va-t’en au-devant de l’homme de Dieu, et consulte par lui le Seigneur, pour savoir si je relèverai de cette maladie. » Hazaël alla au-devant de l’homme
de Dieu avec quarante chameaux chargés de ce qu’il y avait de plus précieux à Damas, et remplit la commission de son maître. Elisée lui répondit : « Va, dis à ton souverain : Certainement vous pouvez guérir. Mais l’Éternel m’a montré qu’il mourra. » Alors le prophète arrêta sa vue sur Hazaël et pleura. Et Hazaël lui dit : «Pourquoi pleurez-vous, mon seigneur? — C’est que je sais, répondit Elisée, combien tu feras de mal aux enfants d’Israël. Tu mettras le feu à leurs villes fortes, tu tueras par le glaive leurs jeunes gens, lu écraseras contre terre leurs petits enfants, tu n’épargneras pas même les femmes enceintes. » Hazaël lui dit : « Qui suis-je, moi votre serviteur, qui ne suis qu’un chien, pour faire de si grandes choses?» Elisée répondit : « L’Eternel m’a montré que tu seras roi de Syrie. » Ainsi, il paitit d auprès d Elisée, vint vers son maître et lui dit que le prophète avait annoncé qu’il pouvait îelever de sa maladie. Mais le lendemain Hazaël prit une couverture, la plongea dans l’eau, l’étendit sur le visage de Ben-IIadad et l’étouffa ainsi, puis il régna à sa place. (Rois, 1. IV, ch. vm.)
Vaincu par les Assyriens dans la région de l’Anti-Liban, Hazaël repoussa l’attaque faite par Joram, roi d’Israël, et par Ochozias, roi de Juda, contre Iiamoth-Galaad (884 avant Jésus-Christ), et
ravagea ensuite toutes les contrées de la Palestine situées à l’est du Jourdain. Longtemps après, 1 an 839 avant Jésus-Christ, il s’empara de Gath, et il se préparait à marcher contre Jérusalem et à
réduire cette ville en son pouvoir, lorsque Joas, fils d’Ochozias, qui régnait alors sur Juda, éloigna ce péril et conjura ce malheur, en épuisant, pour les lui donner, tous les trésors du temple et du palais royal.
Hazaël eut pour successeur son fils, nommé Ben-Hadad, comme le roi qu’il avait détrôné. Ben- Hadad, à l’exemple de son père, accabla d’abord Israël de maux nombreux; mais ensuite Joas, fils de Joachas, roi d’Israël, le vainquit à trois reprises différentes et reprit les places qui lui avaient été enlevées (836 avant Jésus-Christ).
Une vingtaine d’années plus tard, Jéroboam II, roi d’Israël et fils de Joas, s’empara même de Damas et d’Émath.
En 742 avant Jésus-Christ, Basin, roi de Syrie, nous est signalé par la Bible comme s’étant joint à Phacée, roi d’Israël, pour aller attaquer Jérusalem. Achaz, roi de Juda, se voyant pressé par deux ennemis si puissants, envoya des ambassadeurs à Théglathphalasar, roi des Assyriens, avec tout l’or et tout l’argent qui put se trouver dans la maison du Seigneur et dans le trésor royal, et il conjura ce prince de le sauver des mains des deux rois qui s’étaient ligués contre lui. Théglathphalasar, pour faire une diversion en sa faveur, marcha immédiatement sur Damas, tua Basin qui était accouru au
DAMAS
secours de sa capitale, ruina la ville et en transféra les habitants à Kir (740 avant. Tésus-Christ). Alors Achaz, délivré de son adversaire, alla à Damas au-devant de Théglathphalasar, son libérateur, et ayant
Pont dans le bazar des cordonniers, a Damas.
vu l’autel qui était dans cette ville, il en envoya au pontife Urie un modèle exact avec l’ordre de bâtir un autel tout semblable à Jérusalem. (Rois, 1. IV, ch. xvi.)
Isaïe cl Amos, à l’époque de la plus grande splendeur île Damas, avaient prédit I un et I autre sa ruine.
Nous lisons dans le premier de ces prophètes (ch. xvn) : « 1. Damas va cesser d’être une ville, et elle ne sera plus qu’un monceau de décombres.
« 2. Le soutien sera ôté à Éphraïm et le règne à Damas, et les restes des Syriens périront comme la gloire des enfants d’Israël, dit le Seigneur des armees. » Amos, de son côté, s’exprime ainsi (ch. i) :
« 3. Ainsi a dit l1 Éternel : A cause de trois crimes de Damas, ou plutôt à cause de quatre, je ne révoquera, po.nt ceci, parce qu’elle a écrasé les habitants de Galaad avec des herses de fer.
Une école dans le bazar des cordonniers.
Les enfants assis en rond tiennent chacun une tablette sur laquelle leur leçon est écrite; ils l’apprennent et la répètent en chantant et en se balançant sans interruption.
« 4. Je mettrai le feu à la maison de Hazaël, et la flamme dévorera le palais de Ben-Hadad.
« 5. Je briserai les barres de fer de Damas . et le peuple de Syrie sera transporté à Kir, a dit
l’ Éternel. »
DAMAS
Plus tard, Jérémie dépeint de la manière suivante les souffrances et la désolation de Damas (ch. xlix) :
« 24. Damas n’a plus de force; on l’a mise en fuite, la frayeur s’est emparée d’elle; l’angoisse et les douleurs l’ont saisie comme la femme qui enfante.
« 25. Gomment ont-ils abandonné cette ville si belle, cette ville de délices? »
Comme Jérémie prophétisait vers l’an 600 avant Jésus-Christ, ce dernier passage nous prouve qu’à cette époque Damas était encore sous le coup des terribles catastrophes qu’elle avait subies. Elle passa
Cimetière musulman près de la porte Bar es-Serhir, a Damas.
successivement sous la domination des Assyriens, des Babyloniens et des Perses. C était, au dire de Strabon (1. XVI, ch. il), l’une des villes les plus importantes de ce dernier empire. Elle s’était donc peu à peu relevée de son abaissement et de sa ruine, grâce aux avantages singuliers de sa position et à la fertilité de son sol que les eaux de ses rivières et de ses canaux fécondent à 1 envi de toutes parts.
Nous savons par Arrien qu’avant la bataille d’issus, Darius la choisit pour y mettre en dépôt sa famille et ses trésors. Après cette célèbre bataille, qui fut livrée l’an 333 avant Jésus-Christ, elle tomba au pouvoir du vainqueur, et Parménion s’en empara par surprise.
Lors du grand partage qui eut lieu, à la mort d’Alexandre, de ses immenses conquêtes, les Séleucides réunirent Damas à leurs États. Ils résidèrent eux-mêmes à Antioche; mais Damas devint l’une de leurs principales cités.
DAMA S
L'an 3 avant Jésus-Christ, Antiochns Grypus et son beau-frère Antiochus ,1e Cyrique se d, visèrent la Syrie. Le dernier reçut en partage la Phénicie et la Cœlé-Syrie, et fit de Damas sa capitale.
B»ZAH DES ARTISANS EN OBJETS l>'oH OU o’aRCKST, A Damas.
Cette ville fut gouvernée ensuite tour à tour par différents princes éphémères qui s’en disputaient la possession et cherchaient à se supplanter les uns les autres; puis les Romains l’absorbèrent dans leur vaste empire. C’est là que, l’an 64 avant Jésus-Christ, Pompée reçut les ambassadeurs et les présents des rois voisins. L’année suivante, toute la Syrie devint une province romaine; les proconsuls résidaient ordinairement à Antioche et rarement à Damas. Hérode, devenu roi de la Palestine, se plut à
DAMAS
faire parade de sa magnificence par les nombreuses et superbes constructions qu’il éleva de tous côtés. A Damas, notamment, il bâtit un théâtre et un gymnase.
L’an 34 de notre ère, cette ville était comprise dans le royaume d’Arélas, prince arabe soumis aux Romains.
Elle vit alors entrer dans ses murs un jeune homme, appelé Saul, originaire de Tarse, et qui jusquelà s’était montré l’ennemi acharné de l’Eglise naissante du Christ, dont il devait bientôt, sous le nom de Paul, devenir l’un des plus éloquents et des plus intrépides champions.
A Jérusalem, il avait assisté avec une joie farouche au martyre du saint diacre Etienne, et c’était, à ses pieds que les faux témoins, chargés d’être les bourreaux de l’innocente victime, avaient déposé leurs vêtements, avant de la lapider. Ne respirant que le meurtre des disciples du Seigneur, il était parti muni de lettres du grand prêtre pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait quelques adeptes de cette secte, hommes ou femmes, il les amenât prisonniers à Jérusalem. Mais lorsqu’il était en chemin et qu’il approchait de Damas, il fut tout à coup environné et frappé d’une lumière céleste. Et étant tombé à terre, il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Il répondit : « Qui êtes-vous, Seigneur?» Et le Seigneur lui dit : « Je suis Jésus que tu persécutes; il t’est bien dur de regimber contre l’aiguillon. » Alors tout tremblant et effrayé, il dit : « Seigneur, que voulezvous que je fasse? » Le Seigneur lui répondit : « Lève-toi et entre dans la ville; là, tu apprendras ce qu’il faut que tu fasses. » Saul, devenu soudain aveugle, se relève et continue à s’avancer vers Damas, conduit par ceux qui l’accompagnaient. Arrivé dans cette ville, il va habiter la maison d’un certain Jude, dans la rue Droite, et après trois jours de jeûnes et de prières, il reçoit la visite d’Ananie, qui lui impose les mains et lui dit : « Saul, mon frère, le Seigneur Jésus qui vous est apparu dans le chemin par où vous veniez, m’a envoyé afin que vous recouvriez la vue, et que vous soyez rempli de l’Esprit-Saint. » Aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue et fut baptisé. Rempli d’une ardeur toute céleste et de persécuteur transformé en apôtre, il commença bientôt, au grand étonnement de ceux qui l’écoutaient, à prêcher Jésus dans les synagogues, affirmant qu’il était le Fils de Dieu et confondant tous les Juifs de Damas. Ceux-ci, pour se débarrasser d’un pareil adversaire, résolurent enfin de le faire mourir. Saul fut averti de leur dessein, et, comme ils faisaient bonne garde, jour et nuit, aux portes pour le tuer, ses disciples le descendirent pendant la nuit le long de la muraille dans une corbeille. ( Actes des Apôtres, ch. ix.)
Le nombre des Juifs résidant alors à Damas devait être très-considérable; car Josèphe, dans un passage de la Guerre des Juifs (1. Il, ch. xx, § 2), nous apprend que les habitants de cette ville égorgèrent, sous le règne de Néron, dix mille Juifs dans le gymnase. Cet historien ajoute qu’ils exécutèrent cet horrible complot à l’insu de leurs femmes, la plupart d’entre elles ayant embrassé la religion judaïque.
Dans les siècles suivants, la religion chrétienne fit de rapides progrès dans cette grande cité, qui devint le siège d’un évêché, ressortissant au patriarcat d’Antioche. Le métropolitain de Damas était présent au concile de Nicée avec sept de ses suffragants. Environ soixante-dix ans plus tard, le principal temple de cette ville fut converti en une église chrétienne et dédié à saint Jean-Baptiste.
L’an 634 de notre ère, de nouvelles destinées commencent pour Damas. L’islamisme y pénètre en vainqueur, et depuis il n’a jamais pu en être dépossédé.
Kbaled et Abou-Obeidah, généraux du khalife Abou-Bekr, premier successeur de Mahomet, triomphent des armées d’Héraclius envoyées en vain au secours de cette place, et repoussent toutes les sorties des habitants, qui, après plusieurs mois de siège, demandent enfin une suspension d’armes. Kbaled
DAMAS
la refuse; mais Abou-Obeidah l’accorde. La ville est donc rendue à Abou-Obeidah , qui promet aux habitants la vie sauve, la conservation de sept
églises et la tolérance du culte chrétien. Tandis fju il entre dans la place par une des portes qui lui est ouverte et qu’il s’avance pacifiquement dans les rues, Khaled, de son côté, force une autre porte, à un point opposé de l’enceinte. Il massacre impitoyablement devant lui tous les malheureux qu’il rencontre.
Les deux troupes se rejoignent vers le milieu de la ville, et Abou-Obeidah , plus humain que son compagnon d’armes, parvient, non sans peine, à arrêter le carnage et à mettre un frein à la fureur sanguinaire de Khaled.
Lan GG1, Moawiah, le premier khalife de la famille des Ommiades, établit à Damas le siège de son gouvernement. C’est alors que les conquêtes de l’islamisme s’accroissent de plus en plus et menacent d’envahir le monde entier; en Asie, la plupart des plus belles et plus riches contrées de
Il A B ECn-CllKRKI, OU PORTE ORIENTALE, A DAMAS.
ce continent sont soumises; l’Indus même est franchi et l’Hindoustan subjugué. En Europe, l’Espagne
est conquise, et sans l’épée de Charles Martel, la France eût subi également le même joug, avec les autres États qui l’avoisinent. Damas devient ainsi la capitale d’un vaste empire qui s étend de l’Atlantique, à l’ouest, aux montagnes de l’Himalaya, à l’est. Les Ommiades en même temps se plaisent à l’orner de splendides monuments, parmi lesquels il faut mentionner en première ligne la grande mosquée, qu’ils décorent avec magnificence.
Malheureusement, comme plusieurs écrivains l’ont déjà remarqué, ils empruntent pour leurs palais et leurs édifices religieux des colonnes et des matériaux de toutes sortes à d autres monuments plus anciens et d’un goût plus pur, et contribuent à détruire la ville grecque, romaine et byzantine, pour la transformer en cité musulmane. A la dynastie des Ommiades succède celle des Abbassides, qui résident à Bagdad et gouvernent Damas par un préfet.
L’an 877, Bagdad et bientôt toute la Syrie tombent entre les mains d’ Ahmed, le premier des princes toulounides.
Damas passe ensuite successivement sous la domination des Ikhchidites, puis sous celle des Fatimites d’Égypte, qui, à leur tour, sont repoussés et. remplacés par les Seldjoukides, l’an 1075.
Vers le milieu du siècle suivant, l’an 1148, les croisés, sous la conduite de trois souverains, de Conrad III, empereur d’Allemagne, de Baudouin III, roi de Jérusalem, et de Louis VII, roi de France, formèrent le projet de s’emparer de Damas. Ils avaient concerté cette grande entreprise dans une assemblée générale convoquée à Ptolémaïs. La place qu’ils aspiraient à conquérir était alors sous le commandement d’un vizir appelé Moyn eddin-Anar, homme habile et énergique, plein d’astuce à la fois et de courage. Elle était protégée par de hautes murailles du côté de l’orient et du midi; vers l’occident et vers le nord, elle avait, en outre, pour défenses le Barada et de nombreux jardins plantés d’arbres où l’on avait établi de toutes parts des palissades et élevé des tourelles dans lesquelles on pouvait poster des archers. Ainsi retranchés et coupés par une multitude de petits murs en terre crénelés et percés de meurtrières, ces vergers présentaient aux assaillants de sérieux obstacles ei des périls multipliés. Il fallait, en effet, briser toutes ces clôtures et s’aventurer à travers un dédale de barricades improvisées; derrière chacune d’elles des hommes bien armés et bien résolus s’apprêtaient à entraver la marche des envahisseurs. Néanmoins, les croisés se déterminèrent à commencer d’abord l’attaque de ce côté, et, malgré les nuées de traits qui partaient du haut des tourelles, du sein des arbres, des haies et des murs, ils parvinrent à s’ouvrir un chemin sanglant jusqu’au Barada. Les Sarrasins réunis en grand nombre sur le bord de cette rivière cherchaient par mille projectiles divers à en écarter les chrétiens, qu’accablaient à la fois la soif, la chaleur et la fatigue. Comme la première ligne des Latins, commandée par Baudouin III, s’efforçait, mais en vain, de percer 1 armée ennemie, l’empereur d’Allemagne, accourant à l’avant-garde, pourfendit avec son épée un musulman d’une taille gigantesque qui avait osé le provoquer à un combat singulier. Ce prodige de force et de courage redoubla l’ardeur des chrétiens et épouvanta les infidèles, qui, laissant les croisés maîtres de la rivière, se réfugièrent dans la ville. Ils étaient déjà sur le point de l’abandonner elle-même par les portes du midi, avec leurs trésors, leurs femmes et leurs enfants, lorsque les chefs de 1 armée chrétienne, persuadés qu’ils allaient bientôt s’en emparer, briguèrent à l’envi la possession de cette riche cité. Thierry d’Alsace, comte de Flandre, l’obtint du roi de France et de l’empereur d’Allemagne. Cette préférence ralentit aussitôt le zèle de tous ceux qui n’avaient plus à prétendre à une pareille conquête; plusieurs même, par une basse jalousie, cherchèrent à faire échouer une entreprise dont ils ne devaient point profiter. Averti de ces nouvelles dispositions de l’armée latine, le vizir de Damas entama des négociations avec plusieurs des chefs chrétiens, et, à force de promesses, de présents et
damas.
de paroles fallacieuses, il travailla cà diviser de , ,
\ lV,Se‘ Cle l,lus en P,lls «es adversaires. Les barons de Syrie,
gagnes, dit-on, par son or, pro-
posèrent alors de changer le point d’attaque de la place. A les en croire, le voisinage des vergers et de la rivière empêchait qu’on plaçât et qu’on fit jouer les machines d’une manière avantageuse; il était plus facile, ajoutaient-ils, de livrer un assaut du côté du midi et de l’orient. On obtempéra malheureusement à leurs conseils, mais, au lieu de voir les obstacles s’aplanir devant eux, les croisés se trouvèrent en présence de murs et de tours inexpugnables. L’eau leur manquait dans le nouveau poste qu’ils avaient choisi ; les vivres commençaient aussi à leur faire défaut. Découragés, en proie à la discorde et criant à la trahison, ils apprirent en même temps que les assiégés venaient de recevoir un renfort de vingt mille Kurdes et Turcomans.
Vainement tentèrent-ils néanmoins quelques assauts; ils furent toujours repoussés, et ils se décidèrent enfin à lever le siège.
Damas, après avoir échappé ainsi aux chrétiens, tomba bientôt entre les mains de Noureddin, puis dans celles de Saladin,
En 1260, elle se rendit sans résistance à Houlakou, chef des Mogols ; le château seul osa
. Rue Droite. — ■ Elle se dirige
tenir bon et fut emporté.
Dans les siècles suivants, elle passa tour à tour sous la domination de différentes dynasties musulmanes.
i l’ouest, à partir de la porte Orientale, et sépare le quartier chrétien du quartier juif.
DAMAS
En 1401, subjugée par Tamerlan, chef des Tartares, elle fut mise alors à feu et à sang, et les hordes farouches de ce conquérant la saccagèrent horriblement. Toutefois, elle se releva peu à peu d’une si terrible catastrophe, et grâce aux avantages de sa position et aussi à l’industrie de ceux de ses habitants qui avaient pu échapper au massacre, elle parvint à réparer insensiblement un pareil désastre.
Les Mameluks d’Égypte y dominèrent plus tard. Enfin, en 1516, elle fut réunie aux vastes Étals de Sélim Ier, sultan des Turcs; depuis lors, elle ii’a jamais cessé d’appartenir à l’empire ottoman, en qualité de chef-lieu d’un pachalili important.
De nos jours, en 1860, elle devint le théâtre d’un affreux massacre contre les chrétiens. Plusieurs milliers de ceux-ci y furent égorgés avec la plus grande cruauté, et leur quartier fut entièrement réduit en cendres. D’innombrables femmes et jeunes fdles, réservées au plus abominable de tous les esclavages, se virent contraintes d’entrer dans les harems des bourreaux de leurs maris, de leurs fils, de leurs pères et de leurs frères.
M. l’abbé Lavigerie, actuellement archevêque d’Alger, qui visita la Syrie et notamment Damas, peu de temps après ces horribles événements, pour apporter aux malheureux chrétiens qui survivaient à ce désastre les aumônes de l’Europe et principalement celles de la France, s’exprime ainsi dans son éloquent rapport rédigé sur les lieux mêmes :
u Dès que nous pûmes sortir, notre premier soin fut de nous rendre, conduits par l’un de MM. les drogmans du consulat de France, dans le quartier habité autrefois par les chrétiens, .le n’ai vu nulle part un pareil spectacle. La ville chrétienne, on peut l’appeler ainsi, car elle formait un quartier absolument distinct, comptait environ trente mille habitants et deux mille maisons, des églises, des monastères, entre autres ceux des Lazaristes, des Soeurs de la Charité et des Franciscains. Sur ces trente mille chrétiens, huit mille environ avaient péri, massacrés dans la ville même ou égorgés dans leur fuite. Des maisons où ils demeuraient, pas une seule n’était restée debout. Elles étaient toutes détruites, rasées de telle sorte qu’il n’en subsistait plus un seul débris qui fût habitable. Les habitants de Damas avaient commencé, en pillant tous les objets précieux. Ceux des faubourgs sont venus ensuite, puis ceux des villages environnants, et enfin les Bédouins mêmes sont accourus du désert, pour prendre part à cette immense curée. Nous voulûmes monter au sommet d’un minaret bâti, suivant l’usage, au milieu du quartier chrétien, et que les Turcs avaient religieusement épargné; nous pouvions ainsi embrasser d’un seul coup d œil cet ensemble de désolation. On eût dit qu un terrible tremblement de terre avait arraché violemment toutes ces maisons de leurs fondements, et les avait lancées les unes contre les autres. 11 ne restait nulle part trace de construction régulière. Les unes avaient disparu presque partout sous les décombres; un seul édifice restait debout, comme un vivant reproche à l'ingratitude et au fanatisme des musulmans : c’était celui des Sœurs de la Charité, où ils étaient venus tant de fois recevoir des secours, faire soigner leurs plaies, et qu ils avaient pillé comme les autres. Ils ne l’avaient point renversé, il est vrai, mais les traces des flammes empreintes au-dessus de toutes les embrasures montraient qu’ils n’avaient même pas su respecter la demeure de leurs bienfaitrices... En descendant du minaret où nous étions montés, nous nous étions dirigés vers le couvent des Franciscains; je veux dire vers ses ruines. Là se trouvaient, au moment de ces massacres, huit religieux espagnols, bien dignes par leur courage de représenter cette catholique nation. Aux premiers cris de mort, les religieux s’étaient enfermés dans leur monastère. Ils entendaient chanter par la populace le chant d’extermination : it Ah! qu’il est doux de verser le sang des chrétiens! qu il est « doux de le verser! » On vint, au nom d’Abd el-Kader, leur proposer de les conduire dans la cita-
DAMAS
delle, ou
dans la maison de l’émir. ,.s refusèrent, voulant rester jusqu’à la fin, suiv£mt ,e titre qU'iIs
portent en Orient, les gardiens de leur sanctuaire. Ils savaient à quoi ils s’exposaient en agissant ainsi. Quelques heures après, une horde furieuse faisait le siège du couvent. La porte résistait, on y mit le feu; elle succomba enfin, et les assassins, entrant au milieu des flots de flammes et de fumée, trouvèrent les religieux qui les attendaient : « Faites-vous Turcs, leur «crièrent ces fanatiques, et vous « vivrez. — Nous sommes chrétiens » , répondirent-ils simplement; et à l’instant ils furent égorgés. Au milieu du petit jardin du couvent, se trouvait un puits profond. On nous y conduisit à travers les ruines; et au fond, revêtus encore de leurs vêtements en lambeaux, nous aperçûmes les cadavres des martyrs ! »
Dans de si terribles circonstances, il faut le dire à l’honneur d’Abd el-Kader, ce héros se conduisit
Maisons bâties sur le mub de la ville, a Damas.
La porte Bab-Kîsan, qui n’est pas loin de là, en a remplacé une autre plus ancienne.
DAMAS
admirablement. Avec l’aide de ses Algériens, tous bien armés et dévoués à leur ancien chef, il eut le
Citadelle de Damas.
Elle est environnée d’un lossé et flanquée de douze tours, dont deux sont ici visibles.
noble courage de braver le fanatisme sanguinaire de ses féroces coreligionnaires, et d’arracher à la mort plus de quinze cents chrétiens; parmi eux se trouvaient les Lazaristes, les Sœurs avec leurs orphelines,
DAMAS
au
nombre de plus de deux cents, des prêtres grecs, maronites et syriens, et plusieurs consuls.
Après cette courte analyse de l’histoire de Damas, il est temps actuellement de décrire cette ville d’une manière très-sommaire et d’en donner au moins une idée générale.
Da cité proprement dite de Damas, telle qu’elle est délimitée par son ancienne enceinte qui existe encore en grande partie, tien que remaniée plusieurs fois, forme nu ovale long d’environ mille sept cents mètres sur huit cent cinquante dans sa plus grande largeur. Cette enceinte a été construite avec de belles pierres de taille, bien agencées entre elles, et dont beaucoup d’assises inférieures sont demeurées en place; les assises supérieures, au contraire,
Bab-Todma (porte de Thomas).
accusent presque toutes des restaurations et des époques diverses et d’une date plus récente. Elle était flanquée de tours carrées, séparées les unes des autres par une distance d’une trentaine
DAMAS
de mètres. Sur les soubassements carrés de ces tours, les Arabes ont ensuite assis des tours demi-circulaires bâties avec des pierres de différentes grandeurs et, en général, d’un bien moindre appareil. Il est à croire que, si l’on pratiquait des fouilles le long et au pied des murs, on arriverait sans peine aux couches de l’enceinte primitive, qui peut-être n’a jamais changé de plan ni d’étendue, Damas ayant eu dès l’origine une grande importance et ayant dû toujours être reconstruite sur les mêmes fondations. Quoi qu’il en soit, cette enceinte, dont le pourtour est de quatre kilomètres, et qui par conséquent est loin d’être très-considérable, pouvait contenir tout au plus cent mille habitants. La ville devait donc avoir des faubourgs, autrefois comme maintenant; car il est présumable que sa population, à l’époque de sa plus grande splendeur, devait atteindre et même dépasser le chiffre de deux cent mille habitants, puisque aujourd’hui il est encore au moins de cent trente mille.
Neuf portes donnaient accès dans la cité, qui, partout où elle n’était pas protégée par l’Abana, le Barada de nos jours, était défendue, en outre, par un large fossé, à présent aux trois quarts comblé, et par un avant-mur, presque complètement détruit. L’une des plus remarquables de ces portes était probablement celle que l’on désigne actuellement sous le nom de Bab ech-Cherki (porte Orientale), parce qu’elle forme vers l’est l’entrée de la ville. Véritable porte triomphale et d’un caractère monumental, elle consiste en une grande arcade centrale et deux arcades latérales de moindres dimensions; la première a neuf mètres de large sur onze mètres cinquante centimètres de haut; les deux autres sont moitié plus petites. L’arcade centrale a été murée, il y a plusieurs siècles, par les musulmans, ainsi que l’arcade méridionale; l’arcade septentrionale seule est restée ouverte. Elle est défendue par une tour arabe dont les créneaux menacent ruine et que surmonte un petit minaret. De cette porte part une longue rue, aujourd’hui étroite, mais jadis large et ornée de deux rangées de colonnes corinthiennes, ce qui constituait trois magnifiques avenues répondant à chacune des trois baies. La longueur de cette double colonnade jusqu’à la porte opposée vers l’ouest, où elle aboutissait, et qui aujourd’hui s’appelle Bab el-Djabiah, mesurait au moins mille cinq cent trente mètres sur une largeur de trente. Toutes ces colonnes ont depuis longtemps disparu, ayant été détruites, emportées ou ensevelies sous des décombres. En creusant sur l’alignement qu’elles occupaient pour jeter les fondations de maisons, il n’est pas rare d’en retrouver encore çà et là des débris épars et même des bases encore en place. La rue qu’elles décoraient est à jamais célèbre, comme ayant été la rue Droite dont il est question dans les Actes des Apôtres, et où saint Paul, alors Saul, aveuglé à la suite de la vision mystérieuse que j’ai rappelée plus haut, alla loger chez un certain Jude :
« Le Seigneur dit à Ananias : Lève-toi et va-t’en dans la rue qu’on appelle la rue Droite, et cherche dans la maison de Jude un nommé Saul, car il y est en prière. » ( Actes des Apôtres, ch. ix, i 11.)
Cette rue, à cause des nombreux remaniements qu’elle a subis, est loin d’être droite actuellement ; elle est au contraire tortueuse, comme la plupart, du reste, des rues de Damas; en outre, elle est trèsresserrée en beaucoup d’endroits, en sorte qu’il est impossible de l’embrasser du regard dans toute son étendue.
En dehors de la porte Bab ech-Cherki, on remarque, à une faible distance vers l’est, des amas de décombres qui ont été fouillés il y a quelques années, et qui ont révélé l’existence en ce point d’anciennes fabriques de tuiles et de faïences vernissées et élégamment peintes, dont se glorifiait autrefois Damas. Non loin de là, une léproserie abandonnée passe pour occuper l’emplacement de la maison de Naaman, qui, en souvenir de sa guérison miraculeuse par le prophète Elisée, aurait transformé sa demeure en un établissement destiné à servir d’hôpital aux malheureux qu'affligeait l’infir-
mite dont il avait souffert lui-même. La bâtisse actuelle est parties apparentes.
purement musulmane, du moins dans les
Ancien abc de triomphe A I.’OIKST DK LA CRANIlE MOSQUEE.
Si, revenant à la même porte, nous prenons la direction du sud, nous observons bientôt près d’un angle les débris d’une puissante tour qui avait été construite avec de gros blocs taillés en bossage; mais ellea été remaniée, car sous plusieurs assises superposées on remarque une belle architrave sculptée, engagée dans la base.
Cheminons actuellement vers l’ouest, le long de la face méridionale de l’enceinte. Au bout de quatre cent cinquante pas, nous rencontrons une seconde porte, appelée Bab-Kisan , aujourd’hui murée. Elle doit ce nom à un gouverneur ainsi désigné qui la bâtit vers le septième siècle, à la place sans doute d’une plus ancienne. Une tour l’avoisine qui est également purement arabe, mais elle doit avoir succédé à une autre antérieure. Dans tous les cas, on l’appelle vulgairement tour Sainf-Geoiges, parce qu’elle aurait eu pour gardien un soldat de ce nom,
DAMAS
quand saint Paul fut descendu dans une corbeille pour échapper aux Juifs qui voulaient le mettre à mort.
Ce dernier fait est ainsi rapporté dans les Actes des Apôtres (ch. ix) :
« 24. Saul fut averti des embûches que les Juifs lui dressaient; car ils gardaient même les poites jour et nuit pour le tuer.
„ 25 . Alors ses disciples le prirent et le descendirent durant la nuit par la muraille dans une corbeille. »
Dans sa deuxième Épitre aux Corinthiens (ch. xi), saint Paul raconte lui-même en ces termes cet événement de sa vie :
INSCRIPTION GRECQUE BYZANTINE SUR UNE ANCIENNE PORTE DE LA BASILIQUE Qü’a REMPLACÉE LA GRANDE MOSQUEE.
« 32. À Damas, celui qui en était gouverneur pour le roi Arétas faisait faire la garde dans la ville pour se saisir de moi;
« 33. Mais on me descendit de la muraille par une fenêtre, dans une corbeille, et j’échappai ainsi de ses mains. »
Dans ces deux passages, il est vrai, il n’est pas question détour; mais rien n’empêche néanmoins de croire que le fait se soit passé comme le ■veut la tradition. Cette fenêtre, par laquelle on descendit saint Paul, pouvait être, en effet, soit celle d’une maison accolée à la muraille et la dominant, comme il y en a encore beaucoup de semblables à Damas, soit celle d’une tour.
De longs siècles auparavant, Rahab avait de même fait échapper de cette manière, à Jéricho, au moyen d’une corde, les espions Israélites qui avaient cherché un refuge dans sa demeure, car sa maison, dit la Bible, était adossée à la muraille (JostJÉ, ch. n) :
« 15. Dimisit ergo èos per funem de feues tra ; domus enim ejus hœrebat muro. »
damas.
Seins insister davantage sur cp nnînt ; < • ,
appelée tantôt tour Sai "t f ’ J ' J “ ““ Seulement ici fiuei loin et au sud de celte tour,
appelée tantôt Sa, ut-Georges et tantôt tour Saint-Paul, à cause du souvenir de ces deux saints
nu on a 1 attache, on observe au milipu ri’nn • i-
. jardin un petit oratoire entouré d’une grille et consacré
au premier d en re eus Ce Georges serait, non pas le saint si célébré dans tout l’OHent oû tant de chapelles lu, ont etc elevees, mais un soldat du même nom, gui, chargé de la garde de la tour en question, au, ait etc martyrise pour avoir favorisé la fuite de saint Paul.
Un peu au sud de cet oratoire est un cimetière chrétien réservé anv r • . , ■
„ , 1 n, reseï ve aux Grecs-unis et aux Latins
Près cle ce cimetiere, on montre Pendis! a > < .
n montielend.o.t où, d apres une tradition, saint Paul, avant d’entrer dans
la ville, auiait été ébloui cl une lumière pelalnnfr» .
lumière éclatante et terrasse par une force divine, pendant qu’une
voix celeste lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? „
Cette tradition, je dois le dire, bien que maintenant généralement répandue parmi les chrétiens de Damas, est toutefois relativement asses récente, et, d’après une autre version qui est beaucoup plus ancienne, le grand événement rapporté dans les Actes des Apôtres et par saint Paul lui-même dans un de ses discours, se serait passé ailleurs, près du village de Kaukab, à douze kilomètres au sud-ouest de Damas. J'indme, pour mou compte, à adopter eetto dernière opinion, car elle date d’abord d’une époque bien plus reculée, et ensuite elle est confirmée par deux témoignages qui me paraissent assez concluants. M’étant transporté, en effet, à Kaukab pour étudier, selon mon habitude, la question sur les beux mêmes, j’ai remarqué au bas de ce petit village et sur la route la plus ordinaire de Jérusalem a Damas les vestiges d’un édifice tourné de l’ouest à l’est et que les habitants de l’endroit appellent encore El-Kemseh (l’église), [leu subsiste encore le seuil d’une porte et deux fragments de colonne. Le reste est enseveli sous des amas de terre et de décombres et sous des tombes musulmanes. Comme saint Paul avait eu la vision miraculeuse qui le convertit, pendant qu’il cheminait sur la route de Jérusalem a Damas et qu’il approchait de cette dernière ville, c’est sur cette route également qu’avait dû etre naturellement construit le sanctuaire destiné à perpétuer le souvenir de ce fait mémorable. Or, l’église dont je signale les débris est sur les bords de la route et non dans le village. En second lieu, à quelques minutes de Kaukab, vers le sud, s’élève une petite colline toute cou verte de blocs basaltiques. Nr ses flancs ni son sommet ne m’ont offert les traces d’aucune ancienne construction; mais ayant demandé à un métualy qui me servait de guide comment elle s’appelait, il me répondit qu’elle portait de temps immémorial le nom de Tell Mar Boulos (colline de saint Paul). I.e nom attaché à cette colline et les ruines de l’église que je viens de mentionner témoignent, selon moi, en faveur de la tradition qui place auprès de Kaukab le lieu de la conversion de saint Paul. A la vérité, ce village est encore à deux heures et demie de marche au moins de Damas; mais de là on aperçoit la plupart des monuments de cette ville et les admirables jardins qui l’entourent, et quand on y est parvenu, après avoir accompli les longues étapes qui séparent cet endroit de Jérusalem, on peut dire que l’on touche au terme de son voyage et que l’ou approche de Damas, ce qui s’accorde très-bien avec l’expression dont se sert l’écrivain sacré dans les Actes des Apôtres :
t< Conliglt ut appropinquaret üamasco et subito circumfulsit eum lux de cœlo. »
Revenons maintenant à l’examen succinct de l’ancienne enceinte de Damas. Après avoir passé la porte dite Bab-Kîsan, nous distinguons les fondations d’un ancien mur extérieur qui était parallèle au mur intérieur, et dont Ibrahim-Pacha a ordonné la destruction. Eu continuant à nous avancer le long de la face méridionale de l’enceinte, nous entrons dans un immense faubourg qui s’étend au loin à l’ouest et au sud, et dont le principal quartier est nommé BTMeidan (l’hippodrome, le champ de course pour les chevaux). A partir de ce point, l’ancienne muraille intérieure nous est le plus
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souvent masquée par des maisons qui ont été bâties au devant de ses courtines et de ses tours ; mais, par intervalles, nous pouvons néanmoins l'entrevoir. Nous atteignons ainsi la porte dite Bab es-Serlùr
Un muezzin chantant la pkière du haut de la galerie du minaret de Aïssa (Jésus), l’un des trois minarets de la grande mosquée.
(la petite); les deux anciens murs sont ici encore debout et sont percés en cet endroit de deux portes qui ont été remaniées, il est vrai, par les Arabes, mais dont la fondation est bieu antérieure à la con-
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quete mahometane. A notre gauche s’étend un vaste cimetière musulman; une foret de tombes y coumc un sol onduleux. Là, ainsi que dans les autres cimetières analogues qui environnent la ville, les femmes musulmanes, enveloppées dans leurs longs voiles comme de blancs fantômes, ont l’habitude de se reunir tous les vendredis, pour y prier, y pleurer et y converser entre elles. Chacune arrive avec une branche de myrte et un vase d’eau, sorte d’offrande funèbre qu’elle a soin de renouveler chaque semaine eu l’honneur des défunts ou des défuntes dont elle déplore la perte.
Nous parvenons de la sorte à la porte occidentale de la cité ou Bab el-Djabiab, ainsi appelée parce qu elle conduisait à un village de ce nom qui l’avoisinait autrefois. Semblable à la porte Bab ech- Cherki, elle tei minait vers 1 ouest la rue Droite dont celle-ci formait vers l’est le commencement. Comme la première, par conséquent, elle se composait de trois arcades, une centrale plus grande et deux latérales de moindre dimension. L’arcade sud est seule visible aujourd’hui; les deux autres sont enclavées dans des constructions plus modernes. Quant a l’arcade encore ouverte, elle a été réparée par Noureddin, comme l’atteste une inscription gravée sur le linteau.
Changeant alors de direction et prenant celle du nord, afin de longer la face occidentale de l’enceinte dont nous sommes le plus souvent séparés par des maisons, nous passons devant Bab el-Hadid (la Porte de fer). La muraille sur ce point est double; il y a donc deux portes dont les soubassements sont antiques, mais la partie supérieure a été reconstruite.
A notre gauche se montre le Serai ou palais du gouverneur; de vastes casernes y sont adjointes vers l’est; quelques-unes sont de fondation assez récente, ayant été bâties par Ibrahim-Pacha.
A une faible distance de Bab el-Hadid, vers l’angle nord-ouest delà cité, est le château ( El-Kasr ), qui forme un grand quadrilatère irrégulier, mesurant deux cent cinquante mètres de long de l’est à l’ouest, sur une largeur du nord au sud qui varie entre deux cents et deux cent cinquante mètres, la face orientale étant plus développée que celle de l’ouest. Flanqué de douze puissantes tours carrées avec mâchecoulis, il est bâti avec des pierres de taille dont beaucoup sont relevées en bossage. Antérieur, selon toute apparence, à l’occupalion des Bomains, au moins dans ses fondations, il a dû être ensuite relevé par eux, puis par les Byzantins. Les musulmans, de leur côté, l’ont remanié à plusieurs reprises et sur un grand nombre de points, car des inscriptions arabes y ont été partout apposées. Le fossé qui l’environne peut recevoir l’eau du Barada, qui l’avoisine vers le nord. On entre dans son enceinte par deux portes, situées l’une à l’est et l’autre à l’ouest. Contemplé du dehors, il impose par la hauteur de ses murs et la grandeur massive de ses tours; mais quand on y pénètre, on est frappé aussitôt de l’état de délabrement ou plutôt de ruine presque complète dont il offre le triste aspect; de tous côtés des décombres affligent les regards. Ce qu’on appelle l’arsenal consiste en un amas confus de vieilles ferrailles parmi lesquelles on remarque quelques arquebuses toutes détraquées, des flèches, des boules de fer, des épées rouillées. Plusieurs magasins souterrains sont vides et depuis longtemps abandonnés.
En cheminant, pour continuer notre examen, le long de la face septentrionale de la muraille, nous rencontrons d’abord la porte dite Bab el-1' araclj, appelée pareillement Bab el-Menakhbeh, puis la porte Bab el-Faradis, que d’autres m’ont désignée sous le nom de Bab-Amara , ensuite la porte Bab es-Selam, toutes portes dont les fondations sont anciennes et dont la restauration est attribuée a Noureddin. De ce côté, le Barada borde l’enceinte, et sur ses rives ombragées sont établis de nombreux cafés où les habitants de Damas aiment à passer de longues heures, plongés dans une douce et indolente rêverie, fumant le narghileh ou le tcliibouk, et savourant avec délices, par intervalles, la liqueur parfumée du moka.
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La porte Bab-Touma (porte de Thomas), qui se présente bientôt après, doit son nom à un célèbre guerrier chrétien ainsi appelé, qui, lors du fameux siège de 634, sut relever par son patriotisme le courage abattu des assiégés. Gendre de l’empereur Héraclius, il contribua à prolonger la résistance
de la ville, en faisant, à la tête des plus braves
•amasquins, plusieurs sorties audacieuses contre les troupes de Abou-Obeidah et de Khaled. Le linteau de la porte Bab-Touma m’a paru antique j mais on y a plus tard gravé une inscription arabe où on lit le nom du sultan Kelaoun et la date 634 de l’hégire.
Un peu au nord-est de cette porte, on montre, dans un cimetière musulman, la tombe du cheikh Arslan, l’un des poètes arabes les plus célèbres de l’époque de Noureddin; et non loin de là, une ruine et une inscript ion cou fique marquent l’endroit où Khaled, l’épée d’Allah, comme on l’appelait d’ordinaire, avait son quartier général.
Ko u b mil' ki.-Khazseii (coupole du Trésor).
Elle est située dans la partie ouest de la cour de la grande mosquée.
Parvenus à l’angle nord-est de l’enceinte, nous en longeons enfin la face orientale, en laissant à notre gauche la léproserie de Naaman dont j’ai parlé plus haut, et. nous terminons notre examen extérieur de la muraille antique à la porte Bab ech-Cherki , par laquelle nous l’avons commencé.
Indépendamment de la cité proprement dite, que délimite l’enceinte dont je viens de parler, de vastes faubourgs, bien plus étendus que la ville elle-même, débordent et se projettent bien au delà en dehors, au nord-ouest et au sud-ouest.
damas.
Que dire maintenant de l’intérieur de Damas, où j’ai hâte de pénétrer avec mon lecteur, sinon que, comme la plupart des plus grandes villes musulmanes de l’Orient, elle séduit et eapt.ve de loin le regar et exerce une sorte de prestige sur l’imagination, mais qu’elle perd singulièrement à être vue
Tombeau de Salaoik.
Il est situé en dehors et à l’angle nord-ouest delà grande mosquée.
de près et à être parcourue en détail? De tous côtés, en effet, l’incurie mahométane éclate à chaque pas; les rues sont généralement étroites, mal bâties, plus mal entretenues encore; elles s’enchevêtrent souvent d’une manière désordonnée les unes dans les autres, et déconcertent sans cesse l’étranger qui s’aventure pour la première fois au milieu de ce dédale inextricable. Les maisons, même les plus riches, sont presque toutes au dehors d’aspect misérable comme celles des pauvres, les murs extérieurs
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en étant d'ordinaire construits pareillement avec de simples et larges briques cuites seulement au soleil. Mais si l’on obtient des propriétaires la permission de les visiter, ce qui m’a ete accorde pour plusieurs d’entre elles, on s’aperçoit aussitôt qu’elles étalent au dedans une opulence et un luxe inouïs. Cour avec fontaine jaillissante et bosquets odorants d’orangers, de citronniers, de roses et de jasmins ; salons avec de moelleux et épais tapis; divans avec des coussins de toutes sortes brodés en soie; lambris artistement et finement travaillés ; marbres rares et divers ; plafonds où les arabesques les plus capricieuses aiment à se jouer du regard; lustres brillants qui, le soir, étincellent de lumières; vases de fleurs; meubles précieux : tout présente dans ces somptueuses demeures, si modestes, pour ne pas dire si sordides en apparence, l’image de la fortune et de la richesse, sinon du bonheur; car les soucis, les chagrins et l’ennui habitent souvent les palais dorés. Un pareil contraste entre le dedans et le dehors de ces maisons n’a rien qui doive étonner dans un pays où l’on craint à chaque instant de provoquer la jalousie, la haine et des avanies, par l’étalage extérieur des biens dont on jouit et dont on réserve discrètement le spectacle pour sa famille, pour soi-même et pour ses amis. Les Arméniens et les Juifs surtout possèdent ainsi plusieurs de ces habitations princières qui, avec une enveloppe à dessein mesquine et grossière, sont en réalité de véritables bijoux et des merveilles dignes des Mille et une Nuits; ou dirait que la main des fées a pris plaisir à les parer intérieurement, tandis qu à l’extérieur, c’est la boue et la misère.
Damas compte un grand nombre de mosquées, mais la plupart très-dégradées ou même tombant en ruine. Leurs sveltes minarets qui s’élancent dans les airs, et du haut desquels la voix des muezzins appelle plusieurs fois par jour les croyants à la prière, produisent de loin un effet des plus saisissants, ainsi que leurs belles coupoles, qui s’arrondissent en courbes harmonieuses. Quelques-unes sont bâties avec des pierres alternativement blanches et noires, les premières calcaires, les secondes basaltiques. Les colonnes qui les ornent ont été empruntées d’ordinaire à des monuments plus anciens; elles sont soit en marbre, soit en pierre du pays, soit même en porphyre, et leurs fûts, presque tous monolithes, sont surmontés de chapiteaux divers, antiques, byzantins ou arabes. Les portes de ces édifices ont souvent pour décoration principale des moulures fines et délicates représentant des espèces de stalactites de l’aspect le plus gracieux.
Parmi ces mosquées, la plus grande et la plus remarquable de beaucoup est celle qu’on appelle IJjama el-Kebir (la grande mosquée). Autrefois, elle était interdite aux chrétiens sous peine de mort; maintenant, ils peuvent y pénétrer, accompagnés d’un cawas et au moyen d’une gratification qui ne peut guère être moindre de vingt francs par personne. Elle a remplacé une ancienne église consacrée à saint Jean-Baptiste, et les chrétiens indigènes la désignent encore aujourd’hui sous le nom de Mar-Johanna (Saint-Jean). Cette basilique, qui était la métropole de la ville, avait elle-même succédé à un temple antique, dédié probablement au dieu ou à la déesse Rimmon, qui paraît avoir été jadis la principale divinité de Damas, comme cela ressort d’un passage de la Bible. (Rois, 1. IV, ch. v, $ 18.)
Quelques critiques pensent que ce nom de Rimmon, dans la Vulgate Remmon, vient du mot phénicien et hébreu rimmon , qui veut dire grenade, et comme ce fruit était l’un des emblèmes de Vénus, ils supposent que la divinité appelée Rimmon dans ce verset n’était autre chose que celte dernière déesse. D’autres tirent ce mot de la racine roum, être haut, et pensent qu’il signifie le plus élevé, comme le nom phénicien et hébreu Elioun (le Très-Ilaut). Plus tard, à l’époque gréco-romaine, ce temple fut reconstruit et consacré, dit-on, à Jupiter. Remanié ensuite par les Byzantins, quand le christianisme eut pris racine à Damas, il adopta pour patron saint Jean- Baptiste. Du monument
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païen, il subsiste encore les débris de deux grandes portes triomphales qui le précédaient vers l’est et vers l’ouest; la première s’est écroulée il y a quelques années, mais la seconde est encore en partie debout. Ses superbes colonnes corinthiennes, son fronton qui dépasse en hauteur les maisons au milieu desquelles elle est enclavée, la beauté et la richesse de ses moulures, témoignent de la magnificence de l’édifice antique dont ces deux portes annonçaient nionumentalement les approches; u ne double avenue de colonnes corinthiennes d’un diamètre moins considérable les rattachait à l’enceinte extérieure du temple. Le long de
la façade sud de la mosquée, en montant sur le toit d’un bazar, on reconnaît également, à la grandeur des assises de pierre et à la forme cintrée des fenêtres, que cette partie du monument est antérieure à l’époque arabe et est un reste de la basilique chrétienne et de l’époque byzantine.
A cette même époque il faut pareillement rapporter une belle inscription grecque qui est gravée au-dessus de l’arcade centrale d’une belle porte à triple baie, très-élégamment sculptée et décorée de rosaces, de volutes, de fleurons et d’entrelacs. Cette porte, qui est peut-être de construction romaine, est aujourd’hui à moitié ensevelie dans le sol à l’extrémité du transept.
Quant à l’inscription grecque qu’on y lit, en voici la traduction littérale :
«Ta royauté, ô Christ, est une royauté qui embrasse tous les siècles, et la domination s'étend de génération en génération. »
Il esL permis de considérer celle inscription comme contemporaine de la fondation de la basilique, qui passe pour remonter à Arcadius, fils de Théodose ; et par conséquent elle daterait de la fin du quatrième siècle ou des premières années du cinquième. Dans tous les cas, elle ne peut pas être postérieure à Justinien, quia restauré, dit-on, celte basilique dans la première moitié du septième siècle.
L’enceinte qui enferme la mosquée, et dont nous n’avons examiné jusqu’à présent que l’extérieur, forme un vaste rectangle, long de cent quarante-neuf mètres de l’est à l’ouest, sur quatre-vingt-
Mosquée Saboukieh alternative
Elle est constr t blanches et
dix-huit du nord au sud. Le côté nord de ce quadrilatère est occupé par une grande cour ou parvis qu’environnent de trois côtés des cloîtres dont les arcades reposent sur des colonnes de granit, de marbre ou de pierre calcaire; beaucoup de ces colonnes ont été, au siècle dernier, encastrées dans des piliers maçonnés, dans la crainte qu’elles ne cédassent au poids qu’elles supposaient. Vers le centre de l’esplanade, qui est pavée avec de larges dalles, s’élève une fontaine surmontée d une coupole. Dans la partie occidentale du parvis, on remarque une autre petite coupole qui s’appuie sur des colonnes corinthiennes et qu’on appelle Konbbet el-Khazneh (la coupole du Trésor). Cet édifice 1 enferme, dit-on, d’anciens livres et quelques reliques musulmanes regardées comme sacrées; je n ai pu y pénétrer.
Le long du côté sud du même parvis s’étend la mosquée proprement dite, qui mesure cent trente et un mètres de long de l’est à l’ouest, sur trente-huit de large du nord au sud. Le mur qui fait face à la cour est formé par des colonnes dont la plupart ont été enclavées dans des piliers dont les intervalles sont maçonnés. L’intérieur de ce long édifice est divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes corinthiennes qui supportent des arcades cintrées. Ces nefs sont elles-mêmes coupées vers le milieu par un transept que couronne à son centre un dôme haut de quarante-cinq mèlres et large de quinze, qui repose sur quatre grands piliers dont la partie inférieure est revêtue de marbres divers. Sous la coupole se trouvent le mihrab et la chaire à prêcher, en face de 1 entrée. Le mihrab est orné de marbres précieux et de faïences peintes; la chaire est en bois de chêne élégamment sculpté. A gauche du mihrab est un petit monument entouré d’une grille et qui, au dire des gardiens de la mosquée, renferme la tôle de saint Jean-Baptiste et le corps de son père Zacharie. Mais les reliques de ces deux saints personnages, que les musulmans ne vénèrent pas moins que les chrétiens, ont dû depuis longtemps, sans doute, disparaître de la basilique chrétienne où elles étaient honorées. Ce que l’on montre consiste, probablement, en un pur cénotaphe que recouvrent plusieurs riches tapis. Au-dessus de la grande porte d’entrée de la mosquée, vers le nord, on distingue des restes d anciennes mosaïques byzantines. Les poutres qui supportent le toit de l’éclifice sont apparentes; au dehors, il est couvert en plomb.
Nous savons par l’écrivain arabe Ibn-Asaker que la principale entrée de la basilique qu’a remplacée la mosquée actuelle était, au contraire, au sud. Là était une triple porte, devant laquelle s’étendait un atrium qu’entourait une double rangée de colonnes. L’emplacement de cc portique est maintenant occupé par un bazar et par des maisons particulières.
Il y a une cinquantaine d’années, on a découvert, près de la porte orientale de la grande cour de la mosquée, une inscription grecque gravée sur une belle pierre, et dont le sens était le suivant : « Cette église de Saint-Jean-Baptiste a été restaurée par Arcadius, fils de Théodose. » Arcadius, comme on le sait, monta sur le trône l’an 395 de notre ère. Ce fut lui qui appropria au culte chrétien, après l’avoir réparé, le temple païen, consacré d’abord à Rimmon, puis à Jupiter, dont il est question en ce moment. Une fois devenu basilique chrétienne, sous le vocable du saint Précurseur, cet édifice demeura pendant plusieurs siècles la cathédrale de Damas. Lors de la prise de la ville par les musulmans, il fut convenu entre les vainqueurs et les vaincus que cette église serait divisée en deux moitiés, dont l’une, la partie occidentale, resterait au pouvoir des chrétiens, qui auraient le droit d’y célébrer les cérémonies de leur culte, et l’autre, la partie orientale, appartiendrait aux musulmans. Cet état de choses ne dura pas longtemps, et bientôt la basilique entière fut réclamée par ces derniers. Les autels et les oratoires que les chrétiens y possédaient encore furent démolis, et il ne subsista plus rien de tout ce qui rappelait la religion du Christ; le sanctuaire seul
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de saint Jean-Baptiste et de saint Zacharie fut respecté. Le khalife Oualid I",
l’an 705, commença
aussitôt de grands travaux de reconstruction et de réparation, et fit décorer 1 intérieur de cette mosquée avec une extrême magnificence.
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« De quelque côté qu’on regarde cet édifice, dit lbn Batouta, il ressemble à un aigle ayant ses deux ailes déployées et dont la coupole est la tête; il domine tous les autres monuments de la ville. » Quand il fut achevé, le khalife put dire aux habitants de Damas : « Vous avez déjà quatre merveilles de plus que le reste du monde : l’air, l’eau, vos jardins et vos fruits; moi, je vous en donne une cinquième, cette grande mosquée. »
A ce même khalife Oualid remonte l’un des trois minarets de la mosquée, appelé Mâdmet el- Aroiis (le minaret de la Fiancée). Il s’élève vers le centre de la partie septentrionale de la cour. lies deux autres sont d’époque postérieure : l’un est le Mâdinet el-Rharbieh (le minaret de l’Occident), qui en a remplacé un autre plus ancien, brûlé sous Tamerlan; l’autre est le Mâdinet-Aïssa (le minaret de Jésus), qui fait face à l’orient au précédent et qui est le plus élevé des trois. Sa hauteur est de soixante-seize mètres. Selon une tradition musulmane, quand Jésus viendra juger le monde, il descendra d’abord vers ce minaret, puis entrant dans la mosquée, il y convoquera les hommes de toutes les religions et de tous les rites. Montons sur ce dernier minaret avec le cawas et le gardien qui nous accompagnent. Du sommet, en effet, de la galerie aérienne d’où le muezzin, à certaines heures déterminées, fait retentir dans les airs, comme une cloche vivante, ses appels à la prière, on embrasse, d’un coup d’œil d’ensemble, la cité tout entière et ses vastes faubourgs avec les coupoles et les minarets de ses mosquées qui resplendissent aux rayons du soleil; on plonge aussi sur d’innombrables terrasses, où, quand la chaleur et le jour baissent, les habitants aiment à aller respirer la fraîcheur du soir. Les jardins qui enserrent la ville de plusieurs côtés lui font une riante ceinture; on y voit circuler et. serpenter en tous sens les canaux du Barada qui y entretiennent une végétation luxuriante. Du sein de ces vergers émergent des kiosques, des maisons de plaisance et des villages qui sont comme perdus dans un océan de verdure. Que si l’on porte ses yeux plus avant, pour sortir de cette espèce d’oasis, on aperçoit les flancs dénudés de plusieurs des contre-forts de l’Anti-Liban; à l’ouest se dresse à l’horizon la masse imposante du Djebel ech-Cheikh, avec ses trois cimes que les neiges argentent presque toute l’année; à l’est, on distingue les lacs où va mourir le Barada, qui semble n’abandonner qu’à regret et après mille détours les jardins enchantés auxquels il donne la fécondité et la vie ; au sud enfin, le regard se perd dans les contrées, actuellement peu peuplées et mal cultivées, qui composaient jadis la Trachonitide et l’ Durée.
En dehors, mais tout près de la grande mosquée, est le célèbre tombeau de Saladin, qui avoisine celui de Melek ed-Dhaher-Bibars. Ils sont renfermés l’un et l’autre dans des édifices dallés en marbre et ornés de mosaïques, d’inscriptions et d’arabesques.
Parmi les autres mosquées, il faut signaler la mosquée dite Sabounieh et celle qu’on appelle Senanieh, parce qu’elle fut construite par Senan-Pacha, gouverneur de Damas en 1581. L’extérieur de celle-ci est malheureusement masqué en partie par d’ignobles masures, mais au dedans on admire de belles colonnes empruntées à des monuments antiques. Son minaret est décoré de jolies faïences vernissées.
Le Tekieli ou hôpital, fondé par Sélim 1er en 1516, et situé à l’entrée de la ville vers l’ouest, mérite également d être visité, à cause des colonnes qui soutiennent les galeries de sa grande cour ou qui ornent sa mosquée, dont le dôme gracieux est flanqué de deux minarets élancés. 11 est inutile d ajouter que ces colonnes proviennent presque toutes d’édifices plus anciens; les unes sont en marbre, les autres en granit, d autres aussi en porphyre. Cet hôpital sert ordinairement d’asile aux pèlerins musulmans qui continuent à se réunir chaque année par milliers à Damas, pour de là gagner, en une nombreuse caravane, la cité sainte de la Mecque.
damas.
J.e passage de tant de pèlerins qui vont retremper leur foi religieuse au berceau même de l’islamisme contribue singulièrement à entretenir parmi les Damasquins le fanatisme qui les distingue.
Les bazars de Damas, si vantés, n’offrent absolument rien de remarquable comme construction , à 1 exception du Khan-Asad, vaste entrepôt de marchandises dont la belle porte d’entrée est finement sculptée et dont l’intérieur est éclairé par neuf coupoles élégantes, reposant sur de puissants piliers.
Salon de réception dans l’une des riches maisons de Damas.
Au centre, partie plus basse et pavée en marbre, avec une fontaine jaillissante.
Disséminés dans plusieurs quartiers, ces bazars forment une longue suite d’échoppes, et chacun d’eux, comme cela se pratique, du reste, dans presque tout. l’Orient, est affecté à un genre particulier de commerce et d’industrie. Ainsi, il y a le bazar des armuriers, des orfèvres, des selliers, des cordonniers, des fabricants de coffres ou autres petits meubles en bois de cyprès incrustés de nacre, des -vendeurs de toutes sortes de comestibles. Plusieurs de ces bazars sont curieux à examiner, parce qu’on y saisit sur le fait la méthode souvent primitive des artisans et en même temps 1 habileté singulière de beaucoup d’entre eux. En outre, comme une foule confuse et bigarrée s ^ presse sans cesse, avec des types, des costumes et des langages bien différents, c’est pour l’observateur attentif
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un nouveau sujet d’étude qui ne manque pas d’intérêt. Le marché aux chevaux est surtout trèsanimé à certains jours, et l’on peut y admirer parfois de superbes bêtes amenées du désert par des Bédouins et qui, par la beauté de leurs formes, la fierté de leur allure et le souffle généreux qui les enflamme, semblent la vivante image du cheval de Job.
En terminant, ajoutons un mot sur le quartier juif et sur le quartier chrétien. Les juifs sontenviron au nombre de 6,000 à Damas. Ils occupent, vers le sud-est de la cité, plusieurs rues très-peuplées, où ils ont des synagogues et des écoles. Quelques-uns sont parvenus à une très-grande fortune et sont de riches banquiers, dont les maisons, sous les dehors d’une indigence affectée, surabondent intérieurement de meubles, de tapis, de coussins, de lustres, de parfums et de fleurs, auxquels il faut joindre une ou plusieurs fontaines jaillissantes retombant en pluie légère sur des bouquets d’arbres odorants.
Les chrétiens atteignent le chiffre de 10,000, tant Grecs schismatiques que Grecs-unis, Syriens, Arméniens et Latins. Leur quartier forme presque toute la partie orientale de la ville. Entièrement détruit en 1860, il est actuellement à peu près reconstruit, avec ses différentes églises qui se sont relevées de leurs ruines.
L’hôpital français continue, comme par le passé, à être le refuge de toutes les misères. Chaque jour, il est assiégé par une foule d’habitants de la ville et aussi de tous les villages voisins, Druses, Métualis, Kurdes, Arabes, Bédouins, qui viennent y chercher des soins, des remèdes ou des conseils gratuits. Pendant tout le cours de l’épidémie cholérique qui, en 1875, a sévi si malheureusement à Damas, où plus de dix mille victimes ont succombé au fléau, nos Sœurs de charité, secondées par nos Lazaristes et leur digne directeur, M. l’abbé Najean, ont, nuit et jour, vaillamment fait leur devoir en prodiguant leur dévouement à tous les malades indistinctement. Elles ont ainsi honoré nonseulement le nom chrétien, mais encore celui de la France, en ne se vengeant que par des bienfaits des persécutions et des outrages qu’elles avaient essuyés il y a peu d’années. A leur établissement est adjointe une école de jeunes filles fréquentée par deux cent cinquante enfants de toutes religions. Elles tiennent aussi un ouvroir très-suivi.
Plusieurs écoles de garçons sont dirigées par les Lazaristes, par les Franciscains, par les Grecs, par les Arméniens et par les Syriens.
Les Grecs-unis, à eux seuls, sont au moins 6,000. Ils ont une cathédrale assez élégante et à trois nefs, sous le vocable de sainte Marie. Elle a été rebâtie sur les débris de l’ancienne, qui, pendant les massacres de 1860, avait été le théâtre de scènes de carnage abominables.
J oubliais de dire que la maison d’Ananie, de ce pieux disciple du Christ qui a instruit et baptisé saint Paul, est encore consacrée maintenant par la vénération publique.
Comme le sol tout alentour s’est exhaussé, par suite de démolitions et de reconstructions successives, elle est aujourd hui très en contre-bas par rapport au niveau de la rue où elle se trouve, et l’on y descend par un escalier d’une quinzaine de marches. Convertie depuis longtemps en chapelle, elle appartient aux chrétiens. La maison de Jude, au contraire, située dans la rue Droite et en dehors du quartier chrétien, a été transformée en oratoire musulman.
J achève cette courte description de Damas par la mention de ces deux sanctuaires, auxquels le nom de saint Paul est resté attaché. Aux yeux du chrétien, en effet, la mémoire de ce grand apôtre éclipse toutes les autres dans cette ville, où tant d’hommes célèbres néanmoins ont passé; et de même que, lorsqu il y arrive, c est 1 un des premiers souvenirs qui se présentent à son esprit, de même, lorsqu’il la quitte, c est aussi 1 un des derniers qu’il aime à saluer en s’en allant.
PALMYRE
Pendant mon court séjour à Damas, un très-vif désir d'aller saluer dans le désert la grande ombre de Palmyre, si belle et si majestueuse encore dans sa tombe et dans sa solitude, me faisait sans cesse tourner les yeux vers la région où elle est ensevelie; mais, comme la Palmyrène n’était pas comprise
Bédouin dans i.e désert.
clans le cadre des investigations qui m’avait été tracé, j’ai dû m’abstenir d’y porter mes pas, remettant ce voyage à une époque ultérieure. Depuis lors, malheureusement, il m’a été impossible de l’accomplir. Ce que je vais donc dire de la célèbre ville de Zénobie ne sera qu’un très-rapide résumé de ce que d’autres en ont dit avant moi, et par conscience littéraire j’en préviens le lecteur, qui n’a reçu jusqu’à présent de ma part que des renseignements directs et des appréciations personnelles. 11 me saura peut-être gré, néanmoins, avant que je le transporte à Baalbek dont j ai vu les merveilles,
que, dans un ouvrage consacré à rappeler tous les principaux souvenirs de la Bible, je lui donne également quelques détails sur l’une des plus remarquables cités du monde, qui se glorifie d’avoir eu pour fondateur Salomon.
r/excursion de Damas à Palmyre demande une quarantaine d’heures de marche, au pas lent et régulier d’un chameau 5 par conséquent, la distance qui sépare ces deux villes peut être évaluée à cent soixante ou cent soixante-dix kilomètres, au plus, un chameau chargé ne parcourant guère au delà de quatre kilomètres à l’heure. Avec des chevaux on irait naturellement plus vite; mais des chevaux auraient beaucoup à souffrir pendant la seconde moitié du voyage, où l’eau manque complètement. Comme on a à traverser un pays inhospitalier, il est indispensable de se munir d’une petite escorte, soit de Bédouins, soit de soldats; autrement 011 s’exposerait à être dévalisé, chemin faisant, par les bandes errantes d’écumeurs du désert que l’on pourrait rencontrer sur sa route. Le plus simple et le plus sûr en même temps est de s’aboucher préalablement avec l’un des cheikhs de la tribu des Anazeh, l’une des plus puissantes parmi celles qui couvrent la vaste contrée qui s’étend des frontières de la Syrie jusqu’aux bords de l’Euphrate, et, moyennant un prix débattu réciproquement, le cheikh avec lequel on signe un traité s’engage à vous conduire à Palmyre et à vous ramener sain et sauf à votre point de départ ou à tel autre que vous lui aurez indiqué : il a intérêt lui-même à ne pas manquer à sa parole; autrement, il découragerait tous les voyageurs futurs et perdrait le bénéfice qu’il attend d’eux.
Au sortir de Damas, on suit d’abord la direction du nord-est à travers des vergers et des plantations d’oliviers; puis, après avoir dépassé les villages d ' Rarista et de Douma , en longeant à sa gauche quelques-uns des contre-forts de l’Anti-Liban, on franchit dans une gorge les flancs inférieurs du Djebel- 1 inieh.
Au delà, une grande plaine bordée au nord par une chaîne de hauteurs grisâtres se déroule devant les regards. Elle est cultivée, au moins en partie.
Au bout de six heures de marche, à partir de Damas, on arrive à Kouteifeh , village de quatre cents habitants. Il possède un vaste khan et une mosquée, dus l’un et l’autre à Senan-Pacha et construits, il y a trois siècles, par cet ancien gouverneur de Damas, pour servir à l’usage des caravanes qui se rendent de cette dernière ville à Alep par la route d’Homs, l’antique Emessa, et. de Hamab , jadis Epiphania.
Quarante-cinq minutes plus loin, on rencontre Mouaddamieh , assez grand village près duquel on observe, de distance en distance, les ouvertures d’un ancien aqueduc souterrain.
Djeroud, qui est le terme de la première étape, est à huit heures trente minutes de Damas. Ce village important a succédé à la ville de Géroda, mentionnée dans l’ Itinéraire d’Antonin. Chef-lieu d’une petite province, il est administré par un agha qui a sous ses ordres une troupe de cavaliers destinés à tenir en respect les Bédouins qui campent alentour, ou qui quelquefois viennent de fort loin piller les champs et enlever les bestiaux des habitants. Ceux-ci sont, actifs et industrieux, et souvent en lutte avec les tribus nomades qui les environnent.
Au delà, et à une heure de Djeroud, est le petit village d’Atny. O11 commence alors à cheminer dans un morne désert, où aucun arbre, aucune touffe de broussailles même 11e repose la vue au milieu d’une longue et large vallée que bordent à droite et à gauche deux chaînes parallèles de collines. On atteint ainsi, après une marche fatigante qui dure au moins dix heures et qui, à l’époque des grandes chaleurs, est très-pénible, la seconde étape de Kariataïn.
Près de ce village considérable, habité à la fois par des musulmans et par des chrétiens appartenant à l’Église jacobite, coulent des sources intarissables dont les eaux distribuées de tous côtés par divers
PALM Y RE
canaux et de nombreux conduits, ont permis à l’homme de créer en cet endroit une véritable oasis.
Kariatain doit son nom (les deux villes) aux deux quartiers qui le composent. Les maisons en sont grossièrement bâties; mais parmi les matériaux avec lesquels elles ont été construites, on remarque des fragments de belles pierres de taille évidemment antiques.
Çà et là aussi, gisent sur le sol des tronçons de colonnes, restes, sans doute, de quelque ancien temple qui, à l’époque chrétienne, aura été transformé en église.
On reconnaît généralement dans Kariatain la ville épiscopale de Corcidaea, qui dépendait de la province de Damas. Le docte Porter, remontant à des temps beaucoup plus reculés, propose également, et non sans quelque raison, à cause des sources qui abondent en ce lieu, d’y voir l’antique cité de Hazar-Enan (la ville des Sources), signalée dans le Livre des Nombres (ch. xxxiv, i 9 et 10) et dans les Prophéties d’Ézéchiel (ch. xlvh, if 19, et xlviii, i/ 1), comme étant située sur les frontières du territoire de Damas, vers l’est.
Vingt grandes heures de marche séparent encore le voyageur du but où il tend et qui l’attire. Gomme il ne doit plus trouver d’eau le long de sa route, il ne faut pas qu’il manque de s’en pourvoir avant de quitter Kariatain.
La direction générale qu’il a suivie jusque-là a été celle du nord-est, puis de l’est-nord-est; elle devient maintenant directement celle de l’est. Il continue à s’avancer dans la même vallée dont rien ne rompt la triste monotonie et où le sol, faute d’humidité, est rebelle
Une rue étroite a Damas. Les maisons de» deux côtés de la rue se touchent toilte «ailturc. presque p leurs l.alcons supJrieur,.
A huit heures de Kariatain, une sorte
de tour solitaire, à moitié démolie, l’invite à y passer sa troisième nuit. A quelques centaines de pas de cette ruine, est un bassin circulaire qui, malheureusement, est à sec depuis longtemps, l’aqueduc
P A LMYR E.
qui lui amenait les eaux d’une source située dans les montagnes du sud étant en partie détruit.
Le quatrième jour enfin se lève, jour tant désiré, qui sera sa quatrième et dernière étape. Il lui reste, à la vérité, douze mortelles heures de marche encore à subir dans la même solitude et sous les rayons du même soleil dont aucune ombre ne peut le garantir; mais il sait que, vers le soir, il verra l’astre qui le dévore illuminer et dorer de ses feux mourants les grandes ruines de Palmyre, et qu il
pourra contempler de près les gigantesques débris de cette ville fameuse.
Il n’en faut pas davantage pour charmer les ennuis et les fatigues de la route.
Le soleil commence à incliner à l’ horizon
. . ÏOMHLS KUIHÉES, b S t'OIlMK UK TU Ull S, IM>s l.'ÜUKO KL-KoilOUI,
lorsqu il observe que les montagnes qui bor- A L>KNTBJ;B DE PaMYllE.
dent la vallée vers le sud se rapprochent tout
à coup de celles qui la longent vers le nord et ne laissent entre ces deux chaines qu’une ouverture assez étroite, à l’entrée de laquelle, à droite et à gauche, il aperçoit des espèces de tours, les unes encore debout, les autres renversées, et qui ne sont autre chose que d’anciens monuments funéraires, puis, sur un pic isolé à sa gauche, se dresse un château arabe, et bientôt après Palmyre tout entière est devant lui avec ses immenses lignes de colonnes s’élevant encore majestueusement dans les airs, ou gisantes à terre, brisées et disloquées, avec ses nombreux édifices, soit sacrés, soit profanes, avec ses arcs de triomphe et ses portiques à moitié ou aux trois quarts écroulés, et surtout avec son
incomparable temple du Soleil, l’une des ruines les plus grandioses que nous ait léguées l’antiquité. Autour de cette accumulation prodigieuse de monuments plus ou moins détruits, mais dont les débris attestent une splendeur et une magnificence inouïes, s’arrondit avec de nombreux redans une enceinte flanquée de tours carrées; une partie de cette muraille émerge encore de plusieurs mètres au-dessus du sol, mais ailleurs, surtout du côté du sud, elle est détruite ou ensevelie sous des décombres. Au delà de cette enceinte, au nord-ouest et au sud-ouest principalement, s’étendent de vastes nécropoles; a l’est, derrière le temple du Soleil, quelques palmiers dans des jardins continuent a justifier le nom de Palmyre donné depuis tant de siècles à cette cité. Comme cadre à ce tableau, de hautes collines, nues et sauvages, ou l’immensité du désert. Quel panorama fait pour dédommager amplement le voyageur de ses peines et de ses fatigues, et pour plonger son âme dans une sorte de ravissement sublime qui 1 absorbe et la subjugue tout entière! C’est comme une évocation magique et une apparition soudaine de tout ce que l’art a produit de plus imposant, de plus colossal et aussi de plus orné au milieu d une solitude désolée. Tous ceux qui ont pu contempler ce spectacle en ont été d autant plus émerveillés, qu ils avaient traversé pour en jouir une région que la nature semble avoir traitée en marâtre, en lui refusant l’eau, ce bienfait par excellence des contrées bénies du ciel. De tous côtés autour de Palmyre l’eau manque, et alors c’est la stérilité et la mort; à Palmyre, l’eau reparaît, et grâce à elle, il y a eu jadis surabondance de vie de la part de l’homme dans la manifestation éclatante de sa puissance et de son génie.
Nous allons donner tout à l’heure quelques détails sur plusieurs des plus étonnants spécimens et des débris les plus remarquables de l’architecture palmyrénienne; mais auparavant jetons un regard en arrière et interrogeons l’histoire sur l’origine et sur les destinées de la grande ville qui est là morte
sous nos yeux.
La Bible nous apprend que Salomon fonda Palmyre dans le désert (Rois, 1. 111, ch. ix, ^ 17-18) : (( Et Baalath œdificavit, et Palmiram in teira solitudinis. »
Dans le texte hébreu, le nom de cette ville est Thamar, mot qui signifie palme en arabe comme en hébreu.
L’auteur des Paralipomènes, en reproduisant le même fait, s’exprime ainsi (1. II, ch. vm) :
« 3. Abiit quoque (Salomon) in Emath Suba, et obtinuit eam.
« 4. Et œdificavit Palmiram in deserlo, et alias civitates munitissimas œdificavit in Emath. »
Dans le texte hébreu, il y a ici Thadmor (ville des palmes), dénomination qui s’est perpétuée fidèlement dans celle de Thadmour que les Arabes donnent encore aujourd’hui à la même localité.
Nous lisons également à ce sujet dans Josèphe (Antiquités judaïques, 1. VIII, ch. vi, § 1) :
« Salomon, pénétrant dans le désert situé au-dessus de la Syrie, y fonda une très -grande ville, éloignée de deux jours de marche de la Syrie supérieure, d’un seul de l’Euphrate et de six de la grande Babylone. La raison pour laquelle cette ville fût bâtie si loin de toutes les autres parties habitées de la Syrie, c’est qu’ au-dessous d’elle il n’y a point d’eau, et que sur son seul emplacement on a trouvé des sources et des puits. Salomon construisit donc cette cité, l’entoura de puissantes murailles et l’appela Thadamora; tel est le nom qu’elle porte encore parmi les Syriens; les Grecs 1 appellent Palmyra. »
On a inféré, et avec raison, de ces passages de la Bible et de Josèphe, que Salomon a été le premier fondateur de cette ville; mais on est en droit également d’en conclure qu avant d être agrandie, embellie et entourée de murailles par ce monarque, cette localité avait déjà, à cause de ses deux sources, une certaine importance. Les palmiers, en effet, que Salomon y trouva et qui lui firent dési-
gner la ville qu’il fondait sous le nom de Thamar ou de Thadmor, ne sont d’ordinaire l’arbre que des pays habités, et il est probable qu’avant cette époque, des sources aussi précieuses dans le désert n’avaient pas dû être négligées par les anciens habitants de la contrée; sans doute les caravanes qui, bien avant Salomon, traversaient la Mésopotamie pour se rendre en Syrie, avaient déjà dû établir dans ce lieu un comptoir de commerce, un point tout naturel de balte et de ravitaillement.
Quoi qu’il en soit, la tradition relative à la fondation de Palmyre par Salomon, comme cité de premier ordre et entourée de murailles, et non plus seulement comme simple station de passage, est à la fois consignée dans la Bible et dans Josèphe, et elle s’est transmise jusqu’à nos jours à travers les siècles, parmi les Juifs et les Arabes. Ce prince, en créant cette grande ville, avait eu pour but d’attirer dans ses États les caravanes et les richesses de l’Inde, en mettant la Palestine et la Syrie en communication plus facile avec Babylone, les rives de l’Euphrate et le golfe Persique.
Chose singulière, une obscurité complète qui dure un millier d’années enveloppe ensuite l’histoire de la Thadmor salomonienne, la Palmyra des Grecs et des Romains, et il faut traverser de longs siècles pour voir reparaître dans les écrivains de l’antiquité le nom de cette ville. Nous apprenons ainsi par un passage d’Appien ( Histoire des guerres civiles de la République romaine , 1. Y, ch. ix) que Marc-Antoine envoya sa cavalerie pour piller Palmyre, dont les habitants s’étaient réfugiés avec leurs richesses dans une très-forle position sur les bords de l’Euphrate.
A l’époque de Pline l’Ancien, elle avait une grande importance, dit cet auteur ( Histoire naturelle, 1. V, ch. xxi h grâce à sa position isolée, à la fertilité de son sol, aux sources qui arrosaient ses champs, que les sahles environnaient de toutes parts, et à l’habileté avec laquelle elle avait su se maintenir indépendante, et conserver une situation mixte et respectée entre deux grands empires rivaux, celui des Parthes et celui des Romains.
Tombée au pouvoir de ces derniers, dans le second siècle de notre ère, elle fut ornée par l’empereur Hadrien, vers l’an 130 après Jésus-Christ, de superbes monuments, et prit le nom d’IIadrianopolis, comme on peut l’inférer d’un passage d’Étienne de Byzance. Elle se gouvernait néanmoins suivant ses propres lois, et les inscriptions gravées sur plusieurs de ses édifices publics prouvent qu’ils avaient été construits à la fois par le sénat et par le peuple.
Au commencement du troisième siècle, elle devint une colonie romaine sous Caraealla. Elle était alors dans toute sa magnificence, et son commerce avec l’Inde, dont elle élait l’une des principales voies et l’un des plus grands entrepôts, en avait fait l’une des plus riches et des plus splendides cités du monde ancien. Ses citoyens, actifs et entreprenants, s’efforçaient à l’envi d’accroître sa prospérité; ils étaient, du reste, récompensés dignement de leurs services et de leurs bienfaits par les statues qu’on leur érigeait, et qui frappaient partout les regards sur les places publiques et le long des portiques ornés de colonnes qui sillonnaient la ville.
Lorsque l’empereur Valérien fut pris par les Perses, Odainath, qui était l’un des personnages les plus importants de Palmyre, vengea la majesté de Rome humiliée dans son souverain, marcha contre les Perses, conquit la Mésopotamie et défit Sapor sous les murs de Ctésiphon (260 après Jésus-Christ). En retour d’un pareil service, Odainath fut investi de la dignité royale par un décret du sénat romain ; mais il ne jouit pas longtemps de ce nouveau titre et de ce nouvel honneur, ayant été assassiné en 267 à Emessa, avec son fils aîné Hérode, par l’un de ses neveux, nommé Mæonius. Il laissa le trône à Zénobie, sa digne épouse et sa veuve à jamais illustre. Depuis ce moment, les deux noms de Zénobie et de Palmyre s’associent si étroitement dans l’histoire, qu’on ne peut plus les séparer. La vertu, le courage, la clémence et aussi la grande culture intellectuelle de cette femme extraordinaire ont été
rarement égalés. Elle parlait facilement plusieurs langues. Elle avait appelé à sa cour le célèbre Longin, dont elle avait fait son principal conseiller et avec lequel elle aimait à lire Homère et Platon, et à se pénétrer de leur sublime génie. Pendant toute la minorité de son fils Vahballath Atbénodore, elle administra ainsi sagement ses États, régente de nom, souveraine de fait; mais bientôt le désir d'agrandir son royaume la poussa à conquérir l’Égypte, qui, en 269, fut envahie et subjuguée
Hüines d’un mausolée, prés de l'extrémité nord-ouest de la grand
Dans l’intérieur, beau sarcopliage richement décoré.
par l’un de ses généraux, nommé Septimius Zabda. A la mort de Vahballath, en 271, elle continua à régner au nom de Herennianus et de Timolaüs, deux autres de ses fils, alors fort jeunes. Dans cette même année, à l’instigation, dit-on, de Longin, elle conçut des projets plus vastes, et aspirant à devenir la véritable reine de l’Orient, elle osa secouer le joug des Romains et écrivit a l’empereur Aurélien une lettre pleine de fierté, dans laquelle elle se déclarait indépendante. Aurehen s empressa aussitôt de marcher contre elle, et, pendant que l’un de ses lieutenants lui enlevait l’Égypte par la défaite de Zabda, il s’avançait lui-même avec une puissante armée à travers l’Asie Mineure,
I» A LMYR E.
et, pénétrant en Syrie, il remportait coup sur coup deux victoires éclatantes auprès d’Antioche et d’Emessa sur Zenobius et Septimius Zabbaï, autres généraux de Zénobie. Celle-ci, qui avait assisté à ces deux batailles, se réfugia après ce second échec dans sa capitale. Aurélien l’y suivit, per-
Ahc de triomphe, a Pai.myre.
Situé à trois cerit cinquante pas de l’angle nord-ouest du temple du Soleil, il formait la triple entrée de la grande colonnade
pétuellement harcelé par des troupes de Bédouins, et il commença immédiatement le siège de la ville. Zénobie se défendit d’abord avec beaucoup de courage; mais ensuite, à l’arrivée de Probus, le même général qui fut plus tard empereur, et qui, vainqueur de Zabda, accourait d’Égypte avec de puissants renforts, elle résolut d’échapper aux Romains par la fuite, et, montée sur l’un de ses plus légers dromadaires, elle avait déjà atteint les bords de l’Euphrate, lorsque des cavaliers agiles, lancés
palmyre.
à sa poursuite, parvinrent à s’emparer d'elle et la ramenèrent aux pieds de l’empereur. La ville ne tarda pas alors à se rendre et fut traitée avec douceur.
Aurélien se retira bientôt avec sa royale captive, qu’il réservait pour sou triomphe, et laissa à Palmyre une garnison de six cents archers. Le retour de l'empereur à Rome fut accompagné d’une pompe extraordinaire. Une foule de captifs appartenant à toutes les nations qu’il avait subjuguées marchaient devant lui; mais parmi eux on remarquait principalement Zénobie. Belle et imposante '"re C,ans Son humiliatio1' et tlans 8011 malheur, elle attirait et captivait tous les regards par la
mar
encoi
noblesse de son maintien. Rien n’avait été oublié néanmoins pour insulter davantage à sa splendeur passée et a son infortune présente. Le ’
cou entouré d’une chaîne d’or, elle succombait sous le poids de ses propres joyaux, dont on l’avait accablée, et elle précédait à pied le char triomphal d’Aurélien, que traînaient quatre éléphants.
La garnison établie à Palmyre par cet empereur fut bientôt massacrée dans une révolte des habitants. Aurélien, en apprenant cette nouvelle, se hâta de revenir plein de fureur, et noya la ville dans des flots de sang : des milliers même de femmes, de vieillards et d’enfants furent égorgés sans pitié. Tout fut pillé et saccagé. Palmyre ne se releva jamais d’une pareille catastrophe. Cependant Aurélien lui-même, quelque temps après, essaya de réparer les ruines qu’il avait faites et ordonna de restaurer le grand temple du Soleil.
Vingt années plus tard, sous le règne de Dioclétien, les murs de la cité furent rebâtis. Devenue le siège d’un évêché, Palmyre vit alors sans doute convertir en églises chrétiennes plusieurs de ses temples. Justinien, dans la suite, reconstruisit son enceinte, comme nous l’apprend Procope, et il est à présumer qu’il en amoindrit à dessein le circuit, qui paraît avoir été auparavant beaucoup plus con-
PALMYRE
sidérablo. La ville, en effet, avait à cette époque singulièrement perdu de son importance première, et pour mieux la défendre, il fallait restreindre le périmètre de ses murs.
Une fois tombée au pouvoir des musulmans, elle déclina de plus en plus. Sa population toutefois se maintint encore à un chiffre relativement assez élevé; car, en 1172, Benjamin de Tudèle y trouva une colonie juive qu’il estime à quatre mille âmes, et qui, d’après une tradition, était le reste des anciens colons juifs que Salomon avait, dit-on, transplantés dans cette ville, quand il la fonda. Aujourd’hui cette colonie juive a complètement disparu, et le nombre des habitants d’une cité jadis si florissante et si populeuse se réduit à quelques centaines de pauvres Arabes, vivant dans d’humbles cabanes qu’ils se sont construites le long des portiques du grand temple du Soleil. Héritiers des plus riches commerçants du monde antique, dont les maisons étaient des palais, et dont les monuments publics étalaient une grandeur et un éclat incomparables, ils végètent misérablement au milieu des merveilleux débris qui les entourent, et vivent du produit de quelques jardins qu’ils cultivent près de leur village.
Pendant très-longtemps, les ruines de Palmyre restèrent comme perdues dans la solitude qui les environnait de toutes parts, et aucun voyageur européen 11e venait les visiter. A peine meme les nations de l’Occident en soupçonnaient-elles l’existence. Les Bédouins seuls de la Syrie et de la Mésopotamie en connaissaient et en vantaient la beauté. Enfin, dans la dernière partie du dix-septième siècle, des négociants anglais d’Alep résolurent de s’assurer par eux-mêmes de la véracité de ces récits étranges qu’ils prenaient d’abord pour des fables enfantées à plaisir par l’imagination arabe. En 1678 donc, ils essayèrent de gagner l’ancienne capitale du désert; mais ils furent dévalisés en route et obligés de revenir sur leurs pas. En 1691, ils recommencèrent leur tentative et furent alors assez heureux pour atteindre leur but. La relation de leur voyage a été publiée, en 1695, par Halifax dans les Philosophical Transactions of London.
En 1751, un autre Anglais, Robert Wood, visita et dessina ces mêmes ruines, de concert avec son compagnon de voyage Dawkins, et publia en 1753 ses remarquables dessins dans un splendide ouvrage in-folio, intitulé : the Ruins of Palmyra. Il joignit en outre à sa description architecturale la copie de treize inscriptions en langue palmyrénienne. Depuis lors, Palmyre a vu successivement arriver un assez grand nombre de voyageurs de toutes nations, venus, les uns pour admirer les restes de ses monuments en simples touristes, les auires pour des étudier aussi en savants. Parmi ceux-ci, je signalerai surtout M. Waddington et M. le comte de Vogüé. Nous devons au premier le texte et le commentaire très-érudit de plusieurs centaines de textes grecs inédits recueillis par lui dans l’Asie centrale et notamment à Palmyre, et au second la traduction et le commentaire de cent quarantesix inscriptions palmyréniennes du plus haut intérêt, copiées, soit par lui-même en 1853, soit par M. Waddington en 1861, et les principales estampées, en 1864, par M. le lieutenant de vaisseau Vignes, qui a rapporté en même temps de son exploration trente-cinq belles photographies et une série d’observations astronomiques qui changent de près d’un degré la position occupée par Palmyre sur nos cartes.
Dans le grand ouvrage publié par M. de Vogüé, en 1869, sous le titre de Syrie centrale et Inscriptions sémitiques, ce docte orientaliste divise en quatre catégories différentes les inscriptions palmyréniennes sur lesquelles il appelle l’attention du monde savant.
1° Inscriptions honorifiques : elles sont gravées sur les colonnes corinthiennes qui forment ces remarquables avenues le Ion g des rues principales, ou qui ornent les cours et les portiques des temples. La plupart de ces colonnes portent, engagées dans leur fût, des consoles saillantes, petits piédestaux sur lesquels
palmyre.
il y avait autrefois des statues ou des bustes; Inscription avait pour but d’indiquer le nom et les se, v,ces u personnage qm avait mente que son portrait fût ainsi exposé aux regards de ses concitoyens.
2° Inscriptions funéraires : elles sont gravées sur les magnifiques tombeaux qui entouraient la ville antique de divers côtés.
PALMYRE
3° Inscriptions religieuses gravées, presque sans exception, sur de petits autels votifs que les musulmans ont utilisés pour la décoration de leur cimetière ou pour indiquer la place de leurs tombes.
4° Légendes gravées sur de petites tessères ou autres objets en terre cuite trouvés au milieu des ruines.
La langue de ces inscriptions, comme le fait observer M. de Vogüé, est la langue araméenne, que des nuances séparent seules du syriaque moderne. Quant à l’écriture, elle est spéciale à Palmyre; mais elle appartient, comme la langue, à la famille araméenne, et elle offre la plus grande analogie avec l’écriture hébraïque dite carrée. Ces inscriptions permettent également de constater dans la Palmyrène, à côté de l’alphabet officiel et monumental, l’existence d’un alphabet vulgaire, dont les formes de plus en plus cursives ont préparé, suivant la remarque judicieuse de M. de Vogüé, la formation des alphabets modernes de la Syrie et de l’Arabie. Enfin, comme beaucoup de ces inscriptions sont accompagnées d’une traduction grecque, sans doute contemporaine, les transcriptions de noms propres donnent des renseignements très-précieux sur la prononciation locale.
Il me reste maintenant à décrire sommairement les principales ruines que l’on remarque à Palmyre.
J’ai déjà signalé plus haut l’existence de nombi’euses tours funéraires, situées à l’entrée et le long de l’étroite vallée qui, du côté de l’ouest, précède l’emplacement de la ville et qui, à cause de ces mausolées, a reçu le nom de Oued el-Kobour (vallée des Tombeaux). C’était l’un des cimetières de la ville antique, qui en comptait plusieurs autres. Quelques-unes de ces tours, de forme carrée, sont encore debout. L’une des plus belles et des plus ornées mesure environ neuf mètres de large sur chaque face et vingt-six de haut. Elle est divisée en quatre étages. La porte d’entrée est surmontée d’un élégant fronton au-dessus duquel on lit sur une plaquette, en palmyrénien et en grec, les noms des fondateurs de ce monument. L’intérieur en est décoré avec une grande richesse. Il renferme à chaque étage une magnifique chambre funéraire contenant beaucoup de niches à cercueils ; des bustes, malheureusement dégradés par les Arabes, représentent les traits, et des inscriptions révèlent les noms des différents personnages qui y furent ensevelis, embaumés sans doute, à la manière égyptienne, comme semblent le prouver les restes qu’on y a trouvés. Une centaine, au moins, de tours semblables s’élèvent dans la même vallée. Beaucoup n’offrent plus que des monceaux de décombres.
Le château arabe dont j’ai également parlé comme défendant ce passage est assis sur une haute colline. Peut-être a-t-il succédé à un autre plus ancien. Dans tous les cas, tel qu’il est aujourd’hui, il ne paraît pas remonter au delà du quinzième ou du seizième siècle. Un fossé creusé dans le roc vif l’environne de tous côtés. Un pont-levis, actuellement brisé, y donnait jadis accès. Pour y pénétrer maintenant, il faut se laisser glisser dans le fossé et en gravir ensuite difficilement l’escarpe opposée. C’est un grand bâtiment irrégulier, avec de nombreuses salles, des corridors et des chambres de toutes sortes, qui pourrait servir de caserne à une garnison assez considérable. Les uns l’attribuent à Tamerlan, d’autres à Sélim Ier, d’autres enfin à un prince druse. Il avait été construit pour commander à la fois la ville et ses approches.
En descendant de ce château, vers le sud-est, on rencontre d’abord, après avoir franchi l’enceinte de Palmyre, les débris de deux superbes mausolées qui devaient ressembler à de véritables temples. L’un était précédé d’un portique dont deux colonnes sont encore en place. Il renferme intérieurement un sarcophage richement orné. L’autre est situé à l’extrémité occidentale de la grande colonnade. Les six colonnes monolithes de son portique sont encore debout. Dans l’intérieur de la cella, des places pour les sarcophages avaient été ménagées sur trois des côtés.
Un peu plus à l’ouest, les ruines d’un autre édifice plus considérable appellent l’attention. Était-ce
un temple. eta,l-ce un mausolée? On ne pourrait le dire d’une manière certaine; mais on croit généralement que, de même que les deux que je viens de signaler, il avait une destination funéraire avec l’apparence d’un temple. Sa cella mesure trente mètres de long. Une seule des quatre colonnes de son portique est debout. Deux porches ornés de colonnes le précédaient à droite et à gauche, comme des espères d’ailes. La richesse de la frise qui le décorait a frappé d'admiration tous les voyageurs. Le nom de Dioclétien gravé sur une architrave brisée semble prouver que ce monument date de cet empereur.
La grande colonnade qui traversait la ville dans les trois quarts de sa longueur était l’une des merveilles de Palmyre et du monde. Elle avait environ mille deux cent cinquante mètres de long et consistait primitivement en quatre rangées de colonnes formant trois vastes avenues, une centrale et deux latérales de moindres dimensions en largeur. On a calculé que, lorsqu’elle était entière, elle comptait plus de mille cinq cents colonnes, dont cent cinquante sont encore en place; les autres sont couchées à terre avec leurs chapiteaux corinthiens brisés. Leur hauteur était de dix-sept mètres. Chacune d’elles avait une sorte de console engagée dans son fût, vers son côté intérieur, console destinée à porter un buste ou une statue. C’étaient les portraits des grands citoyens qui avaient bien mérité de la patrie et dont les images étaient ainsi sans cesse exposées aux regards de tous les passants.
PALM Y R E
Des inscriptions commémoratives gravées sur des tablettes placées au-dessous des consoles perpétuaient, avec leurs noms, le souvenir de leurs services et celui de la reconnaissance publique. Ces trois immenses avenues étaient coupées, à droite et à gauche, par d’autres avenues semblables, mais beaucoup moins considérables, et elles aboutissaient, vers l’est, à un magnifique arc de triomphe percé de trois baies monumentales répondant à chacun de ces longs et majestueux portiques. Il était orné de belles colonnes monolithes de granit dont le fût de l’une, qui gît sur le sol, mesure plus de neuf mètres de long sur quatre-vingt-quinze centimètres de large. On se demande comment une pareille masse a pu être transportée du fond de la haute Égypte jusque dans le désert de la Palmyrène.
A l’extrémité orientale de la ville s’élevait le grand temple du Soleil. Il effaçait de beaucoup en étendue et en magnificence tous les autres temples de Palmyre, et c’est encore l’une des plus belles et des plus imposantes ruines de la Syrie. Il consiste en une enceinte carrée mesurant deux cent vingtsix mètres sur chaque face et vingt et un mètres de hauteur. Ce mur s’appuie extérieurement sur un soubassement qui fait saillie, et la monotonie en est rachetée par de gracieux pilastres qui soutiennent une frise et une corniche. Il en subsiste encore des restes considérables. On pénétrait dans cette enceinte, vers l’ouest, par trois superbes portes dont les pieds-droits et les linteaux étaient richement sculptés, et qui malheureusement ont été très-dégradés et sont en partie masqués par des constructions sarrasines très-grossières, datant de l’époque où le temple a été converti par les Arabes en une forteresse et environné d’un fossé. Le portique qui précédait cette entrée a été complètement détruit. Intérieurement, autour du mur d’enceinte, régnait une double galerie, supportée par des colonnes corinthiennes dont les fûts étaient également munis de consoles servant de piédestaux à autant de statues ou de bustes. Une centaine de ces colonnes sont encore debout avec leur entablement.
Au centre du parvis s’élevait le temple proprement dit, dont la direction était celle du nord au sud, mais dont la porte d’entrée regardait l’ouest et avait été placée, par conséquent, sur la face occidentale, afin de faire vis-à-vis à l’entrée de l’enceinte. Un péristyle de colonnes entourait la cella, que terminait à chacune de ses deux extrémités une petite chambre, sorte de sanctuaire dont le plafond était richement sculpté. C’est dans cette enceinte, autrefois si merveilleuse, et que tous les arts avaient concouru à embellir, que se sont réfugiés les derniers et tristes restes de l’opulente et nombreuse population de Palmyre. D’ignobles échoppes, des ruelles infectes, des Arabes en haillons, voilà ce qui frappe les yeux du voyageur, lorsqu’il parcourt le chétif village qui s’est établi en cet endroit et qui se glorifie de porter encore le pompeux et magique nom de Thadmour.
Les murs qui environnaient la ville étaient flanqués de tours carrées. 11 en subsiste des vestiges considérables vers le nord, vers l’est et vers l’ouest; vers le sud, au contraire, ils sont en grande partie détruits ou ensevelis sous des monticules de sable, de terre et de décombres.
Indépendamment des deux sources qui avaient motivé la fondation d’une si grande cité au milieu d’un pareil désert, et qui y coulent encore en formant un ruisseau abondant, mais dont l’eau est légèrement tiède et sulfureuse, les anciens habitants de Palmyre avaient fait venir pour eux, au prix d’immenses travaux, une eau plus douce et plus fraîche, empruntée à une source lointaine, peut-être à l’une de celles de Kariataïn. On observe encore maintenant dans l’Oued el-Kobour les traces d’un aqueduc souterrain qui amenait cette eau.
Sans mentionner dans cette courte description des débris encore reconnaissables d’autres temples et d’autres portiques, je me hâte de ramener le lecteur à Damas et de le conduire de là à Baalbek, la rivale de Palmyre pour la beauté et la grandeur de ses ruines.
RAALBEK
Soixante-quinze kilomètres environ séparent Damas de Baalhck. Au sortir de la première de ces villes, on suit d’abord jusqu’à Bhoummar , dans la direction du nord-ouest, la belle route carrossable qui mène à Beyrouth. On l’abandonne ensuite, pour gravir vers le nord, puis vers le nord-
Bouquet de vieux figuiers sun i,es bords du Babada, près de l’Ais-Fidjf,h.
ouest, plusieurs collines calcaires d’une blancheur éblouissante, dont le regard soutient à peine l’éclat, tandis qu’à gauche serpente, dans une vallée étroite et profonde, le Nahr-Barada aux eaux rapides et murmurantes. Les yeux ne se détachent qu’à regret de cette charmante rivière, que bordent de longues avenues de saules et de peupliers, et (;à et là des villages environnés de jardins.
Aux collines que je viens de mentionner succède un plateau caillouteux et sablonneux en même temps, appelé Sahara; il est dépourvu de toute végétation. Apiès l’avoir traversé vers le nord, on
B A AL B EK
descend vers l’ouest des pentes cultivées en vignes et en figuiers, et, au bout de trois heures quarante-cinq minutes de marche, à partir de Damas, on parvient à Bessimci. C’est un petit village musulman situé au fond d’une vallée qu’environnent et surplombent des hauteurs rocheuses très-
escarpées et où, grâce aux eaux du Barada qui fait un coude de ce côté, prospèrent d’admirables vergers, plantés de noyers, de grenadiers, de figuiers, d’abricotiers et de vignes, qu’entremêlent des saules et des peupliers, et aussi quelques carrés cultivés eu blé.
A trente minutes au nord-ouest tic Bessima, en côtoyant les rives sinueuses du Barada, que l’on esl toujours heureux de retrouver, on rencontre un autre village, nommé El-Fidjeh, assez mal bâti et peuplé de musulmans; il avoisine une source admirable, la plus abondante peut-être de toute la Syrie, et qui égale, si même elle ne surpasse pas, celles du Jourdain à Tell el-Kadhy et à Banias.
baalbek,
L',110 jaillit avec une impétuosité et un fracas extraordinaires, comme une cascade écumeuse, d’une sorte de caverne étroite,, au-dessus de laquelle on observe les débris d’un ancien temple. Il avait été
construit avec de belles pierres de taille très-régulières, et bien agencées entre elles. Au fond, deux niches devaient renfermer jadis des statues. A côté de ce temple, et à un niveau inférieur, s’en élevait
B AA LBEK.
un second dont les murs, très -solidement bâtis avec des blocs d’un plus grand appareil, sont encore en partie debout. Trois niches destinées à contenir des statues y avaient été ménagées, l’une au fond, et les deux autres à droite et à gauche de la cella. Celle-ci était une sorte de nymphæum, qui recevait
Tombes son les bords du Barada.
par deux ouvertures une partie des eaux de la source, lesquelles ensuite devaient s’écouler par la porte d’entrée en une belle nappe cristalline.
Dans l’intérieur de ce sanctuaire, consacré sans doute autrefois au dieu Pan et aux nymphes, et depuis longtemps découronné de sa voûte, un vieux noyer a pris racine et le remplit aux trois quarts.
L’Ain el-I'idjeh est regardée généralement comme étant la source du Barada. Édrisi affirme dans sa Géographie (traduction .laubert, t. 1, p. 350) que les eaux qui arrosent le Ghoutha (c’est-à-dire la plaine de Damas) viennent d’une source appelée El-Fidjeh, qui coule, dit-il, de dessous une montagne avec un bruit que l’on entend de fort loin. Aboulfeda prétend également ( Tabula Syriæ } édition Kohler, p. 15) que la source de la rivière
BAALBEK
de Damas (Il désigne par là évidemment le Barada) est sous un temple nommé El-Fidjeh. Telle est aussi l'opinion actuelle des habitants de la contrée. Mais, comme plusieurs voyageurs l’ont observé avant moi, si 1 Ain el-F idjeli est la source de beaucoup la plus considérable et la plus digne d’ètre visitée parmi celles qui alimentent le Barada, celte rivière en a d’autres, dans la partie supérieure de son cours, dont il sera question ultérieurement.
C’est ainsi, par exemple, que le Jourdain passe pour naître à Tell el-Kadhy et à Banias; mais, en réalité, sa première source est plus loin et plus haut, puisqu’elle avoisine Hasbeya, comme nous 1 avons dit a propos du Nahr el-Hasbany, qui n’est, autre chose que le Jourdain supérieur.
Quoi qu il en soit, il est difficile de trouver un endroit plus romantique et plus saisissant que celui où nous sommes en ce moment, et l’on y passerait volontiers de longues heures, plongé dans une contemplation méditative et dans une reverie sans fin, à l’ombre des divers arbres qui y forment un abri impénétrable aux rayons du soleil. Là, près des ruines de ces temples qui ont vu tant de générations humaines passer et s’écouler devant elles, semblables au torrent qui fuit et mugit à leur pied, on aime à voir bondir, en bouillonnant, du sein de la grotte mystérieuse d’où elle se précipite, une onde qui se renouvelle sans cesse; on se plaît à prêter l’oreille à cette grande voix de la source, qui ne se lait ni jour ni nuit, et qui imite les longs et mélancoliques gémissements de la mer.
Mais il est temps de nous arracher à ce lieu enchanteur, et de poursuivre notre route vers l’ouest. A notre droite se dressent au-dessus de nos têtes d’énormes rochers; on dirait des murailles gigantesques qui défient toute escalade; à notre gauche, le Barada décrit ses méandres tortueux.
Au bout de quinze minutes de marche, la vallée extrêmement étroite où nous cheminons commence à s’élargir, et bientôt nous traversons le village de Deir-MekeiTÙi, dont la population est de quatre cents musulmans, et dont les maisons sont grossièrement bâties avec de grandes briques cuites seulement au soleil; il est situé au-dessus de la rivière. Les jardins qui l’entourent sont principalement cultivés en figuiers.
Plus loin, nous rencontrons, en avançant toujours dans la même direction, les villages de Kefr ez-Zeit et de Kefr el-Aouamid. Ce dernier doit son nom de village des Colonnes aux débris d’un ancien temple dont il subsiste encore plusieurs fûts de colonnes, quelques chapiteaux corinthiens, beaucoup de pierres de taille et les fragments d’un fronton richement sculpté.
En cet endroit nous franchissons sur un pont le Nain -Barada, que nous remontons alors sur sa rive droite, dans la direction du nord-ouest. La vallée se rétrécit de nouveau et ondule entre de hautes montagnes d’un aspect sévère et de difficile accès.
Bientôt nous avons devant nous, au nord, la rive gauche de la rivière, le village de Berhalieh , et quelque temps après nous faisons halte à Soiifï-Oued el-Barada , autre village assez considérable, et situé à six petites heures de Damas. C’esl là que les voyageurs font d’ordinaire leur première étape, et c’est là que nous la ferons nous-mêmes avec le lecteur, afin de pouvoir signaler à son attention les principaux objets qui méritent de l’arrêter dans cette localité célèbre.
Nous sommes, en effet, sur l’emplacement de l’ancienne Abila ad Libanum, ou Abila de Lysanias, dont le village actuel de Souk-Oued el-Barada n’occupe qu’une faible partie. Elle s’étendait sur les deux rives de la rivière; le village moderne, au contraire, s’est uniquement concentré sur la rive droite. Les maisons des habitants renferment presque toutes des matériaux antiques de toute nature, enlevés soit à des monuments, soit même à des tombeaux, et encastrés confusément dans des constructions grossières. La mosquée a remplacé une église chrétienne, qui elle-même, sans aucun doute, avait succédé à un temple païen. Il subsiste de ce dernier édifice de nombreuses pierres de taille, des
BAALBEK
fragments de colonnes et un chapiteau ionique. Dans les jardins, on heurte à chaque pas des décombres, et les paysans qui les cultivent' en exhument souvent des débris plus ou moins remar-
Tomiks i.t aQi-eoix mis dk Soi k m lî>nn>. l’asoik'nk Ami.».
quables. Deux aqueducs creusés dans le roc le longdès deux rives du Barada, et encore en partie conservés, mais depuis longtemps hors d’usage, alimentaient les fontaines publiques de la ville. Us avaient été pratiqués d’une manière fort intelligente, et étaient éclairés de distance en distance par des regards. L’eau, prise dans la rivière au delà et en amont de la cité antique, était ainsi plus pure que celle qu’on aurait pu y recueillir au milieu de son enceinte, et en outre, provenant de plus haut, elle pouvait être distribuée aux quartiers les plus élevés.
La vallée où Ahila était assise est dominée de plusieurs côtés, et principalement à l’ouest, par des montagnes abruptes dont les flancs, sur la rive gauche du Barada, sont percés à différentes hauteurs par l’un des aqueducs que j’ai signalés, par une grande route taillée dans le roc et par de nombreuses grottes sépulcrales.
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Cet aqueduc est tantôt souterrain, nient par de larges dalles. Quant à la
en forme de tunnel, et tantôt à jour, et alors recouvert obliqueroute, elle a été pratiquée, l’an 166 ou 167 de notre ère, à une
POST MODERNE TRAVERSANT LE BaBADA, AUPRES U AbILA,
trentaine de mètres au-dessus d’une voie plus ancienne, que les débordements du Barada avaient coupée. Cette entaille dans le roc vif mesure cent quatre-vingts pas de long sur sept de large. Elle
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s’arrête maintenant brusquement à l’une de ses extrémités, et, si elle a jamais été terminée, elle devait franchir un abîme qui s’ouvre béant de ce côté, au moyen d’un pont dont les traces ont entièrement disparu. Sur les parois des rochers ainsi excavés verticalement à droite et à gauche, de manière à former deux murailles parallèles, l’une adossée à la montagne et l’autre surplombant la gorge du Barada, on remarque en un point deux niches superposées, dont l’inférieure contient un cippe portant une inscription latine, que je reproduis ici en complétant les mots :
« Pro salute imperatorum augustorum Antonini et V eri Marcus F olusius Maximus, centuno leqionis XVI Flaviœ Firmœ gui operi institit, voto suscepto (ou votum solvit). »
« Pour le salut des empereurs augustes Antonin et Verus, Marcus Volusius Maximus, centurion de la XVIe légion Flavia Firma qui a dirigé les travaux, par suite d’un vœu (ou s’est acquitté de son vœu). »
La niche supérieure devait probablement renfermer une statuette.
A droite de la niche inférieure, un grand cartouche avec queue d’aronde contient cetle autre inscription :
« Imperator Cæsar Marcus Aurelius Antoninus Augustus Armeniacm et imperator Cœsar Lucius Aurelius Verus Augustus Armeniacus viam jluminis vi abruptam inter ci so monte restituerunt per Julium Verum legalum pro prætore provinciœ Syrice et amicuni suum impendiis Abilenorum. »
u L’empereur César Marcus Aurelius Antonin Auguste Armeniacus et l’empereur César Lucius Aurelius Verus Auguste Armeniacus ont rétabli la route détruite par la violence de la rivière, en faisant pratiquer une tranchée dans la montagne par Julius Verus, légat et propréteur de la province de Syrie et ami de Verus, aux frais des Abilènes. »
Un peu plus loin, sur les flancs de la même tranchée, on lit les deux mêmes inscriptions, gravées également, la première sur un cippe, et la seconde dans un cartouche.
En descendant de là dans le canal de l’aqueduc que j’ai mentionné tout à l’heure, et en s’en servant comme d’un sentier pour contourner vers le nord des pentes rocheuses très-escarpées, on parvient bientôt à une assez vaste nécropole, composée de grottes sépulcrales étagées à différentes hauteurs, et dont quelques-unes sont précédées d’escaliers taillés dans le roc, qui permettaient de les atteindre plus facilement. L’un des plus grands de ces caveaux renferme intérieurement seize loculi ou espèces d’auges sépulcrales ménagées dans l’épaisseur du roc évidé. Le plafond des chambres funéraires est plat, mais il s’arrondit ordinairement vers la partie postérieure et quelquefois aussi sur les côtés, en une arcade cintrée, sous laquelle d’autres cuves analogues ont été creusées. Toutes ces tombes, d’ailleurs, ont été violées, et les couvercles qui les fermaient ont été soit enlevés, soit brisés. Quelques débris d’inscriptions grecques sont encore visibles sur le devant de plusieurs caveaux; mais les surfaces planées sur lesquelles elles avaient été gravées ont été mutilées à dessein ou dégradées par le temps.
L’histoire d’Abila se réduit, du reste, à un petit nombre de faits. Pour distinguer celte cité d’autres villes du même nom, on l’appelait Abila du Liban , à cause de sa position au milieu des montagnes de l’Anti-Liban; plus souvent encore, elle était désignée sous le nom de Abila de Lysanias, sans doute parce qu’elle fut embellie et agrandie par le tétrarque ainsi appelé. Elle était alors le chef-lieu d’un district particulier nommé l’Abilène, comme le prouve le passage suivant de saint Luc (ch. m) :
« 1. La quinzième année de l’empire de Tibère César, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, tétrarque de biturée et de la province de la Trachonitide, et Lysanias, tétrarque de l’Abilène,
B A AL B K K
. 2. Anne et Caïphe étant souverains sacrificateurs, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert, a ’
Dix ans plus tard, l’an 38 de l'ère chrétienne, Caligula, la première année de son règne, donna à Agrippa l’Ancien la tétrarchie de son oncle Philippe, dont il le constitua roi, avec celle de Lysanias ou l’Abilène, et Claude, lors de son avènement à l’empire, lui confirma la possession de ces provinces. A la mort d’ Agrippa l’Ancien, l’Abilène passa à son fils Agrippa le Jeune, devant lequel cornparut saint Paul.
L’histoire se tait ensuite sur Abilamais nous savons, par les deux inscriptions latines que j’ai reproduites plus haut, que celle ville était encore florissante sous les empereurs Marcus Aurelius et Lucius Verus, puisque ses habitants purent payer les frais de la route taillée dans le roc dont j’ai parlé, route qui fut exécutée probablement l’an 166 ou 167 de notre ère.
Une fois convertie au christianisme,
Abila devint le siège d’un évêché. Un de ses évêques, Jordan us, était présent au concile de Chalcédoine, en 45 1; un autre du nom d’Alexandre, est mentionné sous l’empereur Justin, en 518. Le nom d’un troisième, appelé Jean, a été découvert par M. de Saulcy sur une stèle funéraire qui servait, en 1851, de montant à la porte d’une maison du village, et qui depuis a été transportée ailleurs.
En 634, Abila fut prise et saccagée par les Sarrasins, et comme elle tomba en leur pouvoir à l’époque d’une foire annuelle qui s’y tenait près d’un monastère célèbre qui attirait à la fois et beaucoup de pèlerins et beaucoup de marchands, le nom de Souk Oued el- Cu Barada (marché de l’oued Barada) a fini, parmi les Arabes, par effacer complètement celui d’Abila, qui s’est conservé seulement,
c une légè
BAALBEK
altération, dans la désignation d’un oualy situé sur le sommet d’une montagne voisine, et où les musulmans vénèrent la prétendue tombe de Neby-TJabil. De dimensions gigantesques, elle renfermerait, d’après leurs traditions, la dépouille mortelle du juste Abel, tué par son frère, et dont le cadavre aurait été porté et enterré par Caïn en cet endroit.
En quittant l’emplacement de l’antique Abila, on traverse sur un pont moderne d’une seule arche le Nalir el-JBarada, pour le remonter vers l’ouest sur sa rive gauche. La gorge où l’on chemine est extrêmement étroite, el se resserre déplus en plus entre des hauteurs rocheuses d’aspect sévère dont les flancs inférieurs ont été jadis exploités comme carrière. Le Barada écume dans son cours torrentueux, et forme c.à et là plusieurs petites cascades.
Au bout de vingt-cinq minutes de marche, après une montée assez roide par un sentier pratiqué dans le roc, nous arrivons auprès d’une magnifique cascade, beaucoup plus remarquable que les précédentes. La rivière tout entière tombe avec fracas par plu sieurs bonds successifs du haut de plusieurs étages de gigantesques rochers, et vers le bas de sa chute fait tourner un moulin.
Notre direction est alors celle de l’ouest-nord-ouest, puis celle du nord ; la gorge s’élargit en une belle vallée, bordée à l’est par la chaîne de l’Anti-Liban, et à l’ouest par le Djebel-Zebedany.
Le Barada, d’impétueux qu’il
Chute du haut Barada, près de Zededaky.
était, devient plus tranqudle et
sillonne paisiblement la plaine qu’il fertilise. Celle-ci est cultivée eu blé. La rivière fait ensuite un coude brusque vers l’ouest, et aboutit de ce côté à un petit lac qui renferme la plus haute de ses
baalbek.
sources, à une altitude de mille soixanfp-cîv 1 , ,
métrés au-dessus de la Mediterranée. Ce bassin mesure
environ trois cents pas de long, sur une centaine do - -, ,,
° taine de laige; situe au pied dune montagne escarpee,
Tombe prétendue df. Nok, a Kkrak.
il est couvert de roseaux et de nénufars qui au printemps le tapissent de leurs fleurs.
Au Barada, qui a là sa première origine, succède le Zebedanv qui le continue en quelque sorte vers le nord, en venant.se jeter dans son lit.
La plaine qu’il arrose est charmante à voir avec ses champs de blé, ses délicieux jardins, ses divers villages et son encadrement majestueux de hautes montagnes.
Nous laissons bientôtà notredroite Moudhaya et Boukin, villages habités par des musulmans et gracieusement assis l’un et l’autre sur les pentes de jolies collines. Les vergers qui les entourent s’étendent à l’ouest jusqu’au Nahr-Zebedany. Plantés de figuiers, de mûriers, d’abricotiers, de noyers, de pommiers etde vignes, ils sont séparés les uns des autres par des haies vives que des rosiers sauvages embaument de leurs parfums et protègent de leurs épines.
Plus loin s’élève également à notre droite Beloudan, situé d’une manière très-pittoresque sur une hauteur considérable, et dont la population se compose à la fois de musulmans et de Grecs schismatiques. Le charme singulier de son climat pendant l’été et l’agrément de ses jardins, où tous les arbres fruitiers de l’Asie et de l’Europe semblent s’être donné rendez-vous, et où murmurent sans cesse une foule de ruisseaux, y attirent, à l’époque des grandes chaleurs, un certain nombre de riches habitants de Damas, qui viennent y chercher l’air pur et vivifiant de la montagne, de beaux ombrages, le calme et la fraîcheur.
A notre gauche, à l’ouest, s’étend dans la vallée, au milieu d’autres jardins également délicieux, le grand village de Zebedany. Divisé en deux quartiers principaux, il contient, dit-on, une population de trois mille âmes, mêlée de musulmans et de chrétiens. Dans les vergers qu’ils cultivent, et qui
prospèrent de même merveilleusement, grâce à une irrigation intelligente, les feuillages et les fruits les plus divers se confondent et se marient ensemble, avec un désordre qui n’est pas sans charme. Près du village, l’une des sources du Nalir-Zebcdany jaillit de dessous un rocher 5 elle est ombragée par un beau bouquet d’arbres.
Au delà de Zebedany, nous suivons vers le nord-nord-est un sentier assez accidenté, coupé sur différents points par des ruisseaux provenant de l’Aïn-Haour. A notre droite se dressent les plus hautes cimes de l’Anti-Liban, dont l’altitude dépasse deux mille mètres au-dessus de la Méditerranée. La blanche couronne de neige qui les argente dès le commencement de l’hiver ne disparaît guère complètement qu’avec les grandes chaleurs.
En poursuivant notre route dans la même direction, nous passons au pied du hameau d’Aïn- Haour, perché sur une colline; la source ainsi appelée l’avoisine. Limpide et abondante, elle alimente plusieurs ruisseaux qui sont utilisés dans leur cours pour l’arrosement du sol, et vont ensuite se perdre dans le lit du Nahr el-Hasbany.
Le grand village de Sourrhaya, où nous parvenons quatre kilomètres plus au nord, et après une marche d’environ cinq héures, au sortir d’Abila, partage en deux moitiés à peu près égales l’intervalle compris entre cette ville et Baalbek. Nous allons donc y faire halte pour la nuit.
Sourrhaya compte un millier d’habitants, tous musulmans. Ils cultivent des jardins qui occupent presque toute la vallée, à l’ouest de laquelle sont groupées leurs demeures. Cette vallée, qui peut
BAALBEK
avotr douze cents mètres de large en cet endroit, est arrosée par trois sources : l’Aïn-Sardi, l’Aïn- Moilkod et l’Ain-Debba. Aux arbres fruitiers de toutes sortes qui y abondent, il faut joindre de belles plantations de vignes. Le raisin en est mangé frais ou desséche au soleil ; ou bien encore le jus qui en est exprimé est cuit dans des fours et transformé en un sirop épais et compacte que les Arabes appellent dibs et dont les musulmans peuvent faire usage, bien que le Koran leur interdise celui du vin. A 1 est et au-dessus du village, plusieurs tombeaux creusés dans le roc, auprès d’un oualy vénéré sous le nom de Neby- Ahmed, appartenaient à la nécropole d’une ancienne bourgade depuis longtemps détruite, et dont 1 emplacement sur une colline voisine est très-reconnaissable. L’appellation antique s’en est perdue pour faire place à la désignation très-vague et qui n’apprend rien de Kharabat (les Ruines).
GlUNDE PIERRE, APPELÉE HADJAR BL-KIBLAH, Elle mesure vingt et un mètres de loi
cinq métrés vingt centimètres de large.
La dernière étape qui conduit à Baalbek est également de cinq heures, comme nous venons de le dire tout à l’heure, ce qui fait ea tout seize heures de marche, au maximum, à partir de Damas. Il serait donc facile de parcourir à cheval cette distance en deux jours; mais, pour avoir le temps d’étudier un peu la contrée chemin faisant et de jeter un coup d’œil sur les diverses localités que j’ai mentionnées et sur celles dont je vais parler encore, trois jours sont indispensables.
Au delà de Sourrhaya, on suit d’abord vers le nord-nord-ouest une vallée étroite et bien cultivée; puis on traverse un pont romain d’une seule arche de forme cintrée et construit en belles pierres de taille. On l’appelle Djisr er-Roummaneh (le puits de la Grenade), sans doute parce qu’autrefois il avoisinait des plantations de grenadiers. 11 a été jeté sur le Nahr-Yahfoufeh, ruisseau qui descend d’une montagne peu éloignée vers l’est, auprès des ruines d’un petit temple situé à Maraboun. Ce nahr serpente dans un lit assez profond et franchit vers l’ouest plusieurs collines à travers une gorge étroite jusqu’à la Bekaa, ou vallée de la Gœlé-Syrie. Après avoir sillonné quelque temps cette vallée dans la direction du sud-ouest, il va se jeter dans le Nahr el-Lilany, un peu à l’est à'El-Kerak. Ce dernier village, habité par des Métualis et par quelques familles de Grecs-unis, est célèbre dans la contrée comme renfermant le prétendu tombeau de Noé. De dimensions colossales, ce sarcophage mesure soixante-douze pas de long; il est contenu dans une mosquée qui tombe en ruine et qui a été construite avec de belles pierres de taille, la plupart antiques.
En continuant à cheminer tantôt vers le nord et tantôt vers le nord-ouest, montant et descendant
tour à tour, nous passons à Khoureibeh, village autrefois important, maintenant peu considérable, et dont la population est de deux cents Métualis.
En face, à l’ouest, sur une colline distante de trois kilomètres, s’élève le village de Neby-Cliith, qui se glorifie de posséder la tombe de Setb, le troisième fils d’Adam. Tl va sans dire que cette tombe, comme celles d’Abel et de Noé, dont il a été question plus haut, affecte des dimensions énormes, d’après la croyance répandue parmi les musulmans que les premiers patriarches étaient tous des géants d’une taille extraordinaire, auprès desquels le Philistin Goliath lui-même n’eût été qu’un humble pygmée.
Six kilomètres plus au nord, nous franchissons le grand ravin de Y Oued-Chabat ; à sec pendant l’été, il court de l’ouest à l’est, pour apporter pendant l’hiver le tribut de ses eaux au Nahr el-Litany.
Plus loin, nous rencontrons successivement trois villages : Bereilan, Thaybeh et Aïn-Bourday . Séparés les uns des autres par une distance de quelques kilomètres, ils sont habités par des Grecs schismatiques et des Grecs-unis.
A l’ouest et à vingt minutes du dernier, est un autre village appelé Douris , au nord duquel on observe les restes d’un édifice ruiné, que plusieurs voyageurs ont considéré comme un temple antique; mais, ainsi que M. de Saulcy l’a remarqué très-justement, c’est un simple oratoire musulman abandonné. Huit tronçons de colonnes monolithes empruntés aux monuments d’Héliopolis soutiennent une lourde corniche de travail arabe.
Enfin, nous mettons pied à terre à Baalbek, et aussitôt tout un monde de ruines apparaît à nos regards.
La ville célèbre dont nous allons examiner sommairement les restes les plus remarquables est considérée par Benjamin de Tudèle comme étant l’antique Baalath signalée dans le passage suivant du livre III des Bois (ch. ix) :
« 17. Salomon bâtit Gazer et Béthoron Inférieure,
« 18. Et Baalath et Palmyre dans le désert. »
Mais, comme celte Baalath est mentionnée après Béthoron Inférieure, plusieurs savants critiques pensent qu’il s’agit ici de la ville, ainsi appelée, qui appartenait à la tribu de Dan. (JosuÉ, ch. xjx, i 44.) Cette conclusion me semble peu rigoureuse; car, si Baalath, dans les versets que je viens de reproduire, est citée après Béthoron Inférieure, elle est signalée aussi avant Palmyre, ce qui permet de la placer bien loin de la tribu de Dan et de Béthoron Inférieure. Il n’est donc point impossible que l’identification proposée par Benjamin de Tudèle ne soit légitime, et qu’il ne faille reconnaître la Baalath fondée par Salomon dans la ville actuelle de Baalbek. Telle est d’ailleurs la tradition encore répandue parmi les Syriens.
D’autres, et peut-être également avec raison, voient dans la plaine de Baalbek la Bikath-Aven du prophète Amos (ch. i, j 5). Les Septante, en effet, traduisent ces deux mots du texte hébreu par -rà iœ$fov'ïQv, la plaine de On, ou d’Héliopolis, la ville du même nom en Égypte étant désignée en Palestine sous celui de On ou de Aven.
Si la véritable origine de Baalbek est incertaine, son histoire pendant de longs^siècles est enveloppée d’une obscurité presque complète. *A l’époque de la conquête romaine, Pompée, en marchant sur Damas, traversa Iléliopolis, déjà soumise, ainsi que Chalcis, sa voisine. Jules César l’ayant transformée en colonie, elle portait sous le règne d’Auguste, comme le témoignent les médailles, les titres de Colonia Julia Augusta Félix Heliopolis. Plus tard, Aelius Antonin le Pieux y éleva un grand temple en l’honneur de Jupiter, temple qui était l’une des merveilles du monde. Ce fait impor-
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tant nous est signalé par Jean d'Antioche, surnommé Mal.1., écrivain du septième siècle (J04HH,S Malàlæ Chronographia, 1. XI.) Peut-être cet empereur ne fit-il que reconstruire le temple dont la fondât, on lu, est attribuée et qui, avant d’être consacré à Jupiter, l’était probablement à Baal-On ou Baal-Soled, auquel la ville était dédiée et dont elle se glorifiait de porter le nom. Des médailles
frappées à l’effigie de Septime Sévère, trente-deux ans après la mort d’Antonin le Pieux, présentent sur le revers l’image d’un temple avec un portique de dix colonnes, et celle d’un second temple avec un péristyle soutenu par de nombreuses colonnes. Ces deux temples, comme on l’a remarqué depuis longtemps, semblent correspondre au petit et au grand temple de l’acropole de Baalbek. La légende qui les accompagne est celle-ci : <c Colonia Ileliopolis Jovi Oplimo Maximo Heliopolila.no. » Un passage de Macrobe (, Saturnales 1. I, ch. exxm) nous apprend qu’on adorait à Héliopolis de Syrie le dieu Soleil sous le nom de Jupiter, et que le culte et le simulacre de cette divinité étaient venus d’IIéliopolis d’Égypte. Une statue d’or de ce dieu était, les jours de fête, promenée triomphalement et en procession
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à travers les rues de la ville. Vénus, sous le titre de 'Hoovrj (la volupté), était aussi à Héliopolis de Syrie l’objet d’un culte particulier, et les cérémonies les plus impures étaient célébrées en son honneur. Constantin y mit un terme, en introduisant le christianisme dans la cité du Soleil et du plaisir, et en y construisant une grande basilique. (Eusèbe, Vie de Constantin, 1. III, ch. lviii.) Héliopolis devint dès lors le siège d’un évêché. Avec Julien l’Apostat, le paganisme y refleurit de nouveau, et les temples des faux dieux se rouvrirent. Théodose, à son avènement au trône, les ferma une seconde fois. Nous lisons même dans la Chronique pascbale (édit. Dindorf, p. 561) qu’il les renversa et convertit en église le grand et fameux sanctuaire de Balanios, le trilithon. Ce nom de Balanios, ainsi que plusieurs savants l’ont observé, et entre autres M. de Saulcy, renferme le mot sémitique baal et le mot grec helios (soleil), réunis et confondus ensemble, après avoir subi une légère altération par le changement, si fréquent parmi les Syriens, de la lettre L en N. Quant au surnom trilithon (à trois pierres), il s’applique parfaitement au grand temple d’Héliopolis, dont la plate-forme se compose à l’ouest., dans son soubassement, de trois blocs énormes qui, de tout temps, ont dû attirer l’attention des visiteurs de ce monument célèbre.
Il ne faut pas prendre à la lettre ce passage de la Chronique pascbale, car les temples d’Héliopolis ne furent pas tous détruits par Théodose, et cet empereur se contenta sans doute d’en renverser quelques-uns, d’interdire dans tous les pratiques de la religion païenne, et de restaurer la basilique fondée par Constantin. 11 subsiste encore des traces très-reconnaissables de ce dernier édifice, dans la vaste cour quadrangulaire qui précède le grand temple de Baalbek.
Dans la première partie du septième siècle, Héliopolis, avec toute la Syrie, tomba au pouvoir des Arabes, et c’est alors qu’elle perdit son nom grec pour prendre celui de Baalbek (ville de Baal), nom dans lequel revivait probablement, plus ou moins altérée, la désignation primitive sous laquelle elle était connue autrefois, et qui avait pu se conserver parmi le peuple. C’est alors aussi que son acropole fut transformée par les musulmans en une puissante forteresse, et que, pour rehausser la vaste plateforme sur laquelle étaient, assis les temples, la flanquer de tours, la créneler et l’environner d’un mur de conlresearpe, et y bâtir une sorte de château pour le commandant de la place, ils bouleversèrent complètement la surface et les contours de cette plate-forme, en se servant, pour leurs constructions nouvelles, des magnifiques matériaux que leur fournissaient les temples et les portiques de l’époque païenne et la basilique chrétienne de Constantin et de Théodosc.
Vers le milieu du douzième siècle, le géographe arabe Édrisi décrit Baalbek comme située dans une fertile région, au milieu d’une ceinture de jardins et de vignobles. Il signale les deux temples de son acropole, et rapporte la tradition qui attribuait le plus grand des deux à Salomon. Quelques années plus tard, le rabbin juif Benjamin de Tudèle déclare également que c’est ce prince, assisté des génies, qui a construit les monuments gigantesques de Baalbek, ville, dit-il, fondée par Salomon sous le nom de Baalath, pour la fille d’un des Pharaons d’Egypte, son épouse.
Souvent éprouvée par de violents tremblements de terre, et plus d’une fois ravagée par différents ennemis, Baalbek était encore relativement assez florissante dans le courant du quatorzième siècle. Vers l’an 1400, elle se rendit à Tamerlan, qui avec ses bordes de Tartares s’avançait de Homs contre Damas. Depuis cette époque, elle est rarement mentionnée dans l’histoire.
Dans les temps modernes, les ruines de ses monuments ont été visitées et décrites par de nombreux voyageurs. La publication la plus importante dont elles aient été l’objet est le grand ouvrage de Wood et de Dawkins, qui les étudièrent avec soin en 1751, et en reproduisirent quelques années après le plan et les principaux détails dans de splendides dessins accompagnés de notes développées.
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antiques. Il en est de même des mosquées : celles-ci tombent en ruine et sont presque abandonnées. On en distingue deux, entre autres, qui sont très-vastes et entièrement bâties avec de belles pierres de taille arrachées à d’anciens édifices. Précédées de cours, elles sont, tant dans leurs parvis que dans l’intérieur de l’édifice sacré, ornées de superbes colonnes enlevées aux temples de Baalbek. Ces colonnes diffèrent entre elles de diamètre, de matière et de grandeur; les unes sont en granit gris, d’autres en granit rose, celles-ci en pierre calcaire, celles-là en porphyre : presque toutes sont couronnées de chapiteaux corinthiens. Un certain nombre d’entre elles sont couchées à terre avec leurs cha-
Actuellement, la ville de Baalbeli occupe à peine le quart de l’emplacement qu’elle remplissait autrefois. Sa population est d’environ cinq mille habitants, composés de musulmans, de Métualis, île Giecs unis, de Giecs schismatiques et de Maronites. On y remarque une église grecque-unie , une eghse grecque schismatique et une église maronile; elles sont toutes construites avec des matériaux
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piteaux mutilés. L’une de ces mosquées avoisine une source considérable qui fournissait jadis à la ville, et qui fournit encore de nos jours une eau limpide et abondante. Connue sous le nom de Bas el-Aïn, cette source jaillit au pied d’une colline qui tient à l’Anti-Liban, à une faible distance à l'est-sud-est de Baalbek. Elle est recueillie dans un grand bassin en pierre, qui renferme, à son extré-
A NC LE SUD DU POltTlQUE DU G NAM) TEMPLE, A B.ULBEK.
mité méridionale, une plate-forme à laquelle donne accès une chaussée, où s’élevait jadis un petit sanctuaire consacré, selon toute apparence, aux nymphes; la porte seule de cet édicule est restée debout. De l’extrémité septentrionale de ce même bassin, partent, vers l’ouest, trois canaux différents qui vont alimenter la ville et arroser des champs et des jardins.
L’enceinte qui environnait Baalbek est aujourd’hui aux trois quarts détruite. De forme irrégulière, elle s’étendait principalement de l’ouest cà l’est, à un kilomètre des contre-forts de l’Anti-Liban et au
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milieu de la plaine de la Bekaa, touchant au sud et à l’ouest à des collines peu élevées, qui ont clé exploitées autrefois comme carrières, avant d’être transformées ensuite en nécropoles. Sa circonférence totale ne devait pas atteindre quatre kilomètres. Les tronçons plus ou moins étendus, qui en subsistent encore montrent que, de trente-cinq en trente-cinq mètres, elle elait flanquée de tours carrées; les portes en étaient protégées par des tours jumelles. Bâtie primitivement avec de belles pierres de taille, les unes complètement aplanies, les autres légèrement relevées en bossage, mais remaniée à différentes époques et souvent d’une manière très-bâti ve, elle offre aux regards des matériaux de toutes sortes plus ou moins bien agencés ensemble et provenant d’édifices très-divers. Ainsi, a côté de cippes funéraires sur lesquels se lisent encore quelques fragments d’inscriptions, soit grecques, soit latines, on observe des débris d architraves ou de corniches; des blocs grossiers avoisinent des pierres artistement sculptées.
Ailleurs, le parement extérieur de la muraille a complètement disparu, et le blocage intérieur seu est resté. L’espace que cette enceinte circonscri-