‹ La terre sainteChapitre 102 sur 128 · DE PÉTRA AU D JEBEL-MO USA · texte numérisé non relu

DE PÉTRA AU D JEBEL-MO USA

“31. Or un vent excité par le Seigneur, en levant des cailles de delà la mer, les apporta et les fit tomber dans le camp et autour du camp, en un espace aussi grand qu’est le chemin que l’on peut faire en un jour, et elles volaient en l’air, n’étant élevées au-dessus de la terre que de deux coudées.

« 32 . Le peuple se levant donc amassa durant tout ce jour, et la nuit suivante et le lendemain, une si grande quantité de cailles, que ceux qui en avaient le moins en avaient dix homers, et ils les firent sécher tout autour du camp.

« 33. Us avaient encore la chair entre les dents et ils n’avaient pas fini de manger cette viande, que la fureur du Seigneur s’alluma contre le peuple et le frappa d’une très- grande plaie.

« 34. C’est pourquoi ce lieu fut appelé les Sépulcres de la concupiscence , parce qu’on y ensevelit le peuple qui avait convoité. »

Un intervalle de quarante-cinq kilomètres, dans la direction du sud-ouest, s’étend par la voie la plus directe entre Eroueis el- Ebeirigetle Djebel-Mousa.

Cet espace fut parcouru en trois étapes, mais en sens contraire , par le peuple hébreu, quand il quitta le mont Sinaï pour gagner la station de Kibroth-IIattaa-

vah, où il devait éprouver à la fois, comme nous venons de le voir, et la miséricorde et la vengeance divines.

Nous lisons à ce sujet dans le Livre des Nombres, ch. x :

« 33. Ils partirent donc de la montagne du Seigneur et marchèrent pendant trois jours. L arche de l’alliance du Seigneur allait devant eux, marquant le lieu où ils devaient camper pendant ces trois jours.

« 34. La nuée du Seigneur les couvrait ainsi durant le jour, lorsqu’ils marchaient.

« 35. Et lorsqu’on élevait l’arche, Moïse disait : Levez-vous, Seigneur, que vos ennemis soient dissipés, et que ceux qui vous haïssent fuient devant votre face!

« 30. Et lorsqu’on abaissait l’arche, il disait : Seigneur, retournez à l’armée de votre peuple d’Israël. »

Les trois étapes qu’accomplirent les Hébreux, au départ du mont Sinaï, furent donc, en moyenne, de quinze kilomètres seulement et par conséquent très-peu fortes.

Deux heures et demie avant d’atteindre le Djebel-Mousa, le voyageur qui suit du nord-est au sudouest les méandres nombreux que décrit l’Ouadi-Saal, remarque sur le sommet d’un mamelon rocheux un oualy musulman consacré à Neby-Saleh. Cet humble oratoire est l’objet d’une profonde vénération de la part de tous les Bédouins de la péninsule Sinaïtique. Le personnage qui y repose est, en effet, regardé par eux comme le cheikh des cheikhs et comme le grand prophète dont il est question dans le Coran. Sa tombe, que recouvre une étoffe verte dans laquelle sont tissés des versets de ce livre sacré, est le but, vers la fin de mai de chaque année, d’un pèlerinage célèbre qui est la véritable fête nationale des différentes tribus de la contrée. Une foule d’hommes, de femmes et d’enfants s’acheminent alors de divers côtés vers cette chapelle funéraire. Les pèlerins qui la visitent en font le tour processionncllement et pendant plusieurs jours honorent la mémoire du saint prophète par des sacrifices, des banquets, des danses et des courses de dromadaires. La fête se termine ordinairement par un autre pèlerinage au mont Sinaï, les Bédouins de la péninsule confondant dans le même respect et dans les mêmes hommages Neby-Saleh, Mahomet et Moïse.

MASSIF DU DJEBEL-MOUSA

Sur les dernières pentes orientales du Djebel-Mousa et dans l’étroite vallée qui s’interpose entre ce massif à l’ouest et le Djebel ed-Deir à l’est, s’élève le célèbre monastère de Sainte-Catherine. Il y a peu d’années encore, les étrangers n’y pouvaient pénétrer qu’en étant hissés au moyen de cordes et de poulies à une fenêtre du premier étage, dès que la lettre d’introduction qu’ils avaient remise préalablement avait inspiré assez de confiance en eux pour qu’on pût sans danger leur donner accès dans le couvent. Aujourd’hui, la lettre seule de recommandation prend cette voie aérienne, et les voyageurs qui l’apportent voient s’ouvrir devant eux une porte basse pratiquée sur la face nord des bâtiments.

Ceux-ci constituent un long rectangle irrégulier dont les murs d’enceinte, hauts de douze à quinze mètres, sont construits avec de gros blocs de granit et flanqués de plusieurs petites tours. L’intérieur forme une sorte de labyrinthe et est divisé en plusieurs cours autour desquelles régnent à différents otages des galeries, des corridors, des chapelles, des cellules et des salles diverses. Les cours sont ornées de vignes grimpantes, de treilles, d’arbres isolés et de parterres de fleurs. Un beau jardin disposé en terrasses est relié au monastère par un passage souterrain et est cultivé avec beaucoup de soin. On y VOIt de bcllcs Plantatlons d'orangers, de citronniers, de grenadiers, de pommiers, de poiriers, d’abricotiers et d'autres arbres à fruits, que dominent de vieux et gigantesques cyprès. Quelques légumes y prospèrent aussi admirablement, grâce à l’eau qui y abonde. C’est, en un mot, une véritable oasis, qui

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repose agréablement le regard dans un pareil désert. Au milieu de ce verger est le cimetière des moines; il se compose de plusieurs caveaux. Dans l’un, les corps des défunts sont déposes pendant

Djebel-Sun a.

deux ou trois ans sur une grille en fer. Dans un autre, les squelettes sont transportés quand la chair qui les revêtait a subi une décomposition complète; alors on les désarticule, et les ossements qui en

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proviennent, crânes, bras, côtes, tibias, épines dorsales, etc., vont rejoindre dans des compartiments distincts les ossements analogues qui déjà y avaient été entassés antérieurement. Dans un troisième caveau, les squelettes des archevêques sont seuls conservés entiers, parés encore, jusqu’au sein des cercueils qui les renferment, de leurs ornements pontificaux.

Les religieux appartiennent à la communion grecque schismatique; ils suivent la règle de Saint- Basile, et leur régime est très-austère. Leur nombre, y compris celui des Frères qui, pour la plupart, pratiquent différents métiers, ne dépasse guère actuellement le chiffre de vingt-cinq à trente. Jadis il était beaucoup plus considérable. De tous côtés, dans le couvent, sont disposés des oratoires et des chapelles qui invitent l’âme à la prière et au recueillement. On y dit quelquefois la messe. Mais les moines se réunissent d’ordinaire pour leurs différents exercices religieux dans leur grande église qui est sous le vocable de la Transfiguration. Cette basilique, dont la fondation, comme celle du monastère lui-même, remonte à Justinien, est précédée d’un narthex ou vestibule. Elle se compose de trois nefs qu’ornent de hautes colonnes de granit, et elle se termine à l’est par une abside demi-circulaire. L’iconostase en bois artistement sculpté est couvert de tableaux qui sont un don de la Russie. Les peintures en mosaïque qui décorent l’abside sont, au contraire, beaucoup plus anciennes et d’origine byzantine. Le sujet, principal qui y est représenté est le mystère de la Transfiguration. On y voit le Christ resplendissant d’un éclat divin entre Élie à droite et Moïse à gauche. Au-dessous sont les trois apôtres privilégiés. Tout autour dans des médaillons sont figurés trente saints personnages dont les noms sont écrits en grec, à côté de chacun d’eux. Sous la mosaïque, une inscription grecque indique le nom de l’higoumène ou supérieur auquel on la doit. En voici la traduction :

“ nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; cet ouvrage a été exécuté tout entier pour le salut de ceux qui y ont contribué par leurs dons sous le très-saint piètre et higoumène Longin. »

Au-dessus de l’abside sont deux portraits : l’un, à droite, est celui de l’empereur Justinien, et 1 autic, à gauche, de 1 impératrice Tbéodora, sa femme. A côté du premier, Moïse est figuré à genoux devant le buisson ardent, et à côté du second, il a été représenté debout, tenant en main les tables de la loi.

Derrière 1 autel, une riche châsse renferme les reliques de sainte Catherine, la patronne du monastère. On connaît l’histoire de cette noble vierge d’Alexandrie que la piété, la science et le martyre entourent d’une triple auréole. A l’âge de dix-huit ans, elle était versée dans l’étude de la sainte Écriture et avait lu les principaux écrits des païens. Pendant la persécution de Maximin, neveu de Galère, elle confondit, sous les yeux de cet empereur, par la force de ses arguments et la sublimité de son éloquence, toute la sagesse des vieux philosophes d’Alexandrie. C’est en vain que Maximin essaya ensuite de triompher d’elle, soit par les promesses les plus séduisantes, soit par les menaces et même les tortures les plus affreuses. Ne pouvant par aucun moyen venir à bout de l’héroïsme de cette fiancée du Christ, comme elle s’appelait elle-même, il ordonna qu’elle eût la tête tranchée. Quand elle eut consommé son sacrifice, les anges, ajoute la légende, enlevèrent son corps virginal et le transportèrent miraculeusement sur le haut de la montagne qui porte son nom, et où plus tard les moines du Si n aï le retrouvèrent, lorsqu’ils firent d’elle la patronne de leur couvent.

Mais la partie de beaucoup la plus sainte de la basilique est le sanctuaire dit du Buisson ardent. Il est situé au-dessous du chœur, et tous ceux qui y pénètrent doivent ôter leur chaussure. Décoré de

belles ciselures en argent et de riches tanis il , TT.,. „

b UIP1S> 11 est attnJjue a sainte Ilelene. C est là que, d après

la tradition, Dieu apparut autrefois à Moïse et lui révéla eu même temps son nom incommunicable

et la grandeur de la m.ss.on dont il le chargeait. Nous lisons à ce sujet dans l'Exode (ch. Ht) :

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« 1. Cependant Moïse conduisait les brebis de Jéthro son beau-père, prêtre de Madian ; et ayant mené son troupeau au fond du désert, il vint à la montagne de Dieu, nommée Ho reb.

<• 2. Alors le Seigneur lui apparut dans une flamme de feu qui sortait du milieu d’un buisson, et il voyait brûler le buisson, sans qu’il fût consumé.

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3. Moïse dit donc : Il faut que j’aille reconnaître quelle est la merveille que je vois, et pourquoi

ce buisson ne se consume pas.

« 4. Mais le Seigneur, le voyant venir pour considérer ce qu’il apercevait, 1 appela clu milieu du buisson , et lui dit : Moïse, Moïse. Il lui répondit : Me voici.

« 5. Et Dieu ajouta : N’approchez pas d’ici ; ôtez les chaussures de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes est une terre sainte.

« 14. Dieu dit encore à Moïse : Je suis

celui qui suis. Voici, ajouta-t-il, ce que vous direz aux enfants d’Israël : Celui qui est m’a envoyé vers vous. »

Non loin de là on montre un puits où Moïse aurait puisé de l’eau pour désaltérer les troupeaux de son beau-père Jéthro.

A quelques pas de l’église de la Transfiguration, on aperçoit, non sans un certain étonnement, une mosquée dont' le croissant s’élève à côté de la croix audessus des murs du couvent. Burekhardt prétend, d’après un manuscrit découvert par lui dans la bibliothèque du Sinaï, que cet édifice est antérieur au quatorzième siècle. D’autres affirment qu’il est d’une date bien plus ancienne, puisqu’ au lieu de remonter seulement au douzième ou au treizième siècle, il est le contemporain de Mahomet lui-même, qui serait venu en personne au couvent du Sinaï et, en échange de laconstruc-

Lettre d’admission pour i.e couvent de Sainte-Catherine. Elle est placée dans une corbeille et transmise au moyen d’une corde au supérieur du couvent.

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tion de cette mosquée, aurait laissé aux moines un firman des plus favorables que les Arabes auraient depuis toujours respecté. D’autres enfin font descendre la fondation de ce même monument à une

époque beaucoup plus récente, c’est-à-dire au commencement du seizième siècle. D’après cette troisième tradition, le sultan Sélim, le conquérant de l’Égypte, avait pour favori un jeune prêtre grec qui, étant

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tombé malade, fut envoyé par lui au couvent du mont Sinai, dans l’espérance que l’air pur du désert et

les bons soins des moines lui rendraient la santé; mais il succomba bientôt au mal dont il était atteint, et Sélim , aveuglé par le chagrin que lui causait sa perte, jura de s’en venger sur les religieux, qui l’avaient, disait- il, mal soigné.

Ceux-ci, pour conjurer le péril qui les menaçait, se seraient hâtés alors d’ éri ger la mo s quée qui nou s occupe , et dont l’érection aurait effectivement apaisé la fureur du sultan.

La bibliothèque du monastère se compose de trois pièces :

La première salle, située au rezde-chaussée, contient seulement une centaine de volumes, imprimés pour la plupart.

Au premier, une salle plus vaste renferme quinze cents volumes, parmi lesquels on compte cinq cents manuscrits, soit grecs, soit arabes, soit arméniens , soit géorgiens.

Presque tous roulent sur l’Écriture sainte et sur la théologie. Bien qu’ audessus de la porte d’en¬

101SSANT ET LA CROIS, OU MOSQUÉE ET ÉGLISE R A P P R O C U ÉE S l’cKK DE l’aUTRE DA5S LA MÊME E N CE I S TE. j jjj

trée de cette salle les mots ’laxpeiov ^u/vjç (lieu de guérison ou remède de l’âme) soient écrits en gros caractères, les moines actuels du mont Sinai, comme 1 observe M. Tischendorf, recourent rarement a

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cette pharmacie spirituelle et sont beaucoup moins instruits que leurs devanciers. J’avais fait la même remarque à Patmos, quand j’étudiais, en 1852, dans cette île célèbre, la bibliothèque du

couvent grec de Saint-Christodule.

Une troisième pièce sert à la fois de sacristie et de dépôt de livres et de manuscrits. C’est dans cette dernière salle que l’on conserve un précieux et magnifique exemplaire manuscrit des Evangiles, dont les voyageurs ont souvent parlé avec une juste admiration.

Il est écrit tout entier sur un beau parchemin hlanc en lettres d’or, dont le caractère, qui tient le milieu entre les lettres onciales primitives et les plus récentes, indique, dit M. Tischendorf, juge si compétent en ces matières, le septième ou le huitième siècle. De fines miniatures en ornent les premières feuilles. D’après la tradition du monastère, ce manuscrit serait un don d’un empereur Théodose, probablement de Théoclose III, qui régna peu de temps au commencement du huitième siècle. Tout le monde connaît la belle découverte faite par M. Tischenclorf clans la bibliothèque de ce couvent du fameux manuscrit de la Bible qui porte le titre de Codex Sinaïticns , dont l’importance est au moins égale à celle du Codex V aticanus. Mais laissons ce savant nous raconter lui-même cette découverte capitale ( Terre sainte, par Constantin Tischeisdorf, p. 93 et suivantes, :

Une des cours d Escalier assez grossier conduisant

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