‹ La terre sainteChapitre 103 sur 128 · I1BRES SUPÉRIEURES DU COUVENT · texte numérisé non relu

I1BRES SUPÉRIEURES DU COUVENT

Vue des pics du Djebel-Mousa.

par l’espérance de trouver dans son antique enceinte, restée intacte depuis sa construction par Justin.en, quelques trésors pour les études bibliques. Cette espérance ne fut pas déçue. Au milieu de la bibliothèque, dont les livres et manuscrits étaient rangés sur des rayons tout alentour, se trouvait une corbeille remplie de débris de vieux manuscrits en partie détériorés; deux corbeilles semblables

MASSIF DIJ DJEBEL - MOU S A

eut déjà été jetées au feu. A ma très-grancîe surprise, j’y découvris plusieurs fragments d’un manuscrit grec de la Bible sur parchemin dans lequel je reconnus immédiatement un des plus anciens qui existent. La cession d une partie de ce manuscrit ne lut pas difficile à obtenir, et je recommandai de mieux conserver ce qui en restait, me proposant d’en faire l’acquisition par la suite, projet que je ne pouvais pas mettre pour le moment à exécution. A mon retour dans ma patrie, je publiai sous le nom du roi Frédéric-Auguste de Saxe, l’auguste protecteur de mes recherches, un fac-similé lithographié de ce fragment, comme étant probablement le plus ancien des manuscrits grecs sur parchemin qui fût parvenu jusqu’à nous.

Mes démarches au sujet de la partie de ce manuscrit qui était restée au monastère étant demeurées ensuite sans résultat, je me proposai d’aller moi-même en prendre une copie au couvent pour la publier, et, dans ce but, j’entrepris un second voyage en Orient en 1853. Pendant mon deuxième séjour au monastère du Sinaï, j’eus lieu de penser que le trésor avait été envoyé en Europe dans l’intervalle...

A mon troisième séjour au monastère de Sainte-Catherine, en 1859, j’avais déjà consacré plusieurs journées à l’examen de ses bibliothèques.

« Dans l’après-midi du 4 fé- Galeries du couvent vers le nord-est. — Vue des montagnes de ce côté.

vrier, j avais fait une excursion à la plaine de Sebaïeh, accompagné de l’économe du monastère, et comme j avais fait don au couvent de quelques exemplaires de mon édition de Leipzig des textes grecs

SIN AI

de l’Ancien et dn Nouveau Testament, notre conversation avait roulé sur cet ouvrage et parücuhcremcnt sur le texte de l’Ancien Testament. En revenant au monastère, à la tombée de la nmt, économe m’invita à prendre quelques rafraîchissements dans sa cellule. Pendant cette collaüon, d me «ht que lui aussi possédait un Septante, et en même temps il alla prendre dans un comun manuscrit enveloppé de drap rouge, qu’il posa sur la table. Je déployai le drap, et, à ma grande satisfaction, je

i'oüR ORIENTALE DU COUVENT DE S Al N TE - C AT U E R I N E.

reconnus les précieuses reliques que j avais tirées de la fameuse corbeille, en ISH. Le volume des feuilles que j’avais sous les yeux (elles n’étaient pas reliées) indiquait immédiatement qu’ elles ne se bornaient pas à contenir des fragments de l’Ancien Testament. Mon étonnement s’accrut en les feuilletant à la hâte, car j’y remarquai le commencement et la fin du Nouveau Testament, et même l’épitre de Barnabas. Je demandai la permission d’emporter dans ma chambre le drap et tout ce qu’il contenait pour en faire un examen plus approfondi. Lorsque je fus seul dans ma cellule, je pus enfin me livrer à l’impression irrésistible de cette découverte , j avais la conviction que le Seigneur avait mis entre mes mains un trésor inappréciable, un document de la plus haute importance pour l’Église et pour la science. Mes espérances les plus hardies étaici beaucoup surpassées. Au milieu de l’émotion profonde où me plongeait ce merveilleux evenement, je sentis poindre dans mon esprit cette question : Le Pasteur ne pourrait-il pas se trouver ici comm

MASSIF DD DJEBEL-MODSA

Bamabas? Déjà je me reprochais celte ingrate pensée en présence de cette abondance de richesses, lorsque mon regard s’arrêta machinalement sur une feuille assez effacée. J’en lus le titre et j’en fus effrayé ; car c’était le Pasteur. Comment dépeindre ce que je ressentis?

J’examinai alors ce que contenaient véritablement ces feuilles, dont le nombre était de trois cent quarante-six et le format des plus grands.

Outre les vingt-deux livres de l’Ancien Testament pour la plupart complets, entre autres les Prophètes, les livres de poésie, et ce que l’on nomme les Apocryphes, tout le Nouveau Testament s y trouvait sans la moindre lacune, de plus toute l’épître de Barnabas et la première partie du Pasteur d’Hermas. »

Pour comprendre l'intérêt immense de la découverte (le M . I ischendorf, il faut songer que, pour ramener autant que possible le texte de la Sainte Écriture à l'état dans lequel il se trouvait quand d sortit de la main de ses auteurs inspirés, on n’avait jusqu a présent, pour guides principaux, que trois manuscrits que l’on fait remonter au quatrième et au cinquième siècle, à savoir le célèbre manuscrit du Vatican, celui de Londres, appelé Alexandrin, et celui de Paris, nommé palimpseste d’Ephrem le Syrien. Or, aucun de ces manuscrits n’est complet : celui de Paris ne contient que la plus grande moitié du Nouveau Testament j il manque à celui de Londres la presque totalité du premier évangile, deux chapitres du quatrième et la majeure partie de la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens; dans le manuscrit du Vatican, le plus ancien et le plus important des trois, on regrette l’absence de quatre épîtres entières ainsi que de l’Apocalypse et des quatre derniers chapitres aux Hébreux.

Maintenant, grâce aux perspicaces et heureuses recherches de M. Tischendorf, le monde savant peut consulter un qua- p~ s M>I LB „„ Ç0,,|EST „„

trième manuscrit, qui non-seu-

lement remonte à la même antiquité que le plus ancien des trois premiers, je veux dire, celui du Vatican, mais qui encore est le seul d’entre eux qui soit complet.

SINAI

Avant de quitter le monastère de Sainte-Catherine pour gravir le Djebcl-Mousa, sur les dernières pentes duquel il est situé, à une altitude lui-même d’environ seize cents mètres au-dessus de la mer,

il est indispensable de nous demander et de savoir si nous sommes en présence du véritable Sinaï, ou bien si la gloire de représenter celte sainte montagne ne doit point appartenir à un autre massif, et notamment au Serbal, dont il sera question ultérieurement. Les opinions, sur ce point, sont très-débattues.

Sans entrer dans une longue et minutieuse discussion qui serait ici hors de propos, je me contenterai d’exposer brièvement les principales raisons qui me paraissent militer victorieusement en faveur du Djebcl- Mousa.

D’abord, cette montagne, en vertu d’une tradition non interrompue depuis l’époque de Justinien et commune à la fois aux chrétiens et aux musulmans, est regardée universellement, dans la péninsule Sinaïtique, comme étant soit l’Horeb, soit le Sinaï des Livres saints, double dénomination donnée à la même montagne, à cause de ses deux sommets principaux, le Ras-Safsafeh et le Djebel-Mousa proprement dit, que l’on a désignés souvent tantôt sous l’une, tantôt sous l’autre de ces appellations. Toujours est-il que les Bédouins de la péninsule, aussi bien que les moines de Sainte-Catherine, s’accordent ensemble

Porte dite de Saint-Étienne, le portier.

pour croire et répéter d’âge en âge que le massif qui nous occupe en ce moment est celui-là même où s accomplirent les mémorables événements racontes dans la Bible, les mystérieux entretiens de Dieu

MASSIF DU DJ EBEL-MOUSA

avec Moïse, 1 apparition éclatante de la toute-puissance et de la majesté divines, au milieu des fou¬

dres. des éclairs et du fracas des trompettes, la promulgation du Décalogue, le séjour prolongé du prophète, pendant que seul avec l’ Éternel, il recevait de sa

bouche ineffable , non-seulement les dix commandements, mais encore tous les minutieux détails relatifs à l’organisation religieuse, civile, judiciaire et politique du peuple hébreu. Ce qui le prouve, c’est le nom de Djebel-Mousa ou de montagne de Moïse donné à ce massif.

Ce sont ensuite les noms de Ledja et de Clioaïb attribués aux deux vallées qui le bordent à l’ouest et à l’est. Le premier serait celui d’une des filles de Jéthro, et le second celui de Jéthro lui-même, que les Arabes appellent Choaïb.

Le nom de Moïse est donc associé, en cet endroit, à ceux de son beau-père et de Tune des filles de ce dernier. Or, nous savons qu’il paissait les troupeaux de Jéthro, lorsque Dieu lui apparut dans le buisson ardent, et que ce buisson était sur le mont Horeb. Le couvent de Sainte-Catherine lui-même, qui dans sa construction fondamentale date de Justinien, et par conséquent du commencement du sixième siècle, n’est-il pas, à son tour, un témoin toujours subsistant, qui atteste à travers les siècles la légitimité de la tradition qui voit dans le Djebel-Mousa de nos jours le Sinaï nous le savons par Procope dans son ouvrage si

-Mousa, ou source de Moïse sur le Sinaï.

ou l’IIoreb des anciens temps? En effet, comme ir les Edifices de Justinien (liv. Y, ch. vm), cet

empereur, dans sa bienveillance pour les moines du Sinaï, construisit au pied de la montagne où Moïse avait reçu la loi de Dieu, un grand château fort et un poste militaire. Ce château fort est évidem-

ment le couvent fortifié qui , avec des adjonctions et des réparations, est devenu le monastère actuel de Sainte-Catherine : s’il a été créé sur ce point et au pied du Djebel- Mousa, c’est, je le répète avec Procope, que la tradition dominante alors considérait cette montagne comme étant le Sinaï.

Ce n’est donc point la fondation de ce monastère qui, comme le prétendent plusieurs critiques, a changé le cours de la tradition, en reportant du Djebel-Serbal au Djebel-Mousa la gloire de représenter la montagne du Décalogue. Comment croire, en effet, si, du temps de Justinien, la tradition témoignait hautement en faveur du mont Serbal, que cet empereur, pour lui donner un démenti, ait choisi arbi-

ClUFËLLE ET CROTTE d’ElIE, SL' R LE DJEBEL-MOUSA.

trairement le Djebel-Mousa afin qu’il

héritât dorénavant du prestige qui s’attachait jusque-là à la première de ces montagnes? D’ailleurs Procope, contemporain et confident de Justinien, affirme le contraire. La tradition actuelle préexis-

massif du djebel-mqusa.

tait, par conséquent, à la construction de ce monastère fortifié et ne l’a point suivie, comme une invention postérieure des moines, jaloux de revendiquer pour la montagne au bas de laquelle s’éle-

Bas-Safsafeh et sommet dd Djeiiei.-Mousa, AV

vait leur couvent un honneur usurpé, qui auparavant, ne lui avait jamais appartenu. Je crois donc que si quelques traditions secondaires ont pu se "rouper a tort. autour du Djebel-Mousa, qui les a en quelque sorte attirées dans son orbite, et si, comme je le montrerai bientôt, elles doivent être localisées ailleurs, conformément aux données précises de la Bible, il n’en est pas de même de la tradition capitale et qui prime toutes les autres dans la péninsule, je veux dire celle qui a trait à la montagne de Dieu, à l’Horeb ou au Sinaï. Celle-ci me semble bien légitimement attachée au Djebel-Mousa. D’ailleurs, ainsi qu’on l’a remarqué depuis longtemps, le Djebel-Mousa

S IN AI

s’approprie merveilleusement, par sa position et par les diverses vallées qui l’entourent ou l’ avoisinent , à toutes les circonstances qui accompagnent dans le récit biblique la promulgation de la loi et le

long séjour du peuple hébreu au pied de la montagne sainte. L’Ouadi el-Ledja, l’Ouadi ed-Deir et surtout rOuadi-Rahab, par ses vastes développements, pouvaient servir d’assiette au campement d’une multitude immense, qui de là était à môme de suivre du regard les prodigieux événements dont le sommet de la montagne était le théâtre. Aucune autre montagne dans la péninsule, même le Serbal, ne s’adapte aussi bien, et par elle-même et par ses alentours, aux nombreux détails relatés par la Bible à ce sujet. La dernière mission scientifique anglaise , accomplie en Arabie Pétrée en 1808 et en 1869, a achevé de mettre ce fait dans tout son jour, et je prie le lecteur de vouloir bien consulter l’ouvrage du regretté Palmer, intitulé the Desert of the Exodiis (t. I, p. 100 et suivantes) , et aussi un article trèsapprofondi rédigé sur ce point par M. l’abbé Vigouroux, dans son savant ouvrage la Bible et les découvertes modernes (t. II, ch. vi).

Il est temps, maintenant que nos doutes sont dissipés, de gravir le Djebel-Mousa, au pied duquel nous sommes toujours arrêtés.

A vingt-cinq minutes de marche au delà et au-dessus du couvent de Sainte-Catherine, dans la direction du sud-ouest , on rencontre une source très-fraîche et très-limpide jaillissant du fond d’une grotte et appelée Maïan-Mousa (source de Moïse) , parce que , d’ après une ancienne tradition, ce prophète y aurait abreuvé les troupeaux de son beau-père Jéthro. Un peu plus loin, on passe à côté d’une petite chapelle consacrée à la Vierge. Le sentier incline ensuite à l’ouest,

MASSIF DU DJEBEL - MOUS A

et, après avoir franchi successivement deux arcades cintrées, on atteint une seconde source qu’om¬

brage un vieux et gigantesque cyprès qui invite tous les voyageurs à se reposer un instant. A quelque distance plus haut et plus au sud se trouve une chapelle double, consacrée à Elie et à Elisée. On

WM

SI N AI

montre une petite caverne qui aurait jadis servi de refuge au premier de ces prophètes. Élie, fuyant la colère de Jëzabel, s’était retiré dans le désert de Bersabée. TA, sur le point de mourir de soif, de faim et de fatigue, il fut nourri miraculeusement par un ange (Rois, liv. ITT, eh. Xix) :

« 7. L’ange du Seigneur revenant une seconde fois le toucha encore et lui dit : Levez-vous et mangez, car il vous reste un grand chemin à faire.

« 8. S’étant levé, il mangea et but, et s’étant fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à IToreb, la montagne de Dieu.

« 9. Etant arrivé là, il demeura dans une caverne, et le Seigneur lui adressant la parole lui dit : Que faites-vous là, Élie?

« 10. Élie lui répondit : Je brûle de

CoUYENT DIT El-AbbAIN OD DES QUARANTE, DANS l’OüADI-LeDJA.

zèle pour vous, Seigneur, Dieu des armées, parce que les enfants d’Israël ont abandonné votre

alliance, qu’ils ont détruit vos autels, qu’ils ont tué vos prophètes par l’épée, et qu’étant demeuré seul, ils cherchent encore à m’ôter la vie.

M A S S I F DU DJEBEL-MOUSA

« 11. Le Seigneur lui dit : Sortez, et tenez-vous sur la montagne devant le Seigneur. En môme temps le Seigneur passa, et l’on entendit devant le Seigneur un vent violent et impétueux capable de renverser les montagnes et de briser les rochers; et le Seigneur n’était pas dans ce vent. Après le vent, il se fit un tremblement de terre, et le Seigneur n’était pas dans ce tremblement.

« 12. Après le tremblement, il s’alluma un feu, et le Seigneur n’était pas dans ce feu. Après le feu, on entendit le souffle d’un son doux et subtil.

« 13. Ce qu’ayant entendu, Élie se couvrit le visage de son manteau, et, étant sorti, il se tint à l’entrée de la caverne. »

De la chapelle d’Élie et d’Élisée, il y a encore environ trente-cinq minutes de montée. Là où

SI N Al.

majesté. Rien n’y fleurit ni ne s’y fane, marquant ainsi le cours des saisons; on dirait que le temps y resfe immobile, que le passé s’y impose au présent avec toute la puissance d un grand événement inviolable et sacré. C’est donc ici, nous écrions-nous involontairement, qu au milieu des tonnerres et des éclairs, le Seigneur a donné sa loi! On dirait que les inflexibles commandements sont encore gravés par un burin d’acier sur ces rochers. De pieuses mains avaient érigé, au sommet du Sinaï, deux chapelles, une chrétienne et une musulmane, dont on voit encore les ruines. Mais la piété n’a pas besoin de ce stimulant ; la montagne elle-même apparaît comme un autel, impérissable

monument élevé par la main du Très-Haut . A l’ouest, par-dessus toutes ces masses de rochers

bizarrement entassées, mon regard planait jusques au lointain désert, dont la surface blanchâtre s’étend vers Suez; à l’est brillait par sa douce lueur bleue le golfe d’Akaba. Ainsi la mer et le désert encadrent le pinacle du temple de rochers sur lequel nous nous trouvions. La montagne de Sainte- Catherine, dont le sommet est plus élevé, bornait la vue au midi. »

Le second pic du Djebel-Mousa est séparé du précédent par un intervalle d’environ trois kilomètres et demi vers le nord-ouest. Il porte le nom de Ras-Safsafeh, nom qui ne rappelle aucun souvenir historique, puisque c’est celui d’un simple arbre, le saule, un arbre de cette espèce, qui maintenant n’existe plus, ayant sans doute fixé en cet endroit l’attention des Arabes. Ce pic domine presque verticalement d’une hauteur de six cents mètres au moins toute la plaine de Rahab, dont le nom signifie halte, repos, et qui, à cause de cette appellation et aussi de sa grande étendue, semble avoir servi de principal lieu de campement aux Israélites auprès du mont Sinaï. Réciproquement , de tous les points de l’Ouadi-Rahab on distingue parfaitement le pic Safsafeh. Aussi plusieurs voyageurs, et entre autres Robinson et Palmer, proposent-ils de reconnaître dans le pic Safsafeh, de préférence au pic précédent, le sommet du haut duquel la loi sainte fut promulguée au peuple israélite campé immédiatement au bas dans la plaine. Le savant abbc Vigouroux n’hésite pas à adopter la conjecture de ces deux doctes explorateurs {la Bible et les découvertes modernes, t. II, p. 474) :

« Les personnes réunies au bas du Ras-Safsafeh, dit-il, sont littéralement au-dessous de la montagne; celles qui sont à l’extrémité de la plaine, quoique éloignées, ont encore la vue entière du sommet. N’est-ce pas à cause de cet isolement complet de la montagne par trois de ses côtés et à cause de ce mur, qui se dresse presque perpendiculairement au-dessus de ce vaste amphithéâtre, que Moïse la caractérise en disant qu’on pouvait la toucher et l’entourer aisément de barrières? Il était impossible de trouver un lieu mieux adapté à la scène mémorable de la promulgation de la loi. La cime du Ras-Safsafeh, la plaine d Er-Rahah et les chaînes granitiques qui l’entourent, forment un immense théâtre naturel, également bien disposé pour contenir une grande foule, pour lui parler et être entendu d elle, et il n y a pas, sans doute, un seul endroit au monde qui eût été capable de rivaliser avec celui-ci. »

Sans m étendre davantage sur le Djebel-Mousa et sur les merveilles dont il a été le théâtre et le témoin il y a plus de trois mille ans, merveilles qui remplissent plusieurs chapitres de l’Exode, je ne puis ici m empêcher, avant de redescendre de cette montagne célèbre, de citer les beaux vers que Racine lui a consacrés dans son premier chœur à’Athalie :

O mont de Sinaï, conserve la mémoire De ce jour à jamais auguste et renommé,

Quand, sur ton sommet enflammé,

Dans un nuage épais le Seigneur enfermé Fit luire aux yeux mortels un rayon de sa gloire.

lous les alentours du Sinaï méritent d être visités avec soin. Parcourons-les rapidement.

MASSIF DU DJ FR EL -MO U S A

A vingt-cinq minutes au nord-ouest du couvent de Sainte- Catherine , on montre le rocher sur

lequel Moïse aurait brisé les tables de la loi. Un peu plus loin, dans la même direction, une petite éminence, à la jonction de rOuadi-Choaïb et de l’Ouadi ech-Cheikh, passe pour être celle sur le haut de laquelle s’était placé Aaron, pendant que le peuple dansait autour du veau d’or.

A une faible distance de là, au pied du Ras-Safsafeh , une excavation dans le roc est indiquée comme le moule où ce pontife, infidèle à sa mission et pour plaire à la multitude, fondit le veau d’or, pendant que son frère Moïse tardait à redescendre de la montagne. Un peu plus à l’ouest, on signale l’endroit où la terre s entr ouvrit pour engloutir Coré, Dathan et Abiron. Mais cette dernière légende est évidemment fausse, car nous savons par le Livre des

OliADI-CuREICU,

DOMINÉ PAR DE DJEBEL A BOD-MaHOVBE H.

S I N AI

Nombres (ch. xvi) que cet événement s'accomplit, non au pied du Sinaï, mais à plusieurs journées de marche au nord de celte montagne, au campement de Kadech-Barnéa.

Si nous continuons à nous avancer vers l’ouest, nous rencontrons bientôt, près du confluent de l’Ouadi el-Ledja et de l’Ouadi er-Rahah, les vestiges de deux anciens couvents, l’un appelé Saint- Pierre et Saint-Paul, et l’autre, Sainte-Marie de David. Il n’en subsiste plus que deux jardins.

(Juinze cents métrés plus au sud, dans l'Ouadi el-Ledja, un gros bloc cubique de granit, sur lequel on remarque un certain nombre de fentes horizontales, est considéré depuis longtemps par les moines du Sinaï comme le fameux rocher dit Massah-Mmbah, que Moïse frappa de sa baguette pour eu faire jaillir une source abondante. Mais les membres de la dernière expédition anglaise dans 1 Arabie Petree allèguent contre cette tradition plusieurs raisons, dont la plus forte et la plus péremptoire me parait être celle-ci : le rocher qui, frappé par Moïse, laissa échapper de ses flancs entrouverts l'eau miraculeuse, ne doit point se chercher auprès du Sinaï, dans l’Ouadi el-Ledja, mais à Raphidim. C'est la Bible qui le déclare formellement. Or, Kaphidim ne peut en aucune manière être identifiée

MASSIF DF DJEBEL-MOUS A

avec rOuacli el-Ledja, qui touche au mont Si liai , tandis que Raphidim en était séparé au moins par

une journée de marche et peutêtre même par deux, ainsi que nous le montrerons plus has. • - -

Quoi qu’il en soit, à vingt minutes au sudest du rocher précédent, se trouve un couvent ruiné, dit Deir el-Arbaïn ou Couvent des Quarante } parce que quarante des moines qui l’habitaient y furent massacrés par les Arabes, vers la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne, comme le rapportent Animonius et Nil us. Il est maintenant abandonné par les religieux du Sinaï, qui se contentent d’y entretenir quelques vergers et un bois d’oliviers. De là, en gravissant, péniblement, vers le sud-sud-ouest, une gorge étroite appelée Chakh-Mousa (fente de Moïse), on parvient, après une longue et laborieuse ascension, au sommet du Djebel-Katherin, dont l’altitude au-dessus de la mer est de deux mille six cent quatre-vingt-douze mètres; c’est le pic le plus élevé de toute la Péninsule,

Montackes qui dominent le commencement de l’Ouadi-Ledja.

puisque 1 Oumm-Chomer, qui a cependant trois cent trente-quatre mètres de plus que le Djebel-

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