‹ La terre sainteChapitre 105 sur 128 · DU DJEBEL-MOUSA AU DJEBEL-SERBAL · texte numérisé non relu

DU DJEBEL-MOUSA AU DJEBEL-SERBAL

Du Djebel-Mousa au Djebel-Serbal, la distance à vol d’oiseau, dans la direction de l’ouest-nord-ouest, est à peine de trente-sept kilomètres; mais elle est, en réalité , beaucoup plus grande, à cause des détours que décrit la route.

En cheminant pendant deux heures vers le nord-ouest, à partir du pied du Uas-Safsafeh, on atteint une gorge très-sauvage, appelée Nakb el-IIaoua (le Passage du vent). Elle consiste en un ravin des plus pittoresques, resserré entre deux murailles parallèles de gigantesques rochers de granit rouge. C’est comme le vestibule des montagnes qui forment l’ensemble du massif sinaïlique, entrée solennelle et imposante dont

tous les voyageurs parlent avec admiration. On entre de là dans 1 Ouadi-Gharbeh et puis dans l’Ouadi-Solaf, que l’on suit tantôt vers l’ouest et tantôt vers le nord-ouest. Ce dernier ouadi lut, il y a quelques années, le théâtre / de l’une de ces grandes inondations que les Arabes appellent un se il. Lorsque les pluies de l’hiver sont plus impétueuses et plus abondantes que de coutume, elles se précipitent avec une force irrésistible des cimes et des versants dénudés des montagnes , où aucune végétation ne brise et ne ralentit leur cours, et les rivières soudaines et momentanées qu’elles forment alors s’engouffrent dans les gorges et les vallées comme autant de torrents fougueux qui entraînent tout ce qu’ils rencontrent. Or, dans le courant de décembre de l’année 1807, l’Ouadi-Solaf, à la suite de l’un de ces orages subits, véritables trombes d’eaux, dont les ravages sont courts mais ten ibles, servit tout à coup de lit à un fleuve des plus violents, qui roulait

Hadjar el-Lacboceu (la Pierre parlaxtr),

OU ROCUER COUVERT D ’lK S GRIPTI OK S SIKAÏTIQUE DANS L'OUAUl-BEnilAlI.

pêle-mêle clans ses eaux écumantes clés cadavres cl’hommes, d’animaux, et cl énormes rochers. C’est, ainsi qu’un campement de Bédouins fut emporté tout entier avec ses troupeaux. Quelques heures après, la tourmente avait cessé, le ciel souriait de nouveau à la terre, l’ouadi était vide et desséché, et un soleil radieux achevait de tarir les derniers restes du torrent qui avait passé. Si nous ouvrons Job, ce peintre si fidèle de l’Orient, nous y lisons ces mots (ch. xii, if 15) :

« Si continuerit aqucis, omnia siccabuntur, et si emiserit eas3 subvertent terrain. »

Bouquet de taiifas ou de tamaiiis, dans l’Ouadi ecii-Cueikij.

« Si Dieu retient les eaux, tout se dessèche, et s’il les déchaîne, elles bouleversent la terre. »

Il est impossible de décrire cl’une manière plus exacte et plus concise les effets désastreux des seils qui surviennent quelquefois clans la péninsule sinaïtique.

Le tamaris, qui abonde dans l’Ouadi-Feiran , n’est pas rare non plus clans certaines parties de l’Ouadi-Solaf.

Ce gracieux arbuste, appelé en arabe tarfali, produit une gomme épaisse et mielleuse qui pend comme des gouttes de rosée à ses branches, et qui est le résultat cle la piqûre d’un petit insecte, le coccus manniparus. Durant les mois de juin et cle juillet, cette gomme se liquéfie à la chaleur du soleil et tombe à terre.

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