‹ La terre sainteChapitre 107 sur 128 · DU DJEBEL-MOUSA AU D J EB EL- S ER BAL · texte numérisé non relu

DU DJEBEL-MOUSA AU D J EB EL- S ER BAL

« 4° Le pain du ciel ne tombe que les six premiers jours de la semaine; le samedi, il fait complètement défaut. La gomme du tarfah suinte tous les jours, pendant la saison, c’est-à-dire pendant six semaines environ, à l’exclusion des autres mois de l’année.

“ 5° La manne se corrompt et se remplit de vers, le lendemain du jour où elle a été cueillie, le samedi excepté, où elle se conserve. Ce qu’on appelle la manne du Sinaï peut être gardé, au contraire, indéfiniment.

« 0° Une autre différence qu’il importe de relever, c’est que la manne était une nourriture substantielle, qui fut, pendant quarante ans, à peu près l’unique aliment de tout un peuple.

El-Boukib (la Petite Porte) de Feiran, étroit passage qui sert d’ektrée a cette vallée.

« La gomme du tarfah, au contraire, ne peut suffire à l’alimentation de l’homme : c’est un remède purgatif, non une substance nutritive. »

Que conclure de tout cela? C’est qu’il faut s’incliner avec respect devant les faits miraculeux que la Bible raconte, et les admettre comme tels, oubien, au contraire, les regarder comme de pures fables, et alors oser donner un audacieux démenti au livre le plus auguste et le plus sacré qui existe dans le monde. En ce qui concerne le fait particulier qui nous occupe maintenant, il faut, soit le rejeter absolument, soit y donner purement et simplement son adhésion, en songeant que rien n’est impossible à Dieu, et que celui qui a créé toutes les merveilles de la terre et des cieux, merveilles que nous ne pouvons pas nier, puisqu’elles frappent sans cesse nos regards, a bien pu, en faveur du peuple élu qu’il s’était choisi, faire tomber jadis pendant quarante ans de la manne, comme une rosée substantielle et nourrissante; car, chercher à expliquer ce prodige en le dépouillant de son caractère surnaturel et en voyant dans la manne le produit du tarfah, c’est d’abord méconnaître les dissemblances profondes que j’ai signalées tout à l’heure, après M. l’abbé Vigouroux, entre la manne

S IN AI

de l’Exode et celle qui suinte du tarfah ; c’est ensuiîe, au moment où l’on nie le miracle traditionnel, en inventer soi-même un autre qui n’est pas moins surprenant que le premier. En effet, quand même on couvrirait la péninsule Sinaïtique entière de tamaris, quand on centuplerait la production annuelle de cet arbuste, et que de trois cents kilos, au maximum, qu’elle est actuellement pour toute

Dépôts d’alluvion daks l’Oüadi-Feirak.

la contrée, on la porterait arbitrairement jusqu’à trente mille kilos, qu’est-ce que cela pour nourrir plus de deux millions d’individus, hommes, femmes et enfants?

Le seul parti raisonnable consiste donc à reconnaître , avec toute l’Église et avec tous les véritables savants de tous les temps, que la manne qui alimenta les Israélites pendant quarante ans était bien réellement miraculeuse, et que sans ce miracle permanent il eût été absolument impossible à une multitude aussi énorme de vivre tant d’années dans un désert où, de nos jours, quelques milliers seulement de Bédouins ont grand’ peine à soutenir leur existence. Sans doute, la contrée pouvait être autrefois moins aride et mieux cultivée qu’elle ne l’est maintenant; néanmoins, dans une grande partie de son étendue, elle n’a dû avoir çà et là que des oasis et être relativement très-peu peuplée. D’ailleurs, les Israélites étaient dans l’impossibilité de se procurer des vivres du côté

Page 1