DU DJEBEL-MOU SA AU DJEBEL-SERBAL
de l’Égypte d’où ils avaient fui, du côté du pays d’Édom qui leur refusait tout passage, du côté de celui des Philistins , maîtres des rivages de la Méditerranée, enfin du côté des autres peuplades cliananéennes qui habitaient les villes du Nedjeb. Us étaient, par conséquent, vu leur grand nombre, condamnés à périr bientôt de faim dans le désert où ils erraient, sans une intervention continuelle de la Providence qui , tout en les châtiant parfois, à cause de leur ingratitude, veillait cependant toujours paternellement sur eux comme sur la nation bénie d’où devait sortir un jour le Messie.
Mais il est temps de poursuivre notre marche vers le nord-ouest, et d’entrer par la gorge étroite dite El-Boueib (la Petite Porte) dans l’Ouadi-Feiran, la plus belle oasis
de la péninsule Sina'itique, et regardée par les Bédouins de la contrée comme leur véritable paradis terrestre. Dans cette vallée, en effet, longue de plus de vingt kilomètres, serpente en replis nombreux
Bouquet de tamaris dans l’Odadi-I' eiran.
un ruisseau qui en hiver est très-abondant , et qui en été même ne tarit jamais complètement moins dans une partie de son cours. Aussi, grâce aux sources à la fois douces et fertilisantes qui jaillissent en divers points de cette vallée, une végétation luxuriante s’estelle emparée du sol, principalement autour de ces sources, et le ruisseau qu’elles forment est-il bordé de jolies touffes de tamaris, de palmiers et d acacias. Je ne reviendrai pas ici sur le tamaris et sur la gomme qui en découle. Le palmier y produit des dattes excellentes. L’acacia, de l’espèce que les Arabes appellent seyal, est le cliitlah de la Bible, au pluriel en hébreu chittim et en latin setim, arbre dont se servit Moïse pour construire dans le désert l’arche d’alliance, le tabernacle et son ameublement. {Exode, ch. xxv et xxvi.) Cet acacia seyal, de même que 1 acacia arabica, distille une substance bien connue sous le nom de gomme arabique, qu’on obtient en pratiquant une incision dans l’écorce de l’arbre. 11 abondait autrefois dans la Péninsule, car il croit un peu partout ; mais les Bédouins, pour se procurer du charbon , qu’ils emploient à leur propre consommation ou qu’ils vont vendre à Suez, en ont fait une destruction si peu intelligente, qu’il commence à devenir assez rare.
Une oasis aussi importante et aussi précieuse dans une pareille contrée que celle de l’Ouadi-Feiran a dû naturellement être occupée dès la plus haute antiquité, et les Amalécites, qui en étaient les maîtres avant le passage des Hébreux, n’ont pas manqué de leur en disputer 1 accès du côté de l’ouest, au moment où, après de longues et pénibles marches, ils espéraient pouvoir se reposer de leurs fatigues dans cette charmante et fraîche
Oasis. * Une source dans l’Ouadi-Feirax.
Écoutons actuellement le récit biblique {Exocle, ch. xvn) :
« 8. Cependant Amalee vint à Raphidim combattre contre Israël.
« 11. Et lorsque Moïse tenait les mains élevées, Israël était victorieux; mais lorsqu il les abaissait un peu, Amalec avait l’avantage.
« 12. Cependant les mains de Moïse étaient lasses et appesanties; c’est pourquoi ils prirent une pierre, et, l’ayant mise sous lui, il s’y assit ; et Aaron et Hur lui soutenaient les mains des deux côtés. Ainsi ses mains ne se lassèrent point jusqu’au coucher du soleil.
« 13. Josué mit donc en fuite Amalec et fit passer son peuple au fil de l’épée. »
La colline sur laquelle, d’après certains voyageurs et, entre autres, d après plusieurs des membres de la dernière expédition scientifique anglaise dans la péninsule, Moïse se serait placé pour suivre et présider de là tous les mouvements de la bataille, domine de deux cent trente mètres la vallée où le combat a dû se livrer. On l’appelle aujourd’hui Djebel et-Tahouneh (la montagne du Moulin), parce qu’à une certaine époque on y a construit un moulin. Elle est couronnée par les restes dune église que d’autres ruines avoisinent.
Cette église a peut-être été élevée en souvenir et sur l’emplacement de l’autel que Moïse avait érigé en ce lieu pour remercier Dieu de la grande victoire que les Israélites avaient remportée sur les Amalccites, autel auquel il donna le nom de Jêhovah-Nissi (le Seigneur est ma gloire). Un peu au sud de cette colline florissait dans les premiers siècles de l’Église la ville épiscopale de Pharan ou Paran, dont le nom légèrement altéré s’est conservé dans celui de l’Ouadi-Feiran et est identique avec celui du désert de Tih. Cette ville, signalée par Ptolémée, est indiquée par Eusèbe comme étant dans le voisinage de Raphidim, mais en même temps dans celui du mont Iïoreb, ce qui soulève ici une grave difficulté.
Voici comment saint Jérôme traduit ce passage de X Onomasticon d’Eusèbe, et, en le traduisant sans en modifier le contenu, il semble lui-même l’adopter pleinement :
« Raphidim, locus in deserto juxta montem Clioreb, in c/uo de petra fluxere arpiæ, cognorninatusque est tenlatio; ubi et Jésus adversus Amalec dimicat prope Pharan. »
Si le mont Iioieb dont il est question ici est la montagne où Moïse eut la vision du buisson ardent et que l’on s’accorde à identifier avec le mont Sinaï, il s’ensuit qu’aux yeux d’Eusèbe et de saint Jérôme le lieu où Moïse fit jaillir de l’eau du rocher et où Josué vainquit les Amalécites était à la fois très-rapproché du Sinaï et de la ville de Pharan. Or, les ruines de cette ville avoisinant le Djebel-Serbal et non le Djebel-Mousa, il semble en résulter que la première de ces montagnes a le droit de revendiquer l’honneur qui depuis tant de siècles a été attribué au Djebel-Mousa de représenter le Sinaï. Mais alors, trois nouvelles difficultés surgissent tout à coup. La première, c’est que le Serbal n’est séparé que par une faible distance de la partie de l’Ouadi-Feiran où l’on place la station de Raphidim. Dans ce cas, les Israéliles, dont le nombre dépassait deux millions d’individus et dont les tentes devaient, par conséquent, occuper un immense espace de terrain, pouvaient de Raphidim toucher les dernières pentes du Serbal réputé être le Sinaï, et ils n’avaient plus aucune étape à faire pour aller camper auprès de cette montagne, ainsi que le rapporte la Bible {Exode, ch. xix, if 65) :
« 1. Le troisième jour du troisième mois depuis que les enfants d’Israël furent sortis de l’Egypte, ils vinrent au désert du Sinaï.
« 2. Étant partis de Raphidim et étant parvenus jusqu’au désert du Sinaï, ils campèrent en ce même lieu; et Israël y dressa ses tentes vis-à-vis de la montagne. »
La seconde difficulté, c’est que la configuration du Serbal et des vallées qui l’entourent s’oppose, comme nous le montrerons bientôt en disant un mot de cette montagne, à ce qu’on l’identifie avec le
DU DJEBE L-MOUSA AU DJEBE L-SERBAL.
d’avoir été le témoin des différents prodiges qui accompagnèrent la promulgation de la loi.
Si néanmoins Eusèbe et son traducteur saint Jérôme placent Raphidim près du mont Iloreb, il est facile d’expliquer cette opinion de leur part ; car ils pouvaient se fonder sur le passage suivant de l’Exode (ch. xvn) :
« 4. Moïse cria alors au Seigneur, et lui dit : Que ferai-je à ce peuple? Il s’en faut peu qu’il ne me lapide.
«Le Seigneur dit à Moïse : Marchez devant le peuple; menez avec vous des anciens d’Israël; prenez en votre main la verge dont vous avez frappé le fleuve, et allez jusqu’au rocher d’ Iloreb. »
Sinaï, tandis que le Djebel Mousa s adapte merveilleusement, rien qu’au point de vue topographique, à toutes les circonstances du récit biblique.
En troisième lieu, aucune tradition transmise d’âge en âge et ayant pour elle la majesté des siècles et 1 assentiment unanime des indigènes de la contrée ne rattache au Serbal la gloire d’avoir, comme le Djebel-Mousa, été sanctifié jadis d’une manière toute particulière par la présence divine, et
Acacia seyal dass l’Ouad i-Feiran ; c’est le même aiiure qui dans la Biüle est appelé Cuittad.
On peut, en effet, voir dans le rocher d’IIoreb un roc dépendant de cette montagne célèbre, et alors, en dépit de la tradition, en dépit aussi de toutes les circonstances qui militent en faveur du Djebel-
Mousa, on peut se croire autorise a reconnaître dans le Serbal l’Horeb de la Sainte Écriture ou, en d’autres termes, le Sinaï, puisque ces deux montagnes, comme nous l’avons dit, ou doivent se prendre l’une
Djebel et-Tahouneh (montagne du Moulin).
Raphidim demeure auprès des ruines de Feiran, reproduite par saint Jérôme.
pour l’autre, ou formaient deux pics du même massif. Mais on peut aussi, avec plu sieurs savants critiques, considérer le mot Iloreb dans le verset cité plus haut, mot qui signifie lieu sec, lieu aricle , comme s’appliquant à une autre localité que la célèbre montagne de ce nom. Si l’on admet cette interprétation, les difficultés précédentes s’évanouissent.
Le Djebel-Mousa reste en possession de ses antiques traditions et de la vénération tant de fois séculaire qui l’entoure, et, d’un autre côté, iformément à l'indication fournie par Eusèbe et