‹ La terre sainteChapitre 11 sur 128 · DISTRICT DE KE SR OU AN · texte numérisé non relu

DISTRICT DE KE SR OU AN

grecque moins fruste, gravée sur un gros bloc qui repose sur le sol, indique qu’il avait été construit, 1 an 335, sur les revenus du grand Dieu. Cette date de 331, si l’on compte d’après l’ère des Séleueides, répond à l’an 43 de notre ère, par conséquent à l’époque du règne de l’empereur Claude. Quant au grand Dieu dont il est ici question, il ne peut être autre qu’ Adonis, selon la remarque judicieuse de INI. Renan. Ce monument était un tombeau, comme le prouve la chambre intérieure qu’il renferme, et à laquelle on parvient au moyen d’un étroit corridor ménagé dans l’épaisseur de la tour; un autre corridor conduit à la plate-forme sur laquelle s’élevait par retraites successives une petite pyramide, actuellement détruite. Cette chambre, dont la destination devait être évidemment funéraire, contenait-elle la dépouille mortelle de quelque grand personnage appartenant à la ville sur l’emplacement de laquelle nous sommes en ce moment, ou bien, au contraire, était-ce là encore l’un de ces cénotaphes consacrés à la mémoire d’ Adonis, de ce dieu des Phéniciens qui, dans la terre de Byblos, était désigné sous la dénomination de très-grand, de très-haut, de céleste, de satrape ou de souverain? On peut hésiter entre ces deux attributions; j’incline volontiers pour la dernière.

Près de là, d’autres édicules, de dimensions peu considérables, mais tous construits avec des pierres de taille gigantesques, semblent avoir été d’anciens tombeaux et sont comme la reproduction de celui que j’ai signalé dans le voisinage du temple. Ailleurs, à côté d’un ravin dont les berges rocheuses ont été exploitées comme carrière, on trouve d’autres chambres sépulcrales ou de simples auges funéraires excavées dans le roc. Quel était le nom antique de la ville dont ces divers monuments sont les vestiges et attestent l’ancienne importance? On l’ignore complètement.

Dans le même district, en nous dirigeant vers l’ouest, nous rencontrons successivement, après avoir franchi les rives escarpées du Nahr Salib, les villages de Mirouba et de Faïtroun. Avant de parvenir à cette dernière localité, on traverse des collines toutes couvertes de pierres basaltiques, au milieu desquelles croissent de belles plantations de vignes , puis une suite de défilés dont les rochers affectent les formes les plus singulières et les plus fantastiques. Les uns se dressent dans les airs comme des flèches aiguës de cathédrale, d’autres présentent l’aspect de constructions gigantesques, et il faut s’approcher d’assez près pour reconnaître qu’on a affaire, non à des assises artificielles mais à un simple jeu de la nature, ces prétendues assises n’étant que les couches horizontales d’énormes quartiers de roc régulièrement superposés. Tous ces rochers sont, en outre, profondément sillonnés par les neiges et par les pluies, qui, depuis des milliers d’années, les rongent, chaque hiver, pendant plusieurs mois, et ont creusé, à la longue, sur leurs flancs des espèces de rainures verticales ressemblant à des cannelures de colonnes. Çà et là, le sentier qui serpente à travers ces labyrinthes et ces gorges qui s’enchevêtrent réciproquement, devient tellement étroit que deux hommes de front peuvent à peine passer. Les Maronites se sont souvent retranchés dans ces défilés comme dans un asile inexpugnable, pour échapper à leurs ennemis ou les surprendre soudainement.

Faïtroun a succédé à une localité antique dont il subsiste encore des tombeaux creusés dans le roc et les restes d’une puissante construction bâtie avec des blocs de grandes dimensions. Suivant une tradition répandue encore dans le pays, ce village aurait gardé le nom intact d’une ancienne divinité phénicienne, ainsi appelée, qui avait été adorée en ce lieu. Il en serait de même de Reifoun et de Adjeltoun, autres villages situés plus au sud-ouest, et qui autrefois auraient vénéré des dieux topiques de ce nom.

Le village de Reifoun se compose d’une cinquantaine de familles maronites, dont, les habitations sont dispersées au milieu de belles plantations de mûriers. Les Lazaristes d’Antoura ont en cet endroit une maison de campagne ou ils viennent, depuis quelques années, chercher, pendant les vacances, un

LIBAN

air plus vif et une température moins chaude qu’à Antoura, où ils ont leur college. Au-dessus de leur établissement, ils possèdent un joli monticule qui s’élève par terrasses successives et dont les flancs et la plate-forme supérieure sont plantés de pins sveltes et gracieux qui font un charmant effet sous la voûte azurée du ciel. De cette espèce de belvédère on jouit, en outre, d’une vue aussi étendue que variée.

A quinze cents mètres au sud de Reifoun est un grand séminaire maronite. Bâti sur un petit plateau rocheux, il est lui-même entouré de roches grisâtres qui font partie de la chaîne dont j’ai parlé tout à l’heure, et dont la longueur, du sud-est au sud-ouest, peut être estimée à douze kilomètres. Cet établissement a été fondé vers 1713 par un patriarche maronite. 11 avait été construit, dans le principe, pour renfermer, dans deux corps de bâtiments séparés, des religieux et des religieuses; mais ensuite, en 1834, ces deux couvents distincts ont été réunis et transformés alors en un grand séminaire destiné à assurer et à préparer le recrutement du clergé maronite. Vingt séminaristes y sont actuellement entretenus gratuitement, aux frais de la même famille dont l’un des ancêtres avait autrefois créé les deux monastères primitifs.

A trois kilomètres au sud-ouest de ce séminaire s’élève sur deux collines le village de Adjeltoun. Il compte douze cents habitants. Les maisons, comme celles de Reifoun, sont espacées au milieu de grandes plantations de vignes et surtout de mûriers. Quelques-unes, habitées autrefois par des familles prineières , sont maintenant abandonnées et ne conservent plus que de faibles restes de leur ancienne splendeur. Si de Adjeltoun nous nous dirigeons vers l’ est-sud-est, nous rencontrons, au bout de vingt-cinq minutes de marche dans cette direction, le grand séminaire de Roumieh. Il a succédé, en 1817, à deux monastères, l’un d’hommes, l’autre de femmes. L’endroit où il est situé a été jadis occupé par une bourgade dont il subsiste encore des tombeaux et des pressoirs creusés dans le roc, des médailles en assez grand nombre et beaucoup de grosses pierres de taille que l’on exhume, toutes les fois que l’on fouille tant soit peu le sol pour les besoins de la culture.

J’ai eu l’honneur de faire la connaissance à Cleyat, village très-rapproché de là, de Mgr Nematallah-Dahdah. Ce prélat porte le titre d’archevêque de Damas; il a en même temps sous sa juridiction une partie du Liban. Doué dune instruction très-variée et aussi d’un esprit très-pénétrant, il est 1 une des lumières du clergé maronite et 1 une des intelligences les plus distinguées et les plus vives de la Montagne. Excellent cavalier , en outre, et parcourant sans cesse son diocèse avec sa belle jument, sans se laisser arrêter par aucun des obstacles qui obstruent ou rendent souvent si pénibles les sentiers libanais, il représentait à mes yeux ces évêques du moyen âge qui, sur leurs chevaux de bataille, conduisaient quelquefois les croisés au combat et ne savaient pas moins manier l’épée que la plume; très-aimable d’ailleurs et parlant fort purement la langue française, il inspire immédiatement beaucoup de sympathie à tous ceux qui 1 approchent. Je passai auprès de lui de longues heures, recueillant avec soin de sa bouche tous les renseignements qu’il voulait bien me donner sur l’histoire de sa nation et principalement sur les événements dont il avait été le témoin ou même l’auteur. Il m’invita à l’accompagner dans une excursion, et, pendant que nous chevauchions ensemble par des chemins détestables, j’admirais l’adresse et l’audace avec lesquelles il savait se tirer, connue en se jouant, des pas en apparence les plus difficiles.

De retour à Reifoun, je me dirigeai à l’ouest vers Mar Challata. Ce monastère, fondé en 1628, était d’abord destiné à des religieux; mais ensuite il passa entre les mains de religieuses cloîtrées. Celles-ci sont actuellement au nombre cl’une vingtaine et mènent une vie très-austère.

Non loin, au nord-ouest de ce couvent, un autre beaucoup plus remarquable attire l’attention de

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