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nouvelle et minutieuse de l’isthme. Mais les travaux ne purent commencer qu'en avril 1859. 11 serait trop long d en résumer ici l'historique; qu'il me suffise de dire que M. de Lesseps, à force d’hnbilefe, de souplesse et aussi d’énergie de caractère, sut triompher de tous les obstacles qui lui furent suscites par 1 Angleterre, qui redoutait la prépondérance que pouvait prendre la France en Égypte par la réalisation de son entreprise. Ainsi ce que les Pharaons n'avaient pas osé tenter, je veux dire le percement direct de l'isthme d'une mer à l'autre, ce que le général Bonaparte avait conçu, mais non exécuté, fut accompli de nos jours, grâce à l'indomptable persévérance d’un seul homme qui sut grouper autour de lui les ingénieurs les plus habiles et trouver les fonds nécessaires pour entretenir pendant plusieurs années une véritable armée de travailleurs.
Mais il est temps maintenant de remonter le cours des âges et de faire apparaître la grande figure patriarcale de Jacob. Le district, en effet, que traverse le canal actuel de Suez, faisait jadis précisément
AC DE MAHSAMAH DANS l’OuADI-ToUMILAT, ESTIIE TelL-EI.-MaSKIIOUTA (Ramsès?) et Tell-el- Kebir (Pithom?).
partie de l’antique terre de Gessen, où ce vénérable vieillard vint se réfugier pour éviter la famine qui désolait alors le pays de Chanaan.
Nous lisons à ce sujet dans la Genèse (ch. xlvi) :
« 5. Jacob étant parti du puits du Serinent, ses enfants l’amenèrent avec ses petits-enfants et leurs femmes dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour faire venir ce vieillard
« G. Avec tout ce qu’il possédait au pays de Chanaan, et il arriva en Égypte avec toute sa race
« 7. Ses fils, ses petits-fils et tout ce qui était né de lui.
« 27. Toutes les personnes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte furent au nombre de soixante-dix.
« 28. Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l’avertir de son approche, afin qu’il vint à sa rencontre en la terre de Gessen.
« 29. Quand Jacob y fut arrivé, Joseph fit mettre les chevaux à son chariot et vint au meme lieu au-devant de son père ; il se jeta à son cou et l’embrassa en pleurant.
“ 30. Jacob dit à Joseph : Je mourrai maintenant avec joie, puisque j’ai vu ton visage et que je te laisse après moi. »
Joseph présenta ensuite son vieux père au roi, qui lui concéda la terre de Gessen, que la Bible appelle également terre de Ramessès. Jacob y vécut encore clix-sept ans et mourut à l’âge de cent quarante-sept ans, après avoir béni ses enfants, et en parliculier Joseph avec ses deux enfants,
Éplinûm et Mariasse. Joseph fit embaumer le corps de son père suivant la méthode égyptienne, et toute l’Égypte pleura ce patriarche pendant soixante-dix jours. Puis Joseph, fidèle exécuteur des dernières recommandations de son père,' partit avec tous ses frères et une nombreuse suite, pour aller l’ensevelir à Hébron dans la caverne double. De retour dans le terre de Gessen, la famille de Jacob s’y multiplia extraordinairement. Joseph s’y éteignit à son tour à l’âge de cent dix ans, et son corps ayant etc embaumé fut mis dans un cercueil. Plus tard, comme il l’avait demandé, ses restes furent transportés parles Hébreux dans le pays de Chanaan. •
Cependant il s’éleva dans l’Égypte, nous dit l’Exode (chapitre i), un roi nouveau à qui Joseph était inconnu, et il dit à son peuple : «Vous voyez que les enfants d’Israël sont très-nombreux. Oppnmonsles, de peur qu’ils ne se multiplient encore davantage. » Il établit donc des intendants des ouvrages, afin qu’ils accablassent les Hébreux de travaux insupportables, et ceux-ci bâtirent au roi des villes pour servir de magasins, savoir Phitbom et Ramessès; mais plus on les opprimait, plus leur nombre augmentait. On connaît la suite de la triste histoire des Israélites pendant leur séjour dans la terre de Gessen, l’aggravation toujours croissante de la servitude sous laquelle ils gémissaient, 1 ordre cruel donné parle roi de jeter dans le ïSil tous les enfants mâles qui naîtraient parmi eux, la préservation miraculeuse des jours de Moïse, son éducation à la cour, sa fuite dans le pays de Madian, la mission qu’il reçoit de Dieu de sauver son peuple, son retour dans la terre de Gessen, les merveilles qu’il accomplit dans la plaine de Tanis, les dix plaies dont il frappe coup sur coup l’Égypte au nom du Seigneur, pour forcer le roi à laisser partir son peuple, enfin le départ en masse des Israélites des environs de Ramessès pour Soccoth, Etham, Phihahirolh et la mer Rouge qu’ils traversent à pied sec sous les yeux des Égyptiens qui les poursuivent et |qui eux-mêmes périssent dans les flots. Ces faits sont présents à toutes les mémoires, et il est inutile d’y insister davantage. Disons plutôt quelques mots de cette terre de Gessen qui pendant quatre cent trente ans, suivant le texte hébreu et la Yulgate, et pendant deux cent quinze ans seulement, d’après la Septante et 1 historien Josèphe, fut habitée parles enfants de Jacob. Tout d’abord le chiffre du texte hébreu adopté par la version latine semble de beaucoup préférable, car il permet de mieux comprendre l’énorme accroissement de la famille de Jacob, qui, de soixante-dix personnes dont elle se composait quand elle arriva en Egypte avec ce patriarche, se montait à six cent mille hommes en état de porter les armes, et par conséquent à deux millions d’âmes au moins, lors du passage de la mer Rouge.
Rien que les limites précises de la terre de Gessen soient difficiles à déterminer, tout porte à penser qu’elle comprenait à l’est de la branche la plus orientale du Nil, c’est-à-dire de la branche Pélusiaque, la totalité, ou du moins la plus grande partie du nome Arabique. Elle était traversée par le canal qui, creusé par Séti Ier, réparé ensuite par Ramsès II, partait de Bubastis, à l’ouest, pour aboutir au lac Timsah, à l’est, en sillonnant l’ouadi Toumilat. Indépendamment de ce canal principal qui , de nos jours, a été rouvert par M. de Lesseps pour amener l’eau douce à Ismaïlia et de là sur toute la ligne du canal maritime, d’autres canaux secondaires devaient répandre au nord et au sud la fertilité dans les campagnes. Mais l’ouadi que je viens de mentionner semble avoir été la partie la plus riche de la terre de Gessen, qui vers le nord-est pouvait s’étendre jusqu’à Péluse et au sud-ouest jusqu’à Héliopolis. Cette dernière ville même, d’après l’historien Josèphe, aurait été concédée à' Jacob. Comme les descendants de ce patriarche, à l’époque de l’Exode, étaient devenus un peuple de plus de deux millions d’individus, ils devaient couvrir un espace très-considérable. Leurs occupations devaient se partager entre les travaux agricoles et surtout la garde et l’élevage des troupeaux. Un grand nombre d’entre eux aussi, comme nous l’apprennent la Bible et l’historien Joscphe, étaient soumis aux plus