TERRE DE GE S S EN
dures corvées et étaient contraints, sous les ordres d’intendants impitoyables, de fabriquer des briques avec du limon et de la paille hachée, de bâtir ou de restaurer des villes, d’élever des chaussées et de creuser des canaux .
Dans la partie la plus fertile de la terre de Gessen, on remarquait trois villes principales : d abord celle qui avait donné son nom à ce district, puis celles de Ramsès ou Ramessès, et de Plnthom ou Pithom.
Gessen, en hébreu Gochen, s’appelait en égyptien Kesemou Pha-Kos, la demeure , la ville de Kos. I.es Grecs et les Latins la désignaient sous le nom de Phacusa. Aujourd’hui, c’est un simple village, appelé Tcll-Fahous, un peu au sud-ouest de Salahieh et sur la rive droite de l’ancienne branche
Pelusiaque. 11 ne reste plus tle cet antique chef-lieu du nome Arabique que des ruines informes et
confuses.
Ramsès ou Ramessès, bâtie ou seulement reconstruite par les Hébreux, ainsi que Pithom, avoisinait très-probablement les bords du canal de Séti Ier. Le canal central avait été, selon toute apparence, creusé par les Juifs eux-mêmes, ainsi que beaucoup d'autres moins importants, pour arroser la contrée qu'ils habiif taient. Autrement, ils n'auraient jamais pu y croître et s’y multiplier d’une manière aussi rapide et aussi extraordinaire avec leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs et leurs troupeaux. Deux documents du règne de Ramsès II, dont M. Chabas nous a donné jj la traduction, prouvent, conformément à la Bible, que ce prince employa les Hébreux à construire ou à réparer la ville à laquelle il donna son nom. Ces documents, en effet, les désignent très-nettement sous l’ appellation de Aberiu ou Aperiu. Un ancien papyrus contemporain de Moïse et rédigé par un scribe contient la description suivante de cette ville :
“ Quancl je suis arrivé à Pa-Ramessu-Meri-Amen, je l’ai trouvée en bon état. C’est une ville fort belle, et qui n’a point sa pareille. Ses viviers sont pleins de poissons, et ses étangs, d’oiseaux aquatiqites; ses prés foisonnent d’herbages. Ses greniers sont remplis de blé et d'orge dont les monceaux s élèvent jusqu’au ciel... Les galères arrivent au port; les provisions et les richesses abondent en elle chaque jour. Les riverains de la mer lui apportent en hommage des anguilles et d’autres poissons, et lui donnent Je tribut de leurs marais. » (Maspéro, Vu genre épistolaire chez les anciens Égyptiens, pages 103-106.) Cette même ville fut encore agrandie par Ménephtah I er, fils et successeur de Ramsès II. Quelques critiques identifient cette grande cité de Ramsès avec Péluse ; mais le nom égyptien de celle-ci était Phéromi, nom qui dérivait des terrains marécageux dont la place était environnée. Celui de Sin qu’elle porte dans l’Écriture n’en est que la traduction hébraïque , de même que Pélousion en est la traduction grecque. D’autres savants confoudent Ramsès avec San ou Tanis; mais la plupart la reconnaissent dans les ruines dites Tell-el-Maskhoufa, dans l’Ouadi et-Toumilat. On a découvert en cet endroit une grande statue de Ramsès II, des
TERIIE DE GESSEN.
PüITS A Non IA, OMBRAGÉ PAR TJN ACACIA.
par les Hébreux. Car nous savons par la Bible que Ramsès était une ville remplie de magasins, destinés sans doute à renfermer des provisions de toutes sortes, et que c’était l’ouvrage des enfants
debnS de E1'0S murs constrults a™e (le larges briques rendues' plus consistantes au moyen de paille hachée, et de nombreux magasins bâtis de même. Ce sont là évidemment des travaux exécutés jadis
d’Israël j nous savons aussi que les briques qu’ils fabriquaient étaient mêlées de paille, comme le prouvent les deux versets qui suivent (. Exode , ch. v) :
« 6. Le roi donna cet ordre à tous ceux qui avaient l’ intendance des ouvrages du peuple d Israël et qui exigeaient d’eux les travaux qu’on leur avait imposés, et leur dit :
« 7. Vous ne donnerez plus, comme auparavant, de paille à ce peuple pour faire leurs briques, mais qu’ils en aillent chercher eux-mêmes. »
Quant à la ville appelée en hébreu Pitliom, dans la Vulgate Phithom, chez les Septante ILtOw, elle devait en égyptien porter le nom de Pa ou Pi-Torn, demeure du dieu solaire Tom. De même que Ramsès ou Ramessès, elle était, selon toute apparence, située dans 1 Ouacli-Toumilat, qui a peut-êtie retenu la dénomination quelle portait elle-même. Hérodote, qui la désigne sous celle de Patoumos, ajoute quelle était voisine de Bubastis, actuellement Tell-Basta, non loin de Zagazig. On hésite entre plusieurs positions pour celle que l’on doit attribuée à cette ville, en la plaçant soit à 1 cil— el-Kebir, village qui a été le théâtre de la victoire remportée, il y a un an, sur les troupes d’Arabi- Pacha par les Anglais, soit à Abbaseh, un peu plus à l’ouest. D’autres enfin 1 identifient avec Tellel-Maskhouta. Dans ce cas, il faudrait chercher un autre site pour Ramsès.
A soixante kilomètres au sud de l’Ouadi Toumilat gisent les ruines d’Héliopolis. Elles. sont situées sur la limite du désert, à neuf kilomètres au nord-nord-est du Caire et à six de la rive droite du Nil. Celte ville, autrefois si célèbre, est actuellement détruite de fond en comble. Elle figure, dès les premiers temps de la monarchie égyptienne, parmi les villes les plus anciennes de l'Égypte; par conséquent, elle ne fut pas fondée par les Hébreux, comme le prétend Josèphe, mais elle fut seulement réparée ou agrandie par eux sous le règne de Ramsès II. Deux grandes enceintes y sont encore reconnaissables : l’une était celle de la ville; elle est maintenant en partie ensevelie sous des monticules de décombres; l’autre environnait le temple. Bâties toutes deux en briques crues, elles étaient fort épaisses et percées de portes en pierre calcaire. Il ne reste plus debout de ce temple que l’un des deux obélisques qui en précédaient l’une des entrées. C’est un beau monolithe de granit de vingt, mètres soixante-quinze centimètres de hauteur au-dessus du sommet de son piédestal, qui consiste en un socle de grès maintenant enfoui dans le sol, ainsi que la partie inférieure du fût. Il porte sur chacune de ses faces une seule colonne d’hiéroglyphes, et les légendes y sont presque identiques. Elles nous apprennent que cet obélisque fut érigé par le roi Ousortésen, au commencement de la fête d’une panégyrie, pour consacrer le nom de ce prince à l’immortalité. Un autre obélisque s’élevait jadis en regard et formait le pendant de celui-ci; il fut, dit-on, renversé par les Arabes, qui s’imaginaient trouver sous sa base des trésors enfouis. On sait qu’il y a à Rome deux obélisques provenus d’Héliopolis, l’un sur la place du Peuple, l’autre sur la place Automne; le premier est de Sésostris, et le second de Psanunéticus. Les deux obélisques, dits, par erreur, aiguilles de Cléopâtre, qui ornaient sous Tibère, à Alexandrie, l’une des portes du Sébasteïon, étaient également originaires d’Héliopolis. Pour revenir à celui qui nous occupe en ce moment, il offre cela d’intéressant qu’il est le plus ancien obélisque connu de l’Egypte, puisqu’il remonte à la douzième dynastie; les autres sont tous de date plus récente.
Le nom d’Héliopolis en hiéroglyphes était An ou Pé-Râ, demeure du Soleil. Dans la Bible, elle était désignée sous celui de On ou de Beth-Chemech, qui est la traduction littérale de Pe-Ra. On nourrissait dans l’un des sanctuaires du temple de celte cité le bœuf Mnévis, symbole du soleil, de même qu’à Memphis on honorait d’un culte particulier le bœuf Apis, dans l’une des chapelles du temple du dieu Phtah. C’est aussi dans ce temple qu’au dire des Égyptiens le phénix, après une vie
terre DE GE S S EN.
de plusieurs siècles, venait exhaler <?nn „ .
, cxnalei son de, mer soupir sur un bûcher de myrrhe et d’encens, pour
renaître ensuite de ses cendres.
Nous savons par la Genèse que Joseph, fils de Jacob, épousa Asene.h, fille de Puliphar, pcêlre du Sole, a Hcbopohs. Les habilauls de celle ville passaient pour les plus instruits de l’Égypte et e est probablement dans le collège qui y floriss.it sous la direction de prêtres habiles et éclairés ^ue
Sycomohe de la Sainte Famille.
Moise passa sa première jeunesse et apprit toutes les sciences que l’on y cultivait : Eruditus est Moyses omm sapientia Ægyptiorum. (Jetés des Apôtres, ch. vu, jr 22.) C’est là également que, plus tard, d autres illustres étrangers, tels qu’ Hérodote, Eudoxe et Platon, vinrent étudier 1 histoire, 1 astronomie et la philosophie. Sésostris, à en croire Diodore de Sicile, afin d’opposer une barrière aux incursions des Syriens et des Arabes, construisit un mur qui allait d’Héliopolis à Péluse, et qui avait quinze cents stades de long.
Sous le règne d’Auguste, Strabon, qui visita Hcliopolis, trouva cette cité en partie déserte et présentant de toutes parts des marques de la fureur de l’insensé Cambyse. Le collège de ses prêtres avait
perdu ses élèves et su célébrité, et les ministres du culte se bornaient à desservir le temple du So’eil. Aujourd'hui, comme nous l'avons vu, saut l’obélisque dont il a été question plus haut et les débris
de ses deux grandes enceintes, la fameuse vdle du Soleil est comme effacée du sol ; ses ruines mêmes ont péri ou sont ensevelies sous un amoncellement très-considérable de terre apportée par les alluvions du Nil, dont les eaux ne sont plus endiguées avec soin, comme elles l’étaient autrefois. Ainsi son temple, l’une des merveilles de l’Egypte, avec la grande avenue de sphinx qui le précédait, a été comme anéanti, ou pour en exhumer quelques vestiges, il faudrait, sans doute, pratiquer des fouilles trcs-profondes sur l’emplacement qu il occupait.
Si nous nous dirigeons vers le sud de cette ville, nous rencontrons, à dix minutes à peine de distance, 1 humble mais célèbie village de Matarieh. L’étymologie la plus probable de ce nom est le mot copte matara, qui signifie lieu ou place appartenant au Soleil. La plupart des maisons du village sont construites avec des pierres calcaires qui proviennent d’Héliopolis, et dont plusieurs sont couvertes d’hiéroglyphes. On cultivait auparavant dans les jardins qui l’entourent le véritable baume, arbuste précieux qui avait été transporté de Judce en te lieu par la reine Cléopâtre; mais depuis deux siècles au moins, il a disparu complètement de Matai ieb. C’est dans l’un de ces jardins que l’on vénère le magnifique sycomore dit Sycomore de la Sainte Famille. D’après une pieuse tradition transmise d’âge en âge aussi bien parmi les musulmans que parmi les chrétiens, cet arbre serait le rejeton de celui qui aurait jadis prêté son ombrage hospitalier à la Sainte Famille réfugiée en Égypte. La légende ajoute que ce dernier, en signe de respect, se serait incliné devant le divin Enfant. Quoi qu’il en ’ , , soit, le sycomore que l’on voit ?. maintenant date seulement de
^ l’année 1650, le précédent étant
- mort à cette époque, laissant une
Obélisque d’Héliopolis. . ,, , . i
souche d oùestvenul arbre actuel.
bien qu'il compte déjà deux cent vingt-sept ans, il est encore plein de force et de verdeur, et il est le jut de nombreux pèlerinages de la part des chrétiens du pays. Le khédive Ismail, lors de son séjour
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Paris en 1807, en fit don cà l’impératrice Eugénie, et depi
notto (SnAmip. une en
LE CAIRE
arbre sacré contre l’ indiscrétion des pèlerins et des toiuisîes qui aimaient à y graver leurs noms et à en emporter quelques branches.
Xon loin de là est un puits à noria dont les eaux étaient, dit-on, primitivement amères, et qui ne devinrent douces, ajoute la tradition, que lorsqu’elles durent servir aux besoins de la Sainte Famille. C’est, dans les plaines qui environnent Matarieh et Héliopolis que campait, en 1517, le sultan Séhm, avant qu’il défît Toman-bey, victoire qui transféra le sceptre des mamelouks aux Osmanlis. Les mêmes plaines furent plus tard témoins d’une autre grande bataille livrée par Kléber, le 19 mars 1800, à une armée turque sept fois supérieure en nombre à la sienne, et qu’il écrasa ou mit en fuite par des prodiges d’audace et d’habileté de sa part et de courage de la part de ses soldats.
LE CAIRE
segi
ses
Le Caire en arabe Masr-el-Kahirah, est situé à line vingtaine de kilomètres au Sud-sud-est du sommet actuel du Delta et du barrage du Nil, et à un kilomètre au plus de la rive droite du fleuve. Sans y comprendre ses deux ports, Boulais au nord et Fostat ou le Vieux Caire au sud, cette vaste cité doit avoir vingt-quatre kilomètres de circonférence. Bâtie au pied et sur les derniers mamelons du Djebel- Mokatlam, qui la domine au sud-est, elle offre de haut et de loin un aspect admirable, à cause de la multiplicité de ses mosquées et de la beauté singulière du ciel azuré vers lequel les nombreux minarets de ses édifices religieux semblent monter ou plutôt s’élancer de toutes parts; mais la distribution intérieure de la ville est tellement confuse, qu’il faut l’avoir habitée quelque temps pour ne pas igarer à chaque instant au milieu du dédale presque inextricable au premier abord de ses rues, de es ruelles et de ses impasses. La plupart d’entre elles sont très-étroites, en raison de la grande chaleur du climat. Fort mal ou point pavées, elles sont souvent fangeuses en hiver et très-poussiéreuses pendant tout le reste de l’année. Dans les quartiers nouveaux, elles sont, à la vérité, plus larges et mieux entretenues; mais, d’un autre côté, pendant l’été, on les fuit avec soin, à cause de la réverbération intense des rayons du soleil sur leur sol blanchâtre et poudreux, et sur la façade éblouissante des maisons qui les bordent, et qui ne s'ombragent pas les unes les autres, comme dans l’ancienne ville, où les balcons en grillage des étages supérieurs et parallèles se touchent presque entre eux, ne livrant aux feux de l’astre du jour qu’un passage très-resserré. Les quartiers du Caire sont au nombre de cinquante-trois, parmi lesquels on en compte vingt principaux. Ils tirent leurs noms des différentes nalions ou des diverses sortes d’artisans et de commerçants qui les habitent, ainsi que des monuments les plus imposants qui s’y trouvent. Ils forment comme des îlols distincts demsisons, plus ou moins étendus et ordinairement clos par des portes qui sont fermées la nuit et confiées à des gardiens particuliers. Toutefois, depuis quelques années, cette mesure de police et de sûreté est moins strictement observée qu' auparavant. Le quartier franc, Haret el-Frandj, appelé aussi El-Mouski, avoisine la magnifique place d’Ezbekieh. Celle-ci est la plus belle de la ville. Bordée de grands hôtels, elle a été convertie en un vaste square où de vertes pelouses, que traversent de jolies allées plantées d’arbres, reposent agréablement la vue. One petite rivière artificielle y serpente et y répand la fraîcheur ; l’eau jaillit en cascade d’une grotte factice que surmonte une plate-forme ombragée d’où l’on jouit d’un coup d’œil magnifique. Parmi les autres places, je signalerai celles de Roumeileh (le Petit Sable) et de Karaméidan (le Champ noir), situées l’une et l’autre au pied de la citadelle, et une
ÉGYPTE
quatrième, dite Birket el-Fil (le Bassin de l'éléphant), qui s’étend au sud du quartier arabe près du Khalig ou du canal. Les rues, déjà si irrégulièrement tracées, changent en outre à tout moment de dénomination, ce qui contribue encore à dérouter singulièrement celui qui s’y aventure pour la première fois. Dans ce labyrinthe néanmoins, on finit par distinguer huit artères principales, les unes
longitudinales, les antres transversales, qui servent comme de points de repère. Il est difficile de se aire une idee de la foule énorme qui se presse, se heurte et s’agite en tous sens dans les quartiers commerçants. Unes tortueuses et sombres, à cause du rapprochement extrême des maisons, longues rangées de boutiques ou plutôt de simples échoppes on le marchand est nonchalamment accroupi, voix diverses et confuses, ou, pour mieux dire, clameurs presque continues eu vingt langues’ differentes, accoutrements et costumes de toutes sortes, depuis les plus misérables jusqu’aux plus somptueux et aux plus riches, visages bruns et basanés, ou d’un noir d’ébène, dents étincelantes de