‹ La terre sainteChapitre 120 sur 128 · LE C A I II E · texte numérisé non relu

LE C A I II E

b a“CheUr’ yeHX YlfS et in,elliS™ts> au milieu du tout cela des milliers de cavaliers, montés sur des chevaux, sur des mulets et le plus ordinairement sur des ânes, d'interminables files de chameaux quclquefms aussi de belles calèches précédées de sais, qui fendent sans interruption les vagues tu, uni-

Bazab des tapis.

tueuses de cette masse d’hommes, de femmes et, d’enfants, tel est le spectacle qu’on a sous les yeux le malin et l’après-midi, dans certaines parties de la ville. Si l’on jugeait de la population générale du Caire par celle qui s’accumule dans ces quartiers, et dont le flux et le reflux continuels permettent a peine de se faire jour au travers, on s’en formerait une idée exagérée, et c’est ce qui est arrivé à

É GY PTE.

beaucoup de voyageurs. M. Jomard a évalué le chiffre de cette population pour l’année 1798 à deux

Bazar des cuausswues.

cent soixante mille âmes. Aujourd’hui, elle est beaucoup plus considérable qu’à l’époque de l’occupation de l’Égypte par Bonaparte; car, d’après la dernière statistique qui en a été faite, elle se monte

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à trois cent cinquante mille habitants, dont trois cent trente et un mille sujets égyptiens et dix-neuf

mille résidents étrangers.

Depuis longtemps déjà l’ ancienne enceinte du Caire est en partie enclavée dans la ville, qui s’est considérablement agrandie vers le nord et vers l’ouest, tandis que du côté de l’est et du sud , elle est restée à peu près dans ses anciennes limites. Elle est percée de soixante et onze portes , parmi lesquelles les plus remarquables sont celles de Bab en-Nasr et de Bab el-Fotouh, qui avoisinent l’une et l’autre la mosquée d’El-IIakem. Bab en-Nasr (porte de la Victoire) remonte au khalife falimite Mostanser b’illah, c’est-àdire au onzième siècle de l’ère vulgaire. Flanquée de deux tours carrées , elle est ornée de corniches et de moulures finement exécutées. Des boucliers y ont été élégamment sculptés. Les tours de Bab el-Fotouh (porte des Conquêtes), qui est de la même époque, sont elliptiques. La sculpture en est moins pure et moins soignée. L’élévation totale de ces

deux

monuments est de vingt-deux mètres ; des inscriptions

en caractères coufiques y ont été gravées.

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L extension du Caire, dont l’oiigine ne date que de l’année 9(19 de notre ère, fut d'abord assez limitée, et les murs étaient originairement en briques; mais ensuite celte enceinte fut considérablement agrandie par Saladin et construite avec des pierres de taille provenant des ruines d’Héliopolis e celles de Memphis. I .a ville est séparée dans le sens de sa longueur en deux parties inégales, par un canal qui dérive du Nil au-dessous du kilomètre de l'ile de Boudah. La largeur de ce canal

Bab-es-Nasr (porte de la Victoire).

™e enÜe 7 J1 »*- roi* bordé de quais, et les maisons qui le longent sont

baignées par 1 eau. On l’appelle de divers noms, tantôt canal du Caire, tantôt canal du Prince des croyants, parce que Am, ou le fit lecreuser par ordre d’Omar, pour faire communiquer le Nil avec b, mer Rouge, tantôt tout simplement le canal, El-Khalig. L’ouverture de la digue qui, chaque année au moment de 1 inondation, donne entrée a l’eau du Nil dans ce canal, est un véritable événement pour .us les habitants de la ville, et des réjouissances extraordinaires l’accompagnent tou^ou, s. Tu présence d une foule immense, à un signal convenu, on attaque cette digue, et bientôt l’eau déborde en cascade ecumante dans le canal. Alors le canon tonne, de nombreux instruments de musique Ü en en re, et c es cris de joie retentissent de toutes parts. En même temps des paquets de menue

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monnaie sont jetés au peuple, ce qui occasionne souvent des luttes assez vives pour les ramasset

Dès que le niveau de l’eau est établi entre le fleuve et le canal , des canges pavoisées de drapeaux divers s’engagent dans le Khalig et s’empressent de le parcourir. La fête se termine le soir par une illumination générale et par un feu d’artifice. Elle se célèbre d’ordinaire, selon la hauteur du Nil, entre le 6 et le 16 du mois d’août. Autrefois, dit-on, pour se rendre favorable le dieu du fleuve, on lui offrait en présent une jeune vierge, parée comme pour l’hymen, et qui était précipitée dans cette circonstance au milieu de ses ondes. Elle s’appelait la fiancée du Nil. Cette coutume barbare est depuis longtemps abolie, et la jeune fille est remplacée par une simple figure assez grossièrement modelée en limon qu’on appelle Arouseh, la fiancée^ et qu’on jette dans le courant du fleuve, aussitôt qu’une brèche a été pratiquée dans la digue qui le sépare du canal.

En 1832, un nouveau canal a été creusé près de Boulât pour aller arroser le territoire d’ Héliopolis et remplir d’eau le Birket el-Rag (l’étang des pèlerins). A partir de cette époque, l’ancien canal n’a plus servi qu’à alimenter la ville du Caire.

On compte dans la ville trois cent cinquante mosquées environ, dont deux cent cinquante, au moins, à minarets, et qui portent le nom de gama. Elle renferme aussi un grand nombre de zaouïas, petits sanctuaires consacrés à des santons ou appartenant à des corporations religieuses. Je dois dire tout d’abord que la moitié de ces mosquées tombent maintenant en ruine. Leurs cours et leurs

El-KhALIG, OD LU CANAL QUI THiVEItSË LE CaUIE.

nefs solitaires, leurs dômes et leurs mina-

rets croulants, leurs sculptures mutilées attestent la décadence visible de la religion qui avait jadis élevé ces superbes édifices, et qui actuellement est impuissante à les soutenir et à les réparer.

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La plus ancienne mosquée du Caire, je ne parle pas du vieux Caire, est celle de Touloun, bâtie par Ahmed ben-Touloun, chef de la dynastie des Toulounides, l’an 265 de l’hégire (879 de Jésus-Christ). Elle a été, dit-on, construite sur le plan de laKaaba à la Mecque, qui semble avoir été la plus ancienne mosquée fondée par les musulmans et avoir servi de type à beaucoup d’édifices de ce genre des âges subséquents. Le centre forme une cour ouverte de quatre-vingt-dix mètres carrés, avec un bassin pour les ablutions, et environnée de portiques. Ceux-ci, sur trois de leurs côtés, consistent en deux rangs de piliers de douze mètres de largeur, et le quatrième côté ou côté oriental en cinq rangs de piliers, ornés de demi-colonnes engagées, qui soutiennent des arcades ogivales, d’une forme trèsgracieuse. Les nefs que ces derniers piliers séparent constituent la mosquée proprement dite. Là se trouvent le mihrab ou niche qui indique la direction de la Mecque, le member ou chaire à prêcher, et le maslcibcih ou tribune des lecteurs. Cette mosquée était jadis flanquée aux quatre angles de son enceinte d’un minaret particulier. Un seul est maintenant encore debout. On y monte par un escalier extérieur qui est fort dégradé. Ce monument, comme tout le monde l’a remarqué, présente un grand intérêt au point de vue de l’histoire de l’architecture, car il prouve que l’ogive existait en Égypte longtemps avant l’époque de son apparition en Europe.

La colline sur laquelle il s’élève fut choisie par Ahmed ben-Touloun comme lieu de résidence pour lui et pour ses troupes. Bientôt ce camp devint une véritable ville, à laquelle son fondateur donna le nom d’El-Katayah, mot qui signifie en arabe des fonds de terre concédés par des propriétaires ou des suzerains, sous certaines conditions et redevances. Cette nouvelle ville était bornée au nord-est par le rocher sur lequel, dans la suite, Saladin fit construire la citadelle actuelle; au sud-ouest, elle touchait à Fostat; le Caire n’existait point encore. Elle parvint en peu de temps à une grande splendeur, et le palais de Touloun était renommé pour sa magnificence et la beauté de ses jardins; mais il subit plus tard, ainsi que la cité qu’il ornait, l’effet du temps et surtout des révolutions. La ville du Caire bâtie depuis par les khalifes Fatimites envahit et renferma dans sa vaste enceinte la ville moins étendue qui 1 avait précédée, et dont il subsiste des ruines remarquables, indépendamment de la grande mosquée dont je viens de parler. La plus ancienne mosquée après celle de Touloun est Gama el- Azhar (la mosquée des Fleurs). La longueur totale de son plan est de cent cinquante mètres. Sa fondation est de la même date que celle du Caire. Les Fatimites s’étant emparés de l’Égypte et du titre de khalifes, l’an 359 de l’hégire (969 de Jésus-Christ), le premier sultan de cette dynastie, El-Moëz, résolut de construire une ville qui fût la rivale de Bagdad, dont se glorifiaient tant les Abbassides. L’instant précis des premières constructions devait être déterminé par les horoscopes des astronomes, et elles commencèrent avec l’apparition de la planète de Mars, dont le nom arabe el-Kaher signifie le vainqueur. La nouvelle cité en prit le nom de Masr el-Kahirah (la capitale victorieuse), la désignation de Mise ou Masr, qui est celle de l’Égypte elle-même, ayant été souvent commune au pays et à sa capitale. Cette appellation fut bientôt abrégée par l’usage en celle d’El-Kahirah (la Victorieuse), d’où nous avons fait le Caire. Le nom de Masr fut cependant conservé pour Fostat, en y joignant toutefois l’épithète d’Atikah (Ancienne), nom mal à propos traduit par celui de Vieux-Caire, puisque Fostat n’a jamais porté ce dernier nom.

Djouhar, général de Moëz, jeta, l’an 361 de l’hégire (971 de Jésus-Christ), les fondements delà mosquée que nous venons de mentionner, et qui fut nommée El-Azhar par allusion sans doute au surnom de Zaharah (fleurie) que portait Fatmah, fille du Prophète, à laquelle El-Moëz faisait remonter son origine. Cette mosquée fut successivement agrandie ou embellie plus tard par Bibars, par Kaïtbey, par El-Ghouri, par Ismaïl-bey et enfin par Saïd-Pacha. L’un de ses minarets est admiré pour la

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hardiesse de son architecture. A la fois temple et college, elle renferme d'immenses salles et de vastes portiques où se pressent plusieurs milliers d'écoliers qui y affluent de tous les points de l’Égypte, et

SaKIEII OU PUITS A NORIA SUR le canal.

aussi de la Perse, de la Syrie, de l’Arabie et même de l’Inde, comme dans l’école la plus célébré de l’islamisme.

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Les chrétiens, qui, moyennant une légère rétribution donnée aux gardiens, peuvent pénétrer dans

Fontaine pour les ablutions dans la cour de la mosquée du sultan Hassan.

la plupart des mosquées du Caire, n’obtiennent que difficilement la faveur de visiter la mosquée El- Azhar; il en est de même pour une autre mosquée voisine, dite Gama el-IIossaneïn ou mosquée des

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deux Hassans, Hassan et Hossaïn, fils l’un et l’autre d’Ali, le gendre du Prophète, et dont cet

Mosquée du sultan Kaït-Bey.

édifice contient quelques restes, à savoir l’une des mains de Hassan et la tête de Hossaïn La mosquée El-Hakem, non loin de la porte Bab en-Kasr, a fidèlement conservé son style ong.na.re

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malheureusement elle est en partie ruinée. Son plan est celui des mosquées primitives. Les portiques

qui entourent la cour intérieure sont, soutenus par des piliers ornés de colonnettes que surmontent des arcades ogivales en fer à cheval, nouvelle preuve que l’ogive fut connue et pratiquée en O lient bien plus tôt qu’en Occident. El-IIakem, en effet, régna depuis l’année 990 jusqu’à l’année 1021 . On sait que ce sultan, si tristement célèbre par ses fureurs étranges, son caractère bizarre et son orgueil insensé, non-seulement se prétendit investi d’une mission divine, mais encore osa se faire passer pour une incarnation de la Divinité ellemême. Fondateur de la religion des Druses, il est encore regardé par eux comme un grand prophète et même comme un dieu.

L’une des plus imposantes mosquées du Caire est celle de Hassan, dans la place dite Er-Roumeïleh. Elle fut fondée par le sultan de ce nom, l’an 758 de l’hégire (135G de Jésus-Christ). La longueur totale de ce

C 11 A I II E A PHÊCIIER DE LA MOSQUEE DU SULTA3 BaRKOCK.

magnifique édifice, sur le grand axe, dépasse cent quarante mètres. Son entrée sur le Souk es-Selali (le Marché des armes) est irrégulière, mais néanmoins d’un effet saisissant. Rien n’égale la majesté

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de sa vas'e porte avec sa voûte en encorbellement, sa décoration de stalactites et la belle corniche qui la couronne. L intérieur consiste en une cour lrypèlhre avec des constructions carrées sur chaque côte, surmontées de superbes arcades. Sur la tombe du fondateur est déposé un précieux exemplaire du Coran en admirables caractères, qui, dit-on, est de la main de Hassan lui-même. La hardiesse de la coupole de cette mosquée, l’élévation et l’ élégance de son minaret, la richesse des marbres qui en

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