DE BOULAK A THÈBES
De Boulak, port où l’on s’embarque d’ordinaire près du Caire pour la haute Egypte, on compte par eau treize cent trois kilomètres jusqu’à la seconde cataracte. On peut faire maintenant ce
voyage, soit en bateau à vapeur, soit en iahabieh, sorte de barque pontée et munie de deux voiles : 1 une à 1 avant ou grande voile latine de forme triangulaire, l’autre plus petite à Barrière, près du gouvernail. Un chemin de fer depuis plusieurs années relie également le Caire à Syout, mais il ne va pas plus loin. A l’époque où je me rendis, avec M. le marquis de Maupas, «lu Caire a la seconde cataracte, il n’était pas encore question d’établir ce chemin de fer, et les bateaux à Tapeur qui circulaient en petit nombre sur le Nil appartenaient tous au gouvernement égyptien et ne transportaient pas de voyageurs; ceux-ci, par conséquent, n’avaient que la ressource des daliabiehs. Nous louâmes
ÉGYPTE
donc à Boulak, mon jeune compagnon et moi, une barque de cette espèce pour trois mois. Avec une dahabieh on voyage, il est vrai, fort lentement, surtout quand on remonte le Nil; car, lorsque le vent tombe ou est contraire, et qu’il faut carguer les voiles, les matelots qui forment l’cquipage
sont contraints de descendre à terre et de tirer le bateau à la corde en cheminant le long du rivage, ce qu’ils font avec beaucoup de haltes et avec une indolence souvent désespérante. D’un autre côté, ce mode de transport permet de s’arrêter toutes les fois et autant de temps qu’on le désire, et de mieux étudier les ruines qui jalonnent, pour ainsi dire, à chaque pas, à droite et à gauche, la vallée du Nil. Cette immense et incomparable vallée, nous l’avons ainsi parcourue à loisir depuis la fin de décembre de l’année 1857 jusqu’au 10 mars 1858, sans jamais nous lasser d’admirer la beauté singulière de son climat, la fertilité incroyable de son sol, la grandeur majestueuse son Nil et la rare perfection des édifices
Buffles que l’on mène boire dans le Nil.
innombrables dont les Pharaons, les Ptolémées ou les empereurs romains l’avaient jadis ornée, et dont les débris provoquent encore l'étonnement de tous ceux qui les contemplent. Pendant ces trois mois d’hiver qui étaient pour nous trois mois d’un printemps perpétuel ou plutôt parfois d’un véritable été, tant la chaleur était souvent forte, surtout en Nubie, nous n’avons pas senti la moindre goutte de pluie; dans la haute Égypte, en effet, il pleut très-rarement, et dans la Nubie jamais. Le ciel a été constamment d’une pureté et d’une limpidité inconnues à nos