‹ La terre sainteChapitre 124 sur 128 · DE BOULAK A THÈBES · texte numérisé non relu

DE BOULAK A THÈBES

possède une manufacture de soie et de coton. Cent trente-six kilomètres plus loin, sur la même rive, Minieh compte vingt mille habitants, dont un millier de chrétiens, qui ont une église dédiée à saint Georges. De la ville ancienne, dont le nom était Menat-Choufou , il subsisle de nombreux vestiges, et principalement des colonnes en granit et en marbre qui ornent actuellement plusieurs mosquées. Capitale de la province du même nom, Minieh a un moudir. Une sucrerie y est très-florissante; la canne à sucre réussit, en effet, merveilleusement dans presque toute l’Egypte, et cette culture, ainsi que la fabrication du -sucre, y occupent beaucoup de bras.

Vingt-trois kilomètres plus au sud, le village de Beni-IIassan, sur la rive droite, avoisine des grottes sépulcrales très-justement renommées. Creusées dans les flancs de la chaîne arabique, et remarquables presque toutes par l’élégance de leurs formes, elles sont accompagnées d inscriptions hiéroglyphiques qui prouvent que plusieurs d'entre elles datent des premiers rois de la douzième dynastie. La façade de quelques-unes est ornée de belles colonnes polygonales à seize faces, qui semblent comme le prototype des colonnes doriques de la Grèce. Elles sont, en outre, decorees intérieurement de peintures très-finement exécutées, qui offrent aux regards et a 1 etude de 1 archéologue une suite de tableaux extrêmement variés, où est représenté de la manière la plus complété tout ce qui a rapport à la vie publique et privée, aux occupations et aux amusements des différentes classes

ÉGYPTE

de l’ancienne société égyptienne. Les deux tombes les plus dignes d’être visitées sont celles d’Améni- Aménemhat et de Noumhotep, tous deux personnages très-importants sous la douzième dynastie et dont la biographie est résumée dans des inscriptions consacrées à leur mémoire. En même temps, les sculptures peintes qui couvrent les parois de leurs chambres funéraires sont aussi instructives pour l’historien qu’intéressantes pour l’artiste.

A deux kilomètres de là, vers le sud, on rencontre un grand hypogée de chats qui a été décoré sous le règne d Alexandre Ægos, fils d Alexandre le Grand, et, à une faible distance de cet hypogée, une magnifique grotte désignée par les habitants du pays sous le nom d’Estabel-Antar (étable d’Antar), le Spéos Artemidos ou la grotte de Diane des anciens. Ce petit temple excavé dans le roc est précédé d un portique que soutient un double rang de colonnes 5 de beaux bas-reliefs coloriés le décorent. Il date de Jhoutmès III, de la dix-huitième dynastie, prince qui y est représenté offrant un sacrifice à la déesse Pacht, divinité à tête de lionne qui répondait à l’Artémis ou la Diane des Grecs et des Romains.

En continuant à s’avancer vers le sud, on traverse bientôt, à Sakiet el-Mousah, la frontière qui sépare l’Égypte moyenne de l’Égypte supérieure. Dix kilomètres plus loin, le village de Cheikh- Abaddeh, sur la rive droite, occupe une faible partie de l’emplacement d’Antinoé. Les ruines de celte grande cité toute romaine offraient encore, du temps de l’expédition française, de nombreux et imposants vestiges de son ancienne magnificence. M. Jomard en a donné une description très-complète, et d autant plus précieuse que la plupart des monuments dont il décrit les ruines ont maintenant disparu. Cette ville fut fondée par l’empereur Adrien, près des débris de l’antique Besa, où était adorée l’une des plus vieilles divinités des Égyptiens, ainsi appelée. O11 sait qu’ Adrien était accompagné dans son voyage en Égypte par son favori Antinoüs. Celui-ci ayant péri dans le Nil, l’empereur, profondément affligé de sa perte, ordonna de bâtir une ville près de l’endroit où il avait succombé, ville qu’il appela Antinoé, du nom de son favori, et qui fut plus tard agrandie et embellie par Alexandre Sévère. Saint Jérôme, saint Athanase et Origène prétendent qu’ Antinoüs y était adoré comme un dieu dans un temple consacré à sa mémoire.

Vis-à-vis à peu près de cette cité florissait autrefois sur la rive opposée et à quelque distance dans 1 intérieur des terres la ville d’Hermopolis Magna, dont il ne subsiste plus que d’immenses décombres. Il y a soixante ans, on y admirait les débris d’un temple dont le portique était en partie debout. Malheureusement, comme ce magnifique monument était en pierre calcaire, il a été depuis converti en chaux. Ce temple était consacré au dieu Thoth (Hermès), d’où les Grecs ont donné à la ville le nom d’Hermopolis : en égyptien, elle s’appelait Oun et en copte Climoun ; actuellement, le village qui la remplace se nomme en arabe Achmounéin. Dans le cimetière de l’ancienne cité, on trouve un grand nombre de momies d’ibis et de singes cynocéphales ; c’étaient là, on ne l’ignore pas, les deux emblèmes de Thoth ou du Mercure égyptien.

Non loin de cet endroit est une stèle très-curieuse sur laquelle est représenté le roi Amenhotep IV, qui essaya de substituer le culte du dieu Aten (le disque rayonnant du soleil) à celui du dieu de Thèbes Annnon. Aussi y voit-on ce roi adorant avec la reine, son épouse, le dieu Soleil Aten, qui darde sur eux et sur leurs deux filles quatre rayons se terminant en autant de mains ouvertes, prêtes à la fois à répandre des bienfaits sur les hommes et à en recevoir des offrandes.

Des représentations semblables se remarquent dans les célèbres grottes funéraires de Tell el-Amarna, qui plus loin, vers le sud, et sur la rive droite, sont les restes de l’ancienne nécropole de Psinaula, ville presque complètement détruite, et dont l’étendue paraît avoir été jadis très-considérable.

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