DR BOULAK A THÈBES
lia peu avant d’arriver à Manfalout, on visite près du village de Maabdch de vastes cavernes creusées dans le roe qui servaient pour la sépulture des crocodiles. Des milliers de ces animaux embaumés y sont encore entassés avec ordre et enveloppés de bandelettes.
Manfalout, sur la rive gauche, est la résidence d’un nazir. Il est à croire qu’elle occupe l’emplacement d’une ville égyptienne. Son nom moderne est tiré du mot copte manbalot, qui signifierait, selon Champollion , la demeure des ânes sauvages.
Quarante-deux kilomètres plus au sud et à quatre cent sept kilomètres de]Boulak, s’élève sur la même rive, et à vingt minutes du fleuve, l’importante ville de Siout, que l’on appelle également Assiout, avec l’article. Après avoir débarqué à El-IIamrali, on suit vers l’ouest une chaussée bordée de sycomores et d’acacias, et dont la hauteur dépasse le niveau des plus grandes inondations. A droite et à gauche de cet(e chaussée s’étend un terrain d’alluvion d’une fertilité merveilleuse. Quelques jardins plantés d’orangers, de citronniers et de magnifiques palmiers précèdent la ville. Elle est environnée de murs. On y entre par plusieurs portes. Elle peut contenir
vingt-cinq mille habitants , dont mille chrétiens, Grecs ou Coptes schismatiques et une centaine de Coptes-unis. Cinq mosquées dominent par leurs minarets les maisons de la ville, qui, à la vérité, sont fort basses, n’ayant pour la plupart qu’un étage. Plusieurs d’entre elles ont des cours intérieures qu ombragent de superbes palmiers. Les rues sont étroites et non pavées ; les bazars sont assez bien fournis et couverts. Le palais du gouverneur a été bâti près d’un canal par Ïbrahim-Pacha, qui,
ÉGYPTE
pour le construire, acheva malheureusement de démolir un temple antique dont il voulait employer les matériaux.
Siout a succédé à l’ancienne Lycopolis, la ville des Loups ou plutôt peut-être des chacals, car ces
Nécropole de Siout.
derniers animaux sont beaucoup plus fréquents en Egypte que les premiers. Ils étaient jadis adorés dans cette cité, qui était dédiée à Anubis, le dieu à tête de chien-loup. Toutefois, le nom primitif de la ville était Siout comme maintenant, nom que M. Ampère a trouvé deux fois écrit en hiéroglyphes dans l’une des grottes de la nécropole antique. Celle-ci, creusée dans les flancs de la chaîne libyque, atteste par son étendue et par la beauté de quelques-uns des hypogées funéraires qu’elle renferme, l’importance de la cité dont elle contient, ou pour mieux dire, dont elle contenait les morts, car la plupart de ces hypogées sont violés et beaucoup même sont détruits. L’une des tombes les plus vastes et les moins dégradées est vulgairement désignée par les habitants sous le nom de Estabel-Antar, comme le Spéos Artémidos de Beni-Hassan. Précédée d’un large vestibule à ciel ouvert,
DE BOüLAIv A THÈBES.
elle se compose de plusieurs chambres revêtues d’inscriptions et de peintures très-effacées. L’une de ces inscriptions nous apprend que cette grotte sépulcrale servait de tombeau au prince Hapi-Téfa, qui,
sous la treizième dynastie, était nomarque de la province dont Lycopolis était le chef-lieu. Ça et la on rencontre des puits de momies de chacals. Le cimetière actuel est situé au bas et au nord de la nécropole antique. On y arrive de la ville par une belle avenue plantée d'acacias et de sycomores. Les
tombeaux, bâtis avec des briques crues ou cuites sont extérieurement revêtus d’une couche de chaux que l’on renouvelle de temps en temps. Quelques-uns sont peints de différentes couleurs et environnés d arbres. Ils sont carrés ou de forme pyramidale, et tous les vendredis ils sont visités par les familles des défunts.
Soixante kilomètres plus au sud, Gou ou Ivou el-Kebir, sur la rive droite, est l’ancienne Antéopolis. Les débris du beau portique du temple de cette ville ont été emportés par le Nil en 1821. Il avait été érigé, comme l’apprenait une inscription gravée sur la frise, par Ptolémée, fils de Cléopâtre, en 1 honneur d Antée et des autres dieux qui étaient adorés dans ce temple. C’est près de celte ville qu eut lieu le combat fabuleux entre Horus et Typhon, combat qui se termina par la défaite de ce dernier, bien qu il se fût transformé en crocodile. C’est près de là aussi que, d’après une autre tradition mythologique, Antée fut tué par Hercule, sous le règne d’Osiris. Cette dernière légende est évidemment grecque et empruntée peut-être à une autre légende plus ancienne d’origine égyptienne.
Plus loin, sur la même rive, Akhmirn a remplacé Chemmis ou Panopolis. C’était jadis l’une des villes les plus considérables de la Thébaïde. Elle était célèbre par son fameux temple de Pan, qui partageait avec la déesse Thriphis les honneurs de ce sanctuaire. Nous savons par Hérodote que Chemmis était le chef-lieu d un des nomes affectés à la résidence des hermotybies, l’un des deux corps de milice établis par Sésostris. Cette ville conserva longtemps son importance, qui était encore réelle a 1 époque des Arabes. Edrisi comptait ses monuments antiques parmi les plus remarquables de 1 Egypte:. II y a en cet endroit un couvent de la Propagande desservi par des Franciscains, quelques Coptes catholiques, et environ deux mille chrétiens non unis. Les musulmans y sont au nombre de six mille.
Girgeh, située sur la rive gauche, à vingt-neuf kilomètres au sud d’Akhmim, était, du temps de Pococke, la capitale de la haute Égypte; elle réclame encore aujourd’hui le second rang après Siout. Toutefois elle semble n’avoir succédé à aucune ville antique, et par son nom, qui est celui de saint Georges, il est facile de juger qu’elle est d’origine chrétienne. Elle contient douze mille habitants, dont mille Coptes non unis et trois cents catholiques. Comme le couvent copte est consacré à saint Georges, c’est le patron de ce couvent qui a donné son nom à la ville.
De Girgeh on peut aller visiter les ruines d’Abydos, éloignées de cette ville d’environ trois heures et demie de marche dans l’intérieur des terres, vers le sud-sud-ouest.
Abydos, en copte Abôt, dans les textes hiéroglyphiques Abou et Aboudoud, a succédé, dès la plus haute antiquité, sur un emplacement voisin, à la ville de Thinis, qui fut le berceau de Menés, le premier roi de la monarchie égyptienne, et le tombeau d’Osiris, l’un des plus grands dieux de l’Égypte. Détruite elle-même depuis de longs siècles, elle n’offre plus aux regards, à l’exception de sa nécropole et des restes de deux temples, construits, l’un par Séti I", et l’autre par son fils Ramsès 11, que des morceaux de poterie brisée, des décombres de toute espèce et des dunes sablonneuses, qui, dans leur marche lente, mais continue et progressive, ont envahi une grande partie de l’espace qu’elle occupait. Ces deux monuments eux-mêmes étaient aux trois quarts ensevelis sous des monticules de sable, lorsque M. Mariette, en 1858 et en 1859, entreprit de les déblayer.
Le premier de ces temples est bâti en pierres de taille calcaires d’une très-grande beauté. Les colonnes dont il est orné sont en grès, ainsi que les chambranles et les architraves des portes. Il se compose de deux cours précédées par un pylône, de deux salles hypostyles successives et de plusieurs sanctuaires, consacrés, le premier à Horus, le second à Isis, le troisième à Osiris, le quatrième à Ammon, le cinquième a Harmaclus, le sixième a Phtah et le septième au roi lui-même, fondateur du monument.
C U A D O U F OU MACHINE A PUISER DE l’eAU DANS LE NlL.
découvert la fameuse table dite table d’Abydos, et dans laquelle Séti Ier est figuré, offrant des présents à soixante-seize rois ses prédécesseurs; lui-même paraît au soixante-seizième rang. En tête de la liste,
D'élégantes sculptures dans ce dernier sanctuaire représentent l’apothéose de Scti Ier. C’est dans un corridor, qui met ce temple en communication avec des annexes qui en dépendent, que M. Mariette a
on lit le nom de Menés. Il est facile de comprendre l’importance capitale d’une pareille decouverte au point de vue historique.
Le second temple, fondé par Ramsès II, est beaucoup moins bien conservé que le précédent. M. Mariette en a étudié et décrit avec soin toutes les parties encore debout.
Quant à la nécropole d’Abydos, elle a fourni à ce savant un très-grand nombre de stèles qui remplissent maintenant le musée de Boulak, et dont quelques-unes remontent jusqu’à la sixième dynastie.
D’autres ruines, également très-importantes, attendent le voyageur à Dendérah. On laisse, en général, sa dahabieh à Kéneh, l’ancienne Cœnopolis, ville de treize mille habitants, située à six cent cinquante-huit kilomètres de Boulak, sur un petit bras du Nil, et l’on se dirige au nord-ouest en barque vers Dendérah, où l’on aborde sur la rive gauche du fleuve. Ce village a pris le nom de l’antique cité ainsi désignée par les Égyptiens actuels, et dont les débris se trouvent à quelques kilomètres plus à l’ouest. Les Grecs l’appelaient jadis Tentyris, dénomination composée probablement des mots Tei-n Athor, résidence d’Athor. L’emplacement qu’elle occupait peut être évalué à dix-sept cents mètres de long sur une largeur de huit cents. Une grande enceinte bâtie en briques crues avec portes en grès y environne encore trois temples, le temple d’Athor ou temple principal, le Mammisi et le temple d’Isis.
Le temple d’Athor, dont M. Mariette a donné une description très-savante et très-détaillée, est précédé d’un pronaos ou portique sur la façade duquel on lit l’inscription grecque suivante :
« Pour la conservation de Tibère César, nouvel Auguste, fils du dieu Auguste, Publius Avillius Flaccus étant préfet, Aulus Fulvius Crispus étant épistratége, Sarapion Trychambe étant stratège, les habitants de la métropole et du nome ont élevé ce pronaos à Aphrodite, déesse très-grande, et aux divinités adorées dans le même temple, la vingt et unième année de Tibère César, d’Athyr le 21. »
Vingt-quatre colonnes sur six rangs de quatre colonnes chacun soutiennent l’intérieur de ce poriique. Leur chapiteau, que surmonte un dé de forme cubique, est décoré à chacune de ses quatre faces d’une tête d’Athor à oreilles de vache, la vache étant consacrée à cette déesse. Les murailles sont entièrement couvertes de bas-reliefs et d’inscriptions hiéroglyphiques. Sur le plafond est représenté un zodiaque.
Du portique si l’on passe dans le temple proprement dit, on trouve d’abord une belle salle ornée de six colonnes et bordée à droite et à gauche de trois chambres latérales, puis une autre salle dont le plafond est percé de quatre ouvertures destinées à y laisser pénétrer la lumière. Celle-ci est suivie d’une troisième salle qui sert comme de vestibule au sanctuaire. Ce sanctuaire isolé est environné de couloirs donnant entrée dans quatorze pièces de diverses grandeurs, et qui, de même que toutes les autres parties du temple, sont revêtues d’innombrables sculptures et de légendes hiéroglyphiques, relatives pour la plupart à la déesse qui y était adorée et à toutes les cérémonies de son culte.
Dans l’épaisseur des murailles et des fondations avaient été ménagées une douzaine de cryptes, aujourd’hui en partie obstruées de pierres et de terre. L’entrée en était autrefois connue des prêtres seuls, et elles servaient comme autant de sacristies secrètes et mystérieuses, où l’on renfermait des statues, des meubles, des ornements, des bannières et une foule d’objets sacrés.
Deux grands escaliers partant de l’une des salles débouchent sur les terrasses, à droite et à gauche desquelles on aperçoit deux groupes de chambres consacrées à Osiris, comme le prouvent les inscriptions et les bas-reliefs qui en couvrent les parois. C’est au plafond de l’une de ces chambres qu’était sculpté le célèbre zodiaque planisphère, déposé actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris, et qui diffère peu de celui du portique. Comme lui, il commence par le signe du Lion. On avait