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vingt-deux mètres quatre-vingt-trois centimètre . P 60

ÉGYPTE

plusieurs cartouches les noms et prénoms de Ramsès II. Derrière les deux obélisques, deux statues colossales de ce roi semblent garder le monument; elles sont assises et mesurent treize mètres de

hauteur, à partir du sol ancien. Deux autres colosses semblables et à moitié enterrés se trouvent dans l’intérieur des habitations modernes qui masquent en partie la façade du pylône. Après l’avoir'franchi,

DE THÈBES A LA PREMIÈRE CATARACTE

on passe dans une cour longue de cinquante-deux mètres sur cinquante de large, et autour de laquelle, on voit les restes d une double rangée de colonnes. Cette cour contient une énorme quantité de terre et de décombres accumulés là depuis des siècles; on y observe aussi une mosquée et un certain nombre d’habitations arabes très-grossièrement bâties. De ce péristyle on arrive à un second pylône, antérieur par sa date au premier, puisqu’il remonte à Amenhotep III, ainsi que les constructions qu’il précède. Celles-ci consistent en une belle avenue de quatorze colonnes rangées sur deux files, qui aboutit à un troisième pylône, aujourd’hui démoli. Ce pylône donnait entrée dans une cour ayant à droite et à gauche un double rang de colonnes formant péristyle, et terminée au sud par un portique que soutiennent trente-deux colonnes. En continuant à s’avancer vers le sud, on rencontre une salle où l’on remarque une niche circulaire et des peintures chrétiennes qui indiquent que, lors de l’ avènement du christianisme à Thèbes, elle avait été transformée en chapelle; plus loin, d’autres salles ornées de colonnes environnent le sanctuaire. Jadis consacré à Hammon-Râ, le maître des dieux, par Amenhotep III, puis détruit par Cambyse, il fut réédifié par Alexandre Ægos, fils du conquérant.

A trois mille cinq cents mètres au sud de ce temple et à deux kilomètres du fleuve existe une vaste enceinte rectangulaire, longue de dix sept cents mètres sur mille cinquante de large. Ses murs en briques crues avaient au moins vingt mètres d’épaisseur; ils ne s’élèvent actuellement que de trois ou quatre mètres au-dessus delà plaine; dans beaucoup d’endi'oits, ils sont moins hauts encore ou ont môme complètement disparu, enfouis qu’ils sont sous le limon du Ail. Cette enceinte est regardée parles uns comme celle d’un ancien hippodrome, et par d’autres, comme celle d’un camp; d’autres enfin y voient un étang artificiel.

Dirigeons-nous maintenant vers Karnak et vers les immenses et admirables ruines de ce nom.

L’approche des monuments de Karnak, en s’avançant du sud-ouest au nord-est, s’annonce par les restes d’une grande avenue de sphinx à corps de lion et à tôle de femme qui tiennent entre leurs pattes antérieures la statue d’ Amenhotep III. A cette avenue, qui est de deux kilomètres de longueur, en succède une seconde de trois cents mètres de développement et bordée de sphinx à tête de bélier. Elle conduit à un superbe propylône dû à Ptolémée Évergète, au delà duquel une nouvelle avenue de sphinx précède le temple bâti par Ramsès III en l’honneur du dieu Khons. On sait que cette divinité composait avec le dieu Hammon-Râ, son père, et la déesse Moût, sa mère, la triade thébaine.

Le vaste temple dont nous allons actuellement nous entretenir, et qui était consacré au dieu Hammon-Râ, était compris avec ses dépendances dans une immense enceinte en briques crues, dont les côtés nord et est subsistent encore presque en entier; des côtés ouest et sud il ne reste plus qu’une faible partie. L’entrée principale de cette enceinte, qui mesurait au moins deux mille trois cents mètres de pourtour, était vers l’ouest, c’est-à-dire vers le Nil, dont la séparait un kilomètre de distance; mais on y pénétrait aussi par d’autres portes ou propylônes d apparence monumentale.

Quant au temple, qui s’étend de l’ouest à l’est, il mesure lui-même trois cent soixante-cinq mètres de long sur cent treize mètres dans sa plus grande largeur. Commencé par le roi Ousortésen, de la douzième dynastie, continué ou réparé par Thoutmès Ier, Thoutmès II, Thoutmès III, Amenhotep II, Thoutmès IV et Amenhotep III, de la dix-huitième dynastie, agrandi singulièrement et décoré de nouveaux bas-reliefs par Ramsès I", Séti I'r, Ramsès I I et Ménephtah Ilt, de la dix-neuvième dynastie, il reçut encore des embellissements ou des restaurations de la part des rois de la vingtième, de la vingt-deuxième, de la vingt-cinquième et de la vingt-sixième dynastie; enfin les Ptolémées y travaillèrent également. Cette simple énumération des souverains qui, dans le cours de tant de

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EUTltÉE OCCIDENTALE DE LA SALLE HYPOSTYLE, A KaENAK.

concentrer et réunir toutes les merveilles que pouvait enfanter le génie de leurs architectes, de leurs peintres, de leurs sculpteurs et de leurs statuaires.

L’entrée principale de ce temple vers l’ouest était précédée, comme celle de tous les grands édifices religieux de l’Égypte, d’une allée de sphinx; puis se présente un premier pylône dont le développement total est de cent treize mètres , la hauteur de quarante-quatre et la profondeur de quinze ; il date de l’époque des Ptolémées. Après avoir franchi le portail, qui en occupe la partie centrale, on

siècles, tinrent à honneur de mettre la main à ce prodigieux édifice, d’y faire graver leurs cartouches, et d’y immortaliser leurs noms par la représentation, à la fois sculptée et peinte, de leurs exploits, montre l’importance extraordinaire d’un pareil monument, dans lequel ils semblaient avoir voulu

DE TH È DES A LA PREMIÈRE CATARACTE

voit se dérouler devant soi une belle cour ornée de colonnes et renfermant dans son enceinte les

Salle hypostyle, a Kaiisak.

débris d'un petit temple bâti par Séti II, et, en face, ceux d’un autre temple fondé par Ramsès III. Un second pylône, aux trois quarts détruit, la séparait de la fameuse salle hypostyle dans laquelle donne

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entrée un magnifique vestibule. Cette salle, construite par Séti Ier, mesure cent deux mètres de large sur cinquante-trois de profondeur. Soutenue par cent trente-quatre colonnes, dont les douze qui forment l’avenue centrale ont dix mètres de circonférence et vingt-trois de hauteur, elle est sans rivale, non-seulement dans l’Egypte, mais dans le monde entier. En la parcourant, on reste confondu de l’audace et de l’habileté des architectes qui ont su concevoir et exécuter une œuvre aussi colossale. Quelle majesté dans l’ensemble! Quelles dimensions énormes dans les matériaux employés, et en même temps quel luxe inouï d’ornementation! Murs et colonnes, tout est revêtu de sculptures. Les pierres du plafond reposent sur des architraves gigantesques qui elles-mêmes s’appuient sur les dés dont les colonnes sont surmontées. Les chapiteaux de celles-ci imitent dans leur forme une fleur de lotus épanouie. Le dehors de la salle n’est pas moins admirable et digne d’être étudié que le dedans; car les parois en sont extérieurement décorées de peintures d’un trèsgrand intérêt historique, qui nous représentent les principaux exploits de Séti Ier, de Ramsès II, de Ménephtah Ier et de Sésak.

Un troisième pylône qui fermait vers l’est cette salle est à moitié démoli. Au delà de la porte qui le traverse vers le milieu s élevaient à droite et à gauche dans une cour oblongue deux obélisques de vingt-trois mètres d’élévation, dont l’un est renversé à terre et brisé, et dont l’autre est encore debout.

En continuant à s’avancer dans l’axe du monument, on rencontre bientôt les débris d’un quatrième pylône, presque entièrement ruiné, qui précède une autre cour qu’ornaient autrefois une galerie soutenue par vingt-quatre piliers à cariatides et deux obélisques portant les cartouches de la reine régente Hatasou. Il ne subsiste plus que quatorze de ces piliers, et un seul de ces obélisques dresse encore dans les airs son fût gigantesque; car il ne mesure pas moins de trente mètres de hauteur; c’est l’un des plus grands monolithes connus. Un cinquième pylône, puis un sixième, succèdent aux précédents et sont de même en très-mauvais état. Sur la partie restée intacte de ce dernier on a découvert une liste très-considérable de noms géographiques, dont M. Mariette est parvenu à identifier un grand nombre. Nous parvenons ainsi à un ensemble de chambres, de salles et de corridors qu’on désigne communément sous le nom d’appartements de granit. L’une de ces salles a été pendant longtemps considérée comme étant le sanctuaire du temple, mais M. Mariette a cru en retrouver l’emplacement et quelques ruines un peu plus à l’est dans une grande cour, où l’on remarque des fragments de colonnes polygonales sur lesquels est gravé le nom d’Ousortésen, le fondateur du temple.

A l’ extrémité orientale du monument se trouve enfin l’édifice, dit de Thoutmès III, qui renferme beaucoup de pièces et de cellules, actuellement très-bouleversées pour la plupart, et une vaste salle dont le plafond est soutenu par des colonnes et par des piliers.

D’autres temples s’élevaient au nord, à l’est et au sud de cet immense amas de constructions, dont l’ensemble constituait le plus grand des sanctuaires élevés jadis par la main de l’homme. Dans l’impossibilité où je suis d’en décrire ici les ruines, je mentionnerai seulement , du côté du nord celles de deux temples érigés, l’un par Thoutmès III, et l’autre par Amenhotep III; du côté de l’est, les restes de plusieurs petits édifices religieux d’époques différentes; au sud enfin, non loin de l’emplacement d’un lac artificiel qui devait servir aux cérémonies religieuses, une suite de quatre superbes pylônes coupant à certains intervalles une admirable avenue de statues colossales, auxquelles succédait une longue voie bordée de sphinx, qui aboutissait au temple de la déesse Moût, le deuxième personnage de la triade thébaine.

Si nous nous transportons maintenant sur la rive gauche du fleuve, nous apercevons d’abord vers le nord, en face du village de Karnak, celui de Kournah, et près de là les ruines d’un édifice du même

DE THÈBKS A LA PREMIÈRE CATARACTE

non. Celait comme une sorte de temple funéraire consacré à la fois à la mémoire de Ramsès I- et de

^ Par leU1'S fib respedifs- 0mé d’“» portée soutenu par dix colonnes, il était précédé de deux pylônes .

Plus au sud-ouest dans la plaine, les ruines d'un second temple funéraire, plus considérable

encore que le précédent , sont celles d une sorte de cénotaphe monumental que Ramsès 11 avait élevé à sa propre mémoire.

De nombreux voyageurs ont pensé que c’était l’édifice décrit par Diodore sous le nom de tombeau d’Osymandias. D’autres combattent celte identification. Quoi qu’il en soit, le Ramesseïon, ainsi appelle-t-on généralement ce superbe monument, se composait d’abord d’une vaste cour précédée d’un pylône et ornée d’une double ligne de colonnes qui ont disparu. On remarque dans cette cour les fragments dispersés d’une statue colossale en granit rose qui représentait Ramsès II assis, et qui décorait le massif de gauche d’un

second pylône dont la porte conduisait à une deuxième cour. Celle-ci était péristyle ; ses portiques étaient soutenus à droite et à gauche par un double rang de colonnes, et des deux autres côtés par des piliers cariatides auxquels étaient adossées des figures gigantesques de Ramsès avec les attributs d’Osiris. Un troisième pylône séparait la deuxième cour d’une grande salle hypostyle dont les plafonds peints en bleu et semés d’étoiles d’or reposaient sur quarante-huit colonnes. On pénétrait de là dans

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une salle plus petite, ornée de huit colonnes, et ensuite dans une autre que les inscriptions et les basreliefs sculptés sur la porte désignent sous le nom de salle des livres. Là se terminent les restes

du Ramesseïon, dont les autres constructions ont complètement disparu.

Dans le voisinage immédiat de ce temple sont les vestiges d’un autre édifice presque entièrement détruit.

Vers le sud, à Koum el-Hettan (la Butte de grès), des blocs confusément épars, des fragments de colonnes et de sphinx marquent l’emplacement d’un grand temple consacré à la mémoire d’Amenholep 111, et que précédait une longue avenue bordée de colosses, dont deux sont encore à leur place. Ce sont les fameuses statues monolithes connues sous le nom de statues de Memnon. Elles mesurent chacune, y compris le piédestal, environ vingt mètres de hauteur, et représentent, l’une et l’autre, Àmenhotep 111 assis , les mains étendues sur les genoux et dans une attitude de repos. Sur les côtés des bases, le nom de ce pharaon est écrit en caractères hiéroglyphiques de dimensions gigantesques. Ainsi se trouve complètement justifiée l’assertion que Pausanias met dans la bouche des Thébains de son temps, lesquels soutenaient que ces colosses n’étaient nullement l’image du Memnon des Grecs, mais bien celle d’un roi de la contrée. Des figures accessoires forment la décoration de la partie antérieure du trône de chaque colosse. Ce sont des figures de femmes debout sculptées avec beaucoup d’art dans la masse du monolithe, et dont l’une est la mcre et l’autre la femme du roi Amenhotep. Ces deux monuments se trouvent aujourd’hui malheureusement dans un grand état de dégradation. Dans le colosse du sud, la figure entière a disparu;

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suite du tremblement de terre qui arriva l’an 27 avant Jésus-Christ. C’est de cet événement que daterait, au dire de M. Letronne, le phénomène vocal auquel les anciens ont donné. une inter-

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prétalion si merveilleuse, phénomène qui aurait cessé le jour où la partie renversée de la statue aurait été restaurée sous Septime Sévère, l’an 222 de l’ère chrétienne. Une foule d’inscriptions grecques et latines couvrent les jambes et les pieds du colosse; elles ont été tracées par des voyageurs qui prétendent avoir entendu la statue de Memnon saluer par un son harmonieux l’apparition de l’Aurore, sa mère. En réalité, ce qu’il y avait de mystérieux dans le bruit particulier que faisait entendre alors la statue semble n’avoir été qu’un simple effet de l’action du soleil sur la pierre. Plusieurs faits analogues et purement naturels ont été signalés dans d’autres contrées du globe. Ainsi, par exemple, M. de Humboldt rapporte que, dans le voisinage de l’Orénoque, en passant

près de certaines roches de granit, on entend distinctement, aux premiers rayons du soleil, un bruit singulier qui rappelle les sons produits par un instrument, et qui n’est autre chose qu’une simple vibration sonore déterminée par le brusque passage de la température nocturne à celle du jour.

Plus au sud-ouest dans la plaine, à la distance de huit cents mètres des colosses de Memnon, s’éten¬

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