‹ La terre sainteChapitre 13 sur 128 · DISTRICT DE KES ROUAN · texte numérisé non relu

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et sur le sommet desquelles on distingue les débris de deux enceintes rectangulaires, construites avec d’énormes blocs bien équarris. L’une est appelée Ivalat el-Maarab, et l’autre, Kalat el-Hasen. Les assises inférieures de la première sont encore à moitié en place; la seconde est bouleversée de fond en comble au milieu d’un fourré de chênes verts, de lentisques et de térébinthes. Toutes deux semblent être les restes d’anciens temples fortifiés.

Plus au nord encore est le village de Delebta, dont les maisons sont dispersées a travers d immenses plantations de mûriers qui couvrent cl’étage en étage les deux pentes d’une vallée qu’arrose une source abondante; il compte quinze cents habitants, tous Marouites.

En poursuivant sa route vers le nord, on laisse bientôt à sa droite, sur une hauteur, le couvent connu sous le nom de Saïdet el-Hakleh. Il est occupé par des religieuses. C’est la qu a été reléguée et que mourut la fameuse Hendieh, dont je dirai un mot quand j’aurai à parler du monastère de Bkerki.

Àramoun, où l’on parvient ensuite, est un village très-considérable qui renferme trois cent quinze maisons, habitées par deux mille huit cents Maronites, occupés pour la plupart à la culture des mûriers et à l’élevage des vers à soie. L’air y est très-pur et l’eau excellente. Le curé de 1 une des paroisses du village, l’abbé Gabriel Spath, y a fondé une école primaire et un collège, dont il est en train actuellement d’agrandir les bâtiments, grâce aux dons qu’il a recueillis dans un récent voyage fait par lui en France.

Au nord-est de Aramoun, à deux kilomètres et demi de distance, est le monastère de Mar Abda. Il avoisine une source abondante, l’une de celles qui alimentent le Nahr Ghazir. Fondé en 1570, il fut transformé en séminaire dans le courant de l’année 1829.

Si nous suivons à partir de là, dans la direction de l’ouest-sud-ouest, les bords accidentés et les contours gracieux du Nahr Ghazir, nous atteignons, au bout d’une grande heure de marche, à travers des plantations diverses, le grand village de Ghazir ou plutôt la petite ville de ce nom, car cette localité renferme six mille habitants. Elle se développe en amphithéâtre sur les pentes d une haute colline qui est tout entière cultivée en mûriers. D’innombrables petits murs de soutènement y forment autant de terrasses artificielles, où croissent des milliers d’arbres d’une très-belle venue et arrosés tour à tour par des ruisseaux qui dérivent d’une source intarissable. Malheureusement, les rues de la ville sont irrégulières, et les trois quarts des maisons sont bâties sans ordre aucun. Avec un peu plus de goût et sans dépenses plus grandes de la part des habitants, il y avait là l’emplacement d une charmante petite cité, adossée d’un côté à des montagnes et de l’autre s’abaissant progressivement vers la mer dont les flots encadrent l’horizon.

Ce qui frappe tout d’abord l’attention à Ghazir, c’est le vaste établissement que les Pères Jésuites ont fondé en 1845 et qu’ils ont ensuite transformé en collège. Cette maison, administrée par des maîtres très-instruits et très-capables, a été pendant trente ans très-florissante. Là ont été élevés une foule de jeunes gens appartenant aux meilleures familles du pays et même de la Syrie. Actuellement, elle est abandonnée durant presque toute l’année, et ce n’est guère qu’à l’époque des vacances que ses cours désertes et ses longues galeries solitaires reprennent une vie momentanée avec l’ arrivée d’une partie des Pères de Beyrouth qui y viennent passer leurs vacances et s’y retremper dans des souvenirs qui leur sont toujours restés chers. Ce n’est pas sans regret, en effet, qu’en 1875 ils ont quitté ce séjour pour aller s’installer à Beyrouth. Leur but, en transférant dans cette ville leur collège de Ghazir, était de répondre aux désirs d’un grand nombre de familles de cette populeuse cité qui, depuis 18G0, s’est étendue d’une manière si rapide et qui continue à s’accroître de jour en jour davantage. Ces familles les appelaient avec instance, leur répétant sans cesse que le collège de Ghazir était bien

'LIBAS.

éloigné d’elles, et qu’elles ne pouvaient que très-difficilement et à de très-rares intervalles aller y voir leurs enfants; que d’ailleurs les parents qui désiraient placer seulement leurs fils comme demi-pen-

SOUS LE PONT NATUREL, DIT ÜJISR EL-IIaDJar.

sionnaircs ou même comme simples externes, étaient dans l’impossibilité de le faire. En outre, les protestants, voyant le champ libre, redoublaient d’efforts à Beyrouth pour attirer à eux la jeunesse de

DISTRICT DE Iv E S R 0 U AN.

ccttc ville. Il fallait contre-balancer leur influence, qui était anticatholique et antifrançaise , en leur opposant celle qui résulterait de rétablissement d’un collège catholique français.

Il y a quelques années, un élève des Pères Jésuites, l’abbé maronite Zaouïn, vicaire de Mgr Debs, archevêque de Beyrouth, a conçu le projet de remplacer ses anciens maîtres à Ghazir. Pour réaliser

Rochers et cocvent de Adjeltocs.

ce dessein, il est venu quêter en France et en Belgique, et, avec le produit de ses quêtes, il a fondé à Ghazir, en 1880, un collège qu’il a installé dans une vaste maison. 11 l’agrandit en ce moment au moyen de constructions nouvelles, et il aspire, comme l’abbé Gabriel Spath à Aramoun, à créer un véritable établissement secondaire où toutes les principales branches des connaissances humaines

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seront enseignées, ainsi que plusieurs langues, soit anciennes, soit modernes. Je doute que le succès réponde d’une manière durable à leurs efforts ; car les professeurs réellement capables et dévoués ne se trouvent pas facilement en Orient, si ce n’est dans le sein des communautés religieuses, telles surtout que celles des Pères Jésuites et des Lazaristes. Et d ailleurs, ce sont, à mon avis, les écoles primaires plutôt que les écoles secondaires qu’il faut multiplier actuellement dans la Montagne. La grande université de Saint-Joseph à Beyrouth, dirigée par les Pères Jésuites, et le collège des Lazaristes à Antoura, suffisent, je crois, pour le moment, et il est à craindre qu’en augmentant trop vite le nombre des écoles supérieures dans le Liban, on ne déclasse imprudemment les jeunes gens qui les suivront. Ils ne voudront plus en effet se contenter de la position de leurs pères et dédaigneront la culture du sol, quand ils se croiront tant soit peu savants. Us viendront alors chercher à Beyrouth des emplois lucratifs et en rapport avec leurs prétentions, et, quand ils n’en trouveront pas, ils traîneront dans la mollesse et l’oisiveté une vie inutile et désordonnée, eux les fils de vigoureux montagnards, aux bras robustes, aux mœurs pures et patriarcales.

Je signalerai également à Ghazir un couvent de Capucins. La chapelle de cet établissement a été consacrée en 1715 par le patriarche maronite Jacques; mais le couvent est antérieur à cette date. Il est desservi par un vénérable religieux qui vit là seul depuis vingt-six ans avec un Frère. Deux écoles primaires, l’une de jeunes filles, l’autre de jeunes garçons, ont été créées par ses soins, et c’est lui qui surveille et dirige la maîtresse du premier et le maître du second. A quinze cents mètres au sud de Ghazir, au delà d’un ravin profond dont les berges sont plantées de pins, s’élève sur une colline un couvent arménien catholique, dédié à saint Antoine de Padoue. L’endroit où il est situé s’appelle Beit-K/wc/ibou. C’est un séjour fort agréable et très-salubre. Je n’y ai trouvé que cinq religieux. La chapelle est bien tenue et ne manque pas d’élégance. Des terrasses du monastère la vue est des plus variées et des plus étendues; il est lui-même environné d’une sorte d’oasis de verdure, et l’air y est embaumé par l’ arôme délicieux qui s’échappe du beau bois de pins dont il est entouré.

Api’ès deux heures et demie d’une marche fort accidentée dans la même direction, nous parvenons à un autre couvent, appelé Deir Cherfi. Il occupe le sommet d’une hauteur cultivée en mûriers, en figuiers et en oliviers, dont les flancs sont parsemés de chênes verts. C’est un grand séminaire appartenant aux Syriens catholiques, et qui renferme actuellement vingt-cinq séminaristes, sous la direction de quatre religieux. Il date de 1773.

A un kilomètre plus à 1 ouest, et plus bas, est un autre couvent dédié à saint Pierre et à saint Paul. On 1 appelle pareillement couvent de Harissa , parce que l’endroit où il a été construit s’appelle de ce nom, qui veut dire sûreté, inviolabilité. Il n’est plus actuellement occupé que par un seul Père et un seul Frère de l’Ordre des Franciscains. Fondé en 1G81 , il avait été dans le principe érigé en séminaire par la Propagande. Il offrait en même temps un asile en cas de peste ou de révolution aux religieux franciscains qui habitaient Beyrouth.

A une faible distance plus au sud et à un niveau inférieur de la montagne est l’habitation d’été nouvellement construite de Mgr le délégué du Saint-Siège pour le Liban, à qui j’allai présenter mes hommages en passant.

Plus bas encore, vers le sud-sud-ouest, on aperçoit le grand couvent maronite Deir Bkerki. Il sert actuellement de résidence pendant l’hiver au patriarche maronite, qui durant l'été va habiter Diman, comme nous l’avons vu précédemment. Bâti en 1735, il fut agrandi en 1748. C’est là que vécut pendant une vingtaine d’années la célèbre Hcndieh, qui en fut la supérieure, quand c’était un couvent

DISTRICT DE IvESROUAN.

de religieuses, et dont Volney {Voyage en Syrie et en Égypte, t. I"r, p. 420 à 424) a raconté la singulière histoire. Plusieurs savants maronites que je questionnai sur cette femme excentrique m’affirmèrent que de l’enquête minutieuse qui avait été faite sur elle, il résultait qu’elle avait été beaucoup plutôt hallucinée que coupable d’immoralité, ainsi qu’on l’avait faussement prétendu et répété. Égarée par un fol orgueil, elle s’était crue inspirée par le Saint-Esprit ; que dis-je? elle allait même quelquefois jusqu’à se regarder comme le Saint-Esprit en personne, et elle enjoignait à ses religieuses de l’adorer comme telle. Celles qui ne consentaient pas à se prêter à ses caprices insensés étaient soumises à de véritables tortures, dont plusieurs succombèrent. La cour de Rome, instruite de ces faits, ordonna d’abord que le couvent où de pareils crimes s’étaient accomplis fût complètement rasé; mais ensuite elle consentit qu’il fût transformé en patriarcat, et c’est à partir de ce moment qu’il fut affecté à la demeure des différents patriarches maronites qui se succédèrent dans le Liban. Quant à Hendieh, elle fut reléguée dans le couvent de la Visitation à Antoura, puis transférée bientôt dans celui de Saïdet el-Hakleh, où elle fut condamnée à une sévère pénitence et où elle mourut, dit-on, dans les sentiments de la piété la plus vive et du plus sincère repentir.

A trois kilomètres au sud-est de Deir Bkerki est le village cl’ Antoura. La route qui y conduit est suffisamment bonne pour le Liban; elle contourne des ravins dont les berges sont bien cultivées. Le village cl’ Antoura ou cle Aïn-Toura (la Source de la hauteur) se compose uniquement cl’une trentaine d’habitations. Les Révérends Pères Jésuites s’étaient d’aborcl établis en cet endroit; mais leur maison se réduisait à quelques petites cellules et à une humble chapelle. En 1784, les Lazaristes leur succédèrent, lors cle la suppression momentanée de l’Ordre des Jésuites; c’était pour eux une simple résidence et un asile cle passage pour leurs missionnaires, qui cle là se rendaient à Damas, à Alep et à Tripoli. En 1834, ils agrandirent considérablement cet établissement et le transformèrent en collège. Le nombre cle leurs élèves allant toujours croissant, ils sont en train actuellement d’ajouter de nouveaux bâtiments aux anciens. L’architecte qui préside à tous ces travaux est un de leurs Frères, qui est fort habile et qui, au besoin, se fait ouvrier lui-même pour façonner par son exemple les artisans qu’il emploie. Le nombre des élèves internes est cle deux cent cinquante ; celui des externes est moins considérable. Afin de répondre aux désirs des familles, les Lazaristes ont fait de cette maison une grande école commerciale, plutôt qu’un véritable collège, comme est celui des Pères Jésuites de Beyrouth. Ces deux vastes et importants établissements se complètent clone ainsi l’un l’autre.

Non loin du collège des Lazaristes est le couvent dit de la Visitation ; il est occupé par des religieuses maronites qui ont remplacé des religieuses françaises; elles tiennent un internat et un externat cle jeunes filles.

A trois kilomètres au nord-ouest cl’ Antoura, le grand village de Zouk-Mikaïl renferme au moins deux mille habitants, dont quatorze cents Maronites et six cents Grecs schismatiques.. La plupart des rues sont en escaliers, et les maisons s’élèvent d’étage en étage sur les flancs d’une belle colline qui est cultivée en mûriers. Une rue, appelée le souk (le marché), est bordée de petites boutiques où l’on vend une foule d’objets brodés en soie et habilement décorés de fils d’or et d’argent. Dans d’autres magasins, des métiers sont constamment en activité, et les artisans qui les mettent en mouvement excellent à exécuter avec des moyens souvent très-simples clés ouvrages où le regard est charmé par la variété des dessins, le mélange harmonieux des nuances et l’éclat du coloris. Dans le haut du village est la maison des Sœurs cle la Charité. Elle confient à la fois un pensionnat de jeunes filles, un externat, un orphelinat et un dispensaire. La chapelle, récemment construite, fait

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honneur au Frère Lazariste qui l’a élevée, et qui maintenant dirige les nouveaux travaux du collège d’ Antoura.

Les Sœurs de cet établissement, presque toutes Françaises, sont là, comme ailleurs, la providence de tous, et contribuent à servir de loin la patrie qu’elles ont quittée, en naturalisant sa langue et principalement en la faisant aimer à force de bienfaits.

Parmi les curiosités du Liban, je ne dois pas oublier de signaler au sud et au bas d’ Antoura, à une heure de distance, les célèbres grottes d’où jaillit le Nahr el-Kelb, le Lyeus des anciens. Ces grottes sont au nombre de trois. On y arrive en descendant, à partir d’ Antoura, des rampes plus ou moins roides, couvertes de pins; puis, quand on est parvenu au fond du ravin où coule le fleuve, on rencontre près d’un moulin l’ouverture d’une première grotte. L’entrée en est obstruée par d’énormes quartiers de roche, à travers lesquels une grande masse d’eau, aussi fraîche que limpide, se fait violemment jour avec un bruit incessant. Des stalactites pendent des voûtes. Une fois sorti de là, on s’achemine par un sentier difficile et glissant, et coupé par le canal qui alimente le moulin, vers une seconde grotte peu distante et située au-dessus de la précédente. Après s’être engagé l’espace d’une trentaine de pas sous une voûte souterraine, large de quatre mètres et d’une élévation trèsvariable, attendu que tantôt on peut y marcher la tête haute, et que tantôt, au contraire, il faut se courber profondément pour aller outre, on laisse à sa droite un corridor étroit qui aboutit à une impasse et qui semble être un repaire de bêtes féroces, car on y trouve fréquemment de gros os à demi rongés ; bientôt a sa gauche une première ouverture laisse apercevoir le fleuve, qui roule impétueusement ses eaux et mugit dans la grotte inférieure; trente pas plus loin, une deuxième ouverture plus large permet de le distinguer beaucoup mieux. Quand on a achevé de visiter cette seconde grotte, on revient sur ses pas et 1 on gravit vers l’est une pente rocheuse très-roide qui conduit à l’entrée d’une troisième grotte. Lorsqu on a pu, non sans de grandes difficultés, en franchir le seuil, il faut redoubler de prudence et de précaution, en s’éclairant suffisamment au moyen de bougies ou de torches résineuses allumées ; autrement on courrait le risque de se briser la tête contre des pointes de roc qui font saillie ou qui pendent des voûtes en gigantesques stalactites. Après avoir cheminé ainsi quelque temps le long des corniches étroites et glissantes qui surplombent le fleuve, on atteint enfin la partie de la grotte qu il remplit tout entière et où, par conséquent, on ne peut pousser plus avant. De la on le voit et on l’entend qui se précipite avec un fracas retentissant dans la grotte la plus basse. Les habitants du pays prétendent que cette troisième grotte, celle où nous sommes en ce moment,, s’enfonce dans la montagne l’espace d’une trentaine de kilomètres; mais c’est la, sans doute, une exagération tout orientale, personne n’ayant jamais pu sonder les mystérieuses profondeurs de ce canal souterrain, l’une des merveilles naturelles les plus étonnantes du Liban. Il y a quelques années, néanmoins, des ingénieurs anglais, avec des peines et des efforts infinis, ont essayé, au moyen de perches et d’un petit radeau, de le remonter le plus loin qu’ils pourraient ; mais au bout d’un kilomètre, tout au plus, ils ont rencontré, paraît-il, des difficultés insurmontables, et ils ont dû renoncer à poursuivre leur téméraire entreprise. Lorsque des feux puissants éclairent ces grottes et y projettent une vive lumière qui fait connue étinceler les stalactites et les stalagmites innombrables qu’elles renferment, ainsi que le fleuve impétueux et transparent qui y coule, l’effet, dit-on, est magique. Telles que je les ai vues, à la lueur vacillante et incertaine de quelques bougies, elles ont produit sur moi une très-forte impression. Je ne me lassais pas surtout de prêter l’oreille au brmt assourdissant qu’y produit le Nahr el-Kelb, qui mérite bien ici le nom d e fleuve du Chien, que les indigènes lui donnent; dans l’antiquité, il s’appelait le Lycus ou le Loup ; car il semble aboyer

DISTRICT DU MKTEN.

comme un chien ou hurler comme un loup sous ces longues voûtes, dont les échos répercutent incessamment le grondement de ses eaux. J’ajouterai que, dans le voisinage de ces grottes, existe un

gisement assez considérable d’ossements fossiles, et aussi de petits instruments de silex, soit brisés, soit encore intacts , qui prouvent que , dès la plus haute antiquité , cet endroit si intéressant a dû être fréquenté par l’homme.

DISTRICT DU METEN

Le district du Metcn , situé au sud du précédent, est dominé et bordé à l’est par le Djehel-Sannin, l’une des plus hautes montagnes du Liban après le Djebel-Makmel, qui est le véritable roi de la chaîne entière. L’ascension de cette montagne, du côté de l’ouest, est pénible, mais ne présente pas de difficul- Nauh el-Kklb (fleuve du Chien). sérieuses. Les mulets et même les chevaux du

pays peuvent en atteindre le plateau supérieur. Il est vrai que ces derniers grimpent partout comme

des chèvres, et qu’ils sont réellement incroyables sous ce rapport. Ce qui découragerait des chevaux

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d’Europe ne les déconcerte nullement. Comme presque toutes les routes du Liban sont détestables, et qu’il faut sans cesse monter et descendre par des sentiers affreux et pratiques le plus souvent en forme d’escaliers, mais d'escaliers fort mal entretenus, aux marches usées ou déplacées, les chevaux de cette contrée contractent de bonne heure une légèreté et une sûrete de jambes tout a fait surprenantes. Dans certains endroits, le chemin que l’on suit serpente en zigzag sur des pentes de plus en plus roides et escarpées; ailleurs il côtoie, sur des espèces d’étroites corniches, des précipices dont la vue inspire un vertige involontaire.

Le plateau supérieur du Sannin, au lieu d’être uni, est, au contraire, surmonté et comme boursouflé de nombreux mamelons. Ces mamelons sont eux-mêmes couronnés par des niasses rocheuses d’aspect grisâtre reposant horizontalement par assises régulières les unes sur les autres, et qui , à cause de cela, semblent faire croire de loin qu’elles offrent les restes de gigantesques constructions. Ayant appris que sur l’une des cimes du Sannin se trouvaient les ruines d un ancien temple, je ne voulus laisser inexploré aucun des points culminants où je supposais qu elles pouvaient être, et, pendant près de trois heures, gravissant et redescendant tour à tour des pentes plus ou moins rapides et semées de petites pierres roulantes, j’errai de cime en cime, en franchissant les ravins qui les séparaient; je remarquai que ces ravins étaient creusés en forme de grandes cuvettes circulaires au fond desquelles gisait encore une quantité assez considérable de neige durcie et glacée, que les chaleurs excessives de l’été avaient été impuissantes à fondre. Pendant l’hiver, ou plutôt pendant les trois quarts de l’année, la montagne presque tout entière, du moins le long de ses flancs supérieurs et sur son plateau mamelonné, est recouverte d’un énorme manteau blanc qui reflète d’une manière éblouissante les rayons du soleil, et qui nivelle ces nombreux ravins. Elle est alors inabordable, et malheur à celui qui voudrait s’aventurer au milieu de ces espèces d’entonnoirs, où la neige s’entasse par couches successives et mouvantes! Il pourrait sentir ces couches s’ entrouvrir sous ses pas et l’ensevelir dans un sépulcre glacé. D’après l’indication d’un herger qui promenait par hasard son troupeau de chèvres sur les hauteurs du Sannin, je parvins enfin aux ruines que je cherchais. Elles sont, du reste, peu importantes, et consistent simplement en une très-petite enceinte rectangulaire construite avec des blocs réguliers de grand appareil dont les assises inférieures sont seules encore en place. Ce modeste sanctuaire devait être inaccessible pendant huit à neuf mois de l’année et disparaître alors lui-même sous la neige ; car l’altitude du point où il est situé est d’environ deux mille six cents mètres au-dessus de la mer. C’était l’un des hauts lieux où les anciens habitants du pays venaient, durant l’été, vénérer la montagne elle-même déifiée par eux, comme l’une des plus élevées parmi celles de la grande chaine du Liban. L’Anti-Liban également était divinisé dans sa plus haute cime, qui est l’une du Djebel ech-Cheikh, que j’ai gravie en 1875, et qui dépasse de plus de deux cents mètres le point culminant du Sannin. Là aussi j’avais rencontré les ruines beaucoup plus considérables cl’un ancien temple, signalé par saint Jérôme comme étant encore de son temps le but d’un pèlerinage trèsfréquenté de la part des païens de la contrée. De tous les sommets du Sannin l’horizon est immense, incomparable. Au moment où je les parcourais successivement, le ciel était d’une pureté sans tache. Pas le moindre nuage ne ternissait l’azur immaculé de la voûte qui s’arrondissait au-dessus de ma tête; un soleil éclatant illuminait le panorama merveilleux que j’avais sous les yeux. Saisi d’admiration, j oubliai bien vite toutes les fatigues que j’avais essuyées pour parvenir jusque-là. Au nord et au sud, je distinguais toute la grande chaîne du Liban avec ses nombreux et puissants contreloits. \ ers 1 ouest, la région entière des montagnes libanaises s’étendait à mes pieds connue un vaste plan en relief, mais un plan vivant et animé, où tout se mouvait sous mon regard, depuis la chaîne

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