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DISTRICT DU MET EN

centrale jusqu à la mer, de l’est à l’ouest, et depuis Tripoli jusqu’à Sidon, du nord au sud. Les nombreux petits points blancs que j’apercevais étaient autant de villages ou de monastères; les taches blanches plus étendues étaient des villes, telles que Tripoli, Botroun, Djebeil, Beyrouth et Sidon ; les jardins qui les entouraient formaient autour d’elles un cercle verdoyant. Sur la côte, une lisière argentée produite par 1 écume des vagues bordait les contours du rivage et se brisait contre les rochers des promontoires; la mer se déroulait au loin, et l’atmosphère était tellement pure et diaphane, qu a une distance de plus de soixante kilomètres on voyait des voiles blanchir à l’horizon, ou la fumée des paquebots à vapeur maculer d’une longue traînée noire le double azur de la mer et du ciel. Tous les grands et profonds ravins qui servent de lits à des torrents serpentaient à travers cette masse de montagnes et de collines, dont les unes s’abaissaient peu à peu jusqu’à la mer, où elles venaient mourir, et les autres surplombaient, au contraire, au-dessus des flots en promontoires escarpés. Vers 1 est enfin, le coup d’œil n’était pas moins imposant, puisque de ce côté la plus grande partie de la Cœlésyrie et de la chaîne de l’Anti-Liban se montrait à ma vue.

Au pied occidental du Sannin, le grand village de Biskinta compte quatre mille cinq cents Maronites et cinq cents Grecs schismatiques. Les maisons, là comme dans beaucoup d’autres endroits du Liban, sont disséminées sans aucun ordre et à des niveaux très-différents, au milieu de vastes plantations de mûriers, de figuiers et de vignes. Çà et là aussi croissent des bouquets de pins, de platanes et de chênes. De la montagne qui, vers le nord, domine le village, jaillissent plusieurs sources qui donnent naissance à des ruisseaux intarissables, dont les habitants tirent un excellent parti pour l’arrosage de leurs terres. Les sept paroisses ou chapelles des Maronites n’offrent rien qui mérite d’être signalé; mais l’une des deux églises qui appartiennent aux Grecs schismatiques est ornée intérieurement d’un iconostase en bois de noyer sculpté avec beaucoup de soin et de talent. Un couvent de religieuses maronites cloîtrées est situé à l’entrée du village.

Une pénible marche de plusieurs heures vers l’ouest, au delà du profond ravin du Nahr el-Kelb, conduit à deux grands monastères, connus sous le nom de Mar Elias ou Saint-Élie, et occupant tous deux, à quelques pas de distance l’un de l’autre, le sommet d’une montagne. On n’y parvient qu’en gravissant une suite d’escaliers coupés par plusieurs paliers et grossièrement taillés sur des flancs âpres et rocheux.

L’un de ces monastères appartient aux Grecs schismatiques. Il a, m’a-t-on dit, six cents ans de date. Lachapelle contient un iconostase en bois de noyer, dont le travail est fort élégant et est dû à des ouvriers d’Athènes. Quelques tableaux qui le décorent sont un don de la Russie.

Le supérieur, qui est un prêtre grec de Mitylène, m’apprend que, pendant l’hiver, la neige accumulée autour du monastère atteint parfois la hauteur de deux mètres. Les religieux sont au nombre de seize. Des terrasses, quand le temps est très-pur, surtout au moment du soleil couchant, on aperçoit, paraît-il, les montagnes de 1* île de Chypre. Dans un petit caveau repose le corps encore assez bien conservé d’un évêque grec, mort il y a cent vingt ans, et que l’on vient vénérer de toutes parts.

Le monastère maronite, attenant presque au précédent, lui est antérieur de quelques années. Il renferme deux chapelles, l’une petite et datant de la fondation du couvent, l’autre beaucoup plus grande et récemment construite. Elle contient quelques tableaux assez remarquables venus d’Italie, mais malheureusement déjà dégradés par l’humidité des murs auxquels ils sont attachés, humidité due à l’énorme quantité de neige qui, durant plusieurs mois de l’année, encombre les terrasses de la chapelle et qui renaît sans cesse, à mesure qu’on la rejette sur le sol environnant. Ce monastère, habité par une dizaine de religieux, sert en même temps de séminaire, et quinze jeunes lévites y

apprennent, avec l’arabe, le syriaque, langue liturgique, qu’ils doivent maintenant tous comprendre avant de parvenir à la prêtrise. Ces études alternent avec des cours de théologie et de philosophie.

A cinq kilomètres plus à l’ouest, le beau village de Bekfaya s étend sur une hauteur dont les pentes sont couvertes de figuiers, de vignes, d’oliviers, et principalement de mûriers, croissant sur d innombrables terrasses superposées, au milieu desquelles circulent, pour les arroser, des ruisseaux dont les eaux sont habilement distribuées.

Ce village , avec les hameaux qui en dépendent , renferme , pendant 1 été , quatre mille habitants au moins, beaucoup de citadins de Beyrouth ayant l’habitude dy venir passer les mois les plus chauds de l’année. J’y trouve là, comme dans une foule d’autres localités, un certain nombre de familles d’Alexandrie qui ont fui l’Égypte avant ou après le bombardement que la ville a subi, et qui attendent, dispersées dans le Liban, où elles se sont réfugiées par milliers, un moment favorable pour rentrer dans cette malheureuse cité d’où les calamités de la guerre les ont chassées. Quant à la population fixe de Bekfaya, elle peut être évaluée à quinze cents Maronites, cinq cents Grecs-unis, et autant de Grecs schismatiques. L’une des principales églises des catholiques est sous l’invocation de Mar Abda ou saint Abdou. Tout auprès, on admire un vieux chêne vert qui mesure plus de sept mètres de circonférence à sa base, et dont le tronc excavé par les siècles peut contenir intérieurement sept personnes réunies.

Les Pères Jésuites ont dans ce village un établissement qui date de 1833, et d’où ils se répandent dans le Liban pour y faire des missions. En outre, ils dirigent en cet endroit deux écoles primaires, l’une de garçons et l’autre de filles; la première est confiée à des professeurs maronites, choisis et rétribués par eux, et la seconde à des religieuses , dites Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie 3 et qui auparavant s’appelaient Mariamettes.

Les protestants, de leur côté, ont une école; mais elle n’est guère fréquentée que par des enfants appartenant à des familles grecques schismatiques.

Une maison plus grande et un peu mieux construite que celles des autres habitants est décorée du nom de seraïa, ou de palais. Elle sert de résidence à deux émirs, appelés Belama, dont les ancêtres étaient Druses, mais qui ont embrassé ensuite la religion catholique. Ils parlent l’un et l’autre parfaitement le français et paraissent très-attachés à la France. Ils me reçurent avec une extrême courtoisie, quand j’allai les voir, et ils s’empressèrent peu de temps après d’aller me rendre ma visite sous ma tente. Au bas de leur maison, on remarque la face antérieure d’un sarcophage antique en marbre blanc qui provient de Djebeil, l’ancienne Byblos. Sur cette face, sont représentées des têtes de bélier, une figure d’homme et une de femme se faisant vis-à-vis, et une troisième figure radiée, le tout environné de guirlandes de fleurs et de fruits élégamment sculptés. Au centre, dans un cartouche, on lit une inscription grecque dont voici la traduction :

« Gassia, fille de Lysias Philoxene , nommée aussi Claudia : elle a vécu quarante-neuf ans, sage et pleine d’amour pour son époux. »

Cette épitaphe est fort belle dans sa simplicité même. Où trouver, en effet, un éloge plus grand pour une femme que celui qui est contenu dans les deux épithètes qui sont données ici à Gassia, et qui résument si admirablement sa vie d épouse? A en juger par son portrait, qui fait pendant sur sa tombe à celui de son mari, elle avait les traits fins et réguliers , et sa douce physionomie reflétait les vertus de son âme.

C'est à Bekfaya que M. le comte Patrimonio, qui depuis plusieurs années gère avec tant d’habileté et de sagesse le consulat général de France à Beyrouth, vient pendant l’été passer quelques jours

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chaque semaine. Il était alors absent, retenu à Beyrouth par des affaires importantes; mais je trouvai sa noble compagne, issue comme lui d’une des premières familles de la Corse, et qui me fit l’accueil le plus bienveillant.

Au nord-ouest et à une faible distance de Bekfaya, le village de Beit-Chebab s’étend sur des

pentes admirablement cultivées. Des habitants en sont très-industrieux. Gc sont eux qui fondent la plupart des cloches destinées aux églises du Liban; plusieurs d’entre eux sont aussi armuriers.

Parmi les autres villages de ce district, je désignerai particulièrement ceux d’El-Meteïn et de Salima, vers le centre ; plus au sud, ceux de Falougha et de Hammana; vers l’ouest,

Itas-el-Meten , et plus à l’ouest encore, Broumniana et Beit-Méri, El-Meteïn a une population mêlée de Druses , de Maronites , de Grecs catholiques et de Grecs schismatiques. Salima renferme quinze cents habitants, presque tous Maronites et possédant deux paroisses. On y voit aussi un petit couvent habité par un Pcre Capucin d’origine italienne. Un palais ou seraïa, fort mal entretenu, et qui ne s’est jamais complètement relevé depuis les dévastations qu’il a subies en 1840 et surtout en 1860, est occupé actuellement, moitié par une famille princière bien déchue

LIBAN

de son ancienne splendeur , et moitié par un filateur dont 1 établissement est situé au-dessus du village.

Falougha a une population de huit cents âmes, composée de Maronites, de Grecs schismatiques et de quelques Druses. Au milieu du village est le palais des anciens cheikhs; il remonte à cent cinquante ans; sur la porte d’entrée deux lions sont grossièrement sculptés. Il sert aujourd hui de résidence à une princesse Chehab, tombée dans un état voisin de la misère. Une grande filature de soie est très-florissante en cet endroit.

C’est entre Salima et Falougha qu’existent près du village de Kornayl des mines de houille qui ont été exploitées autrefois par Ibrahim-Pacha, quand il était maître du pays, mais qui ensuite ont été abandonnées, à cause du mauvais état des routes et de la difficulté énorme clos transporls.

Hammana possède dans son voisinage une grande filature de soie, et les mûriers y abondent.

Ras-el-Meten est un \illage de dix-huit cents habitants divisé en deux quartiers, le quartier druse et le quartier chrétien; ce dernier est habité par des Grecs schismatiques. Entre les deux quartiers s’élève un seraïa , aujourd’hui à moitié ruiné et démoli; la partie encore debout est occupée par une famille catholique, autrefois druse, dont le chef porte le titre d’émir. Je remarque dans ce village, comme dans beaucoup d’autres, un grand nombre de moutons que l’on engraisse en les faisant manger de force, et dont la queue surtout est prodigieuse de grosseur. A quelques minutes à l’ouest de cette localité, s’arrondit une colline toute couverte de jolis pins; de son sommet le regard embrasse les trois quarts du district.

Broummana compte deux mille habitants, soit Maronites, soit Druses. Ceux-ci y vénèrent un vieux chêne vert qui passe pour l’un des plus beaux arbres de cette espèce dans le Liban; à sa base, il a dix mètres au moins de circonférence; un cercle de pierres l’environne. Trois maisons, décorées du nom de seraïa , appartiennent à autant de familles princières du pays. L’un de ces princes va à ma rencontre et m invite à accepter le café, en passant, chez lui; il parle bien purement le français, ayant été élevé à Antoura par les Lazaristes.

A deux kilomètres au sud-ouest de Broummana s’étend sur la plate-forme d’une belle et haute colline dont 1 altitude au-dessus de la mer est de sept cents mètres, le gracieux et florissant village de Beit-Méri. Sa population, composée de Druses, de Maronites et de Grecs schismatiques, est de dix-huit cents âmes. Là, pendant 1 été, réside le caïmacam du district. Là aussi, à l’époque des grandes chaleurs, se rendent en villégiature un certain nombre de familles de Beyrouth. Les vignes se mêlent aux figuiers et aux mûriers sur les pentes de la colline.

Au-dessous et au nord-ouest du village est le hameau de Ain es-Saadeh, où Mgr Debs, archevêque maronite de Beyrouth, a une maison de campagne dont la position est délicieuse. Ce prélat m’y accueille avec beaucoup d’affabilité. Des terrasses de sa vaste demeure il me montre la plus grande partie de son diocèse.

A trois kilomètres au sud do Beit-Méri, un couvent, remarquable par les belles ruines au milieu desquelles il est situe, mérite une attention toute particulière. On l’appelle Deir el-Kalah (le Couvent du ehateau), parce qu’il a été construit sur l’emplacement d’un temple antique dont les dimensions considérables et les pierres colossales ont fait croire qu'il avait servi autrefois de château fort. Ce couvent est habite aujourd’hui par une quinzaine de religieux, soit prêtres, soit simples frères. Il date de cent dix ans. A moitié détruit en 1840, dévasté de nouveau en 1860, il a été réparé depuis. La chapelle occupe la partie antérieure de la cella d’un temple qui mesurait trente-deux mètres de long sur dixhuit mètres quatre-vingts centimètres de large. La partie postérieure de cette même cella a été dépouillée

DISTRICT DU DJOURD.

des magnifiques dalles qui la payaient et transformée en un petit champ de tabac. Les assises inferieures seules sont encore en place et de la plus grande beauté ; les blocs qui les constituaient étaient d’une dimension gigantesque. Quelques-uns, en effet, ont quatre mètres de long sur un mètre vingt centimètres de large et un mètre cinquante centimètres de haut. Ils ont été extraits d’une carrière voisine. Cette cella était précédée vers le nord-ouest d’un vestibule dont le développement ne peut être indiqué avec certitude, mais qui devait avoir environ huit mètres de profondeur. Il était orné de colonnes monolithes ; deux seules sont debout, mais découronnées de leurs chapiteaux ; elles mesurent cinq mètres de circonférence et consistent en une pierre très-dure imitant le marbre , dont la carrière se trouve non loin du couvent. On montait sur la terrasse plate qui autrefois servait de toit au monument, au moyen d’un escalier intérieur ménagé dans l’épaisseur de l’un des murs et aujourd’hui détruit.

Ce temple était consacré à Jupiter Baal-Markod, comme nous l’apprenons par trois anciennes inscriptions découvertes en cet endroit. Ce surnom de Baal-Markod signifie très-probablement , ainsi que cela semble résulter d’une inscription grecque déjà relevée depuis longtemps, le seigneur des jeux et des amusements 3 le dieu du plaisir. D’autres inscriptions votives, soit en grec, soit en latin, la plupart mutilées, ont été encastrées dans les murs du couvent ou sont dispersées alentour. Elles prouvent que ce temple était le but de nombreux pèlerinages de la part des païens et orné par ses visiteurs de dons divers. C’était, sans contredit, l’un des plus grands sanctuaires du Liban. Non loin de là, on remarque les débris d’un second temple, également tourné vers le nord-ouest, et dont il subsiste une dizaine de colonnes de moindre diamètre et d’ordre ionique. Il est maintenant remplacé par un magasin servant à mettre des vers à soie, et très-grossièrement bâti. Les colonnes abondaient, il y a peu d’années encore, sur l’emplacement de la ville dont ces deux temples composaient sans doute le principal ornement; mais elles en ont été extraites pour être transportées à Beyrouth, où elles décorent la chapelle de l’Université catholique des Révérends Pères Jésuites et celle du collège maronite fondé par Mgr Debs. On ignore, du reste, complètement le nom de la cité qui s’élevait en cet endroit, et qui maintenant n’offre plus, en dehors des deux édifices que j’ai signalés et qui témoignent de son ancienne magnificence, qu’un amas confus de débris et de décombres au milieu d’un fourré de chênes verts nains et de belles plantations de mûriers. L’eau qui l’alimentait était amenée au moyen d’un aqueduc aujourd’hui aux trois quarts détruit, mais dont on peut suivre la trace pendant plusieurs kilomètres; il avait son point de départ à l’Aïn-Harar. Remarquons, avant de quitter cette localité, que le grand temple de Jupiter Baal-Markod ou du dieu du plaisir et des réjouissances est actuellement transformé en une église dédiée à saint Jean-Baptiste, c’est-à-dire au prédicateur par excellence de la pénitence et de la mortification.

DISTRICT DU DJOURD

La ville de Zahleli, située à l’extrémité nord-est du district du Djourd, est, après celle de Beyrouth, l’une des plus importantes et des plus peuplées du Liban. Elle s’élève en amphithéâtre sur les rives du Nahr Bardouni, torrent qui sillonne une vallée fertile et étroite, où l’on cultive des jardins et que bordent de hauts peupliers. Les maisons sont confusément entassées par étages successifs, et cette irrégularité nuit beaucoup à la beauté de la ville, qui serait charmante, dans l’agréable position qu’elle

L I BAN

occupe, si les rues avaient été mieux tracées et si plus d’ordre avait présidé à la construction des habitations. Celles-ci sont d’ailleurs, pour la plupart, bâties avec des briques cuites seulement au soleil et mêlées de paille hachée, afin de les rendre plus compactes. Il n’y a guère que les églises, les couvents et les principaux établissements qui soient en pierre.

Maallakah, qui précède Zahleh vers l’est, en est comme un faubourg et renferme quatre mille habitants. On y remarque une école de jeunes filles dirigée par des religieuses maronites des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie. Cette maison avait été fondée en 1832 par les Révérends Pères Jésuites, et leur avait servi de résidence à eux-mêmes, quand ils vinrent s’établir en cet endroit. Plus tard, en 1860, après les massacres qui firent alors tant de victimes, ils créèrent à Maallakah un orphelinat de jeunes garçons qu’ils gardèrent jusqu’en 1875, époque à laquelle ils vendirent cet établissement pour aller s’installer à Zahleh, où ils reconstruisirent sur un plan plus vaste la maison qu’ils possédaient déjà dans cette ville depuis 1843, et qui avait été incendiée par les Druses en 1860. Deux de leurs Pères et deux de leurs Frères avaient alors succombé sous les coups de ces farouches ennemis des chrétiens. Le but que poursuivent les Pères Jésuites de Zahleh est triple : d’abord ils travaillent par de nombreuses conférences ecclésiastiques à instruire et à relever le clergé indigène inférieur, soit maronite, soit grec-uni; en second lieu, ils dirigent dans la ville et dans ses faubourgs de nombreuses écoles primaires qui comptent près de huit cents enfants; enfin ils vont faire des missions dans différentes parties du Liban. Parmi eux, j’eus le plaisir de revoir l’excellent et vénérable Père Canuti, que j’avais connu autrefois à Saïda, et qui, en 1860, avait failli être massacré par les Druses, des mains desquels il ne s’était échappé que par une sorte de miracle.

Le nombre des Grecs catholiques de Zahleh est considérable ; ils y possèdent plusieurs paroisses et une cathédrale. Cette basilique date de 1861, ayant été brûlée l’année précédente. Elle est renfermée dans une grande enceinte qui contient des cours, des salles pour les écoles, des cellules réservées aux chanoines du chapitre, et les appartements de l’évêque, qui m’ont paru d’une extrême simplicité, ainsi que ce prélat lui-même, vieillard à la barbe blanche, à la mine modeste, mais qui ne manque pas néanmoins de dignité. Au nombre des prêtres attachés à sa personne, je dois signaler d’une manière toute spéciale 1 abbé Géraigiry, ancien élève des Jésuites, et qui, à l’exemple de ses maîtres, s’efforce à son tour de créer de nouvelles écoles. Grâce aux dons qu’il est venu recueillir en France, il en a déjà fondé plusieurs, soit à Zahleh même, soit dans les environs et dans la Bekaa.

A 1 ouest de la ville et dans une position culminante s’élève un couvent grec catholique sous le \ocable de Saint-Élie. 11 est situé près de 1 endroit où la vallée du Bardouni se resserre pour livrer passage à ce torrent dans une sorte de gorge étroite bordée de hautes murailles rocheuses qui sont percées d anciennes grottes sépulcrales et aussi de cellules el’ermites. Ce couvent a une centaine d’années el’ existence; mais la chapelle est, dit-on, cl’une date antérieure. La ville actuelle de Zahleh, y compris Maallakah, a une population de vingt mille habitants, la plupart Grecs-unis. Elle est divisée en deux quartiers que sépare le Nahr Bardouni, et qu’un seul pont relie entre eux. Cette rivière coule non-seulement dans le ht que la nature lui a creusé, mais encore dans plusieurs canaux artificiels qui, à différentes hauteurs, arrosent des vergers et des jardins, et suffisent, en outre, amplement à tous les besoins de la vie domestique. La vigne prospère admirablement sur les pentes des montagnes qui dominent la ville de trois côtés, je veux dire : au nord, au sud et à l’ouest; à l’est, en effet, la vallée du Nahr Bardouni s’ouvre vers la Bekaa ou la Cœlésyrie, et Zahleh est ainsi située sur l’un des principaux seuils de cette magnifique plaine, à trente-deux kilomètres au sud-ouest de Baalbek et à soixante kilomètres au nord-ouest de Damas.

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