‹ La terre sainteChapitre 16 sur 128 · LUI A N · texte numérisé non relu

LUI A N

Quand, partant de la source que j’ai mentionnée, on a gravi, non sans peine, vers 1 est, pendant une heure et demie, les flancs de la montagne, on commence à atteindre les premiers cèdres de la forêt de Barouk. Ces cèdres croissent au milieu des rochers et sur un sol des plus tourmentés. Autrefois, ils couvraient, dit-on, un espace très-étendu. Aujourd’hui, ils sont réduits à quelques centaines d’individus. Désignés par les indigènes sous la dénomination arabe d ' ebheul, ils constituent une espèce différente de ceux qui avoisinent Becharreh, et qui, eux, sont appelés arz , comme nous l’avons déjà dit, en les décrivant plus haut. Leur taille est pareillement moins élevée et leur circonférence moins grande. Les plus gros que j’aie mesurés avaient à peine huit mètres de pourtour à leur hase. De leur tronc jaillissent ordinairement plusieurs arbres jumeaux. Cette forêt malheureusement, ou pour mieux dire, les débris qui en subsistent, sont condamnés à disparaître totalement, si les dévastations qu’ils subissent n’ont pas un terme prochain. Les arbres qui sont enlevés ou qui meurent de vieillesse ne sont guère, en effet, remplacés, les pousses nouvelles étant sans cesse attaquées par la dent dévorante des chèvres.

En poursuivant pendant une demi-heure encore cette ascension et en escaladant quelques mamelons tout jonchés de pierres roulantes que les neiges ont désagrégées , on parvient enfin sur le sommet de la montagne. De là, à une altitude de deux mille mètres environ au-dessus de la mer, on voit se dérouler devant soi à peu près le même panorama, bien qu’un peu moins étendu, que celui qui s’offre aux regards du haut des cimes du Sannin. Il est donc inutile de le décrire ici de nouveau. C’est toujours, en effet, d’un côté l’Anti-Liban, morne et gigantesque muraille s’interposant entre la fertile vallée de la Cœlésyrie et les vastes steppes du désert de l’Euphrate; et de l’autre côté, c’est le Liban, cette Suisse de 1 Orient avec ses mille villages, pour la plupart si pittoresquement situés, ses plantations variées, ses sources intarissables qui s’échappent en bondissant du sein des montagnes et qui, après avoir fertilisé la contrée le long des profonds ravins qu’elles se sont creusés, précipitent leurs eaux jusqu à la côte. Cette côte elle-même est semée de villes et de souvenirs, et le voyageur qui, d’un point élevé, tel, par exemple, que le sommet du Djebel-Sannin ou du Djebel-Barouk , peut d’un seul regard en embrasser un très-vaste espace, ne détache qu’à regret ses yeux de ces rivages qui ne sont autres que ceux de 1 antique Phénicie. Ajoutez à cela un horizon indéfini de mer dont l’azur se confond avec celui du ciel, et vous aurez une faible idée de la beauté grandiose d’un pareil spectacle.

DISTRICT DU CHOUF

Descendus des sommets d où nous venons de planer de si haut et si loin, suivons maintenant vers le sud-ouest le cours sinueux du Nahr el-Barouk. Sur sa rive droite, nous apercevons bientôt le village de Freidis, qu environne une ceinture verdoyante de jardins et de plantations de figuiers, de mûriers et d’oliviers.

A trois kilomètres plus au sud , sur la même rive , Bctloun nous offre un aspect analogue avec ses vergers.

Le sentier, dans la direction du sud-ouest, nous conduit ensuite au bas de Ain-Maaser, que nous laissons a notre gauche. Dans le voisinage de ce village, sur les flancs des hauteurs qui le bordent vers l'est, croissent un millier environ de cèdres, appartenant il la même espèce que ceux de Barouk et appelés de même par les Arabes ebheul. Quelques-uns de ces arbres sont très-âgés et ont atteint des

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