‹ La terre sainteChapitre 17 sur 128 · DISTRICT DU CH OU F · texte numérisé non relu

DISTRICT DU CH OU F

proportions considérables. Restes des antiques forêts de cèdres qui couvraient autrefois une partie du Liban, ils sont encore dignes d être visités, bien qu’ils li aient ni la majesté ni l’ampleur des sept vénérables patriarches de Becharreb.

Le village de Bouthmeh, situé plus au sud, doit son nom aux térébinthes (en arabe bothoum) qui, mêlés à des chênes, sont épars sur le territoire qu’il occupe. Il est habité par des Druses, dont les maisons sont dispersées au milieu de plantations de mûriers.

A deux kilomètres plus au sud encore , le village de Moukhtarah est précédé vers le nord de plantations de vignes et d’oliviers. Ce village est par lui-même peu peuplé, mais il renferme le palais de 1 émir Djemblat, le principal cheikh des Druses dans le Liban. Ce jeune prince a une trentaine d’années j sa figure est très-régulière et ses manières fort distinguées. C’est le lils du fameux Djemblat, qui, a 1 époque des événements de 1860, fut accusé d’être l’un des instigateurs les plus actifs de ces odieux massacres. Quand je me présentai auprès de lui, il me fit, je dois le dire, l’accueil le plus bienveillant et le plus courtois, et je trouvai son divan rempli de chrétiens tout autant que de Druses. Après le café et les sorbets d usage, il voulut lui-même me montrer son palais, qui ne manque pas d une certaine élégance. L’eau y circule partout avec abondance et y jaillit en jets nombreux de petits bassins de marbre. Elle est amenée à Moukhtarah au moyen d’un aqueduc de douze kilomètres de développement, qui a son point de départ à la source du Nahr Barouk. Dans un des salons du palais, je remarquai le portrait du prince de Galles, don de ce prince lui-même, ce qui ne m’étonna nullement, car les Anglais, comme je crois l’avoir déjà dit, cherchent par tous les moyens à s’attacher les Druses et, par conséquent, leurs chefs les plus notables, afin de les opposer aux Maronites, ces vieux et fidèles amis de la France. L’émir m’affirma que, pour lui, il se montrait impartial envers tous ses administrés, qu’ils fussent chrétiens, musulmans ou Druses; et deux prêtres grecs, curés d’un village voisin, qui se trouvaient dans son divan au moment de ma visite, m’assurèrent, de leur côté, qu’ils n’avaient qu’à se louer personnellement du prince, et que les haines profondes qui avaient autrefois animé les Druses contre les Maronites paraissaient amorties. «D’ailleurs, ajoutaient-ils, dans les divers massacres qui ont eu lieu à différentes époques et spécialement en 1860, les Druses ne se sont montrés si sauvages et si cruels que parce qu’ils comptaient sur la complicité des musulmans, qui les poussaient à 1 extermination des chrétiens, et sur la protection de l’Angleterre, qui, sans leur avoir jamais conseillé, sans doute, de si horribles atrocités, intervenait sans cesse néanmoins en leur faveur, comme leur avocate et leur patronne. »

La colline que couronne le palais de l’émir Djemblat s’avance vers le sud, en forme de promontoire, entre deux vallées profondes qui se réunissent ensuite, et dans l’une desquelles serpentent le Nahr Barouk et dans 1 autre le Nahr Aïn-Maaser. Les flancs de cette colline sont admirablement cultivés. Sur de nombreuses terrasses qu’arrosent plusieurs ruisseaux provenant de l’aqueduc dont j’ai parlé, croissent des oliviers, des figuiers, des mûriers et des vignes.

Il est question, à l’époque des Croisades, d’un certain Casai Mactara qui doit être identique avec le village de Moukhtarah où nous sommes en ce moment.

Si nous en redescendons vers l’ouest, nous traversons bientôt sur un petit pont le Nahr Barouk, qui coule rapide et murmurant dans une étroite vallée, ombragée par un épais fourré de chênes et de noyers.

Au delà du pont s élève, sur les pentes d’une colline, le village de Djedeideh, habité par des Druses. Les maisons y sont entremêlées de plantations de noyers, de mûriers et de vignes.

A six kilomètres de Djedeideh, vers le nord-ouest, un village plus considérable porte le nom de

LIBAN

Baaklin. Composé de seize cents Druses et de deux cents Maronites, il est situé dans une position élevée, et de la partie culminante du plateau accidenté qu’il occupe, on aperçoit d’un côté la mer, et de l’autre la grande chaîne du Liban. Dans le vaste cimetière qui le précède vers le nord, on observe plusieurs tombes construites avec une certaine élégance et décorées d’arabesques finement exécutées. A Baaklin habite l’un des principaux cheikhs des Akkels (des sages). C’est ainsi, comme nous l’avons vu, que les Druses désignent ceux des leurs qui sont initiés aux mystères de leurs doctrines secrètes. Il jouit d’une immense influence parmi ses coreligionnaires, et il est regardé, en quelque sorte, comme le véritable patriarche des Druses. J’allai lui rendre visite, et il m’invita lui-même à pénétrer dans sa khaloueh, nom que les Druses donnent aux édifices ordinairement solitaires et retirés loin de toute habitation humaine, où ils célèbrent tous les jeudis soir les cérémonies de leur culte. La khaloueh où il me reçut, et où il ordonna à son fils de m’apporter le café en signe d hospitalité, est une grande salle recouverte de nattes et proprement tenue. Deux lampes sont suspendues au plafond, et l’un des murs est percé de petites niches destinées à contenir quelques livres, et alors complètement vides. Je restai une bonne demi-heure à converser avec ce cheikh. C’est un vieillard encore très-vert, à la physionomie fine et intelligente, au regard interrogateur, à la parole douce et caressante. Il me confirma ce que m’avait dit à Moukhtarah l’émir Djemblat, à savoir que les Druses ne nourrissaient plus maintenant contre les Maronites ni haine ni projets funestes, et qu ils ne demandaient qu’à vivre en bonne harmonie avec eux. Espérons que l’avenir ne démentira pas ces paroles.

DISTRICT DE MENASSIF

A quatre kilomètres au nord de Baaklin et en sortant du territoire de Chouf pour entrer dans celui de Menassif, on rencontre la petite ville de Deir-el-Kamar. C’est la véritable capitale des Maronites. C’est près de là, en effet, que réside le gouverneur du Liban, dans le palais de Beit-eddin. Avant 1800, elle renfermait au moins huit mille habitants, Druses et Maronites. Aujourd’hui, elle n’en contient plus que quatre mille, presque tous Maronites, comme population fixe ; car, pendant l’été, une centaine de familles de Beyrouth viennent y chercher un peu de fraîcheur. Située à une hauteur de huit cent quarante mètres environ au-dessus de la mer, elle est assise sur les pentes méridionales d’une montagne, à laquelle elle est comme adossée et dont les énormes rochers semblent la menacer sans cesse. Les maisons s’élèvent d’étage en étage au-dessus d’une étroite vallée oblongue. La place du marché ou souk , qu’orne une gracieuse fontaine de création récente, est bordée de petites boutiques où l’on vend non-seulement les principales choses essentielles à la vie, mais encore différents objets de soie, et entre autres de riches obayeh , ou robes de soie brodées d’or, qui forment la tenue d’apparat des grands cheikhs druses. Le Seraïa constitue un vaste quadrilatère dont les murs sont très-épais, et où, en 1860,1a garnison turque avait offert traîtreusement un asile aux malheureux chrétiens de la ville qui redoutaient la cruauté druse. Us s’y réfugièrent en masse, trompés par de mensongères promesses, et quand, sur la foi de ces perfides paroles, ils eurent remis en entrant leurs armes aux Turcs, qui ne les laissèrent pénétrer qu’à cette condition, ceux-ci s’empressèrent de les livrer eux-mêmes à leurs farouches ennemis, qui se précipitèrent, armés jusqu’aux dents, par la porte qu on leur ouvrit, et, secondés par les soldats musulmans, transformés eux aussi en bourreaux, égorgèrent sans pitié, commç un vil troupeau, une foule confuse et impuissante à se défendre, d’hommes,

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