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DISTRICTS DU GHARB ET DU SAHEL

Terminons cette rapide description du Liban par quelques mots sur les deux districts du Gliarb et du Sahel, que nous allons traverser avant de faire halte à Beyrouth. Si l'on descend de Deir el-Kamar dans la direction du nord-ouest, on traverse d’abord, au bout de cinq kilomètres, le village de Beheftin. Habité par des Druses, il est entouré de plantations de mûriers, qu’arrose une source abondante ombragée par deux vieux noyers. La descente devient ensuite plus rapide, et le sentier est pratiqué en forme d’escaliers que coupent de nombreux paliers. Au bout de trois quarts d heure de marche dans la direction du nord, on atteint le pont dit Djisr el-Kadhy. 11 a etc jeté sur un torrent assez profondément encaissé entre des berges rocheuses et qui va aboutir à la mer, sous le nom de Nahr Damour, le Tamyras ou Damouras de l’antiquité , après qu’il a réuni dans le meme lit les eaux du Nahr el-FIamman, qui coule plus au sud et n’est lui-même que la continuation du Nahr Beit-eddin. Au delà de ce pont, en cheminant vers le nord-ouest, on laisse à sa droite les villages de Selfaya et de Aïn-Trez, et plus loin ceux de Roumhala et de Dfoun , que d’autres prononcent Tfoun , villages peuplés à la fois de Druses et de Maronites. Si l’on continue à monter le long de pentes parsemees de pins et hérissées de blocs ferrugineux, on parvient à Aïnab, localité peu importante, habitée principalement par des Druses, auxquels se mêlent quelques familles maronites. Trois kilomètres plus au nord, par un sentier détestable, on atteint Deir-Anoub, village beaucoup plus considérable et divise en plusieurs quartiers. Sa population se compose de Druses, de Maronites et de Grecs schismatiques. Le territoire qu’il occupe est cultivé avec soin et abonde en mûriers.

LIBAN

A partir de ce point jusqu’à Beyrouth, la route devient excellente pour le Liban.

Sept kilomètres à l’ ouest-nord-ouest de Deir-Anoub, Choueifat s’étend sur plusieurs collines que séparent entre elles des ravins dont les pentes sont couvertes de figuiers, d’oliviers et de mûriers. Çà et là aussi s’élancent quelques vieux et hauts palmiers qui donnent au paysage un cachet tout oriental. Ce grand village renferme, dit-on, deux mille habitants, soit Druses, soit Grecs schismatiques, auxquels il faut joindre quelques familles maronites.

Kefer-Chima, situé à deux kilomètres à peine au nord de Choueifat, occupe de même plusieurs collines, qui sont admirablement cultivées, sur leurs flancs, en figuiers, en oliviers et en mûriers. Sa population est mélangée de Grecs schismatiques et de Maronites. Une école primaire de filles y a été fondée et y est entretenue par la Sœur Gélas, supérieure des Sœurs de la Charité à Beyrouth, à qui l’on doit la fondation et l’entretien de douze autres établissements de ce genre dans autant de villages du Liban. A l’est et au-dessus de Kefer-Chima, à dix minutes d’intervalle, le couvent de Saint- Antoine Kerkafé couronne le sommet d’une haute colline. Il date de cent treize ans et renferme actuel¬

lement quatre Pères et cinq Frères grecs catholiques. Il est inutile d’ajouter que des terrasses du monastère la vue embrasse un vaste et magnifique horizon de mer et de montagnes, y compris une foule de villages et la ville de Beyrouth tout entière, avec son immense ceinture de jardins.

Au nord de Kefer-Chima, on entre dans le district du Sahel, aussitôt qu’on a franchi l’Oued Rhadir.

Laissant à sa droite, à une faible distance, les deux grands villages de Sibney et de Baabdah, on atteint bientôt El-Hadeth, autre village également important, assis sur plusieurs mamelons dont les flancs sont parfaitement cultivés, et qui se compose de Grecs schismatiques et de Maronites.

A trente-cinq minutes plus au nord, à l’endroit où la route que nous suivons rencontre celle qui de Beyrouth va à Damas, on voit s élever un tombeau solitaire ; c’est celui de Franco-Pacha, le prédécesseur du gouverneur actuel du Liban. De là à Beyrouth, il n’y a plus que cinquante minutes de marche à travers des plantations de mûriers et des jardins où, grâce à une culture et à une irrigation intelligentes, les légumes et les arbres fruitiers les plus variés croissent à merveille. Çà et là aussi sont parsemés de jolis bouquets de pins. La route est charmante et bordée de lilas perses. Entretenue avec soin, elle est sans cesse parcourue par des promeneurs à pied, à cheval ou en voiture, qui se plaisent à errer autour de Beyrouth, respirant avec délices l’air pur de la campagne et jouissant à loisir de la belle nature dont la Providence a gratifié les heureux habitants de cette contrée.

J arrête ici cette description très-sommaire de l’intérieur du Liban, réservant celle des villes de la côte pour le chapitre suivant, qui traitera de la Phénicie. Ce tableau abrégé, que j’aurais pu développer bien davantage si les limites étroites dans lesquelles je dois me renfermer me l’eussent permis, est 1 analyse fidele des notes que j’ai recueillies récemment sur les lieux mêmes. Cherchant avant

tout la vente, je me suis efforcé de ne jamais travestir la physionomie réelle des hommes et des choses, en lui substituant les couleurs factices de mon imagination.

L accueil extrêmement cordial que l’on reçoit dans le Liban, principalement de la part des Maronites, la grande sécurité des routes, qui sont, à la vérité, très-fatigantes et quelquefois même dangereuses, à cause des difficultés naturelles qu’elles présentent, mais qui n’offrent aucun péril du côté des habitants, la beaute merveilleuse de beaucoup de sites, l’aspect tantôt sauvage et imposant, tantôt, au contraire, gracieux et charmant des vallées et des montagnes, l’abondance des sources qui jaillissent partout, 1 opiniâtreté extraordinaire avec laquelle le paysan sait tirer du sol, sur les pentes même les plus abruptes, tout ce qu’il peut lui faire produire, que dirai-je encore? les avantages réunis des climats les plus variés concentrés dans un espace relativement peu étendu, mais divisé en trois zones, zone

tianisme et offrir un asile hospitalier à d’autres rites persécutés, on trouvera dans cette circonstance un intérêt nouveau qui attachera davantage à cette contrée. Cet intérêt enfin grandira encore, si le voyageur est Français et qu’à chaque pas, dans chaque village, il entende des témoignages de sympathie, d’affection et de reconnaissance sortir de toutes les bouches des indigènes maronites pour la France chrétienne ; car les Maronites ne connaissent que celle-là. C’est la France chrétienne qui s’est révélée à eux, à l’époque des croisades; c’est la même France qui les a depuis défendus en maintes circonstances et sauvés en 1860; c’est elle seule qu’ils désirent avoir pour suzeraine, si l’Empire ottoman se démembre et que le Liban, qui déjà ne lui appartient qu’à peine, en soit un jour détaché complètement, pour passer sous le protectorat de quelque puissance européenne.

PHÉNICIE

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

La Phénicie est la contrée célèbre dont Tyr et Sidon étaient les deux principales cités. Située au nord de la Palestine, le long de la Méditerranée, elle était bordée à l’ouest par cette mer et à l’est par le mont Liban. Ce nom de Phénicie est grec et dérive probablement du mot çcM ou palmier, arbre qui autrefois, sans doute, abondait sur ces côtes, mais qui aujourd’hui y est plus rare. On trouve le palmier, en effet, comme emblème sur d’anciennes monnaies d’Aradus, de Tyr et de Sidon. Cet arbre est loin encore maintenant d’avoir disparu de ces parages ; mais, s il y croit toujours ça et là, soit disséminé, soiten bouquets, iln’en forme plus l’un des traits caractéristiques. Le nom primitif et indigène de la contrée était Kenaan, en latin Chanaan, dont la racine est Kana (être bas), et qui s’appliquait parfaitement à la côte basse de la Phénicie, opposée à la région montagneuse du Liban, de la Syrie et de la Palestine. Aussi, lorsqu’il est dit dans la Bible que les Israélites, à l’époque de leur invasion, rencontrèrent en Palestine des Chananéens très-redoutables, on est en droit, ce me semble, d en induire que ces peuples étaient originaires de la plaine voisine, longeant la mer et appelée en phénicien Kenaan, dans la Yulgate Chanaan. La plaine ainsi désignée s’étendait, d’après l’opinion la plus répandue, depuis Aradus et Antaradus, au nord, jusqu’à l’Échelle de Tyr, au sud, dans une longueur de deux cent trente kilomètres environ. Sa plus grande largeur, entre la mer et les montagnes, n excède presque jamais douze kilomètres, et elle est le plus souvent bien moindre. Cette bande maritime de sol, tantôt trèsétroite, tantôt moins resserrée, n’est pas continue. Au contraire, elle est sillonnée et comme brisée par de nombreux cours d’eau qui aboutissent à la mer dans des lits plus ou moins profonds, dont les berges s’avançant parfois jusqu’au milieu des flots, déterminent des promontoirs et servaient jadis, comme maintenant, à établir des limites naturelles entre le territoire des différentes villes de la côte. Ces villes étaient autant de riches comptoirs maritimes, alors fort importants. Quelques-unes d’entre elles constituaient des principautés distinctes. Adonnées à la pêche, à la navigation, au commerce et à l’industrie, elles surabondaient d’une population active et entreprenante qui, habituée dès l’enfance à se jouer des périls de la mer, à la parcourir en tous sens et à débarquer sur toutes les côtes, n’éprouvait aucune peine à s’expatrier pour fonder ailleurs des colonies, quelquefois très-lointaines, et des comptoirs nouveaux. Bien n’égalait l’opulence de beaucoup de ses négociants et de ses armateurs. Le Liban fournissait à ces derniers des bois excellents pour la construction des nombreux navires qu’ils équipaient.

Les Phéniciens, en tant que Chananéens, étaient issus de Chain. ( Genèse } x, G.) Néanmoins, la langue qu’ils parlaient offrait des ressemblances frappantes et avait une affinité très-étroite avec celle des Hébreux, peuple descendu de Sem. Saint Jérôme, dans son Commentaire sur Jérémie (liv. Y , ch. xxv), en parlant de Carthage, s’exprime ainsi, après avoir dit que cette ville était une colonie phénicienne : « Unde et Pœni , sermone corruplo quasi Phœni appellantur, quorum lingua hebrœce linguœ magna ex parte confniis est. » Saint Augustin, originaire d’Afrique et évêque d’Hippone, autre colonie tyrienne, affirme également, dans plusieurs passages de ses ouvrages, la parenté des deux langues phénicienne et hébraïque. Cette parenté est, en outre, attestée par beaucoup de noms de villes, soit phéniciens, soit carthaginois, ce qui revient au même, puisque Carthage était une colonie

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

tyrienne. Ces noms, en effet, manquent de sens en grec et en latin, mais ils en ont un en hébreu. Une conclusion identique ressort de toutes les inscriptions phéniciennes que 1 on a découvertes jusqu a ce jour et qui s’expliquent parfaitement au moyen de l’hébreu.

La religion des Phéniciens était en opposition directe avec le monothéisme des Hébreux. C était la personnification panthéiste des forces de la nature , et surtout des deux principes mâle et femelle qui concourent à l’organisation et à la vie de ce monde; dans sa forme populaire, c était 1 adoration du soleil, de la lune et des planètes. Les planètes n’étaient pas considérées par les Phéniciens comme des globes inanimés purement matériels , et obéissant à des lois physiques établies par Dieu depuis l’origine des choses, mais comme des êtres intelligents et animés, influant sur la volonté des simples mortels et réagissant sur les destinées humaines. Parmi les principales divinités du Panthéon phénicien, il faut signaler Baal et Achtoreth.

Baal était la suprême divinité mâle. Ce mot signifie maître, seigneur , possesseur j dans sa forme chaldaïque, il devient Beel et Bel, qui était le nom babylonien du même dieu. On l’honorait en lui offrant de l’encens et des sacrifices d’animaux, quelquefois aussi des holocaustes de victimes humaines. Les prêtres dansaient autour de ses autels en poussant des cris frénétiques et en se frappant même de coups de couteau, pour fléchir son courroux. Baal était regardé comme le dieu soleil, le dieu illuminateur, le dieu fécondant, le dieu souverain, et alors il était confondu, tantôt avec l’Apollon, tantôt avec le Jupiter du Panthéon grec et romain.

La Bible nous révèle les noms de plusieurs Baals, ou, pour mieux dire, elle nous apprend que ce dieu était vénéré par les Chananéens, et par conséquent par les Phéniciens, avec des formes distinctes et avec des épithètes différentes. Ainsi, par exemple, nous savons par elle que Baal-Berith (le seigneur de l’Alliance) était adoré à Sichem; qu’à Ekron, il y avait un temple en l’honneur de Baal-Zeboub (le dieu des mouches, le dieu qui détourne les mouches, dont la multitude, quand elle est parfois innombrable, devient un véritable fléau dans les pays chauds). Nous connaissons pareillement l’existence d’un Baal-Peor, Beelphegor de la Yulgate, dieu identifié avec le Priape des Grecs et des Romains, et dont le culte était très-licencieux.

Achtoreth, en grec ’AcTccpT/j, en latin Astarte, était la principale divinité féminine. Baal et Achtoreth se trouvent associés ensemble, soit sous cette forme qui est celle du singulier, soit sous la forme de Baalim et de Achtaroth qui est celle du pluriel. Le pluriel indique probablement différentes modifications de ces deux divinités ou différentes manières de les envisager. Le culte de Achtoreth était très-répandu. De même que chez les Assyriens il y avait un dieu Bel identique avec Baal, de même il y avait une déesse appelée Ichtar et qui n’était autre que Achtoreth. Elle avait pour symbole la lune, comme Baal avait pour emblème le soleil. Les Grecs l’identifiaient avec Aphrodite , et les Romains avec Vénus. Quelquefois on la confondait avec la planète de ce nom, à l’exemple de Baal qui était confondu avec celle de Jupiter. La plus grande licence régnait également dans le culte qu’on lui rendait.

Acherah était aussi le nom d’une divinité phénicienne. Beaucoup de critiques pensent quelle est identique avec Achtoreth; d’autres, au contraire, prétendent que Achtoreth est le nom de la divinité elle-même, et que Acherah est celui de son idole, de sa statue ou de sou symbole.

Adonis et Vénus répondent l’un à Baal, et l’ autre à Achtoreth.

Melkarth (le roi de la cité) était appelé souvent l’Hercule tyrien. Ce dieu était spécialement adoré à Tyr, et de là son culte se répandit à Carthage, colonie tyrienne, où on l’honorait quelquefois par des sacrifices humains.

Moloch , la divinité tutélaire des Ammonites, était, selon toute vraisemblance, le même dieu que Baal. Dans certaines circonstances on lui immolait des victimes humaines, en faisant passer par les flammes les êtres auxquels on était le plus attaché, par exemple, scs enfants. C était le dieu du feu, identique avec le dieu-soleil.

Au nombre des inventions humaines les plus considérables, il faut, sans contredit, compter celle de l’écriture. Suivant les uns, la gloire en reviendrait aux Phéniciens :

Phœnices primi, famœ si credihtr, ausi Mansurcim rudibus vocem signare figuris.

(LtCAiN, Pharsalc, 111,220-221.)

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

« Les Phéniciens sont les premiers, si l’on en croit la renommée, qui ont osé reproduire et fixer la parole humaine au moyen de figures grossières. »

D autres attribuent cette invention aux Assyriens, d’autres enfin aux Égyptiens. Il est difficile de savoir et d affirmer lequel de ces peuples peut en revendiquer l’honneur d’une manière incontestable; mais le nom des lettres dans l’alphabet hébraïque, identique avec l’alphabet phénicien, autorise

à penser que ce sont les Phéniciens qui ont communiqué aux Grecs la connaissance de l’écriture. Beaucoup de noms de lettres, en effet, dans l’alphabet grec, n’ayant aucune signification en grec, en ont une dans les caractères correspondants de l’alphabet hébreu.

ClIATEAU UE IlUPOLI, FORTERESSE UE l'ÉPOQUE DES CROISADES.

PHÉNICIE

DE TARTOUS (ANTARADUS) A TRIPOLI

Tartous, par laquelle nous commençons, au nord, la description très-sommaire des côtes de la Phénicie, est l’ancienne Antaradus qui faisait face sur le continent à 1 île d Àradus, sa métropole. A cause de sa position et de sa dépendance à l’égard de cette île dont elle n était qu une colonie, elle avait été désignée sous le nom que nous venons d’indiquer, nom que les Arabes, à la fois par abréviation et par corruption, ont transformé plus tard en celui de Tartous, d où les Croisés ont ensuite fait Tortose. La première mention que nous trouvions d’ Antaradus se trouve dans la géographie de Ptolémée. A l’époque romaine, la renommée et l’importance de cette ville éclipsèrent celles de sa fondatrice. L’an 340 de notre ère, elle fut rebâtie par l’empereur Constance, et appelée de son nom Gonstantia. Au moyen âge , fortifiée par les Templiers , elle devint entre leurs mains une place militaire réputée imprenable. Aussi résista-t-elle victorieusement à toutes les attaques de Saladin en 1188, et ce ne fut qu’en 1291 qu’elle finit par tomber au pouvoir des musulmans. M. Rey, dans son Etude sur les monuments de V architecture militaire des Croisés en Syrie et à Chypre (p. 69-84), a décrit avec soin les ruines de son enceinte et de son château. La plus grande partie de l’emplacement qu elle occupait est maintenant envahie par des jardins. Au milieu de ces vergers s’élève l’ancienne cathédrale de Notre-Dame de Tortose, beau vaisseau du douzième siècle qui mesure quarante mètres de long sur vingt-sept de large. Joinville nous apprend que c’était un lieu de pèlerinage très-fréquenté. Au sud du château, qui avait été construit avec des blocs d’un très-puissant appareil et qui est situé luimême à l’angle nord-ouest de la cité du moyen âge, dont le séparaient vers l’est un double rempart et un double fossé, s’étend la ville moderne, composée seulement d’une centaine de maisons et habitée par un millier de musulmans, auxquels il faut joindre un certain nombre de familles chrétiennes.

A six kilomètres au sud-ouest de Tartous, on aperçoit en mer l’ile de Rouad. Eloignée de la côte de trois kilomètres environ, elle consiste en un banc rocheux de forme ovale dont la longueur peut être estimée à huit cents mètres et la largeur moyenne à cinq cents. Çà et là, ce banc est recouvert de couches plus ou moins épaisses de sable. L’ile tout entière était autrefois entourée par une très-forte muraille bâtie avec des blocs énormes et reposant sans ciment les uns au-dessus des autres ; ils ont pour base les récifs mêmes du rivage, qui ont été aplanis et entaillés pour les recevoir. Cette enceinte, dont il reste encore des fragments considérables, doit sans doute remonter à une haute antiquité, et paraît un ouvrage phénicien. A l’est, du côté de la terre ferme, par conséquent, se trouve le port, qu’une jetée séparait jadis en deux bassins. Ce port, à moitié ensablé, est très-petit, et, au premier abord, on est tenté de se demander comment il a pu jamais abriter les navires d’un peuple qui sur mer rivalisait avec Tyr et Sidon ; mais il faut se rappeler que les ports de la plupart des villes maritimes de l’antiquité étaient peu étendus, parce que les navires qu’ils devaient renfermer avaient euxmêmes des dimensions très-faibles.

Un château crénelé assez considérable occupe le point culminant de l’ île ; il est de date sarrasine, mais les substructions en sont bien plus anciennes. En plusieurs endroits, on rencontre des citernes, des silos et des magasins creusés dans le roc, qui attestent également un travail antique.

Le chiffre actuel des habitants de Rouad ne dépasse guère celui de deux mille. Us sont tous musulmans et adonnés, pour la plupart, au cabotage et à la pêche des éponges.

DE TARTOÜS (ANTÀRADUS) A TRIPOLI.

Le nom phénicien de cette île était Arvad, en grec Arados, en latin Aradus. Le peuple arvadite tirait son origine d’un pelit-fils de Cham, ainsi appelé. ( Genèse , X, 18.)

D’après Strabon (p. 753, § 13), Aradus fut colonisée par des fugitifs de Sidon. C’était un rocher de sept stades de circonférence, et situé à vingt stades de la terre ferme. Il était entièrement couvert d’habitations et tellement surchargé de population, que les maisons y avaient de nombreux étages. Trop restreints dans les étroites limites qui les étreignaient, les Aradiens s’étendirent sur le continent voisin, et y fondèrent, ou du moins y colonisèrent les villes de Paltos, de Balanée, de Carné, d’Antaradus, d’Enhydra et de Marathus; ils s’assujettirent aussi, un peu plus au sud, celle de Simyra.

A neuf kilomètres au sud de Tartous, des ruines importantes couvrent le sol entre le Nahr Amrit au nord et le Nahr el-Kibleh au sud. Ce sont celles de l’ancienne Marathus, aujourd’hui appelée Amrit, dénomination arabe qui reproduit, probablement avec fidélité, le nom phénicien dont Marathus était la forme latine. Cette ville, fondée par Arvad, resta lontemps soumise à sa métropole; mais l’an 219 avant Jésus-Christ, elle chercha à s’affranchir de sa domination, et succomba plus tard sous les coups de sa vengeance, A l’époque de Strabon, elle était déjà détruite, et les Aradiens s étaient partagé son territoire. Les restes remarquables qu’elle offre encore néanmoins maintenant à 1 attention des voyageurs ont été l’objet., de la part de M. Renan, d’une étude longue et approfondie, et je renvoie le lecteur à la description que ce savant en donne dans son ouvrage intitulé : Mission de Phénicie. Je vais me contenter d’en indiquer ici, en peu de mots, les principaux. L’édifice appelé par les indigènes El-Maabed (le temple) se compose d’une vaste cour carrée, longue de cinquantecinq mètres sur quarante-huit de large, et évidée dans le roc. Cette cour sacrée ou haram était jadis, selon toute apparence, environnée d’une galerie. Au centre avait été ménagé un gros cube rocheux adhérent au sol et servant de base à une sorte de naos fermé de trois côtés et ouvert vers le nord, comme l’enceinte elle-même. M. Renan considère avec raison cet édicule comme une espèce de tabernacle, analogue à celui des Hébreux, et destiné à renfermer des objets sacrés. Je signalerai également un stade creusé dans le roc et long de cent vingt-cinq mètres sur trente de large, un magnifique mausolée, appelé dans le pays Bordj el-Bezzcik (la tour du Limaçon) et présentant la forme cl un cube qui contient intérieurement deux chambres sépulcrales superposées, et que surmontait jadis une pyramide ; deux autres superbes mausolées, voisins l’un de l’autre, et nommés par les indigènes El-Aamid el-Merhazil (les Colonnes fuseaux); de nombreux caveaux funéraires où l’on descend soit par des puits rectangulaires, soit par des escaliers taillés dans le roc; enfin une maison monolithe entièrement évidée dans la roche vive.

A dix-neuf kilomètres au sud-est des ruines d’ Amrit est le village de Samrah, qui a succédé à Simyra, mentionnée par Strabon comme ayant été conquise par Aradus. C’était probablement 1 antique patrie des Zemarites, issus de Cham par son fils Chanaan. ( Genèse , X, 18.)

A un kilomètre plus au sud, on franchit le Nahr el-Kebir, X Eleutherus des Grecs et des Romains. Ce fleuve, dont les rives sont bordées de belles touffes de lauriers-roses, est alimenté pard abondantes sources qui jaillissent du Djebel-Akkar, à l’est et au sud, et au nord des monts Ansariehs, séjour de la population singulière ainsi appelée. Héritiers de quelques rites des anciens Ghananéens, les Ansariehs y mêlent différentes pratiques empruntées par eux aux chrétiens, aux musulmans et aux juifs. Ali est leur dieu, et ils le confondent avec Allah. Ils pratiquent la circoncision, maudissent toutes les autres sectes opposées à la leur, ont des signes mystérieux et clés mots de passe, et croient à la métempsycose. Leurs femmes ne reçoivent systématiquement aucune instruction religieuse. Ils sont

PHÉNICIE

divisés eux-mêmes en quatre rites et, d’après quelques auteurs, adorent le soleil et la lune. A leurs yeux, chaque étoile est l’âme d’un élu.

Pour en revenir à Y EleutJierus, il borne au nord la chaîne du Liban, et la vallée qu il sillonne

K AL AT MOüSEILIHA.

ùlail jadis l’une des principales routes qui conduisaient de la côte dans la Ccelésyrie. C’est ce que la Bible appelle Entrée cle Hamath.

A douze kilomètres plus au sud, après avoir traversé le Nahr el-Akkar, on rencontre sur les bords septentrionaux d un autre petit fleuve nommé Nabr el-Arka, et à six kilomètres du rivage, les ruines d’Arka. C’était jadis une ville importante et l’une des plus anciennes cités phéniciennes. Elle était le

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