‹ La terre sainteChapitre 23 sur 128 · TRIPOLI (TRIPOLI S · texte numérisé non relu

TRIPOLI (TRIPOLI S

granit gris, avaient été pareillement encastrés clans le corps de la maçonnerie, comme autant de pièces de soutènement.

La Marine où nous arrivons bientôt est appelée par les Arabes El-Mina (le Port). Ce quartier, qui sert de faubourg maritime à Tripoli, s’est beaucoup agrandi depuis quelques années. Il renferme de nombreux magasins, un vaste khan, des églises, des mosquées, un couvent de Pères Franciscains, plusieurs écoles primaires et une population de musulmans, de Grecs schismatiques et de quelques Latins, dont le chiffre total peut être évalué à 6,000 habitants. La plupart d’entre eux sont charpentiers ou marins. Les derniers font le cabotage ou sont pêcheurs. Les poissons et les éponges abondent sur ces parages.

Le port est protégé vers le nord-ouest par une ligne de récifs qui s étendent au loin en mer, en s’ arrondissant ; peut-être autrefois étaient-ils reliés entre eux par des digues depuis longtemps détruites. Plus au nord encore, quelques îlots, maintenant déserts, étaient jadis habités par des pêcheurs; l’un d’entre eux, appelé Billam, renferme des vestiges d anciennes petites maisons, des grottes et des citernes.

La ville de Tripoli couvrait autrefois la péninsule entière, dont le quartier de la Marine n occupe plus maintenant qu’une partie. Sur l’emplacement où elle s’élevait, on exhume sans cesse, lorsqu on creuse tant soit peu le sol, de belles pierres de taille et des colonnes de marbre ou de granit qui attestent son ancienne magnificence. Les débris d’un mur cl enceinte très-épais sont çà et là reconnaissables du côté de l’est. La moderne Tripoli, la Trablous des Arabes, est éloignée d environ trois kilomètres vers l’ est-sud-est de l’ancienne cité. Elle s est formée peu à peu et agrandie non loin du château fondé par Raymond, comte de Toulouse, dans les premières années du douzième siècle. On s y rend de la Marine par une belle route, où l’on a établi depuis quelques années une ligne de tramways. Gette route est bordée de fertiles jardins bien arrosés et plantés de grenadiers, de figuiers, d orangers, de citronniers, d’abricotiers, et surtout de mûriers et d’oliviers, au milieu desquels s’élèvent par intervalles d’élégants palmiers. Des cannes à sucre y croissent aussi. Cette plante était au onzième siècle cultivée sur une grande échelle dans ces mêmes jardins; un passage d Albert d Aix (liv. A, ch. xxxvi i) nous apprend que les Croisés, traversant le territoire de Tupoli au mois de mai de l’année 1099, sans attaquer cette ville, dont 1 émir avait acheté leur amitié par de riches présents, respectèrent les vergers et les vignobles des habitants, loutcfois, ils ne purent s abstenu de touchei a une plante étrangère à l’Europe, et qu’ils ne connurent qu’à leur entrée dans la Syrie. C’était la canne à sucre, qui croissait en cet endroit avec abondance, et dont ils suçaient la tige avec avidité. Ils avaient déjà rencontré cette plante dans les alentours d Albara, de Marrah et d Arka, et elle leur avait été d un grand secours au milieu de la cruelle disette qu ils avaient éprouvée en assiégeant ces places. D après l’opinion commune, la canne à sucre est originaire des Indes; elle se serait ensuite avancée veis les régions occidentales de l’Asie. Les Croisés, l’ayant trouvée prospérant très-bien sur les deux versants du Liban et dans la vallée du Jourdain, la transportèrent en Europe, où elle put s’acclimater en Sicile, en Italie et en Espagne. De là, franchissant l’Océan, elle se répandit en Amérique, et contribua singulièrement à enrichir le nouveau monde.

La ville de Tripoli est mieux construite et un peu mieux entretenue que beaucoup d’autres villes musulmanes. Ses rues sont généralement bordées de trottoirs; de nombreuses fontaines, soit publiques, soit privées, fournissent amplement de l’eau à tous les besoins des habitants; elles sont alimentées, non par le INahr Kadicha, qui traverse la cité et que l’on passe sur deux ponts, mais par un canal dérivé de l’Aïn-Zgharta. Plusieurs bazars, les uns couverts par de simples nattes, les autres par des toiles,

PHÉNICIE

d’autres enfin formant de longues galeries voûtées en pierre, avec des regards pour les éclairer de distance en distance, sont abondamment pourvus non-seulement des principales choses nécessaires à la vie, mais encore d’une foule d’objets de luxe, notamment d’élégantes soieries et de riches brocarts. Différents khans assez vastes y servent de dépôts pour les marchandises. A l’entrée de l’un de ces établissements, on remarque une belle chaîne en pierre habilement façonnée dans un même et unique bloc taillé avec art. Quelques mosquées passent pour avoir succédé à d’anciennes églises chrétiennes. La plus grande, ou Djama el-Kebir, m’avait été désignée comme ayant remplacé la cathé¬

drale de Saint-Jean-Baptiste; mais, après l’avoir visitée avec soin, je n’y ai reconnu aucun des caractères des basiliques des Croisés. Je la / crois donc d’origine purement musulmane; telle est aussi l’opinion des gardiens de cet édifice sacré, que j’ai consultés à ce sujet. Au-dessus de la porte d’entrée d’un bain public on lit les mots S AN CT VS ÏACOBVS, et, au delà de cette première porte, une seconde est ornée dans sa partie supérieure d’un agneau sculpté, surmonté d une croix et accompagné de deux rosaces avec ces mots : ECCE AGNVS DEI. C’était donc lu, jadis, une église consacrée à saint Jacques. Les musulmans forment, à eux seuls, les deux tiers de la population de la ville, évaluée à 1 7,000 habitants , sans y comprendre la Marine. Les Grecs schismatiques ont, de leur côté, plusieurs églises et des écoles. La paroisse latine est desservie par des religieux franciscains. Achevée depuis peu, elle a remplacé une ancienne église qui tombait en ruine, et a été bâtie en grande partie avec les fonds provenant d'un legs laissé par Mgr Sibour, évêque de Tripoli inpariilms, le frère et le coadjuteur de l'ancien archevêque de Paris, ainsi nommé. Les catholiques possèdent également à Tripoli un petit couvent de Pères Carmes et une mission de Lazaristes. Non loin de là s'élève le bel établissement des Sœurs de la Charité, fondé en 1803. Deux cent cinquante jeunes filles, appartenant à tous les cultes, fréquentent les classes comme externes pendant

Promontoire voisin de l emdocciiure dd fleuve Adonis

Page 1