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génoise. Le pèlerin Wilbrancl de Oldenborg, qui la visita un siècle après, vers 1211, la décrit dans les termes suivants (p. 107, édition Laurent) : « Hec est civitas parva , liabens lurrim quandam amplam et munitissimam , unicum sue defensionis solarium, in c/ua Sarraceni, cum ipsam avellere laborarenl , multos sudores sepius perdiderunt et expensas , qui tamen omnem munitionem ipsius civitatis destruxerunt. Portion liabet parvis navibus satis commodum, raro fréquentation . In ea dominatur quidam francigena, Gui do nomme, et est in ea sedes episcopalis, licet paupereula. »
lia grande tour, extrêmement fortifiée, dont il est question dans ce passage, et qui avait toujours résisté victorieusement aux efforts des musulmans qui voulaient la renverser, est évidemment le donjon de la citadelle. Si les Croisés l’ont reçue de leurs mains encore debout, ils ne l’ont donc pas bâtie eux-mêmes, mais seulement remaniée et réparée; par conséquent, les soubassements de ce puissant ouvrage doivent être regardés comme antiques; telle est, du moins, la conclusion qui me paraît ressortir des paroles de Wilbrand de Oldenborg.
En 1287, Burehard, en citant cette ville, nous apprend qu’elle avait encore un évêché; ce n’est que quelques années après qu’elle retomba sous le joug des musulmans. Ce religieux l’appelle Sibleth. D’autres écrivains latins la désignent sous le nom de Giblet ou Gibeleth. Il ne faut pas la confondre avec une autre Giblet, située plus au nord, la Gabala des anciens, le Gibellum Majus des Croisés. Aujourd’hui, Djebeil ne renferme plus qu’une très-faible population, évaluée à six cent trente âmes, et qui se décompose ainsi : cinq cents Maronites, cent vingt musulmans et une dizaine de Grecs schismatiques. Parmi les Maronites, un ancien élève des Lazaristes, nommé Pierre Chéhadé, a conçu le projet d’essayer de relever, pour sa part, sa ville natale, en y fondant une école où les premiers éléments des connaissances humaines, y compris le français à côté de l’arabe, sont enseignés à tous ceux qui suivent ses cours.
Tous les environs de Djebeil méritent d’être visités, car ils abondent en ruines. Je signalerai principalement le village de Belath, dont l’église, consacrée à saint Élie, a été bâtie en partie avec des matériaux antiques, et a succédé à un temple païen érigé en l’honneur de Jupiter très-grand, comme le prouve un fragment d inscription grecque; le hameau de Kassouba, situé sur une colline dont le sommet était couronné par un autre temple qui malheureusement a été détruit depuis une quarantaine d’années; au pied de cette colline, vers le nord, dans un ravin et sur le flanc d’un monticule opposé, de nombreux tombeaux creusés dans le roc et affectant différentes formes; l’église du village de Haboub, qui a été construite dans la colla d’un temple; enfin celle d’Eddeh, qui a succédé, elle aussi, à un autre temple dédié probablement a Adonis, dont 1 un des surnoms, Abobas, se trouve dans une inscription giecque gravée sur le linteau de la porte de ce sanctuaire, linteau qui est maintenant au Louvre et où est sculpté un globe ailé entre deux urœus.
On voit par là que les alentours de Byblos, de même que la ville, étaient parsemés de nombreux temples, et que c’était pour les païens une cité sainte environnée de sanctuaires. Elle s’appelait ellemême ainsi sur ses monnaies. Sa divinité principale était Adonis, qui pour elle était son dieu suprême, son Jupiter très-grand et en même temps son Osiris. Au culte de ce dieu était associé, comme nous l’avons déjà dit, celui de Vénus ou cl’Astarté. Mais il est temps maintenant de poursuivre notre route vers Beyrouth. A six kilomètres au sud de Djebeil, le village de Halat a un petit port.
A deux kilomètres plus loin est l’embouchure du Nahr Ibrahim, le fleuve Adonis des anciens. On le franchit sur un pont de deux arches. Des bouquets d’arbres, des roseaux gigantesques et de hautes herbes font de cet endroit un site délicieux. Le fleuve ne se rend pas directement à la côte; mais, à cause des obstacles que lui opposent les dunes du rivage, il serpente quelque temps vers le sud, avant
DE DJEBEIL (BYBLOS) A BEYROUTH
de se perdre dans la mer. Ses eaux sont fraîches, abondantes et limpides. On connaît la tradition en vertu de laquelle elles rougissaient à une certaine époque de l’année, en se teignant du sang d’ Adonis. L explication naturelle de ce fait, prétendu merveilleux, a été déjà donnée par l’auteur du traité sur la Déesse syrienne ; elle se trouve, comme je l’ai dit ailleurs, dans la couleur rougeâtre des terres que les grandes pluies entraînent dans le fleuve, et qui communiquent alors à ses eaux une sorte de teinte empourprée, que les adorateurs d’ Adonis attribuaient au sang qui s’échappait avec force des blessures de leur dieu, le jour anniversaire de sa mort.
A quatre kilomètres plus au sud, on franchit un passage étroit pratiqué dans le roc à travers un petit promontoire, près d’un endroit appelé El-Akhibeh.
En continuant à s’avancer dans la même direction, on laisse à sa gauche le village d’El-Baouar et 1 importante source de El-Mahouz, renfermée dans une sorte de large puits antique creusé dans le roc, et où 1 on descend par un escalier; puis bientôt on arrive à Bcrdja, village qui entoure un petit port. Les habitants en sont presque tous caboteurs ou pêcheurs. Les tombeaux excavés dans le roc abondent autour de cette localité, qui a certainement succédé à une petite ville antique. Plusieurs critiques, et entre autres le Père Bourquenoud, ont soutenu que Bcrdja représentait l’ancienne Palæbyblos. Nous savons, en effet, par les anciens, que cette ville était au sud du fleuve Adonis.
Nous lisons dans Strabon (p. 756) :
«Après Byblos, sont le fleuve Adonis, la montagne Climax et Palæbyblos, ensuite le fleuve Lycos et Béryte. »
Pline, cl’autre part, remontant la côte du sud au nord, au lieu de la descendre comme Strabon du nord au sud, s’exprime ainsi (. Histoire naturelle, liv. Y, ch. xxvn) :
« F lumen Lycos : Palæbyblos ; flumen Adonis. »
D’après ce dernier texte, on pourrait hésiter sur l’emplacement que l’on doit assigner à Palæbyblos, et être autorisé à la placer à Berdja; mais, comme l’a fait remarquer très-justement M. Renan, le texte de Strabon est beaucoup plus précis et ne permet guère une pareille identification.
En effet, après le fleuve Adonis, il mentionne au sud la montagne appelée Climax ou l’Échelle. Or cette montagne doit être, non le petit promontoire que j’ai signalé près de l’endroit nommé El-Akhibeh, mais bien le promontoire beaucoup plus important qui est situé au sud de Berdja et qui contourne la partie septentrionale de la magnifique baie de Djouni. Ce promontoire, en effet, est non plus un simple monticule, mais l’extrémité d’une véritable montagne qui s’avance au loin dans la mer, et à la pointe de laquelle une voie, en forme d’escalier ou d’échelle, a été creusée dès la plus haute antiquité probablement; là où le roc manquait, des degrés en pierre, actuellement désunis, avaient été ménagés. C’est donc au sud de ce promontoire qu’il faut chercher la Palæbyblos de Strabon.
Après l’avoir franchi, on laisse à sa gauche les restes d’un pont antique sur le Nahr Mamilteïn ou Fleuve des deux districts. Ce pont consiste en une grande arche cintrée, dont les pierres de taille, à l’est et à l’ouest, sont dorées depuis des siècles par les rayons du soleil levant et du soleil couchant, et ont contracté à la longue cette belle teinte rougeâtre qui charme tous les regards et communique aux ruines, dans les pays où le soleil règne en souverain, un cachet tout particulier. La baie de Djouni, qui s’arrondit actuellement devant nous, peut avoir trois kilomètres de développement du nord au sud et deux de profondeur dans les terres de l’ouest à l’est. De ce dernier côté, elle est dominée par de gracieuses et verdoyantes collines couvertes de villages, de couvents et d’admirables plantations. C’est dans cette baie que les Anglais et les Autrichiens, sous les ordres des amiraux Stopford et Bandiera, débarquèrent vers la mi-juin 1840, pour commencer leurs opérations contre les troupes