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DISTRICT DE BEC II ARREII

On remarque près du monastère un gros rocher, taille verticalement par la main de l’homme comme une sorte de colonne, en souvenir de celle qui ailleurs fut jadis habitée par saint Simeon Stylite.

De ce couvent, qui occupe le sommet d’un plateau élevé, on descend par une pente rapide et glis¬

sante au village d’El-Arbi; et de là, après une marche pénible et très-accidentée, on atteint bientôt 1 entrée du désert le plus austère que l’on puisse imaginer. Deux, rochers parallèles apparaissent devant vous comme les pieds-droits d’une porte; ils sont reliés l’un à l’autre par une arcade en pierre que surmonte une croix. C’est le seuil du grand monastère de Ivossheya. Rien d’imposant comme ce vestibule étroit où quelques hommes pourraient barrer le passage à toute une armée, et dont l’aspect sévère

LIBAN

frappe singulièrement les regards et l'imagination. D’un cote , la montagne dresse, à gauche ses flancs escarpés et hérissés de broussailles, et de l’autre, à droite, mugit au fond d un ravin le Nalrr Koss beya, qui a donné son nom au couvent et qui est l’une des deux branches du Nahi Kadtcha, et e qui commence près de Ehden, la seconde, qui est de beaucoup la plus importante, ayant pour point de départ, plus au sud-est, les environs de Becharreh. Ce ravin, dans sa paitie la plus basse, est tics profondément encaisse; mais néanmoins, grâce à la patience et à l’industrie merveilleuse des religieux du monastère, partout où le sol, au moyen de terrasses multipliées, a pu être retenu sur des pentes presque abruptes, on a planté des vignes et des mûriers, et l’on cultive des légumes ; en même temps, l’eau, par une foule de petits canaux, circule, à différents niveaux, bien au-dessus du lit du torrent, en provenant de sources supérieures. Après avoir cheminé pendant trois quarts d heure le long de ce ravin, on arrive enfin au couvent de lxosshcya, autrement dit de Saint-Antoine. Construit sur une étroite plate-forme au-dessus du Nahr, il renferme plusieurs galeries superposées et un assez grand nombre de cellules. Lachapelle, dont 1a façade a été rebâtie depuis quelques années, est aux trois quarts creusée dans le roc. 11 contient actuellement quatre-vingts religieux, soit prêtres, soit simples frères. Une imprimerie prouve que dans ce monastère les travaux de l’intelligence se mêlent a ceux des mains. Les cellules sont de la plus grande simplicité, pour ne pas dire do la plus grande pauvreté. Une planche avec une couverture pour lit, une cruche, quelques autres ustensiles et une croix, voila tout l'ameublement des religieux. De l'eau et des légumes composent leur nourriture. On prétend que saint Antoine est venu lui-même de l’Égypte dans ce désert pour fonder ce monastère. Une grotte qui porte son nom près des bâtiments, et qui fut, dit-on, habitée par le saint fondateur, sert de cellule aux aliénés que l’on amène au couvent pour les guérir, et que l’on soumet dans ce but, suivant la méthode usitée par la plupart des Orientaux, soit musulmans, soit chrétiens, à des traitements rigoureux et souvent même inhumains. De nombreux pèlerins viennent chaque année visiter cet ancien monastère, qui a conservé fidèlement, tout restauré qu’il a été, son cachet primitif. Les siècles se sont écoulés, sans qu’il ait notablement changé de forme et de régime. Rien n’y manque de ce qui peut rappeler les premiers siècles de l’Église; car, outre ses moines enchaînés sous le même toit aux mêmes règles de la vie commune, il a ses anachorètes isolés et vivant comme des ermites sous le regard de Dieu dans de petites cabanes distinctes, situées au delà du torrent.

Du monastère de Kossheya à Ehden, il faut une heure et demie de marche par des chemins très-

difficiles, dans la direction de l’est.

Ce grand village, ou plutôt cette petite ville , s’élève sur un plateau à quatorze cent quarantecinq mètres au-dessus de la mer. On y compte six mille habitants pendant l’été; mais pendant l’hiver, à causa de la grande abondance de neige cpii tombe en cet endroit et dont la hauteur dépasse souvent un mètre, ils sont contraints d’émigrer et de descendre vers Tripoli, laissant la ville à la garde d’un certain nombre d’entre eux, qui sont chargés de débarrasser les terrasses clés églises et des maisons de la neige qui les encombre, afin qu’elles ne s’écroulent pas. Un curé reste également pour veiller aux besoins spirituels de ceux qui demeurent. Ehden est d’ailleurs bâtie très-irrégulièrement. Çà et là de vieux et gigantesques noyers donnent de l’ombre aux habitants. Plusieurs chapelles, aux trois quarts renversées, passent pour fort anciennes; quelques-unes renferment encore quelques fragments d’inscriptions grecques de l’époque byzantine. Une grande église, sous le vocable de Saint-Georges, commencée il y a vingt-cinq ans, n’a été terminée qu’en 1881. Elle occupe une position isolée et dominante qui la fait remarquer de loin, et elle est considérée comme l’une des plus belles du Liban. Plusieurs autres paroisses sont disséminées à travers la ville. Elles sont desservies par vingt et un

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