S A I D A (SIDON
dont l’extrémité septentrionale est actuellement obstruée par des constructions modernes, s’ouvre une large baie, qui s’arrondit entre deux promontoires; elle était renfermée dans l’enceinte de la ville
antique, à laquelle elle servait de second port. Celui-ci était ouvert; les dunes qui le bordent vers l’est sont recouvertes d’un amas énorme de coquillages appartenant à l’espèce appelée murex trunculus, et d’où l’on extrayait la pourpre.
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Au nord-est du premier port ou port fermé, s'élève un ilôt qui semble avoir été rattaché jadis à la terre ferme par une chaussée, remplacée plus tard par un pont de neuf arches ogivales. On aperçoit sous les flots des blocs de grandes dimensions, qui ont appartenu probablement à la chaussée dont je parle ; celle-ci menait de la ville à un monument orné de colonnes, qui passe pour avoir été un temple, consacré peut-être à Melkarth, l’Hercule phénicien, et situé, du moins je le suppose, au milieu de l’ îlot en question. Au moyen âge, dans le cours de l’hiver de 1227 à 1228, les Croisés bâtirent sur cet îlot un fort qui se composait de deux tours reliées par un mur. Après avoir subi des réparations et des transformations successives, il porte encore maintenant la trace des boulets qu’il a reçus en 18 40, lors du bombardement de la ville par la flotte turque, anglaise et autrichienne, et il commence à tomber en ruine. On l’appelle Kalat el-Bahar (le Château de la mer). Les deux tours signalées par Guillaume de Tyr existent encore en partie. La plus considérable mesure vingt-sept mètres de long sur vingt-deux de large. Découronnée de son étage supérieur, elle renferme intérieurement, dans son soubassement, deux citernes revêtues d’un épais ciment. Ce soubassement a été construit avec des blocs de grandes dimensions, et dont beaucoup sont taillés en bossage. En outre, de nombreuses colonnes de granit gris sont engagées transversalement dans la maçonnerie. Ces colonnes autorisent à penser qu’en ce même endroit s’élevait jadis un temple dédié à quelque divinité maritime, probablement à Melkarth, comme je viens de le dire, et dont les débris auront été utilisés par les Croisés pour bâtir leur port. La seconde tour est mieux conservée; le soubassement en a été également construit avec de belles pierres antiques.
Quant à la muraille qui reliait les deux tours, elle a été remplacée par des bâtisses plus modernes, qui elles-mêmes sont en très-mauvais état.
A huit cents mètres au nord de cet ilôt, on en remarque deux autres, dont un très-petit, et l’autre beaucoup plus considérable. Celui-ci porte partout les traces du travail de l’homme. On y observe plusieurs petits bassins creusés dans le roc, les uns ayant pu servir de bains, les autres de salines, et un long mur rocheux, large de plusieurs mètres, et dont la hauteur varie entre trois et quatre mètres. Ce mur est muni vers l’ouest d’un fossé pratiqué dans le roc.
Au sud de la ville actuelle et dans la partie culminante de la colline, qui formait jadis l’acropole de la cité antique, s’élève le château dit Kalat el-Mezzeh, qui est connu vulgairement parmi les chrétiens sous le nom de château de Saint-Louis, parce qu’ils en attribuent la fondation à ce monarque. 11 n’offre rien de remarquable que le souvenir qu’il rappelle. A moitié démoli, il est situé sur un monticule qui domine de quarante-cinq mètres le port ouvert du sud. La tour dite de la Poudrière présente à sa base un certain nombre de blocs à bossages, mais de dimension moyenne; elle paraît avoir été renianiée par les musulmans.
A 1 époque des Croisades appartiennent pareillement plusieurs anciens magasins voûtés, qui sont aujourd’hui en contre-bas du payé actuel de la ville, et quelques mosquées qui ont été alors des églises. T, a plus grande, dite Djama cl-Kebir, passe pour avoir été dédiée à saint Jean-Baptiste. Restaurée il y a peu d années, elle est soutenue extérieurement par des contre-forts; sa longueur est de trente mètres et sa largeur de dix. Elle est précédée, vers le nord , d’un vestibule qu’orne une coupole et que surmonte un minaret. Au centre de ce vestibule est une fontaine destinée aux ablutions, et que décorent des colonnes antiques, dont les chapiteaux corinthiens sont malheureusement défigurés par une épaisse couche de chaux.
A une époque plus récente, et principalement à celle de Fakhr-cddin, il faut rapporter des bains publics, des khans et plusieurs belles maisons plus ou moins délabrées , dont quelques-unes gardent