SAÏDA (SIDON
encor, la trace de leur ancienne splendeur. Quant au palais où résidait cet émir, au sud de la grande mosquée, il a été détruit, et une partie de l'emplacement qu’il comprenait a été plus tard occupée par l’habitation, à moitié ruinée elle-même en ce moment, de Soliman-Pacha, l’ ex-colonel Selyes.
De diieis bilans fondés pal Fakhr-eddin, le plus beau et le mieux conservé est le khan franc. Comme tous les édifices de ce genre, il affecte la forme d’un vaste rectangle environné de galeries. Là habite le vice-consul de France , là est le couvent des Franciscains ; là aussi les Sœur» de Saint-Joseph ont leur orphelinat et leur pharmacie. Au centre de la cour est un bassin alimenté par une fontaine jaillissante, qu’ombragent des bananiers et un mélia. Dans ce même khan, M. Durighello, viceconsul de France, et le docteur Gaillardot ont réuni un certain nombre d’objets antiques, provenant de fouilles ou des achats de M. Renan pendant sa mission en Phénicie.
Le couvent des Franciscains ne se compose que de deux Pères et d’un Frère. Leur chapelle sert de paroisse aux Latins.
Les Sœurs de Saint-Joseph, au nombre de neuf, sont chargées à la fois d’un orphelinat, d’une école d externes fréquentée par cent trente élèves, et d’un dispensaire où se présentent chaque jour plus de quarante malades de toutes les religions. Là comme partout, avec de faibles ressources, ces excellentes religieuses font beaucoup de bien.
L’établissement des Jésuites est situé en dehors du khan, dans une autre partie de la ville. Ces religieux tiennent un externat de soixante petits garçons dirigés par un maître arabe, et, de plus , une école dite française, qui compte une quinzaine d’élèves. En outre, ils réunissent dans de fréquentes conférences tous les prêtres maronites ou grecs-unis des environs, pour traiter et développer devant eux les principaux dogmes de la religion, et, en complétant leur instruction , qui souvent est bien élémentaire, les rendre plus aptes à remplir dignement leur auguste ministère.
Les Maronites ont à Saïda une paroisse particulière.
Quant aux Grecs-unis, ils possèdent avec les Grecs schismatiques une même et unique église, qu’un mur de séparation divise en deux parties différentes.
La ville est environnée d’un mur d’enceinte qui n’est plus continu, étant percé de plusieurs brèches. Les maisons, principalement celles des Européens, Sont généralement mieux bâties que dans la plupart des villes de la Palestine. Les bazars sont assez bien pourvus. L’eau est amenée à Saïda par un aqueduc qui a son point de départ au Nahr el-Aouleh. Quelques portions de cet aqueduc, taillées dans le roc, sont probablement fort anciennes.
Quant à la nécropole antique, elle est située un peu au sud de l’Oued el-Barrhout, qui formait jadis, selon toute apparence, la limite méridionale de la cité. Cette nécropole occupe un vaste emplacement aujourd’hui parsemé d’oliviers, et sur le point culminant duquel on remarque un rocher taillé sur ses pans, dont l’intérieur a été autrefois excavé en grotte sépulcrale. Les indigènes la désignent vulgairement sous le nom de Merharet Tabloun ; quelques-uns, rectifiant cette prononciation vicieuse, l’appellent Merb aret-Abloun (grotte d’Apollon), sans doute parce qu’elle était jadis dédiée à cette divinité, ou à un dieu phénicien ayant du rapport avec l’Apollon des Grecs et des Romains. Précédée, vers le sud, d’un petit vestibule, elle était revêtue intérieurement d’un enduit peint, qui est presque entièrement tombé. Adroite, à gauche et au fond avaient été pratiquées de grandes niches cintrées, destinées à contenir des sarcophages, aujourd’hui brisés ou enlevés. C’est à côté et a l’est de cette caverne qu’a été découvert, le 20 février 1855, par un agent de M. Pérétié, alors chancelier du consulat de France à Beyrouth, le fameux tombeau d’Eclnnounasar , dont le duc de Luynes a fait l’ acquisition pour le donner au Louvre. Le sarcophage qui avait contenu la dépouille mortelle de
I» MÉNICIE.
ce roi avait été violé auparavant. Il fut trouvé à deux mètres de profondeur, et parait avoir été recouvert d’un édicule dont il ne subsiste plus que les arasements. Creusé dans une belle pierre noire qui imite le basalte et qui est de l’amphibolite, il est de forme égyptienne et semblable à une caisse de momie figurant un corps enveloppé jusqu’au cou d’épaisses bandelettes, et dont la tète sculptée avec sa large coiffure, sa barbe droite et nattée, et un riche collier, reste seule à découvert. Mais, au lieu d’être orné d’hiéroglyphes, ce sarcophage porte dans presque toute sa hauteur une inscription en vingt-deux lignes, écrite en caractères phéniciens gravés en creux. Une seconde inscription, en caractères plus beaux et plus réguliers, règne tout autour de la tête du mort et forme six lignes et demie. Cette nouvelle inscription n’est que la reproduction d’une partie du texte principal. Interprétées l’une et l’autre par les plus savants orientalistes de l’Europe, elles sont les mieux conservées que nous possédions dans la langue phénicienne, et outre qu’elles nous fournissent des détails inté-
SlTE DE SAnEPTA.
ressants sur l’un des rois de Sidon, elles ont fait faire un grand pas à l’étude de la langue dans laquelle elles sont écrites. Depuis cette précieuse découverte, de nombreuses fouilles ont été entreprises, de 1855 à 18(10, autour de la Merharet-Abloun , dans l’espérance d’exhumer quelque autre sarcophage royal analogue à celui d’Echmounasar , et muni également d’inscriptions phéniciennes; mais jusqu’à présent aucun autre de cette espèce n’a été découvert.
Arrivé en Phénicie en 18G0, M. Renan conçut immédiatement le projet de poursuivre ces fouilles sur une plus grande échelle, et il en confia la direction à M. le docteur Gaillardot, secondé par M. Durighello. Ces excavations ont mis à jour une centaine de caveaux funéraires, plus ou moins considérables, mais qui presque tous avaient été violés, et cela peut-être depuis de nombreux siècles. Un plan de cette nécropole, exécuté avec beaucoup de soin, a été levé par M. Renan, intitulé Mission clc Phénicie, ainsi que le journal détaillé des fouilles qui furent alors accomplies.
Résumons maintenant en peu de mots l’histoire de Saïda.
Saïda, en hébreu Tsidon, en grec 2ioc6v, en latin Sidon, est, après Tyr, la ville la plus célèbre de la Phénicie. Son nom signifie en hébreu pêcherie. Les poissons, en effet, abondent sur la côte où elle est située, et ses premiers habitants furent sans doute de simples pêcheurs.
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D’autres dérivent son nom et son origine de Sidon, le premier-né de Ghanaan; et les musulmans et les Juifs vénèrent encore, au milieu de l’un des jardins de la ville, la mémoire de Neby S.iïdoun dans un Vrnaly qui a peutôtre succédé à un ancien sanctuaire.
Si nous devons ajouter foi à Justin, cette ville serait antérieure en date à celle de Tyr, qui lui devait, dit-il, sa fondation .
A l’époque de l’arrivée des Hébreux dans la Terre promise, c’était une cité très-considérable , puisqu’elle est deux fois désignée dans le livre de Josué sous le nom de la grande Sidon. (Josué, ch. xi, f 8, et ch. xix, f 28.) Cette épithète de grande est généralement prise au sens absolu ; néanmoins, je dois faire observer que saint Jérôme, dans T Onomasticon, au mot G axa, l’entend dans un sens relatif, en opposant Sidon la grande à une autre ville du même nom, de moindre importance.
Sidon fut assignée à la tribu d’ Aser ; mais celle-ci ne put en subjuguer les habitants.
Dans les poèmes d’Homère, les Sidoniens sont renommés, du temps de la guerre de Troie, pour leur habileté dans les arts.
Un passage de la lettre envoyée par Salomon à Hiram, roi de Tyr, prouve que les Sidoniens étaient alors sous la dépendance de ce monarque , et qu’ils excellaient à tailler et à façonner le bois. (Rois, liv. III, ch. v, $ 6.)
Un autre verset de la Bible nous apprend que Salomon, séduit par des femmes étrangères, s’abandonna,
dans sa vieillesse, à l’idolâtrie, et adora Astarté, l’une des principales divinités des Sidoniens. {Rois, liv. III, ch. xi, il 5.)
Lorsque Salmanasar envahit la Phénicie, l’an 720 avant Jésus-Christ, Sidon se soumit à ce conquérant, et, avec d’autres villes de la côte, sépara sa cause de celle de Tyr.
De la domination des Assyriens, elle passa ensuite sous celle des Persans.
Sous Artaxerxès Ochus, l’an 351 avant Jésus-Christ, elle secoua leur joug. Les Sidouiens avaient alors pour roi Tennès; ils se liguèrent avec Nectanébo, roi d’Égypte, lequel envoya à leur secours quatre mille mercenaires grecs, commandés par Mentor de Rhodes. Avec ses forces, réunies à celles des Sidoniens, ce général attaqua l’armée persane, la vainquit et la repoussa hors de la Phénicie. Ochus rassembla aussitôt une nouvelle armée de trois cent mille fantassins et trente mille cavaliers, et marcha contre la Phénicie. A la nouvelle de son approche, Mentor envoya secrètement un de ses officiers traiter avec Ochus de sa défection. Tennès conçut également le projet honteux de trahir ses propres sujets. Ceux-ci avaient mis le feu à leurs vaisseaux, pour s’enlever à eux-mêmes tout moyen de s’enfuir par mer et pour résister plus courageusement à l’ennemi. Pourvus de vivres et de munitions de guerre, protégés par de très-hautes murailles et par des fossés profonds, ils se croyaient invincibles. Mais leur roi Tennès, s’étant rendu auprès du monarque persan, qui commençait à attaquer la place, lui livra six cents des principaux Sidoniens, qui furent mis à mort, et bientôt après il lui ouvrit, de concert avec Mentor, les portes de la ville. Les habitants se voyant trahis par ceux-là mêmes qui étaient à leur tête, et comprenant que toute résistance était désormais impossible, se renfermèrent dans leurs maisons avec leurs femmes et leurs enfants, et y mirent le feu. Plus de quarante mille personnes périrent ainsi dans les flammes. Le roi Tennès ne fut point épargné par le vainqueur, il expia par la mort son infâme trahison.
D’après la conjecture de M. l’abbé Bargès, ce roi ne serait autre que le père d’Echmounasar, dont le tombeau a été retrouvé de nos jours, et qui avait pour père Tabnith ou Tebnith, nom phénicien que ce docte orientaliste prétend avoir été changé par les Grecs en celui de Tennès. Mais d’autres savants font remonter le régné et le tombeau d’Echmounasar à une époque plus reculée.
Quoi qu'il en soit, Sidon s’était relevée de scs ruines, lorsque Alexandre, en 342, vint attaquer Tyr ’ dlc lm OUTrit ** P°rtes«t même dan# le siège de cette ville. Quand Tyr eut succombé, elle se ressouvint de sa parenté avec cette malheureuse cité et sauva un grand nombre de ses habitants en les dérobant à la fureur du vainqueur.
Après la mort d’Alexandre, elle atteignit de nouveau un haut degré de force et d’importance, car Antiochus III, dans sa guerre contre Ptolémée Philopator, campa devant ses murs, sans oser l’attaquer, a cause du nombre de ses habitants, tant natifs qu’étrangers.
A l’époque romaine, les Sidoniens formaient une sorte de république composée d’archontes, d'un sénat et du peuple.
Auguste les priva ensuite de leur autonomie, après son arrivée en Orient.
Le Nouveau Testament nous apprend que Notre-Seigneur visita Tyr et Sidon.
Saint Paul, se rendant de Césarée à Rome, s’arrêta d’abord à Sidon, ouïe centurion Julius, chargé de sa garde, lui permit de visiter ses amis.
Ilest probable que, dès les premiers temps de l’établissement du christianisme à Sidon, cette ville devint le siège d’un évêché. A l'époque des Croisades, la première année des chrétiens passa devant les murs de Sidon, en se rendant le long de la côte à Jaffa. Le gouverneur qui
y commandait voulut s’opposer à sa marche; mais ses troupes furent bientôt refoulées dans la place.
En 1107, les Sidoniens, se voyant menacés par les Latins, achetèrent la paix à prix d'argent.