DE SAÏDA A SOU R (T Y R
nos jours entièrement rasée. Quelques critiques, et peut-être avec raison, placent en cet endroit Ornithopolis, que d autres, au contraire, comme nous le verrons plus bas, identifient avec les ruines d’Adloun.
En continuant à côtoyer la mer vers le sud, nous rencontrons, trois kilomètres et demi plus loin, d autres ruines à El-Kanthara. Il y a là un khan arabe et quelques vergers plantés de figuiers, de
mûriers et de vignes, qu’environne une ceinture de tamaris.
Une source qui dérive peut-être de Tell el-Bourak y est recueillie dans un réservoir construit avec de beaux blocs antiques.
Vis-à-vis de ces jardins s’arrondit une baie, que borne et domine au sud un petit promontoire, v allée du léontès, près de la côte. appelé Ras el-Kanthara. Il doit son nom aux
arcades de l’aqueduc, actuellement détruit, qui lui amenait jadis, ainsi qu’à la ville de Sarepta, les eaux de Tell el-Bourak. La surface de ce promontoire est tout entière couverte de matériaux pêle-mêle entassés, et provenant d’anciennes constructions démolies. Un mur d’enceinte l’entourait.
Au sud du Rus el-Kanthara, le rivage décrit une nouvelle baie, et les ruines se montrent trèsnombreuses, mais indistinctes. Des excavations ont été pratiquées de toutes parts, pour arracher les pierres mêmes des fondations. Plus au sud encore, et à un kilomètre de la baie précédente, on en observe une troisième, autour de laquelle des débris d’anciennes bâtisses sont visibles. Un peu au delà de cette dernière est un oualy dédié à El-Khadher, nom par lequel les musulmans désignent Élie,
et qui a remplacé, très-probablement, un sanctuaire chrétien érigé en l’honneur de ce prophète.
La ville antique qui s’élevait le long de cette plage et de ces trois petites baies pouvait avoir dixhuit cents mètres de développement du nord au sud, mais elle était fort peu large. Scs ruines sont connues aujourd’hui sous le nom de Kharbet-Sarfend. On les identifie d’une manière incontestable avec celles de la ville de Sarepta, en hébreu Tsarphah et Tsarephath, en grec ly.otrr.a. et Sàpairca, en latin Sarepta, Sarephta et Sarephtha. Cette ville est surtout célèbre par le séjour qu’y fit le prophète Elie, dans la maison d’une pauvre veuve, dont il multiplia miraculeusement la farine et l’huile, et dont il ressuscita ensuite l’enfant, en reconnaissance de l’hospitalité qu’elle lui avait donnée. {Rois, liv. III, ch. xvn.)
A l’époque des Croisades, Sarepta devint un évêché dépendant de l’archevêché de Sidon. Une petite chapelle y avait été bâtie à l’endroit même où Élie avait habité et ressuscité le fils de la veuve.
Le moine Phocas, vers 1185, parle d’une forteresse qui avait été construite à Sarepta, sur le bord de la mer; elle devait occuper le monticule qui forme le Ras el-Kanthara.
Burchard, un siècle plus tard, nous apprend que Sarepta comptait à peine, de son temps, huit habitations; mais ses ruines attestaient son ancienne splendeur.
A sept kilomètres au sud de l’emplacement de Sarepta, après avoir traversé, au delà de l’Oued Khaizaran, les débris confus d’une bourgade, connue sous le même nom que ce petit cours d’eau, on parvient aux ruines d’Adloun. La petite ville dont elles sont les restes formait, près du rivage, une longue rue, dont les habitations et les édifices sont presque anéantis. Il n’en subsiste plus que des tas informes de menus matériaux, la plupart des pierres tant soit peu considérables ayant été transportées ailleurs. Des citernes pratiquées dans le roc, et une source recueillie dans un puits peu profond, fournissaient de l’eau à ses habitants. Deux petites criques lui servaient de port. Quant à la nécropole d’Adloun, elle se compose de très-nombreuses grottes sépulcrales, creusées à différentes hauteurs, sur les flancs d une chaîne de collines rocheuses, qui s’élèvent et s’allongent à neuf cents mètres à l’est du rivage, et qui ont été primitivement exploitées comme carrières. Presque toutes précédées d’un petit vestibule, dont 1 entrée est soit rectangulaire, soit cintrée , ces grottes ne contiennent d’ordinaire qu’une seule chambre, renfermant trois auges funéraires évidées dans l’épaisseur du roc, et surmontées chacune d’un arcosolium. Pour quelques-uns, le vestibule, au lieu de se trouver sur un même plan horizontal, domine verticalement la chambre proprement dite, dans laquelle on descend par ce passage, et qui elle-même ensuite s’enfonce horizontalement dans le rocher. Au-dessus de la porte de plusieurs d’entre elles, des croix carrées ont été gravées à l’époque chrétienne, et l’on distingue encore des fragments d’inscriptions grecques.
M. de Bertou a signalé au milieu de cette nécropole une stèle égyptienne qui représente, dit-il, un conquérant faisant au dieu Phtha une offrande de prisonniers. Mais ces personnages sont tellement effacés, qu’il faut, à ce qu’il paraît, des conditions toutes particulières de lumière pour en apercevoir quelques linéaments. Pour moi, je l’avoue, je n’ai rien pu distinguer sur cette stèle.
Beaucoup de critiques, et à leur tête M. de Saulcy, identifient Adloun avec la Mutalio ad nonum de l’Itinéraire de Bordeaux. Mais une difficulté très-sérieuse se présente ici. Entre Saïda et Adloun, il y a non pas neuf milles romains d’intervalle, mais bien quatorze milles au moins. La Mutatio ad nonum ne peut donc pas s identifier avec Adloun, si 1 on admet que les mots ad nonum signifient au neuvième milliaire de Saïda. Cette distance de neuf milles à partir de Saïda pour la Mutatio ad nonum nous mène plutôt aux ruines de Sarfend. D’un autre côté, si l’on place la Mutatio ad nonum aux ruines de Sarfend , la distance de douze milles entre ce relais et Tyr est trop faible de cinq milles envi-
DE S AIDA A SOUK (T Y il).
ron. Pour résoudre cette difficulté, je restitue de la manière suivante le texte de l'Itinéraire
Sarepta . ^
Mutatio ad nonum . j j j I
Civitas Tyro . ^
Mats, me dira-t-on, si vous laissez la Mutatio ad nonum à Adloun, comment interprétez-vous cette dénomination?
Vote, ma réponse : On s’accorde généralement, je l’avoue, à regarder lemot arabe Adloun comme une alteration du mot latin ad nonum; mais ne pourrait-on pas, au contraire, penser que la dénomination latine était elle-même une corruption d’une ancienne dénomination phénicienne, et que le mot arabe Adloun, au lieu de dériver des mots latins ad nonum, dériverait plutôt de cette appellation phénicienne, qu'il reproduirait plus ou moins fidèlement? La chose me paraît très-probable, par suite de la tendance des Arabes, une fois devenus maîtres de la Palestine et de la Syrie, à faire revivre les noms primitifs des localités qu’ils avaient soumises, à la place des noms grecs ou latins que la conquête leur avait imposes sous la domination des Séleucides et des Romains. Q uoi qu’il en soit, il est question d’ Adloun dans la Géographie d’Edrisi, qui nous apprend que de son temps, c’est-à-dire vers le milieu du douzième siècle, il y avait en ce lieu un fort construit auprès de la mer.
A l’époque des Croisades, c’était la seigneurie d’Adelon. Ces deux noms prouvent que le mot Adloun était déjà usité alors.
Il est question dans Scylax, dans Strabon et dans Pline, d’une ville d’Ornithonpolis, située entre Sidon et Tyr. On hésite sur l’emplacement que l’on doit assigner à cette ville. Les uns la reconnaissent, comme nous l’avons dit plus haut, dans Tell el-Bourak, en se fondant sur le texte de Pline, qui la signale entre Sidon et Sarepta; d’autres inclinent à l’identifier avec Adloun, par suite surtout de la découverte faite en cet endroit, par M. Rey, d’un petit monument, transporté par lui à Saida, et ensuite rapporté à Pans par M. Renan. Ce monument, qui est au Louvre, représente un oiseau en cage. Une pareille image ayant été trouvée au milieu des ruines d’ Adloun, près de l’emplacement d une des portes de la ville, semble renfermer une allusion au nom que donnaient à cette localité les Grecs et les Romains.
A huit kilomètres au sud d’ Adloun, après avoir traversé les ruines dites Kharbet-Abou el-Asouad puis celles de Khan el-Yehoudieh, on franchit sur un pont moderne de deux arches le Nahr el-Kasmieh. Ce fleuve a, en cet endroit, une largeur d’au moins quarante mètres. Il est bordé de lauriers-roses, d agnus-castus, et d’autres arbustes. C’est l’un des plus considérables delà Palestine après le Jourdain. Appelé par les Arabes Nahr el-Kasmieh (fleuve de la Séparation), du moins dans la partie qui avoisine la mer, il devait jadis séparer le territoire de Tyr de celui de Sidon, et peut-être est-ce pour cela qu’il porte encore aujourd’hui une semblable dénomination. Dans la partie supérieure de son cours, il est désigné sous celle de Nahr el-Lithany. Aboulfeda l’appelle Litheh, et Edrisi Lantheh .
Le docte Reland a, le premier, supposé que cette appellation arabe était une corruption pour Léontès, et la conjecture de ce célèbre géographe de la Terre sainte a été depuis adoptée par la plupart des critiques. Toutefois, M. Poulain de Bossay a essayé de la renverser, en s’appuyant sur le témoignage de Ptolémée, qui signale effectivement l’embouchure du fleuve du Lion entre Berytus et Sidon et par conséquent autorise à identifier ce fleuve avec le Nahr ed-Damour. D’un autre côté, ne retrouvet-on pas dans le nom de Lantheh, donné par Edrisi, au douzième siècle, au Nahr el-Lithany de nos