SOUR (TYR
L enceinte actuelle de la moderne Tyr, qui n’occupe plus qu’une faible partie de la presqu’île qu’elle remplissait autrefois, date seulement de l’année 1766; mais elle est elle- même en partie renversée, et de nombreuses brèches permettent de pénétrer dans la petite ville qu’elle entoure, autrement que par 1 unique porte encore debout qui y donne accès vers l’est. Sa population ne dépasse pas quatre mille cent quatre-vingt-cinq habitants, qui fce décomposent ainsi : soixante-dix Latins, deux cents Maronites, douze cents Grecs-unis, deux cents Grecs schismatiques, deux mille cinq cents Métoualis, et quinze musulmans.
Les Pères de Terre-Sainte y ont un couvent, fondé depuis peu d’années, avec une école pour les garçons, et une chapelle que fréquentent les Latins.
Les Maronites y possèdent une église. Il en est de même des Grecs-unis, qui sont sous la juridiction d un évêque résidant parmi eux. Une autre église appartient aux Grecs schismatiques. Les Métoualis ont une mosquée.
Une école de petites filles, dirigée par des Sœurs du Sacré-Cœur indigènes, y réunit deux ccnt. cinquante enfants, catholiques, schismatiques et même musulmanes ou de la secte des Métoualis.
Le commerce de cette ville, jadis si étendu et si florissant, est depuis longtemps presque nul; il se réduit à un peu de coton, de tabac et d éponges, et à quelques meules. Ses matelots, qui sillonnaient toutes les mers , ne connaissent plus guère que des parages peu distants , et les nombreux navires dans lesquels elle mettait toute sa gloire et qui portaient fièrement son pavillon jusqu’aux confins du monde alors connu, se bornent aujourd’hui à quelques barques de pêcheurs et de petits caboteurs. La prédiction des prophètes est donc accomplie sur Tyr, et cette opulente cité n’est plus que l’ombre d elle-même : ses deux ports sont en partie comblés; ses vastes rades, surtout celle du sud, ne sont plus protégées, comme elles 1 étaient, par de puissantes digues, actuellement submergées. Les deux tiers au moins de 1 emplacement quelle couvrait sont maintenant envahis par la solitude, par des cimetières, par des jardins et par des décombres informes , au milieu desquels les archéologues ou les chercheurs de trésors , de colonnes ou de simples pierres ont pratiqué et pratiquent encore de continuelles excavations, les uns pour y scruter le secret du passé, les autres dans un but lucratif, pour en extraire de petits objets de curiosité ou des matériaux à vendre. Ses deux colonies les plus célèbres, Utique et Carthage, l’antique rivale de Rome, ont également disparu de la scène et ne sont plus que des souvenirs.
Entrons maintenant dans quelques détails plus précis.
La digue qui, vers le nord et vers lest, délimite, quoique aux trois quarts renversée, le port septentrional de la ville, était jadis précédée d’une autre digue actuellement sous-marine, et qui donnait ainsi à ce port une plus grande étendue qu’il ne l’a eue depuis, quand il a été resserré dans 1 enceinte actuelle. Beaucoup de colonnes gisent couchées dans les flots entre ces deux digues. Ce port, appelé autrefois port sidonien, parce qu’il regardait Sidon, et que l’on fermait au moyen d’une