SOUR (TYR
chaîne tendue entre deux tours dont les soubassements sont encore visibles, est aujourd’hui en grande partie ensablé, et un certain nombre de maisons et de magasins occupaient en outre, du côté de la terre ferme, une portion assez notable du bassin antique comblé en cet endroit.
Les petits îlots situés au nord de ce port abritent un peu la vaste rade qui le précède contre les vents d’ouest. Le plus considérable de ces îlots portait jadis le nom de Tombeau de Rhodope. Il est en partie plat; sa surface, tailladée et rugueuse, ne m’a offert les traces d’aucune construction, mais on voit que sur certains points elle a été exploitée comme carrière, et les gros blocs que l’on a extraits ont dû être projetés dans les flots vers l’ouest, car de ce côté on distingue sous l’eau les vestiges d’une digue submergée qui reliait sans doute cet îlot à celui qui l’avoisine vers le sud. Quand cette digue était debout, elle protégeait davantage la rade contre les vents d’ouest.
Le long des rochers plats qui bordent les contours occidentaux de la presqu’île tyrienne, rochers qui sont battus et recouverts par les vagues lorsque la mer est tant soit peu houleuse, et qui ne sont à sec que lorsqu’elle est tout à fait calme, on aperçoit sous l’eau, en différents endroits, les restes d un mur épais, que l’on pourrait confondre avec une ligne de récifs sous-marins, mais qui est bien réellement dû au travail de l’homme. Ce mur avait eu pour but de conquérir sur la mer tout l’espace occupé par ces rochers, en les rendant insubmersibles, et d’agrandir d’autant le périmètre de la ville de ce côté.
Guillaume de Tyr, en nous racontant le siège et la prise de cette ville par les Croisés en 1124, nous apprend qu’elle était défendue, du côté de la mer, par un double mur flanqué de tours, et, du côté de la terre, c’est-à-dire vers l’est, par une triple enceinte que protégeaient des tours à la fois trèsélevées et très-rapprochées les unes des autres.
Pour ne parler en ce moment que de l’enceinte qui, du côté de la mer, c’est-a-dire vers 1 ouest, entourait la ville à l’époque du siège qu’en faisaient alors les Croisés, comme elle était double, je retrouve ces deux remparts, l’un dans les restes du mur actuellement submergé que je viens de signaler, l’autre dans celui dont tous les voyageurs ont depuis longtemps mentionné les ruines, et que l’on démolit progressivement d’année en année.
Quant au bassin qui, au sud de la presqu’île, est indiqué par M. de Bertou comme une sorte de Cothon analogue à celui de Carthage, que M. Poulain de Bossay identifie avec le port égyptien, et que M. Renan considère comme une reprise de la mer sur des terrains bas, jadis remblayés et ensuite reconquis par elle, depuis que la digue qui le mettait à l’abri des flots a été en partie détruite, il me paraît être un véritable port et est appelé ainsi par les .différents pêcheurs de Tyr que ]’al consultes. De nombreuses brèches pratiquées dans le môle qui le délimitait, et qui avait environ emq cents mètres de développement, livrent maintenant ce bassin à la violence des vents du sud; ,1 est d’ailleurs, comme le port sidonien, à moitié ensablé. Il communiquait jadis par une ouverture , appelée encore aujourd’hui Bab el-Mina (porte du Port), avec une magnifique rade que protégeait une autre digue gigantesque, signalée déjà par M. de Bertou dès 1838. Cette digue, partant de l’un des petits îlots qui avoisinent la pointe sud-ouest de la péninsule, se prolonge vers le sud-est l’espace de huit cents mètres environ, puis elle se dirige vers l’est. Aujourd'hui, presque tout entière sons-manne elle est ensevelie sous plusieurs mètres d’eau et ne défend plus, par conséquent, contre les vents de ouest et du sud, le vaste avant-port qu’elle abritait autrefois ; je l’ai suivie avec une barque dans la plus grande